Suivi de charge

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Dans le domaine de la production d'électricité, on appelle suivi de charge la pratique qui consiste à faire varier la puissance de fonctionnement d'une centrale de façon à l'adapter aux variations de la demande des consommateurs : la centrale « suit » la charge, c'est-à-dire l'appel de puissance causé par la demande.

Les centrales qui ont la capacité d'effectuer des suivis de charge sont dites dispatchables, terme anglais qui signifie répartissable. Le centre de contrôle qui pilote ces centrales pour réaliser l'ajustement offre-demande d'électricité est appelé dispatching.

Centrales dispatchables[modifier | modifier le code]

Courbe de charge d'un jour de semaine en automne en Allemagne.
bleu=centrales au fil de l'eau
jaune=nucléaire
brun=lignite
noir=charbon
vert=gaz
rose=pompage
mauve=turbinage
éolien et solaire, non figurés sur ce graphique schématique, sont à classer avec le fil de l'eau.

Les centrales dispatchables sont celles qui ont le plus de souplesse de fonctionnement, et celles qui ont des coûts fixes faibles et des coûts variables élevés :

Le type de centrale qui apporte la contribution la plus précieuse à l'ajustement offre-demande d'électricité est la centrale de pompage-turbinage qui consomme de l'électricité en heures creuses pour remonter de l'eau d'un bassin inférieur vers un bassin supérieur, et turbine cette eau en heures pleines pour produire de l'électricité au moment où elle a le plus de valeur.

Les caractéristiques de flexibilité des centrales à gaz ressortent bien du tableau suivant tiré d'une étude publiée en 2012[1] :

Capacités de suivi de charge selon le type de centrale dispatchable
Type de centrale Durée de démarrage Variation maximale en 30 secondes Taux maximal de montée en puissance (% / min)
Turbine à gaz 10-20 min 20-30 % 20 % / min
Cycle combiné gaz 30-60 min 10-20 % 5-10 % / min
Centrale à charbon 1-10 heures 5-10 % 1-5 % / min
Centrale nucléaire 2 h à 2 jours jusqu'à 5 % 1-5 % / min

Centrales non dispatchables[modifier | modifier le code]

Les centrales dont la production est fatale, c'est-à-dire non maîtrisable car provenant d'une source naturelle dont elle subit les fluctuations, ne peuvent pas participer à l'ajustement offre-demande d'électricité. Il s'agit de :

Cas des centrales nucléaires[modifier | modifier le code]

Contrairement à une croyance très répandue, la plupart des centrales nucléaires actuellement en exploitation ont été conçues de manière à disposer de solides capacités de fonctionnement en régime flexible[2].

Traditionnellement, les centrales nucléaires sont considérées comme des sources d’électricité vouées à fonctionner en régime de base car elles ont des coûts fixes élevés et des coûts variables faibles ; leur exploitant a donc intérêt à les faire fonctionner en permanence à pleine puissance. Au début de l’ère nucléaire, la part de l’énergie nucléaire dans le bouquet énergétique global était faible et les ajustements de la charge électrique en réponse aux variations de la demande pouvaient être réalisés par d'autres moyens de production, principalement des centrales à gaz à coûts fixes faibles et à coûts variables élevés[2].

Mais cet état de choses simple ne s’applique plus dans tous les pays. La part de l’énergie nucléaire dans le bouquet énergétique de certains pays est devenue si importante que les électriciens ont dû mettre en œuvre ou améliorer les capacités de fonctionnement en régime flexible de leurs centrales pour pouvoir adapter la production d’électricité aux variations quotidiennes, saisonnières ou autres de la demande en énergie. C’est le cas en France, où plus de 75 % de l’électricité est produite par des centrales nucléaires et où certains réacteurs nucléaires fonctionnent en mode de suivi de charge[2].

Un autre facteur d’incitation au suivi de charge dans les centrales nucléaires a émergé plus récemment avec le déploiement à grande échelle de sources d’électricité intermittentes telles que l’éolien. En raison de l’afflux soudain de grosses quantités d’énergie éolienne, au cours des années 2000, les marchés allemands de l’énergie ont été confrontés pendant plusieurs heures à des prix d’électricité négatifs et, pendant des durées bien plus importantes, à des tarifs inférieurs aux coûts variables des centrales nucléaires, qui sont les plus bas parmi les sources majeures d’électricité. Plusieurs électriciens allemands ont donc commencé à faire fonctionner leurs centrales nucléaires en mode de suivi de charge[2].

Ce suivi de charge s'effectue à plusieurs niveaux :

  • les centrales nucléaires participent au réglage de fréquence primaire, qui consiste à surveiller la fréquence sur le réseau et adapter automatiquement leur production pour maintenir cette fréquence stable ; dans les centrales françaises, les modulations de puissance correspondantes ne dépassent pas ±2% de la puissance nominale ;
  • le réglage secondaire opère sur des périodes plus longues (de plusieurs secondes à plusieurs minutes) et restaure la fréquence exacte en calculant un écart de fréquence moyen sur une période donnée ; à cet effet, l’opérateur du réseau envoie un signal numérique à la centrale pour modifier son niveau de puissance dans les limites de ±5 % ;
  • certaines centrales nucléaires en France ont été conçues et fonctionnent de telle sorte qu’elles modifient quotidiennement leur production électrique de plusieurs dizaines de points de pourcentage par rapport à la puissance nominale ; elles suivent un programme de charge variable, avec un ou deux changements de puissance importants par jour[2].

Mécanisme d’ajustement[modifier | modifier le code]

En France, l'opérateur du réseau de transport RTE est chargé d'assurer l'ajustement offre-demande d'électricité grâce au mécanisme d’ajustement[3] : pour rétablir l'équilibre entre l'offre et la demande lors d'aléas de grande ampleur (au-delà des ajustements automatiques effectués par les réglages primaire et secondaire), RTE doit disposer en temps réel d'une réserve d'énergie. Il fait alors appel aux producteurs et aux consommateurs connectés au réseau pour qu'ils modifient très rapidement leur programme de fonctionnement prévu. Par un système d'offres à la hausse et à la baisse, les acteurs du marché disposant de réserves de flexibilité communiquent leurs conditions techniques et financières à RTE qui sélectionne ensuite ces offres en fonction de leur coût et des contraintes. Ce mécanisme permet également de résoudre les « congestions » sur le réseau, lorsque l'acheminement de l'énergie est entravé par des goulots d'étranglement.

Dispatchings[modifier | modifier le code]

Pour assurer la surveillance et la conduite du système électrique, RTE dispose de deux niveaux de centres de contrôle[4] :

  • niveau national : le Centre national d'exploitation système (CNES ou « dispatching » national) ;
  • niveau régional : les dispatchings régionaux des Unités régionales système électrique.

Entre ces niveaux, ordres et informations circulent via un Réseau téléphonique de sécurité. De plus, les systèmes de conduite sont interconnectés via le Réseau de transmission de sécurité. L'ensemble constitue le système de téléconduite, qui permet :

  • l'observation du système (état des transits, fréquence, tension) ;
  • la capacité de commander le fonctionnement des ouvrages ;
  • le réglage centralisé de la fréquence et de la tension.

Ce système de téléconduite est assuré par des moyens redondants et indépendants des moyens de communication publics : le Réseau Optique de Sécurité, déployé sur les lignes aériennes de transport d'électricité (13000 kilomètres de câbles optiques).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en)Nuclear Energy and Renewables : System Effects in Low-carbon Electricity Systems (voir page 6), site NEA (Nuclear Energy Agency - OCDE) consulté le 1er juin 2014.
  2. a, b, c, d et e 19 Actualités, AEN Infos 2011 – N° 29.2 - Suivi de charge dans les centrales nucléaires, sur le site de l'Agence de l'Énergie Nucléaire de l'OCDE consulté le 9 septemebre 2013.
  3. Le mécanisme d’ajustement, sur le site de RTE consulté le 9 septembre 2013.
  4. La conduite du réseau, sur le site de RTE consulté le 9 septembre 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]