Stochocratie

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La stochocratie (ou la clérocratie ou, au Québec, sortition) est un mode de sélection par tirage au sort.

Le nom et le concept[modifier | modifier le code]

Le mot fut utilisé pour la première fois par Roger de Sizif en 1998, dans un ouvrage de réflexion sur le mode d'élection des mandataire politiques[1]. Le mot est forgé sur les racines grecques kratein (gouverner) et stokhastikos (aléatoire).

Ainsi forgé comme démo-cratie, le mot stocho-cratie le terme est ambigü car la stochocratie n'est pas présentée comme une forme de gouvernement d'une cité qui laisserait aux mains du hasard les décisions politique, jouant, par exemple, la guerre à pile ou face.

Imaginé à la fin du 20e siècle, dans le cadre d'une réflexion politique, le mot désigne bien une modalité électorale qui n'est ni neuve ni réservée au domaine politique. Le présent article traite du concept et non du mot inventé pour le désigner.

La stochocratie ne se confond pas avec la démocratie directe, qui est une forme de gouvernement où le peuple, détenteur du pouvoir, s'exprime directement, sans l'intermédiaire d'un parlement. Or, une démocratie parlementaire pourrait désigner de choisir les membres de son parlement par tirage au sort.

Aperçu des systèmes d'élections par tirage au sort[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Jury et Jury citoyen.

Antiquité grecque[modifier | modifier le code]

La démocratie athénienne faisait appel en plusieurs endroits appel au tirage au sort.

Dans La Politique d'Aristote la démocratie est un système politique où les magistrats sont élus par tirage au sort, par opposition à l'oligarchie où les magistrats sont désignés par des élections.

Monde politique[modifier | modifier le code]

Dans l'esprit des réformes de Clisthène (fin du 6e s. av. J.-C.), chacune des 10 "tribus" doit envoyer 50 représentants nommés bouleutes à la Boulè (Βουλή). Ces représentants étaient tirés au sort dans une liste de candidats. Les candidats élus étaient soumis à un examen de moralité et de compétence (la docimasie). A partir de -487, les archontes sont tirés au sort - mais il faut noter que c'est à cette époque que s'opère un transfert du pouvoir des archontes vers les stratèges, élus. Le détenteur du pouvoir de décision n'est donc pas tiré au sort.

Monde judiciaire[modifier | modifier le code]

Klérotèrion, tableau utilisé pour le tirage au sort les jurés, Musée de l'Agora antique d'Athènes.
Pinakia, plaquettes en bronze d'identification des citoyens (nom, nom du père, dème) utilisés dans le tirage au sort des jurys, Musée de l'Agora antique d'Athènes.

Le tribunal populaire, l'Héliée, était composé de 6 000 citoyens répartis en dix classes de 500 citoyens, 1 000 restant en réserve et tirés au sort chaque année. On désignait par tirage au sort un certain nombre d'héliastes (compris entre 201 et 1 051), en fonction du type de procès.

Doge de Venise[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Doge de Venise.

La Signoria de Florence[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Signoria de Florence.

Jurys populaires[modifier | modifier le code]

Plusieurs pays, dont la France, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Belgique désignent par tirage au sort les membres des jurys populaires de certains types de procès.

Convention pour la révision de la Constitution en Irlande[modifier | modifier le code]

En Irlande la convention pour la révision de la constitution sélectionne 2/3 de ses membres de façon aléatoire, selon une méthode qui permet d'assurer sa représentativité[2].

Caisses d'épargnes espagnoles[modifier | modifier le code]

Plusieurs caisses d'épargne espagnoles choisissent les représentants de leurs clients, au hasard, parmi les détenteurs de comptes.[réf. nécessaire]

Discussion[modifier | modifier le code]

Arguments en faveur de la stochocratie[modifier | modifier le code]

  • La méfiance : la Grèce classique fut le théâtre d'un constant affrontement entre oligarques et démocrates (on lira de Thucydide sa Guerre du Péloponnèse pour s'en convaincre : au-delà du clivage Dorien & Ionien, l'opposition Sparte & Athènes cristallise la fracture entre oligarques & démocrates). De plus, les cités eurent les plus grandes difficultés à renverser les tyrannies. Le tirage au sort permettait d'écarter les minorités puissantes (les oligarques, les aristocrates) et les quelques individus à l'égo trop marqué (les tyrans, les aisymnètes, les monarques, toute personne soupçonnée d'une aspiration à la dictature ou au pouvoir personnel).
  • La religion : les Grecs anciens attribuaient le hasard à la volonté des dieux[3]. De ce point de vue, le tirage au sort assurait que le choix serait meilleur que s'il était fait par les mortels.
  • L'idéal démocratique : « Il est démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et oligarchique qu'elles soient électives[4]» dit Aristote ; choisir les meilleurs (grec aristoi) constitue par définition un système aristocratique, alors qu'un tirage au sort permet de faire participer tout le peuple sans aucune distinction. La démocratie supposant l'égalité des citoyens, le tirage au sort devrait permettre d'avoir le gouvernement le plus représentatif sans craindre l'incompétence.
  • La répartition des tâches : les charges publiques étaient lourdes, puisqu'elles réclamaient une présence régulière (voire continue), et la rémunération de cinq oboles par jour (une drachme, c'est-à-dire 6 oboles pour les prytanes) ne représentait que le salaire d'un ouvrier manuel. Ainsi, un tel système permettait de répartir la charge entre tous, et de fait les volontaires devaient être plus nombreux.
  • Montesquieu : Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie. Le sort est une façon d'élire qui n'afflige personne; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie.[5].
  • Elle constitue un frein au carriérisme politique, et au lobbying, et aboutirait à des décisions plus représentatives de l'avis de l'ensemble de la population, sans pour autant avoir la lourdeur de la démocratie directe, plus courageuses et moins démagogiques, les représentants n'étant pas conditionnés par la perspective de préparer une réélection.
  • la stochocratie facilite l'émergence des idées nouvelles.

Arguments contre la stochocratie[modifier | modifier le code]

  • perte de contrôle par le peuple.
  • celui qui est tiré au sort n'a pas de programme politique sur la base duquel il est élu
  • l'élu peut être incompétent
  • les élections régulières permettent au peuple de sanctionner les programmes politiques qui ont été engagés (en réélisant si le programme est approuvé ou en changeant si le programme est mauvais), d'une façon générale elles permettent au peuple d'influencer les candidats qui sont mis en concurrence et doivent adapter leurs programmes pour recueillir le plus de suffrages.
  • A travers le hasard, les Athéniens s'en remettaient en fait à la volonté ou à la clairvoyance de leurs dieux - principe non recevable dans une société laïque.
  • La politique ne s'improvise pas mais nécessite une formation, un engagement et une vocation.
  • l'ensemble des élus tirés au sort n'assurent pas la représentation de la diversité de la société électrice.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Essais et articles[modifier | modifier le code]

Fictions[modifier | modifier le code]

Plusieurs auteurs de science-fiction, d'utopie ou d'uchronie ont inventé et décrit des systèmes stochocrastiques.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Stochocratie Les Belles Lettres, 1998.
  2. Méthode de sélection pour les membres publiques de la convention: https://www.constitution.ie/Documents/BehaviourAndAttitudes.pdf
  3. Voir aussi Ordalie.
  4. Aristote, Les Politiques, livre IV, 1294b. Paris, G. F., 1993.
  5. De l'esprit des lois, II, 2.