Stu Ungar

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Pseudonyme Stuey, The Kid
Lieu de résidence New York
World Series of Poker
Bracelets WSOP 5
ITM 13
Plus haut rang ITM
au Main Event
Vainqueur 1980, 1981, 1997

Stuart Errol Ungar, dit Stu « The Kid » Ungar (8 septembre 195322 novembre 1998) était un joueur professionnel de poker et de gin rami, parfois considéré comme ayant été le meilleur joueur de tous les temps dans ces deux disciplines[1],[2],[3],[4].

Avec Johnny Moss, il est le seul joueur ayant remporté trois fois les World Series of Poker. Il est également le seul joueur à avoir remporté le Super Bowl of Poker d'Amarillo Slim à trois reprises, second titre le plus prestigieux du monde du poker à son époque.

Enfance[modifier | modifier le code]

Ungar est né de parents juifs dans le Lower East Side de Manhattan. Son père, Isadore "Ido" Ungar était un usurier possédant un bar/club social, le Foxes Corner, faisant également office d'établissement de jeu et exposant par la même occasion Stu à cet univers dès son plus jeune âge. En dépit des tentatives d'Ido de maintenir Stu éloigné de cet environnement après avoir vu les effets néfastes sur ses propres clients, Stu a commencé à jouer au gin clandestinement et s'est rapidement fait un nom. Ungar était doué à l'école et sauta la classe de cinquième, mais il abandonna l'école en seconde.

Ido décède d'un arrêt cardiaque en 1966. À la suite de sa mort et en raison du handicap de sa mère, malade également, Stu erra dans les cercles de jeu New-yorkais jusqu'à l'âge de 18 ans, lorsqu'il se lia d'amitié avec le gangster Victor Romano. Romano était un des meilleurs joueurs de cartes de son époque. Il était capable de réciter le dictionnaire par cœur, mot après mot, et avait également un penchant pour les calculs de probabilités aux jeux de cartes, tout comme Stu. Avec de nombreux points de connivence, les deux ont développé une profonde amitié, Romano endossant à la fois le rôle de mentor et de protecteur.

Ungar était réputé pour son arrogance et pour ses fréquentes critiques non dissimulées à propos de la manière de jouer des adversaires qu'il jugeait moins bons que lui, c'est-à-dire quasiment tout le monde. Une des phrases favorites de Stu résume bien son esprit de compétition : « Je ne veux pas qu'on dise de moi que je suis un bon perdant. Un bon perdant est un perdant avant tout. » Cependant, sa relation privilégiée avec Romano prodigua à Ungar une protection vis-à-vis des joueurs qui prenaient mal les réflexions et l'attitude de Stu. D'après certaines informations, un homme aurait tenté de frapper Stu à la tête avec une chaise dans un bar, à la suite d'une victoire écrasante de Stu. Des années après, Ungar racontait que l'homme fut retrouvé tué d'une balle dans la tête quelques jours après l'incident. D'autres rapportent que c'est Ungar qui le menaça d'une chaise, et qu'il n'y eu aucun mort.

Du gin rami au poker[modifier | modifier le code]

Ungar gagne son premier tournoi de quartier à l'âge de 10 ans. Dans les années 1960, il quitte l'école pour se consacrer à plein temps au gin rami afin d'aider sa mère et sa sœur à la suite du décès de son père et commence à remporter régulièrement des gains de plus de 10 000 $. D'ici à 1976, il était considéré comme un des meilleurs joueurs de New York.

Ungar finit par devoir quitter New York en raisons de dettes de jeu à des courses locales. Il s'installa ensuite à Miami, en Floride, pour y trouver plus d'action. En 1977, il s'installe à Las Vegas, où il retrouve Madeline, une ancienne petite-amie qui deviendra sa femme en 1982.

Une des raisons qui menèrent Stu au poker fut sa baisse d'activité au gin à cause de sa réputation. Ungar battait à plate couture quiconque osait le défier, y compris Harry « Yonkie » Stein, considéré comme le meilleur joueur de gin de l'époque. Ungar battit Stein 86-0 dans une partie de Hollywood gin high stakes. À la suite de cet épisode, Harry disparut de la scène du gin. Après avoir battu Stein et quelques autres joueurs professionnels de gin, Ungar était un homme connu. Personne ne voulait plus l'affronter au gin. Dans l'espoir d'un regain d'action en sa faveur, Ungar commença à proposer des handicaps à ses adversaires : possibilité de regarder la dernière carte du jeu, rabais en cas de défaites, jeu au bouton en permanence... tout ceci dans le but de laisser une chance à ses adversaires.

Lorsque Stu visita Las Vegas pour la première fois, en 1977, le gin était encore populaire en tournois, tout comme le heads-up au poker. Ungar gagna tellement de tournois de gin que certains casinos l'interdisaient de s'inscrire puisque plus personne n'osait participer lorsqu'ils voyaient son nom sur la liste. Ungar rapporta plus tard dans sa biographie qu'il adorait voir les regards désespérés de ses adversaires réalisant progressivement au fil du match qu'ils n'avaient aucune chance.

Peu après son arrivée à Las Vegas, Stu remporte 40 000 $ contre le joueur professionnel Billy Baxter. Lorsque Baxter vit Stu entrer dans la salle pour la première fois, il fut tellement surpris par son apparence frêle et juvénile qu'il douta qu'il soit réellement Stu Ungar, celui dont il avait tant entendu parler.

Bien qu'actuellement Stu soit essentiellement connu pour ses succès au poker, Ungar se considère comme encore meilleur au gin. « Un jour, il est possible que quelqu'un puisse me battre au hold'em no limit. C'est peu probable, mais c'est possible. Par contre je le jure, je ne vois personne qui puisse un jour être meilleur joueur de gin que moi. »

Victoires au Main Event WSOP en 1980 et 1981[modifier | modifier le code]

En 1980, alors novice en Texas Hold'em et désireux de diversifier ses activités à la suite de ses difficultés pour trouver des adversaires au gin, Stu participe aux World Series of Poker (WSOP) à la recherche d'actions en hautes limites. Lors d'une interview en table finale du main event de 1997, Stu avouera au commentateur Gabe Kaplan que les World Series de 1980 furent le premier tournoi de Texas Hold'em qu'il disputa. Le niveau de Stuey augmentait à vue d'œil au fil des mains, à tel point que la légende du poker Doyle Brunson affirma qu'il n'avait jamais vu un joueur s'améliorer autant durant un tournoi.

Quelques heures plus tard, Stu Ungar remportait le main event, battant ainsi Doyle Brunson et devenant le plus jeune champion du monde de l'histoire du poker. Stu avait l'air encore plus jeune qu'il ne l'était et fut dès lors surnommé "Le Kid".

Donnant tort à tous ses détracteurs affirmant que sa première victoire n'était que le fruit du hasard, Stuey réitère son exploit l'année suivante en remportant à nouveau le main event des WSOP de 1981 contre Perry Green en finale. Plus personne ne niait les talents du Kid.

Il s'en est fallut de peu, en 1981 Stu avait bien failli ne pas pouvoir défendre son titre, quelques jours auparavant il était banni du Binion's Horseshoe par Benny Binion pour avoir craché au visage du croupier après avoir perdu un énorme pot en high stakes poker, jusqu'à ce que le fils de Binion, Jack entre dans la salle et convainc son père de laisser Stu jouer, en raison de la publicité que peut générer la présence de Stu au Binion's.

Autres bracelets WSOP[modifier | modifier le code]

En tant que champion du monde, Ungar gagna son second bracelet en 1981 au 10 000 $ Deuce to Seven Draw event, battant le champion du monde 1978 Bobby Baldwin sur une partie de heads-up. Pour cette victoire, Ungar remporta 95 000 $. Ungar remporte son quatrième bracelet lors des WSOP de 1983. Il bat le multi-vainqueur WSOP Dewey Tomko au 5,000 $ Seven Card Stud event, remportant ainsi 110 000 $.

Blackjack[modifier | modifier le code]

Le QI exceptionnel et la mémoire photographique de Stu l'avantageaient tellement au blackjack qu'il fut banni des établissements de jeu. Il ne pouvait plus jouer au BlackJack dans aucun casino de Las Vegas ou d'ailleurs.

En 1977, Bob Stupak paria 100 000 $ contre Stu en affirmant que ce dernier ne serait pas capable de compter un sabot de six jeux et de déterminer quelle sera la dernière carte. Ungar remporta le pari[5].

En 1982, Ungar fut poursuivi par la commission de jeu du New Jersey pour avoir triché au blackjack dans un casino d'Atlantic City. Le casino affirma que Stu avait rajouté des jetons au dernier moment sur une mise gagnante afin d'augmenter son gain, ce qu'il démentit fermement. Il écopa d'une amende de 500 $. Ungar estimait que sa mémoire et ses capacités de comptage de cartes étaient des dons naturels qui lui permettaient de ne pas avoir à tricher au BlackJack pour gagner. Stu défendit sa cause au tribunal et remporta le procès. Il n'eut pas à payer les 500 $ d'amende mais dépensa environ 50 000 $ en frais d'avocats et de transports. Dans sa biographie, Ungar se déclarait tellement fatigué du transport et des procès qu'il n'aurait pas été capable de défendre son titre aux WSOP.

En 1997 Stu, totalement ruiné, réussit à convaincre la direction du Lady Luck de le laisser jouer au blackjack à sabot unique. Étant un compteur de cartes connu, ils acceptèrent à une seule condition : que ses mises aient une limite haute et une limite basse, neutralisant ainsi la stratégie de Stu. Il continua cependant de jouer au Lady Luck durant six mois, gagnant ainsi plus de 300 000 $ qu'il perdra tout aussi rapidement aux paris sportifs (courses hippiques plus particulièrement).

Paris, drogues et divorce[modifier | modifier le code]

La mère de Stu décèdera en 1979. C'est également à cette période que Stuey commence à consommer de la cocaïne. Il écrivit dans sa biographie qu'au début il l'utilisa sur les conseils d'autres joueurs qui en avaient besoin pour rester concentré des heures durant en tournoi. Un usage récréatif le rendit cependant rapidement dépendant.

Ungar et Madeline se marièrent en 1982 et eurent une fille la même année, Stefanie. Ungar adopta également Richie, fils de Madeline d'un premier mariage. Ce dernier vouait une véritable admiration pour Stu et pris même son nom. En raisons du mode de vie de Stu, les choses s'enlisèrent rapidement, Stu et Madeline divorcent en 1986. Les malheurs s'enchaînent, Richie se suicide en 1989 peu après l'obtention de son diplôme.

Les problèmes de drogue d'Ungar prirent de telles proportions qu'au troisième jour des WSOP de 1990, Ungar fut retrouvé inconscient sur le sol de sa chambre d’hôtel, à la suite d'une overdose. Il avait cependant une telle avance de jetons qu'il termina 9e malgré les pertes de blindes et remporta 20,500 $. Son addiction était si forte que la plupart de ses amis pensaient qu'il n'atteindrait jamais les 40 ans. Selon ses proches, son unique motivation à continuer à vivre était de voir sa fille grandir.

En dépit de ses nombreuses qualités, Stu n'était pas un très bon gestionnaire et bien souvent, l'intégralité de ses gains au poker était aussitôt dépensée (et perdue) sur les champs de courses.

La plupart des amis d'Ungar, dont Mike Sexton commencèrent à l'encourager à entrer en cure de désintoxication. Ungar refusa, sous prétexte qu'il était plus simple de se procurer de la drogue en centre que dans la rue.

Âge adulte[modifier | modifier le code]

Le retour du Kid[modifier | modifier le code]

En 1997, profondément endetté, Ungar se fit payer les 10 000 $ d'entrée aux WSOP par son ancien camarade de jeu et ami, Billy Baxter. Ungar portait clairement les stigmates de ses excès, particulièrement au niveau de son nez qu'il tenta de dissimuler tant bien que mal derrière ses lunettes de soleil. Ayant reçu l'aide de son ami au dernier moment, Stu était le dernier inscrit sur la liste.

À l'issue du premier jour de l'événement, Stu était terrassé par la fatigue : il avait passé les dernières 24 heures à tenter d'amasser suffisamment d'argent pour payer son inscription. Au milieu de la partie, Stu a commencé à s'endormir à la table et a prévenu Mike Sexton qu'il ne serait pas capable de tenir jusqu'au bout. Ce dernier l'a encouragé, tout comme Billy Baxter, ce qui permit à Stu de tenir et d'arriver au bout de la journée.

Tout au long du tournoi, Ungar conserva auprès de lui une photo de sa fille Stefanie et l'appela régulièrement pour la tenir informée de son parcours. Après un premier jour chaotique, Stu se présenta frais et reposé les jours qui suivirent, le menant ainsi en table finale avec une large avance. Centre de toutes les attentions, il était désigné favori par l'ensemble des bookmakers.

En finale contre John Strzemp, Stu relance à 40 000 $ preflop avec A-4 dépareillés, John Strzemp qui possède A-8 dépareillés le paye. Le flop amène A-5-3 arc-en-ciel. Strzemp envoie 120 000 $ au flop, relancé à 800 000 $ par Stu après une longue réflexion. Strzemp paye à tapis. Le 3 au tournant ne change pas la donne, le 2 à la rivière apportant à Stu sa troisième victoire au main event des World Series of Poker, rejoignant ainsi Johnny Moss, seul joueur jusqu'alors à avoir remporté cet événement à trois reprises.

Après cette victoire, Ungar fut interviewé par Gabe Kaplan et montra la photo de sa fille à la caméra, lui dédiant ainsi sa victoire. Il partagea le million de dollars de gains avec Baxter. Après seize années d'absence, le Kid était revenu.

Les 18 derniers mois[modifier | modifier le code]

Comme à son habitude, Stu dilapida l'ensemble de ses gains aux paris sportifs en l'espace de quelques mois. À la demande de Stefanie, il tenta plusieurs fois d'arrêter la drogue, en vain.

Alors que les WSOP de 1998 approchaient, Baxter proposa de nouveau à Stu de lui payer son entrée. Cependant, dix minutes avant le début du tournoi, Ungar dit à Baxter qu'il était trop fatigué et déprimé pour pouvoir jouer. Il confia quelques jours plus tard que son refus de participer était dû à sa consommation de drogue abusive des derniers jours. Il estimait qu'il serait encore plus embarrassant de se montrer dans cet état là que de se désister au dernier moment.

Dans les mois qui suivirent les WSOP de 1998, Ungar disparut de la scène publique. Il passait d'hôtel en hôtel à Las Vegas, quittant rarement ses chambres. On l'avait également aperçu à plusieurs reprises dans des casinos, mendiant quelques jetons et prétendant vouloir les utiliser pour jouer alors qu'il les dépensait aussitôt pour acheter du crack à la suite de son abandon de la cocaïne à cause de l'affaissement de sa cloison nasale. Ses amis ne voulaient plus lui donner d'argent tant qu'il ne se serait pas soigné de ses addictions. Il fut arrêté pour possession de crack et de cocaïne.

En octobre 1998, Bob Stupak passa un accord avec Stu en sponsorisant son entrée à quelques tournois.

Mort[modifier | modifier le code]

Le 20 novembre 1998, Stu Ungar s'enregistra à la chambre numéro 6 de l'Oasis Motel, un hôtel bon marché du Strip. Ungar paya 100 $ pour deux jours et fut retrouvé allongé et sans vie le 22 novembre 1998, habillé, la télévision éteinte et avec seulement 800 $ sur les 25 000 $ que lui avait prêtés Bob Stupak. Aucune drogue n'a été retrouvée dans l'appartement[6]. Personne ne sait où est passé le reste de l'argent.

Une autopsie a mis en évidence des traces de drogue dans son organisme, mais ne semblent pas être la cause directe de sa mort. Il serait mort d'un arrêt cardiaque dû à des années de consommation excessive.

Bien qu'ayant gagné environ 30 millions de dollars durant sa carrière, Stu est mort sans aucun patrimoine. Stuey est enterré au cimetière de Palm Valley View Memorial Park à Las Vegas.

Style de jeu[modifier | modifier le code]

Stu était connu pour son style ultra agressif et ses bluffs bien dosés. Mike Sexton déclara que les jetons de Stuey étaient constamment en mouvement. Stu était également réputé pour sa clairvoyance concernant la lecture de l'adversaire.

Lors des WSOP de 1992, Ungar affronte Mansour Matloubi dans une série de heads-up à 50 000 $ en no limit hold'em. Lors de la main finale, Matloubi tenta de bluffer Ungar à tapis pour 32 000 $ à la rivière avec une board de 3-3-7-K-Q. Ungar qui avait 10-9 en main hésita un instant avant de dire à Matloubi : « tu as 4-5 ou 5-6 donc je vais te payer avec ça ». Il montre ensuite sa hauteur 10 en remportant le pot et éliminant Matloubi qui avait exactement ce qu'Ungar avait prédit[7],[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ungar, Stu. One of a Kind: The Rise and Fall of Stu Ungar [documentary]. USA: Szymanski, Al.
  2. « WSOP Hall of Fame », Poker Pages
  3. Mike Sexton, « Poker Greats », Poker Pages
  4. Steve Fishman, « The End of the Game », New York Media LLC
  5. « The Tortured Champion »
  6. Steve Fishman, « The End of the Game », New York Media LLC
  7. Phil Hellmuth, « Mansour Quits Stuey forever », UltimateBet.com,‎ 2004-08-02
  8. Tony Dunst, « He Said, She Said, Vol. 7: Stu Ungar's Famous 10-high Call », Poker News,‎ 2008-02-26 (consulté le 2010-01-12)