Sunday Bloody Sunday

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Sunday Bloody Sunday

Single de U2
extrait de l'album War
Sortie 11 mars 1983
Enregistré 1982
Windmill Lane Studios, Dublin Drapeau de l'Irlande Irlande
Durée 4:38
Genre Rock
Post-punk
Auteur The Edge
Bono
Compositeur U2
Producteur Steve Lillywhite
Label Island Records

Singles de U2

Pistes de War

Sunday Bloody Sunday est une chanson du groupe irlandais de rock U2, troisième single du troisième album studio War, publiée le 11 mars 1983 par Island Records. En hommage au Bloody Sunday survenu à Derry lors du conflit nord-irlandais en 1972, c'est aujourd'hui un morceau emblématique du groupe.

Historique[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

En 1972 à Derry (Irlande du Nord), au cours du Bloody Sunday, des manifestants pacifiques, essuient des tirs, dont certains seront mortels, de l'armée britannique, à l’occasion d’une marche organisée par Ivan Cooper, réclamant le respect des droits civiques en Irlande du Nord et la fin des pratiques discriminatoires des pouvoirs locaux envers les catholiques au niveau politique, social et économique. Treize victimes sont à déplorer le jour même, une autre six mois plus tard. Sept des morts sont âgés de moins de 18 ans. Après avoir commencé à tirer des balles en caoutchouc, les parachutistes présents sur la zone ont paniqué lorsqu’ils furent la cible de jets de pierres en répliquant par des tirs à balles réelles, laissant 27 blessés dans les rues de Derry.

La chanson reprend le titre de celle de John Lennon écrite juste après les évènements.

Enregistrement et production[modifier | modifier le code]

Les studios Windmill Lane à Dublin, lieu d'enregistrement de la chanson Sunday Bloody Sunday.

Sunday Bloody Sunday est née d'un riff à la guitare et de paroles écrites par The Edge en 1982. Alors que Bono et Ali Hewson, fraîchement mariés, sont en lune de miel en Jamaïque, le guitariste travaille en Irlande sur le futur album de U2. Suite à une dispute avec sa petite amie et après une période de doute sur ses capacités à écrire des chansons, il « se sent déprimé... canalisant sa peur, sa frustration et son dégoût de soi-même dans une chanson »[o 1]. La première ébauche n'a ni titre, ni mélodie pour le refrain mais un schéma structural et un thème. Bono retravaille ensuite les paroles, puis le groupe enregistre la chanson aux studios Windmill Lane de Dublin. Au cours des sessions, le producteur Steve Lillywhite encourage le batteur Larry Mullen Jr. à utiliser une boîte à rythmes, mais celui-ci est clairement contre cette idée. Une rencontre fortuite avec Andy Newmark, le batteur de Sly and the Family Stone, lui fait changer d'avis puisqu'il se sert d'une machine de ce type[o 1]. L'élément de batterie en entrée de la chanson est ensuite développé tout au long de celle-ci. Steve Wickham, un violoniste local, croise The Edge un matin à l'arrêt de bus et lui demande si le groupe n'a pas besoin d'un violon sur son prochain album. Il est alors recruté pour une demi-journée et il donne la touche instrumentale finale à la chanson[o 1].

En 1983, lorsque Larry Mullen Jr. évoque la chanson, il dit :

« Nous sommes dans la politique des gens, mais pas en politique. Comme vous parlez d'Irlande du Nord, Sunday Bloody Sunday, les gens pensent un peu « Oh, ce jour où 13 catholiques ont été tués par des soldats britanniques ». Ce n'est pas ce dont la chanson parle. C'est un incident, l'incident le plus célèbre d'Irlande du Nord et c'est la plus forte manière de dire « Combien de temps? Combien de temps devrons-nous encore supporter cela? » Je ne m'inquiète pas de qui est qui, catholiques, protestants, peu importe. Vous savez, des gens meurent chaque jour d'amertume et de haine, et nous disons « pourquoi ? Quelle est la raison ? » Et vous pouvez déplacer ce problème dans des endroits tel que le Salvador ou d'autres lieux similaires. Des gens meurent. Oublions la politique, arrêtons de nous tirer dessus les uns sur les autres et asseyons-nous autour de la table pour en parler... Il y a beaucoup de groupes qui prennent partie en disant « la politique, c'est de la merde, etc... » Bien, et alors ! La vraie bataille est que des gens meurent, c'est ça, la vraie bataille[1]. »

Listes des titres[modifier | modifier le code]

7" commercialisé en Drapeau de l'Allemagne Allemagne et aux Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas
No Titre Durée
1. Sunday Bloody Sunday 4:34
2. Endless Deep 2:58
7" alternatif
No Titre Durée
1. Sunday Bloody Sunday 4:34
2. Two Hearts Beat as One (version 7") 3:52
7" sorti au Drapeau du Japon Japon
No Titre Durée
1. Sunday Bloody Sunday 4:34
2. Red Light 4:03
12" et CD sortis en Drapeau de l'Autriche Autriche[2]
No Titre Durée
1. Sunday Bloody Sunday 4:34
2. Two Hearts Beat as One (U.S. remix) 5:40
3. New Year's Day (U.S. remix) 4:30

Parution et réception[modifier | modifier le code]

U2 est conscient que quand ils décident d'enregistrer Sunday Bloody Sunday, les paroles peuvent être mal interprétées et vues comme sectaires ou même mettre leurs vies en danger. Certaines phrases originales de The Edge dénonçaient clairement les violents rebelles, mais elles sont retirées par la suite afin de protéger le groupe[o 1]. Malgré cette précaution, un certain nombre d'auditeurs considèrent la chanson comme glorifiant l'événement du Bloody Sunday auquel il se réfère[o 2].

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Les critiques sur la chanson sont positives puisque dans le magazine irlandais Hot Press, Liam MacKey écrit que « Sunday Bloody Sunday met en grand écran... un puissant riff, un jeu à la batterie digne d'une mitrailleuse et un violon qui sillonne entre »[3]. Denise Sullivan, d'Allmusic, note que le travail du batteur en entrée de chanson « donne le ton pour l'impitoyable, le sentiment de non-capture des prisonniers de la chanson tout autant que pour le reste de l'album »[4].

Succès commercial[modifier | modifier le code]

D'un point de vue commercial, le single a eu sa plus grande réussite aux Pays-Bas où il atteint la troisième marche du podium des ventes nationales[5]. Aux États-Unis, la chanson acquiert une notoriété qui lui permet de passer sur des radios plus orientées rock. Avec le titre New Year's Day, U2 gagne en popularité au niveau du public rock américain.

Classements[modifier | modifier le code]

Classements de ventes pour la chanson
Sunday Bloody Sunday
Année Classement Position
1983 Drapeau : États-Unis US Billboard Top Tracks[6] 7
1985 Drapeau : Pays-Bas Dutch Top 40[5] 3
Drapeau : Belgique Flandre Ultratop 50[7] 11

Caractéristiques artistiques[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Sunday Bloody Sunday est jouée à un tempo de 103 battements par minute avec une mesure à quatre temps[o 3]. La chanson commence par un battement de tambour militaire et une partie au violon électrique. Le rythme agressif de la caisse claire ressemble beaucoup au battement utilisé par les militaires pour garder le pas. Le son distinctif de la batterie est réalisé par Larry Mullen Jr. en bas d'un escalier afin de produire une réverbération plus naturelle. The Edge répète ensuite des arpèges avant d'enchaîner avec un riff suivant une progression d'accords en si bémol mineur - bémol majeur - sol bémol majeur. Cela crée l'accord en mineur du morceau et pendant que la chanson avance, les paroles et la guitare deviennent de plus en plus intenses. Le riff est décrit comme « le riff d'arène de rock à broyer les os de la décennie » par le magazine Rolling Stone[8]. Le coup de grosse caisse sur chaque battement donne le schéma structurel de la musique jusqu'au premier refrain, au moment où Adam Clayton arrive avec sa basse.

En contraste avec la nature violente des couplets, l'arrivée de l'accord en majeur donne un sentiment d'espoir lorsque Bono entonne « How long, how long must we sing this song? ». Durant le refrain, les chœurs de The Edge renforcent cette impression, avec un semblant d'écho harmonique. La caisse claire et la guitare sont absentes de cette partie. Celle-ci s'écarte musicalement de la brute agression des couplets, donnant ainsi une structure plus réjouissante à la chanson[o 3]. Bono dit d'ailleurs que « l'amour... est un thème central » de Sunday Bloody Sunday[9].

Paroles[modifier | modifier le code]

Dès le début, le groupe dit que les paroles se rapportent aux deux Bloody Sunday, celui de 1920 et celui de 1972, mais qu'elles n'étaient pas spécifiques à l'un ou à l'autre[10]. La chanson prend le point de vue de quelqu'un horrifié par le cycle de violence dans la province. Bono ré-écrit les paroles initiales de the Edge tentant de comparer les deux événements au dimanche de Pâques mais il dit que le groupe « manquait d'expérience à l'époque pour pleinement réaliser cet objectif », tout en notant qu'il « s'agissait d'une chanson dont l'éloquence réside dans sa puissance harmonique plutôt que dans sa force verbale »[o 1].

Les premières versions commençaient avec la phrase « Don't talk to me about the rights of the IRA, UDA »[o 1]. Le bassiste Adam Clayton estime qu'il est préférable de retirer tout ce qui a une portée politique et ainsi « le point de vue de la chanson devient vraiment humain et non sectaire... ce qui est la seule position responsable »[o 4]. La phrase introduisant désormais le morceau, « I can't believe the news today », confirme la prise de position précédente, surtout pour les jeunes, vis-à-vis de la violence en Irlande du Nord dans les années 1970 et 1980[o 4]. Au travers des strophes, les paroles semblent s'écarter de la colère pour se placer dans un contexte religieux, paraphrasant l'évangile selon Matthieu (10, 35) et la Première épître aux Corinthiens (15, 32). Sunday Bloody Sunday se termine par un appel au peuple irlandais leur demandant d'arrêter de se combattre et « déclare le victorieux Jésus gagnant... sur le dimanche, le sanglant dimanche »[o 3].

Personnel[modifier | modifier le code]

U2
Musicien additionnel

Chansons homonymes[modifier | modifier le code]

  • Sunday Bloody Sunday est le titre de la sixième chanson du premier disque de Some Time in New York City de John Lennon publié en 1972.
  • Sunday Bloody Sunday est le titre d'une chanson du groupe Cruachan évoquant le même sujet mais sur un air et des paroles différentes. Cette version est plus diffusée dans les pubs de Derry que celle de U2.

Références[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (en) Neil McCormick, U2 by U2, HarperCollins Entertainment,‎ 15 septembre 2008, 480 p. (ISBN 978-0007196692), p. 135-139
  2. (en) Bill Flanagan, "U2" at the End of the World, Bantam Books,‎ 3 octobre 1996, 496 p. (ISBN 978-0553408065), p. 385
  3. a, b et c (en) The Best of U2, 1980-1990, Omnibus Press,‎ 1er janvier 1999, 112 p. (ISBN 978-0711973091)
  4. a et b Niall Stokes, Into The Heart: The Story Behind Every U2 Song, Carlton Books Ltd,‎ 1er septembre 2001, 176 p. (ISBN 978-1842222034), p. 37-39

Autres sources[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Larry Mullen Interview », sur u2_interviews.tripod.com,‎ 1er avril 1983 (consulté le 2007-11-06)
  2. (en) U2 Discography - Sunday Bloody Sunday Single - U2Wanderer.org
  3. (en) Liam MacKey, « Review of War », Hot Press,‎ 18 février 1983 (lire en ligne)
  4. (en) Denise Sullivan, « Song Review: "Sunday Bloody Sunday" », sur allmusic.com (consulté le 11 octobre 2012)
  5. a et b (en) « U2 - Sunday Bloody Sunday », sur ultratop.be (consulté le 17 mai 2010)
  6. (en) « U2: Charts & Awards: Billboard Singles », sur allmusic.com (consulté le 17 mai 2010)
  7. « U2 - Sunday Bloody Sunday », sur Ultratop.be
  8. (en) Christopher Connelly, « Under A Blood Red Sky Review: U2: Review », Rolling Stone,‎ 19 janvier 1984
  9. (en) Tristam Lozaw, « Love, Devotion & Surrender », U2 Magazine,‎ 1er juin 1984 (lire en ligne)
  10. (en) Rona Elliot, « U2: The Rona Elliot Interview », sur phobos.apple.com,‎ 11 septembre 1987 (consulté le 22 octobre 2006)