Sukiya-zukuri

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Le sukiya-zukuri (数寄屋造り?) est un style d'architecture résidentiel japonais. Suki signifie raffiné, goût bien cultivé et plaisir pris aux activités élégantes[1] et fait référence au plaisir de la cérémonie du thé délicieusement réalisée.

À l'origine, le mot renvoie au bâtiment dans lequel se déroule la cérémonie du thé (chashitsu), à l'arrangement floral (ikebana) et à d'autres arts japonais traditionnels. Il en est venu à désigner un style de conception des installations publiques et des maisons privées sur la base de l'esthétique des maisons de thé[2].

Il se caractérise par l'emploi de matériaux naturels.

Origines[modifier | modifier le code]

En 1587 Toyotomi Hideyoshi (1536–98) engage le maître de thé Sen no Rikyū comme conseiller en matière esthétique. Dans l'enceinte de l'imposant palais Jurakudai de Hideyoshi à Kyoto, Rikyū conçoit un bâtiment de dix-huit tatami appelé le « Shoin coloré » et qui est le premier exemple d'architecture sukiya-zukuri[3].

Le style se développe durant reste de l'époque Azuchi Momoyama (1568–1600) et se caractérise par de petites pièces, gnéralement de quatre tatami et demi ou même moins avec un tokonoma et des étagères[2]. L'entrée de ces bâtiments se fait normalement par un jardin, souvent au moyen d'un chemin indirect courbe ou en diagonale qui ne permet pas une vue instantanée de la maison de thé[4].

L'architecture sukiya-zukuri architecture intègre l'esthétique des maisons de thé et englobe toutes sortes de types d'édifices dont des logements privés, des villas, des restaurants et des auberges. Un des exemples les plus connus est la villa impériale de Katsura à Kyoto. Durant l'époque d'Edo (1600–1868), le sukiya-zukuri devient populaire parmi les citadins, et la majorité des maisons en vient à être construites dans ce style[2].

Comparaison avec des styles similaires[modifier | modifier le code]

Durant l'époque Azuchi Momoyama, non seulement le style sukiya se maintient-il mais le (style) shoin-zukuri aux caractéristiques opposées des résidences de la classe des guerriers se développe. Alors que le sukiya propose un petit espace simple et austère, le (style) shoin-zukuri est celui des grandes et superbes aires de réception qui servent de décor aux fastes et aux cérémonies des seigneurs féodaux. L'arrangement floral dans le tokonoma d'un shoin par exemple, est révélateur de la richesse relative de l'hôte, mais les invités ont cependant le dos tourné à cet agencement qui n'est pas conçu pour leur plaisir. À l'inverse, dans une maison de thé, l'invité est assis en face du tokonoma et en apprécie la beauté[5].

Une comparaison avec le shoin-zukuri indique clairement la définition des caractéristiques stylistiques du sukiya-zukuri. Dans le shoin-zukuri, les « rails de frise » appelés nageshi relient les colonnes carrées rainurées, le tableau arrière est souvent richement sculpté, le plafond à caissons est raillé ou avec un rail de forme hexagonale et les surfaces murales complétées et souvent décorées avec des peintures. L'alcôve toko, les étagères tana et le bureau intégrés shoin sont disposés selon une formule préétablie.

En revanche, le sukiya-zukuri utilise souvent des colonnes non équarries, voire de simples troncs d'arbres polis ou du bois avec l'écorce en place pour la colonne centrale (nakabashira). Les murs sont tout simplement finis avec un plâtre de terre naturelle, et s'il y a une sculpture dans le tableau arrière (ranma), elle reste simple. Le plafond est constitué de planches plates rectangulaires. Bien qu'il y ait une alcôve tokonoma et des étagères tana et peut-être aussi un shoin dans la pièce principale, leur agencement et leur traitement sont libres. La beauté du sukiya-zukuri vient de la délicatesse des éléments en bois mince et autres matériaux naturels utilisés, et de la simplicité de l'ornementation le cas échéant[6].

Développement[modifier | modifier le code]

Dans la maison de thé « Shoin coloré », Sen no Rikyū imprègne les poutres d'un mélange de teinture rouge du Bengale et de colorant noir pour les faire paraître anciennes et charbonneuses. Ses élèves Oribe et Enshu en revanche, préfèrent des couleurs plus vives et des finitions naturelles. On pense que ce changement coïncide avec le développement du plan de bois ordinaire qui permet une finition plus uniforme et une meilleure appréciation des qualités naturelles du bois brut. C'est depuis un trait caractéristique du style sukiya[7].

Après la restauration de Meiji en 1867, la classe des samouraï et donc le style shoin perdent leur raison d'être alors que le style sukiya continue à se développer jusqu'à être réhabilité par l'architecture moderniste.

Le style sukiya nécessite une subtile harmonie entre les principes nécessaires à sa construction, lesquels comprennent la relation entre le client, l'architecte et le charpentier. Tant l'architecte que le charpentier doivent avoir une profonde compréhension des matériaux employés[8]. Il existe un exemple d'un charpentier à qui est demandé de construire une maison du style sukiya et qui décline l'offre parce qu'ayant perdu ses outils pendant la Deuxième Guerre mondiale il sent qu'il ne serait pas en mesure de ftravailler de façon satisfaisante[9].

Dans un texte de 1934, l'architecte Isoya Yoshida invite les architectes à concevoir dans le sukiya en utilisant des matériaux modernes. Il écrit qu'il est important d'afficher les caractéristiques naturelles du bois, bien qu'utiliser tout ce qui pourrait attirer l'attention serait une erreur car ce n'est pas dans l'esprit de ce style[10].

Influence[modifier | modifier le code]

Durant l'Exposition universelle de 1893 de Chicago en 1893, une petite maison de thé nippone est construite près de l'étang du nord, conçue dans une version libre du style sukiya[11]N Harper's Weekly, le magazine national, publie en mars 1893 un article montrant la construction des contributions japonaises à l'exposition. Le magazine Inland Architect de Chicago y consacre également deux articles durant l'hiver 1892/3, aussi est-il probable que les architectes locaux sont familiers de cette construction[12]. L'historien Dmitri Tselos a été le premier à identifier la maison de thé nippone comme possible influence sur Frank Lloyd Wright, suggérant que les formes du toit double à faible pente du prairie School sont similaires à celles du toit de la maison de thé[13].

En 1934, dans sa résidence Okada, l'architecte Sutemi Horiguchi mélange des éléments du style sukiya (influencé par la ville impériale de Katsura) dans son jardin afin d'aider à la fusion des aspects occidentaux et orientaux du plan[14].

En 1954, Walter Gropius, fondateur du Bauhaus, visite le palais impérial de Katsura et en est si fortement impressionné qu'en 1960 il rédige « Katsura: Tradition and Creation Japanese Architecture » avec Kenzo Tange.

« Le plus caractéristique de l'esprit de la conception est le chemin vers la porte d'entrée de la villa. Il est conforme à l'approche préférée Zen qui est rarement directe, axiale et symétrique. Il y a une aversion prononcée pour l'imposante avenue droite mais plutôt une préférence pour l'approche intime, décontractée mais soigneusement planifiée, qui amène des surprises à chaque tournant et mène à l'objectif principal d'une manière humaine, naturelle, peu imposante. »

— Gropius, W (1968), Apollo in Democracy — The Cultural Obligation of the Architect, McGraw-Hill Book Company, p.126

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Kenkyusha's New Japanese English Dictionary, Fourth Edition 1974, p.1674
  2. a, b et c Kodansha Encyclopedia of Japan, First Edition 1983,vol. 7, p.265
  3. Itoh (1972), p12
  4. Itoh (1972), p96
  5. Itoh (1972), p23
  6. Kodansha Encyclopedia of Japan
  7. Itoh (1972), p20
  8. Itoh (1972), p25
  9. Zwerger (2000), p59
  10. Itoh (1972), p26
  11. Stewart (2002), p73
  12. Nute (1993), p53–55
  13. Nute (1993), p67
  14. Stewart (2002), p129

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Walter Gropius, Apollo in the Democracy — The Cultural Obligation of the Architect, McGraw-Hill Book Company,‎ 1968
  • Kevin Nute, Frank Lloyd Wright and Japan — The role of traditional Japanese art and architecture in the work of Frank Lloyd Wright, Chapman & Hall,‎ 1993
  • David B Stewart, The Making of a Modern Japanese Architecture, From the Founders to Shinohara and Isozaki, Kodansha International,‎ 2002
  • Teiji Itoh, The Classic Tradition in Japanese Architecture — Modern Versions of the Sukiya Style, Weatherhill/Tankosha,‎ 1972
  • Klaus Zwerger, Wood and Wood Joints: Building Traditions of Europe and Japan, Birkhäuser,‎ 2000