Stoebe passerinoides

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Stoebe passerinoides, le branle blanc, est une espèce d'arbrisseau de la famille des Asteraceae, endémique de l'île de La Réunion, caractéristique des landes et fruticées d'altitude.

Description[modifier | modifier le code]

Stoebe passerinoides est un arbrisseau densément ramifié qui peut atteindre en situations exceptionnelles 4 m de hauteur mais qui dans les conditions écologiques où il est le plus fréquemment rencontré est de taille beaucoup plus modeste, voire reste prostré au plus près du sol.

Le feuillage du branle blanc change de forme au cours du développement de plante.
Rameau fleuri de branle blanc

C'est une plante hétérophylle. Le premier type de feuillage, composé de petites aiguilles verdâtres, écartées de la tige, caractérise la phase juvénile et subsiste sur les individus qui se développent en forêt. Les feuilles du second type, appliquées contre la tige, ressemblent plus à de petites écailles. Leur base est enveloppée d'un enchevêtrement de poils blancs, ce qui donne alors à la plante un aspect général blanchâtre[1]. Cette deuxième morphologie est typique des individus des landes d'altitude qui se développent en pleine lumière.

La floraison, quoique souvent abondante, reste discrète. Les capitules, comble pour un représentant d'une famille caractérisée par ses fleurs composées, ne comportent qu'un seul fleuron tubulé qui est de couleur brune. Ces petits capitules sont eux-mêmes rassemblés en épis au sommet des rameaux. La fructification produit des akènes à pappus plumeux[2].

Appellations[modifier | modifier le code]

Le nom scientifique du genre, Stoebe, fait référence à la stébée (« stœbe ») des Anciens, une plante médicinale que Théophraste, Dioscoride et Pline décrivaient comme commune mais que les botanistes modernes ne réussirent pas à identifier avec certitude. Pour couper court à toutes spéculations, Linné décida d'en attribuer le nom à un genre de plantes originaires d'Afrique australe[3]. Quant au nom de l'espèce, passerinoides, il évoque une ressemblance avec la Passerine hérissée (Thymelaea hirsuta), un arbuste des maquis méditerranéens.

Le nom vernaculaire le plus usité, « branle blanc », comprend le nom « branle » qui est une variante[4],[5] de « brande » et qui peut désigner des bruyères ou des landes elles-mêmes dominées généralement par les bruyères. L'origine est germanique (« das Brand » : le tison)[6] et fait allusion au feu, soit que les bruyères pouvaient servir de brandons, soit que la lande était l'expression d'une régression de la végétation sous l'effet d'incendies répétés. Actuellement, en France métropolitaine, une « brande » désigne le plus souvent la bruyère à balais (Erica scoparia)[7], avec laquelle on fabrique encore aujourd'hui des panneaux de clôture. Bien que le branle blanc ne soit aucunement apparenté aux bruyères, il présente des caractères d'apparence convergents et fait partie de ce qui est appelé aux Mascareignes la végétation éricoïde (c'est-à-dire qui ressemble au genre Erica, le genre des bruyères). L'épithète « blanc » s'applique évidemment à la couleur blanchâtre du feuillage et permet notamment de marquer la différence avec le branle vert (Erica reunionensis).

Les appellations « Bois Adam » ou « Bois galeux » pour Stoebe passerinoides sont également citées par Cordemoy[8] mais ne semblent plus guère en usage.

Écologie[modifier | modifier le code]

Les touffes blanchâtres de branle blanc se mêlent, devant le piton de la Fournaise à celles du branle vert, du thym marron ou de buissons rabougris de tamarin des Hauts.

Stoebe passerinoides est typiquement une espèce pionnière à vie courte[2]. Elle est capable de coloniser des substrats minéraux grossièrement divisés. C'est l'espèce dominante des zones sommitales, au-dessus de 2 500 m, où elle forme des touffes basses et disjointes. Elle est également l'une des composantes principales des formations éricoïdes d'altitude à Erica reunionensis. Plus bas, potentiellement à toutes altitudes[9], elle est encore présente dans les fourrés arbustifs, mais plus discrètement, avec un développement en hauteur plus important et la prédominance d'un feuillage de type juvénile[10].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Restauration écologique[modifier | modifier le code]

En raison de son caractère pionnier, Stoebe passerinoides est une espèce qui peut servir d'appui à une stratégie de restauration écologique[11] en zone d'altitude.

Plante médicinale[modifier | modifier le code]

Le branle blanc est utilisé en mélange, sous forme de macération alcoolique, par divers tisaneurs de La Réunion pour soigner les rhumatismes par frictionnements. La plante est probablement toxique, car contenant des hétérosides cyanogénétiques, et n'est pas utilisée par voie interne[12].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thierry Pailler, Laurence Humeau et Jacques Figier (préf. Jean Bosser), Flore pratique des forêts de montagne de l'île de La Réunion : Identification d'arbres, arbustes, arbrisseaux et lianes indigènes, Sainte-Marie, Azalées éditions,‎ juin 1998, 120 p. (ISBN 2913158005), p. 95
  2. a et b CIRAD, Arbres et arbustes indigènes de La Réunion : Stoebe passerinoides (Lam.) Willd.
  3. Société de naturalistes et d'agriculteurs, Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle appliquée aux arts : à l'agriculture, à l'économie rurale et domestique, à la médecine, etc., t. XXXII, Paris, chez Deterville,‎ 1819 (lire en ligne), p. 196-197
  4. Annegret Bollée, Dictionnaire étymologique des créoles français de l'Océan Indien, vol. partie 1, Hambourg, Helmut Buska Verlag,‎ 2000 (ISBN 3875480597, lire en ligne), p. 172
  5. Journal des économistes : revue de la science économique et de la statistique, t. troisième, Paris, Guillaumin et Cie,‎ août 1854 (lire en ligne), p. 84
  6. Observatoire régional de l'Environnement de Poitou-Charentes : Les brandes du Poitou
  7. Tela-Botanica : Erica scoparia L.
  8. Eugène Jacob de Cordemoy, Flore de l'île de la Réunion : (phanérogames, cryptogames vasculaires, muscinées) avec l'indication des propriétés économiques et industrielles des plantes, Paris, P. Klinsksieck,‎ 1895 (lire en ligne), p. 534
  9. Sophie Lavaux et Michèle Autheman (ill. Jean-François Péneau et Jeanine Cadet), La Réunion, le piton de la Fournaise : Histoire naturelle et évolution des espèces, La Réunion, Éditions Cormoran,‎ juin 1999 (ISBN 9782904043079), p. 106
  10. Thérésien Cadet, « Étude sur la végétation des hautes altitudes de l'île de La Réunion », Vegetatio, vol. 29, 2,‎ 1974, p. 121-130 (lire en ligne)
  11. Julien Triolo, Ile de La Réunion : Guide pour la restauration écologique de la végétation indigène, Saint-Denis de La Réunion, Office national des forêts, Région Réunion,‎ novembre 2005 (ISBN 2842073010, lire en ligne), p. 65
  12. Roger Lavergne, Le grand livre des tisaneurs et plantes médicinales indigènes de La Réunion, éditions Orphie (réimpr. 2001), p. 417-419