Sylvester Engbrox

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Secondary Road, Niederrhein (2009)

Sylvester Engbrox est un peintre contemporain allemand, né en 1964 à Clèves (Allemagne). Il vit et travaille à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1983, Engbrox obtient un baccalauréat spécialisé en arts graphiques. Puis il décide de gagner sa vie : graphiste traditionnel, assistant-photographe de plateau et technicien lumière. Ces expériences lui permettent de travailler avec Wolfgang Flur du groupe Kraftwerk, sur des décors de prise de vue. En 1984, il commence à peindre. En 1986, il quitte Düsseldorf pour s’installer à Paris, et se tourne vers la photographie.

De 1988 à 1991, il est étudiant à l'École nationale supérieure de la photographie, à Arles (Bouches-du-Rhône). Il y est l’élève d'Arnaud Claass, de Christian Milovanoff et de Christian Gattinoni. Il a également l’occasion d’être l’assistant-photographe de Larry Fink.

De 1999 à 2005, il crée et gère avec deux amis un label de musique indépendant, Home Laboratoire Moderne, à Paris. Il collabore également à l’écriture et l’arrangement de titres avec Sporto Kantes.

En 2005, il installe un atelier et se consacre définitivement à la peinture.

En 2008, il expose pour la première fois à la galerie VivoEquidem à Paris.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Les premières trois œuvres ayant intégré son catalogue datent de 1994 : Helen, Hotel Aya, Air Disaster 1. Ces toiles sont peintes à l’huile d’après des images trouvées dans la presse grand public, de petite taille et mal imprimées. L’œuvre du peintre met essentiellement en scène des personnages dans des décors élaborés et improbables.

Jean-Luc Chalumeau, qui a rédigé la préface du catalogue de l'artiste en 2008, arrive à la conclusion que Sylvester Engbrox n’appartient en fait à aucune école, mais que son travail émane directement de la complexité du monde contemporain, bombardé d’images, essentiellement numériques.

Le fait que Sylvester Engbrox soit de la génération qui a grandi à Düsseldorf dans les années 1970 et 1980 et qu’il ait reçu une très solide formation de photographe à Arles ne sont pas sans signification.

Pour lui, le monde visible de sa jeunesse, des reliquats de la Nouvelle Objectivité aux fulgurances de Gerhard Richter en passant par les images, diffusées à grande échelle, des actions de la RAF, a constitué un « fond » nourricier évident. Là-dessus s’est ajouté tout Andy Warhol, le cinéma de David Lynch, la photographie de Bernd et Hilla Becher et la musique de Kraftwerk.

Ainsi, Sylvester Engbrox, en raison de sa culture d’origine et de sa formation de photographe, s’est toujours intéressé à une certaine projection de la réalité. Lui qui, depuis des années, a compilé et classé méthodiquement des dizaines de milliers d’images tirées de la presse grand public, des magazines de télévision ou d’Internet, a assez vite su que le monde dans son domaine sensible, s’il existe bel et bien, n’est pas aussi vrai qu’on le dit ou que l’on cherche à nous le faire croire. En fin de compte, il a constaté puis accepté que « le monde est la totalité des faits et non des choses » (Wittgenstein, Tractatus, 1.1).

L’ère numérique qu’Engbrox a quasiment vu naître et qu’il a accompagné au plus près a confirmé cet état de fait. En effet, la « chose numérique » n’oublie rien, ne jette rien, elle accumule sans cesse toutes les réalités les unes après les autres.

Tina, Flight Data Recorder (2009)

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Je peins des tableaux d’après des images trouvées, dans des catalogues de vacances, des programmes de télévision… J’ai collecté d’importantes quantités d’images pour les classer selon une typologie inventée. Cette partie du travail passe, aujourd’hui, par Internet et par mes propres archives photographiques. Ce catalogage parfaitement inutile d’un monde représenté ne clarifie rien : plus on voit d’images, moins on comprend. Mais ce rangement, cette perpétuelle comparaison d’une représentation avec une autre finit par créer des ponts entre certaines d’entre elles. Parfois même, ces confrontations provoquent une nouvelle image. C’est cette image, apparue à mon insu, que je peins. Ma peinture est issue de ce classement obsessionnel. » Sylvester Engbrox, février 2008.
  • « Quand un disque dur lâche, on lance un programme de reconstruction pour éventuellement sauver des données. Mes toiles, elles, tentent de réparer un espace-temps perturbé après un crash, de le redéfinir, en y imbriquant ce qu’il reste : des bouts d’images rassemblés. » Sylvester Engbrox, février 2008.
  • « Sa peinture est tout à fait représentative de notre époque. Clairement figurative, complètement reliée à la longue histoire picturale, sans aucun complexe par rapport au discours officiel, elle ouvre largement les champs de notre imaginaire. Elle nous prouve, mieux que de longs discours, la formidable vitalité de la peinture qui traverse les évolutions technologiques (photo, vidéo, Internet…) en les digérant goulûment. » Gérard Gamand, magazine Azart, septembre 2008.
  • « Au sein du grouillement proliférant des images du Web, Sylvester Engbrox repère celles qui vont lui permettre, à partir évidemment de sa sensibilité propre, non d’accomplir on ne sait quel désir en le leurrant (ce que faisaient les producteurs de nus académiques du XIXe siècle), mais de le décevoir méthodiquement en exhibant sa machinerie. » Jean-Luc Chalumeau, Sylvester Engbrox, catalogue d’exposition, 2008.
  • « De cette manière, l’artiste le reconnaît, il n’est qu’un intermédiaire, un outil, une machine. C’est pourquoi il n’explique rien dans sa peinture, il ne suggère rien, ni érotisme, ni culpabilité, ni souffrance. Il ne fait que montrer. Et, à proprement parler, il s’agit donc véritablement d’un 'spectacle'. » Max Torregrossa, Sylvester Engbrox, catalogue d’exposition, janvier 2008.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Max Torregrossa : Approches techniques [catalogue d'exposition], 2008.
  • Léo Pajon : Sylvester Engbrox, Arts Magazine, mars 2008, p. 43.
  • Lydia Harambourg : Sylvester Engbrox, La Gazette de l’Hôtel Drouot no 10, 14 mars 2008, p. 278.
  • Jean-Luc Chalumeau : Sylvester Engbrox : Un déplacement du désir de peindre, Verso n° 49, avril 2008, p. 24-25.
  • Gérard Gamand : Sylvester Engbrox : Les images du siècle, Azart no 34, septembre-octobre 2008, p. 50-58.
  • Ulrich Schönleber : Hyperceptions, ParisBerlin no 44, septembre 2009, p. 40-45.
  • Naissance de la Modernité, Mélanges offerts à Jacques Vilain, Éditions du Relief, Paris, 2009, ISBN 978-2-35904-000-5
  • Elle no 3386 novembre 2010, article de Florence Besson, p. 58.
  • Arts Magazine no 51 décembre 2010, Dans les galeries en décembre, p. 36.
  • Sylvester Engbrox, Follow Me, Patrick Williams, éditions VivoEquidem, 80 pages, Paris, 2010, ISBN 978-2-9531926-1-2

Liens externes[modifier | modifier le code]