Surcouf (sous-marin)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

10° 40′ N 79° 32′ O / 10.67, -79.533 ()

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Surcouf (homonymie).
Surcouf
Image illustrative de l'article Surcouf (sous-marin)
Maquette du Surcouf exposée au Musée National de la Marine à Paris

Histoire
A servi dans Pavillon de la marine française Marine nationale française
Forces navales françaises libres Naval Ensign of Free France.svg
Quille posée 1er juillet 1927
Lancement 18 novembre 1929
Armé 16 avril 1934
Statut disparu le 18 avril 1942
Caractéristiques techniques
Type Croiseur sous-marin
Longueur 110 m
Maître-bau 9 m
Tirant d'eau 7,07 m
Déplacement 3 304 t en surface
4 218 t en plongée
Propulsion En surface : 2 moteurs diesel de 7 600 ch
En plongée : 2 moteurs électriques de 3 400 ch
2 hélices
Vitesse 19 nœuds en surface
9 nœuds en plongée
Profondeur 80 mètres (maximum de sécurité)
Caractéristiques militaires
Armement 2 canons de 203 mm
2 canons AA de 37mm
12 tubes lance-torpilles (8 de 550 mm et 4 de 400 mm).
Aéronefs 1 hydravion Besson MB 411
Rayon d'action 10 000 nautiques à 10 nœuds en surface
60 nautiques à 5 nœuds en plongée
Autres caractéristiques
Équipage 126 hommes
Chantier naval Arsenal de Cherbourg
Coordonnées 10° 40′ 00″ N 79° 32′ 00″ O / 10.666666666667, -79.533333333333 ()10° 40′ 00″ Nord 79° 32′ 00″ Ouest / 10.666666666667, -79.533333333333 ()  

Le Surcouf est un croiseur sous-marin français ayant servi pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est coulé par accident ou par méprise dans la nuit du 18 au 19 février 1942 dans la mer des Antilles. C'était, en tonnage, le plus grand sous-marin militaire du monde de son époque.

La conception[modifier | modifier le code]

Le Surcouf vers 1935 peint couleur « bleu de Prusse foncé ».

Le traité de Washington de 1922 a instauré des limites strictes pour les déplacements et les calibres d'artillerie des bâtiments de ligne et des croiseurs. Mais aucun accord n'a été trouvé pour les bâtiments légers (torpilleurs, contre-torpilleurs, frégates ou destroyers) ni pour les sous-marins. Aussi, pour assurer sa sécurité et celle de son empire, la France a entrepris la construction d'une importante flotte sous-marine (79 unités en 1939). Le Surcouf devait être le premier d'une série de trois croiseurs sous-marins mais il n'en a été que l'unique exemplaire.

Ses missions sont :

  • assurer le contact avec les colonies ;
  • chercher et détruire les flottes ennemies en collaboration avec les escadres ;
  • mener une guerre de course contre les convois ennemis.

Le Surcouf était armé d'une tourelle double de 203 mm, calibre identique à celui de l'artillerie d'un croiseur lourd (c'est pourquoi il a été appelé « croiseur sous-marin »), approvisionnée à 600 coups. Pour le réglage de ses tirs et l'observation, le Surcouf embarquait un hydravion Marcel Besson (MB 411) rangé dans un hangar étanche formant la partie arrière du kiosque. Son armement antiaérien était constitué par 2 canons de 37 mm. Il était équipé de 12 tubes lance-torpilles (8 de 550 mm et 4 de 400 mm) avec 12 torpilles de réserve.

Il transportait également un canot à moteur de 5 mètres pour arraisonner les navires et disposait d'un poste d'équipage pouvant loger 40 passagers ou prisonniers.

Sa profondeur maximale de sécurité était de 80 mètres, mais il pouvait atteindre 110 mètres sans déformation notable de sa coque épaisse, sa profondeur de flambement étant de 178 mètres. Sa profondeur d'écrasement était calculée pour 491 mètres.

Son premier commandant fut le capitaine de frégate Raymond de Belot.

Bâtiment exceptionnel pour son époque, le Surcouf a rencontré de nombreux problèmes de mise au point, notamment d'étanchéité de sa tourelle d'artillerie, de stabilité, ou souffrait encore de moteurs électriques défaillants. Il a été contraint à une refonte à Brest en 1936/1937.

Le Surcouf souffrait de plusieurs handicaps dans l'utilisation de son artillerie de 203 mm.

  • Compte tenu de la hauteur de commandement du télémètre (c'est-à-dire sa hauteur au-dessus de l'eau), la portée pratique de tir est de 12 000 mètres avec le télémètre ou de 16 000 mètres avec l'observation avec le périscope de secours. Nettement en deçà des possibilités des canons qui portent à 26 000 mètres.
  • La durée écoulée entre l'ordre d'émersion et le premier coup est de 3 minutes 35 secondes. Cette durée peut être plus longue car si le navire doit tirer plein travers, il lui faut attendre d'être en surface avant de pouvoir orienter sa tourelle,
  • Il a l'obligation de tirer au passage, c'est-à-dire quand le navire passe à l'horizontale lors des mouvements de tangage et de roulis,
  • Il lui est impossible de pointer latéralement la tourelle si le roulis dépasse 8°.
  • Le Surcouf n'est pas équipé pour tirer de nuit et ne peut donc observer seul les résultats de son tir.
  • La disposition des soutes, des monte-charges et de la chambre de tir ne permettait pas un approvisionnement en continu des gargousses et obus mais on devait attendre que les 14 salves en parc dans la tourelle aient été tirées pour réapprovisionner.

Pour remplacer son hydravion dont la mise en œuvre était très contraignante et l'emploi limité, des essais du gyroplane ont été réalisés à bord du Surcouf en 1938.

L'apparence du Surcouf[modifier | modifier le code]

Le Surcouf n'a jamais été peint de couleur « vert olive », comme le montrent de nombreuses maquettes et dessins. Du début de sa carrière jusqu'en 1932, il a été peint du même gris que les bâtiments de surface, puis en « bleu de Prusse foncé », couleur qu'il conservera jusqu'à la fin 1940 où il fut repeint en deux tons de gris lui servant de camouflage sur la coque et le kiosque.

Même la très officielle maquette du musée national de la Marine à Paris, dont l'écorché illustre cet article, n'a pas échappé à cette erreur. De plus, elle montre le Surcouf dans son état de 1932, arborant le pavillon de beaupré FNFL qui n'a été créé qu'en 1940, les mâts de TSF relevés et sa « baignoire » (abri de navigation) d'origine. Celle-ci avait été surélevée de 1,20 mètre et sa forme modifiée. Enfin, ses mâts ont été débarqués lors du carénage de 1936-1937. Sur la maquette, la grue de mise à l'eau de l'hydravion est placée sur l'arrière de celui-ci alors qu'en réalité elle se situe entre le hangar étanche et l'hydravion.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Lors de l'invasion de la France par les troupes allemandes en mai 1940, le Surcouf se trouvait en grand carénage à Brest après une mission dans les Antilles et le golfe de Guinée. Pour éviter la capture, le sous-marin appareille sous les ordres du capitaine de frégate Martin. Ses travaux inachevés, sans pièce de rechange et incapable de plonger, il gagne Plymouth en surface. Le , les bâtiments français réfugiés en Grande-Bretagne sont saisis par les Britanniques, lors de l'opération Catapult. La prise du Surcouf fut menée au prix de quatre morts, un Français, l'ingénieur mécanicien Yves Daniel, et trois Britanniques, le commandant du sous-marin Thames, le Capitaine de Frégate Sprague, l'officier de renseignement porteur de l'ordre de saisie, le Lieutenant de Vaisseau Griffith et le quartier-maître Webb.

Le Surcouf était alors le plus grand sous-marin du monde. Ses canons de 203 mm pouvaient tirer chacun trois obus de 120 kg à la minute, à une distance de 27 km.

En dépit du peu d'enthousiasme des Britanniques, malgré sa complexité, le manque de pièces de rechange et de marins qualifiés « sous-mariniers », le Surcouf est tout de même réarmé au prix de nombreuses difficultés. D'abord commandé par le capitaine de frégate Ortoli qui fut son premier officier canonnier lors de ses essais en 1932, il servit dans les Forces navales françaises libres, après avoir été modernisé à l'arsenal de Portsmouth (États-Unis). Mais hélas il ne fut pas équipé de radar. Le , une flottille FNFL composée du Surcouf et des corvettes Mimosa, Alysse, Aconit, commandée par le vice-amiral Muselier rallia Saint-Pierre-et-Miquelon à la France libre.

Le Surcouf disparut corps et biens dans la nuit du 18 au 19 février 1942 au nord du canal de Panama, par 11° nord et 79° ouest, peu après son appareillage des Bermudes, le 12 février. Le rapport officiel américain conclut que la disparition du Surcouf est due à un abordage accidentel avec le cargo américain Thomson Lykes. Comme tous les sous-marins de cette époque (le schnorkel n'ayant été opérationnel qu'en 1943), le Surcouf naviguait la nuit en surface pour recharger ses batteries d'accumulateurs, ses feux de navigation évidemment éteints pour ne pas être repéré.

Bien plus tard le rapport d'enquête de la commission française, conclura de son côté que sa disparition fut la conséquence d'une méprise. Un hydravion PBY Catalina de patrouille anti-sous-marine chargée de la défense de ces mêmes eaux dans la nuit du 18 au 19 février 1942, aurait bombardé le Surcouf, le confondant avec un grand sous-marin allemand ou japonais. Cette version de l'enquête est étayée par plusieurs éléments :

  • Les témoins du cargo SS Thomson Lyke, qui a abordé un sous-marin, décrivirent un sous-marin bien plus petit que le Surcouf
  • Les dégâts observés sur le Thomson Lyke était trop légers pour une collision avec navire de la taille du Surcouf
  • La position du Surcouf ne correspondait à aucune position de sous-marin allemands à ce moment là
  • Les allemands n'ont pas enregistré de perte de sous-marin dans ce secteur à ce moment de là

Cet abordage accidentel ou cette méprise est le plus grand drame sous-marin jamais survenu avec ces 130 morts (dont 4 marins britanniques), sous les ordres du capitaine de frégate Louis Blaison. Un monument célèbre son souvenir sur la jetée du port de Cherbourg[1].

Les commandants du Surcouf[modifier | modifier le code]

  • 15 août 1930 : Capitaine de frégate de Belot (essais et armement à Cherbourg) ;
  • 9 septembre 1933 : Capitaine de frégate Le Portier (fin des essais. Le Surcouf est affecté la flottille des sous-marins de Brest) ;
  • 26 août 1935 : Capitaine de frégate Derrien (en service dans la flottille des sous-marins de Brest puis refonte) ;
  • 29 octobre 1937 : Capitaine de frégate Le Gouic (refonte puis en service dans la flottille des sous-marin de Brest) ;
  • 19 octobre 1939 : Capitaine de frégate Martin (en service puis en carénage à Brest. Départ vers Plymouth en Grande Bretagne le 18 juin 1940) ;
  • 15 septembre 1940 : Capitaine de frégate Ortoli (réarmement sous pavillon FNFL) ;
  • 7 octobre 1941 : Capitaine de frégate Blaison (ralliement de Saint Pierre et Miquelon. Refonte aux États-Unis. Disparition corps et biens du Surcouf dans la mer des Antilles le 19 avril 1942).

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

  • Dans le roman de Harutoshi Fukui Shusen no Lorelei, le Surcouf est récupéré par les Allemands, amélioré pour servir de support à l'arme secrète « Lorelei » puis donné aux Japonais.
  • Dans le roman L'attaque vient de la mer, de Douglas Reeman, le frère fictif du Surcouf, le Soufrière est récupéré par les Anglais dans une action contre les Japonais.
  • Dans le livre de Maurice Pasquelot, Les Sous-marins de la France Libre, les missions du Surcouf, jusqu'à sa perte, dans la nuit du 18 au 19 février 1942, dans la mer des Antilles.
  • On peut penser, au vu des ressemblances (canon extérieur, appareil aérien embarqué, dimensions ...) que le Surcouf a inspiré Edgar P. Jacobs pour le sous-marin S2 dans Le Secret de l'Espadon.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Guierre, L'Épopée du Surcouf et le commandant Louis Blaison, Éditions Bellenand, 1953
  • Capitaine de vaisseau (H) Claude Huan, Le croiseur sous-marin Surcouf (1926-1942), éditions Marines, 1996
  • Mémoires de Guerre, Winston Churchill, traduction de 2009, éditions Taillandier

Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir le relevé en ligne sur le site mémorial genweb