Subjectivation

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La subjectivation, le processus de subjectivation, est souvent présentée comme un travail psychique, particulièrement marqué à l'adolescence, distinct des remaniements identificatoires du Moi.

Son approche renvoie à des théorisations très contrastées, dont la plupart sont récentes.

Le sujet pour Sigmund Freud[modifier | modifier le code]

Si Freud use peu de l'expression de sujet, c'est qu'elle semble de prime abord inutile à décrire l'économie libidinale, avant tout manque de l'objet pulsionnel. Il est cependant faux d'affirmer que Freud ne parle pas de « Subjekt » ; d'une part il emploie le terme à des moments précis de sa pensée. D'autre part Freud théorise un clivage du moi le rendant à même de penser le sujet, même s'il n'emploie pas ce mot.

Mais Freud dépeint essentiellement les remaniements du Moi, instance dont l'une des fonctions est la différenciation entre dehors et dedans. Il insiste donc sur les remaniements de cette instance au travers de perpétuelles identifications.

Sujet et théorie sexuelle[modifier | modifier le code]

Dans les Trois essais sur la théorie sexuelle, Freud décrit le masochisme comme renversement du sadisme : d'une part le but sexuel est retourné en son contraire, et d'autre l'objet devient auto-érotique. Le sujet se comprend déjà comme bien différent de l'instance du Moi, qui n'est toujours que la moitié du sujet (Lacan).

Dans Pulsions et destin des pulsions, on peut noter l'apparition du terme « sujet » comme relative à la théorisation du narcissisme. Là encore le moi pris comme objet pulsionnel, moi aimé par lui-même, introduit donc un sujet narcissique.

Le clivage du Moi ne sera pas décrit en termes de subjectivité. Une telle renonciation devant l'unité de la personne renvoie pourtant un énoncé convaincant, tant concernant la nécessité qu'à la difficulté de penser le sujet.

Analyse groupale[modifier | modifier le code]

Le chapitre sur l'identification de Psychologie des foules et analyse du moi utilise la notion de sujet.

Séparation-individuation[modifier | modifier le code]

La conception du développement de l'infans le pose comme d'abord collé à sa mère : il y aurait relation symbiotique originelle, indistinction primordiale. C'est que l'enfant ne peut d'abord pas se saisir comme manquant de l'objet (théorisation que refuse Lacan). Peu à peu, l'enfant se distingue de sa mère, il fait la différence, reconnait l'objet comme extérieur à lui-même.

Melanie Klein décrit cependant une relation d'objet présente d'emblée et postule des positions psychiques. Si l'enfant nage dans un premier temps en une position schizo-paranoïde, il peut, par l'intermédiaire d'un deuil, d'une position dépressive, élaborer un espace, un extérieur. Mais cette subjectivation là est celle du Moi.

Dans le même sens, Donald Winnicott dépeint la transitionnalité, travail psychique à partir d'un objet transitionnel, lequel ne peut s'entendre que ni-moi-ni-non-moi. Ce travail amène l'enfant à repérer des phénomènes comme réunissant les individus : la culture relie, ou plutôt assemble. L'objet transitionnel permettra d'atteindre une utilisation de l'objet reconnaissant ce dernier comme radicalement extérieur, détenteur d'une vie propre.

On voit que les théories de la relation d'objet posent la question d'un statut du sujet en psychanalyse : cette notion est-elle pertinente ? Probablement pas pour tous les auteurs. Il faut donc rendre compte du fossé entre ces théories et, par exemple, la pensée lacanienne.

Du Moi idéal à l'idéal du moi[modifier | modifier le code]

Pour Gilbert Diatkine, la subjection se marque comme passage d'un moi idéal, omnipotence narcissique à un idéal du moi et un surmoi symboliques, pouvant être rapprochés de processus universels, culturels.

Là où la théorie de la relation d'objet insiste sur la séparation et la formation d'un moi individualisé, la considération d'une subjectivation telle souligne la figure de l'autre comme soutenant la formation d'un espace dans lequel advient le sujet.

Sujet de l'inconscient[modifier | modifier le code]

« Je est un autre » écrivait Rimbaud à Georges Izambard.

Dans la théorie de Lacan, le sujet prend tout son sens : il est justement opposé au moi. Cette compréhension de la subjectivation, comme opposé à l'élaboration moïque et non synonyme, pose toute la fécondité de la question du sujet en psychanalyse.

Jacques Lacan[modifier | modifier le code]

Lacan pensera le sujet comme sujet de l'énonciation, qu'il notera, dans le schéma L, « S », par homophonie au ça (allemand Es) freudien. Le sujet se comprendrait cependant comme posé à la base structurale du désir inconscient (Paul-Laurent Assoun).

Cette nouvelle version d'un sujet s'entend comme héritière de la formalisation du stade du miroir. Ce sujet-là se voit déterminé par le signifiant : le sujet n'use pas de langage (il n'est pas sujet de l'énoncé) mais il en surgit ; d'où la formule de sujet de l'énonciation.

Piera Aulagnier[modifier | modifier le code]

Le processus secondaire est avènement du Je et des représentations idéïques. Le Je est constitué des éléments du discours - il n'existe pas de différenciation entre Je et Ça ; le Je est la connaissance qu'il a de lui-même. Par identification à ce que l'Autre dit de ce qu'il éprouve, le Je se constitue en relation avec le désir de l'Autre ; il visera toujours le désir d'un autre Je.

« la tâche du Je est de substituer aux effets du ça, soit aux effets des forces pulsionnelles, comme telles inconnaissables, des effets d'histoire, d'une histoire que le Je connait d'autant mieux qu'il l'a construite »

— L'apprenti historien et le maître sorcier

Subjectivation adolescente[modifier | modifier le code]

  • Reviviscence du processus de séparation
  • Nouvelle psychopathologie
  • Cahn, Green, Chabert, Kaes, Richard,…
  • Initiation (rituels d')
  • Nouveau malaise dans la culture

Fonction-sujet[modifier | modifier le code]

Penot s'attache à décrire le sujet comme fonction symbolique, dont la formation dépend du rôle pivot des renversements pulsionnels.

Déliaison subjectale[modifier | modifier le code]

C'est André Green qui pose une déliaison subjectale. Si la subjectivation est souvent l'expression de puissants besoins narcissiques, elle correspond également à une quête identificatoire, élaboration psychique infinie.

La construction de l'objet mène rétroactivement à la construction de la pulsion qui construit l'objet (L'Intra-psychique et l'inter-subjectif en psychanalyse).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]