Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot

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Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot, parfois appelé La Religieuse, est un film de Jacques Rivette, adapté du roman La Religieuse de Diderot et sorti en 1967.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, Suzanne Simonin est cloîtrée contre son gré par ses parents qui la destinent à la vie conventuelle sans qu'elle en ait la vocation.
Rebelle à toute autorité, et désirant retourner à la vie civile, elle subira la cruauté d'une abbesse sadique qui lui infligera humiliations et tortures, la croyant possédée par le diable. Suzanne obtient sa mutation par voie juridique dans un autre couvent dont l'ambiance est beaucoup plus dilettante et dans lequel elle sera confrontée aux avances amoureuses et sexuelles de sa nouvelle abbesse.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

La genèse[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1950, le producteur Georges de Beauregard, qui vient de lire le livre de Diderot, propose à Jacques Rivette de le réaliser. Après avoir reçu en 1962 un avis de précensure défavorable de la commission de contrôle, le scénario, rédigé par Rivette et Jean Gruault, est adapté en 1963 pour le théâtre au Studio des Champs-Élysées, sous la direction de Jean-Luc Godard et avec Anna Karina dans le rôle de Suzanne Simonin. La pièce ne déclenchera pas de scandale et ne remportera d'ailleurs aucun succès.

La censure[modifier | modifier le code]

Comme le fit remarquer à l'époque François Mauriac dans Le Figaro, l'appel à censurer La Religieuse a été lancé avant même que quiconque ait vu le film. La hiérarchie de l'Église catholique romaine, alors en plein concile de Vatican II (destiné à moderniser l'Église), n'a pas cherché le scandale, mais des associations de parents d'élèves de l'enseignement privé et, surtout, de sœurs s'alarment dès 1965 : la présidente de l'Union des supérieures majeures écrit le 12 octobre 1965 au ministre de l'Information Alain Peyrefitte pour lui faire part de son inquiétude : « un film blasphématoire qui déshonore les religieuses ». Le ministre la réconforte sans ambiguïté : « Je partage entièrement les sentiments qui vous animent » et lui donne l'assurance qu'il utilisera tous ses pouvoirs pour empêcher le film de nuire à l'image des religieuses. Certains (dont Jacques Rivette) pensent que l'intervention d'Yvonne de Gaulle, épouse du général et président, et ancienne élève des dominicaines, a aussi été déterminante. Le tournage sera un peu gêné (refus d'autoriser le tournage à l'abbaye de Fontevraud, dépendant des Monuments historiques).

Le 22 mars 1966, la commission de contrôle autorise la distribution du film mais celui-ci doit être interdit aux moins de 18 ans. Une semaine plus tard, Yvon Bourges (secrétaire d'État à l'Information) réunit à nouveau la commission et y convoque le directeur de la sécurité nationale, Maurice Grimaud, afin d'exposer les troubles à l'ordre public que peut provoquer le film. La commission ne change cependant pas son vote, mais son avis n'est que consultatif et le soir du 31 mars 1966, Yvon Bourges interdit la distribution et l'exportation du film.

Bataille légale[modifier | modifier le code]

La censure provoque un tollé : Jean-Luc Godard interpelle André Malraux qu'il appelle ministre de la Kultur. De nombreuses personnalités publiques, y compris des gens d'Église, s'insurgent. Malraux lui-même n'empêche pas le film d'être sélectionné pour le Festival de Cannes et d'y être projeté. Georges de Beauregard et son avocat Georges Kiejman se lancent dans une bataille juridique. En 1967, le tribunal administratif annule la décision d'interdiction, pour vice de forme. Le nouveau ministre de l'Information, Georges Gorse, lui accorde un visa d'exploitation mais confirme son interdiction aux moins de 18 ans. La décision d'annuler la censure du film sera définitivement confirmée par le Conseil d'État en 1975.

Succès[modifier | modifier le code]

Le film sort le 26 juillet 1967 dans cinq salles parisiennes. Fort de sa publicité et de son aura scandaleuse, il enregistre 165 000 entrées en cinq semaines. Le roman de Diderot profite de ce succès et est réédité plusieurs fois. Le public découvre un film sobre et extrêmement fidèle au roman dont il est l'adaptation, ne méritant sans doute pas la publicité sulfureuse qui a entouré sa sortie et que Jacques Rivette expliquera ne jamais avoir cherchée.

Liens externes[modifier | modifier le code]