Steven Hill

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Steven Hill

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Steven Hill dans Mission: Impossible, épisode n°2 Mémoire, septembre 1966

Nom de naissance Solomon Krakovsky
Naissance (93 ans)
Seattle, État de Washington
États-Unis
Nationalité Drapeau des États-Unis Américaine
Profession Acteur
Adaptateur de pièces de théâtre
Auteur de théâtre
Films notables Mission: Impossible (Saison 1)
New York District
The Sacco-Vanzetti Story
Philco Television Playhouse
Alfred Hitchcock présente
Un enfant attend
Trente minutes de sursis
Billy Bathgate
L'Affaire Chelsea Deardon
Yentl
La Firme

Steven Hill, né le à Seattle, est un acteur américain de 1940 jusqu'à son retrait de la profession en 2000 à l'âge de 78 ans. Il est aussi un adaptateur de pièces de théâtre à l'Actors Studio et à quelques reprises un auteur de théâtre durant les années 1940 et 1950.

Il obtient ses premiers contrats d'acteur à l'après-guerre dans les stations de radios à New York, au théâtre à Broadway ainsi que dans les productions de l'Actors Studio sur scènes ou à la télévision de la fin des années 1940. Acteur établi au théâtre et reconnu pour son talent, les studios d'Hollywood l'engagent à la télévision et à quelques reprises au cinéma dans les années 1950 et 1960. Au grand écran, il joue son premier film dans La Dame sans passeport (1950) de Joseph H. Lewis et son premier rôle important dans le film dramatique La Déesse (1958) sous la direction de John Cromwell. Dans les années 1960, John Cassavetes l'engage dans le drame social Un enfant attend (1962) et Sydney Pollack dans le thriller Trente minutes de sursis (1965).

Prolifique au petit écran, il joue le plus souvent des premiers rôles entre autres pour des metteurs en scène de renoms comme Alfred Hitchcock, Sidney Lumet, John Frankenheimer, Sydney Pollack ou Arthur Penn durant l'âge d'or de la télévision américaine.

En 1966-1967, il connaît la notoriété mondiale à travers le rôle emblématique de Daniel Briggs dans la première saison de Mission: Impossible avant son éviction de la série et de son retrait d'Hollywood pendant dix ans. À son retour, il débute à l'âge de 55 ans une deuxième carrière au cinéma et à la télévision, avec en pointe son rôle du procureur général Adam Schiff dans la série télévisée New York District de 1990 à 2000.

Il remporte un Sylvania Television Award pour le rôle dramatique de l'année 1954, dans la série jouée en direct à la télévision, le Philco Television Playhouse dans l'épisode Man of the Mountain Top du metteur en scène Arthur Penn.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse de Seattle à New York[modifier | modifier le code]

Steven Hill est né sous le nom de Solomon Krakovsky de parents d'origine russe[1]. Il découvre le théâtre pendant son enfance lorsque sa sœur participe à un concours de talent[2] d'élocution sur scène.

West Seattle High School, université de la ville de Seattle, état de Washington, États-Unis.

Quelques décennies plus tard, à Chris Chase, un journaliste du New York Times, il déclare avec un regard amusé sur lui enfant et de son imaginaire d'alors :

« Cela ne me dérangerait pas que tous ces gens me regardent, que le projecteur brille sur moi. Cela pourrait être amusant[2]. »

Originaire de Seattle, sur la côte nord-ouest des États-Unis, il étudie à l'université de l'état de Washington pendant un an. Par le biais de sa sœur aînée, déjà bien impliquée dans le théâtre avant lui, elle encourage son frère et lui donne des conseils de ne pas faire une carrière d'acteur amateur tout en continuant notamment ses études[3].

Diplômé à la West Seattle High School en 1940[4], Steven Hill part travailler à Chicago pendant huit mois, puis reste à New York pendant deux ans[3]. C'est une période de labeur et de difficulté, il frappe à toutes les portes pour décrocher une pige dans un théâtre ou un petit contrat d'acteur[3]. De ses premières années d'acteur sans emploi, philosophe, il dit : « La caractéristique d'un acteur qui s'établit est la persévérance[3]. »

Il incorpore l'armée en 1942 et sert durant quatre ans la United States Navy Reserve (U.S.N.R.) qui est la réserve de volontaires de la Marine des États-Unis[5]. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le jeune homme se destine toujours à devenir un acteur, un métier qu'il commence à partir de 1946 dans les stations new-yorkaises de radios puis sur les planches des théâtres de Broadway à New York[6].

Période Broadway[modifier | modifier le code]

Le jeune acteur Hill fait sa première apparition en 1946 sur la scène de Broadway dans le rôle du premier soldat dans A Flag is Born, signifiant en français La naissance d'un drapeau, dans une mise en scène de Ben Hecht avec dans la distribution le prometteur jeune acteur Marlon Brando et Paul Muni.

Durant cette époque, le grand metteur en scène américain Elia Kazan, l'invite à rejoindre Marlon Brando, Montgomery Clift et d'autres acteurs en tant que membre fondateur de l'Actors Studio. Un moment important pour Steven Hill : « C'était un autre sentiment de reconnaissance[6]. »

Broadway à Times Square, quartier des théâtres de New York. Lieu tournant de la carrière de Steven Hill.

Le premier tournant de sa carrière arrive à partir de 1948, dans le rôle de Stefanowski dans la pièce de théâtre Mister Roberts[6],[7] avec Henry Fonda dans le rôle principal du Lieutenant Roberts et Joshua Logan comme metteur en scène. Cette pièce de théâtre est reprise dans le film Permission jusqu'à l'aube en 1955, d'un trio de réalisateurs réputés qui sont John Ford, Mervyn LeRoy et, de nouveau présent dans ce projet, Joshua Logan et de stars du grand écran représentées par Henry Fonda, reprenant alors son rôle, James Cagney, William Powell et Jack Lemmon.

Au sujet de son travail d'acteur de théâtre dans Mister Roberts, Steven Hill raconte :

« Le metteur en scène, Joshua Logan, a pensé que j'avais certaine capacité et il m'a empêché de créer l'une des scènes. Alors j'ai improvisé un dialogue qui est allé dans le spectacle. C'était ma première adhésion à un projet. Cela m'a donné un énorme encouragement à rester dans le métier[6]. »

Tout en étant activement impliqué à l'Actors Studio, il joue dans plusieurs pièces et accumule de l'expérience entre autres avec Sundown Beach, une production de l'Actors Studio, mis en scène par Elia Kazan dans le rôle de Thaddeus Long en septembre 1948. Il prête aussi le trait au personnage de Lyndstrand dans la pièce dramatique The Lady from the Sea en août 1950. Les productions théâtrales de Times Square deviennent une étape importante dans le développement artistique de l'acteur[3].

À partir de la fin de l'année 1950 jusqu'à la mi-1951, Steven Hill joue son premier rôle important à Broadway dans The Country Girl. La pièce traite du sujet des gens du théâtre et des drames en coulisses d'une star déchue qui tente un retour sur scène[8]. Pour le journal new yorkais le Brooklyn Eagle du 11 novembre 1950, Steven Hill projette avec brio une image forte et pénétrante d'un jeune génie du théâtre lors de son interprétation sur scène[8]. Par ce premier grand rôle, Hill commence à devenir un acteur établi et à se construire une réputation solide à New York qui l'amène dès le début de la décennie 1950 vers la télévision et le cinéma.

Son dernier rôle important au théâtre est auprès du psychanalyste Sigmund Freud en 1961. Toujours sur la scène de Broadway, il dépeint pendant huit mois la vie du découvreur de l'inconscient à l'âge de trente-cinq ans qui se prépare à quitter la ville de Vienne occupée par le danger nazis[9]. C'est une pièce qui décrit également la complexité des relations entre lui et sa patiente, jouée par Kim Stanley[10], qu'il tente de soigner en localisant la peur et le désir qui ont causé la paralysie de ses jambes[9]. À la suite de son interprétation de Freud, Steven Hill remporte des critiques élogieuses sur Broadway[2] comme étant un acteur aux rôles difficiles à dimensions psychologiques[11].

Débuts télévision et cinéma[modifier | modifier le code]

À côté de ses activités au théâtre, il fait ses débuts à la télévision dans plusieurs épisodes de la série consacrée à l'Actor's Studio en 1949. Produite par ABC télévision, cette série dramatique joue des pièces en direct, des écrivains comme Edgar Allan Poe ou James Thurber, avec les membres de l'Actor's Studio présents qui sont Julie Harris, Cloris Leachman et de temps en temps, Marlon Brando et Steven Hill[12].

Après la série télévisée Actor's Studio, il participe à de nombreux épisodes des différentes productions dramatiques qui sont jouées en direct à la télévision, sans filet, dans les conditions du théâtre. En 1949, il joue dans Suspense qui est une série dérivée de la série radiophonique à succès diffusée sur les ondes de la CBS Radio depuis les années quarante. Il fait partie du casting de Danger en 1952, un drame policier psychologique, qui est l'une des premières séries à faire usage de la musique en fond sonore. Il est présent entre autres dans la série appelée Lux Video Theatre en 1952 qui est une comédie dramatique diffusée sur NBC télévision.

Actors Studio, quartier de Manhattan, New York, États-Unis.

Hill se souvient de cette époque révolue de la télévision, disant que  : « C'était une période très inhabituelle de travail à la télévision pour les acteurs parce que, tout d'abord, il n'y avait pas d'arrêt une fois que le show a commencé. C'était tout du direct, et votre cœur était dans la bouche à chaque instant du temps. Si vous faisiez une erreur en face de millions de téléspectateurs - en plus des personnes du métier qui vous regarde - je veux dire, vous ne pouviez pas vous rétracter et refaire la scène encore... C'était éprouvant nerveusement[3]. »

En 1950, il débute sur grand écran auprès de la MGM qui l'engage pour le second rôle de Jack dans La Dame sans passeport de Joseph H. Lewis, un film appartenant au genre cinématographique dit du film noir[2]. Il rejoue un second rôle dans le même genre cinématographique en 1955 dans Les visiteurs maudits, ou Storm Fear en anglais[13]. Il décroche son premier rôle majeur en jouant le personnage de John Tower[2], le fils de Kim Stanley, au côté de Lloyd Bridges dans le film dramatique La Déesse en 1958, un long métrage librement inspiré de la vie de Marilyn Monroe[14].

Ses premières expériences au cinéma se révèlent artistiquement peu concluantes, il n'est pas satisfait des rôles qu'on lui propose et repart pour New York. En juin 1962, dans les colonnes du quotidien américain The Blade, il raconte au sujet de ses premiers pas sur grand écran : « J'ai eu le sentiment que je ne voulais pas commencer ma carrière à l'écran en jouant des rôles inoffensifs[15]. »

Dans les années 1950 et 1960, c'est sous le pseudonyme parfois de Steve Hill qu'il tourne le plus souvent à la télévision qui connaît alors son âge d'or. Il joue dans tous les genres existants de l'époque, dans un ou plusieurs épisodes, dans une dizaine de drame tels que dans Starlight Theatre en 1950, Goodyear Television Playhouse en 1953 ou Studio One en 1957, des comédies dramatiques dans Schlitz Playhouse of Stars en 1952 et Playwrights '56 en 1956, des séries policières dans The Mask en interprétant un jeune danseur en 1954 ou dans Kraft Suspense Theatre dans le costume d'un agent de police de la sécurité en 1965.

Il ajoute à son curriculum-vitae des séries d'aventure comme dans les Aventures dans les îles pour la Twentieth Century Fox en 1961[16] ou dans Route 66 en février 1962[17]. Route 66 est une série qui raconte les aventures de deux jeunes vagabonds sur la mythique Route 66 à travers les États-Unis[18]. En plus des séries d'aventure, sa carrière évolue dans des séries, de science-fiction dans deux épisodes de Lights Out en 1952, de guerre dans Espionage dans une coproduction anglo-américaine d'ATV en octobre 1963, puis dans une série musicale The Seven Lively Arts en revêtant le rôle de Nick Adams en 1957.

Bartolomeo Vanzetti, Steven Hill interprète le militant anarchiste dans The Sacco-Vanzetti Story en 1961 pour la NBC télévision.

L'acteur américain contribue aux importantes productions de la télévision de l'époque et il y rencontre le succès dans le show business[15]. Les metteurs en scène appellent généralement Steven Hill pour sa polyvalence dans les rôles les plus difficiles à jouer, dans la profondeur et la complexité des personnages[11], tels que dans Playhouse 90 en 1959 sous la direction de John Frankenheimer[11] d'après une histoire de l'écrivain Ernest Hemingway, ou dans Goodyear Theater à la fin de la décennie 1950.

Le « maître du suspense » Alfred Hitchcock, dans Alfred Hitchcock présente en 1957, recrute l'acteur qui enfile le costume de Joe Kedzie. Le personnage de Kedzie est un libéré de prison et le détenteur d'un gros butin caché au fond d'un puits d'une mine dans le désert, tout en étant l'objet de toutes les convoitises de ses proches qui vont tenter de l'éliminer[19]. Il apparaît aussi dans les séries appréciées du grand public, dans Les Incorruptibles en 1960 avec Robert Stack dans le costume d'Eliot Ness qui combat un gangster flamboyant et trafiquant de drogues du nom de Jack "Legs" Diamond, interprété par Hill[20] ou en 1964 dans Le Plus Grand Chapiteau du monde avec Jack Palance portant les traits d'un directeur de cirque et Hill endossant le rôle de Frankie Santene le temps d'un épisode[21].

En juin 1960 pour l'émission spéciale du Sunday Showcase[22] sur la NBC, Steven Hill et Martin Balsam interprètent respectivement les deux figures historiques américaines de Bartolomeo Vanzetti et de Nicola Sacco[23] dans The Sacco-Vanzetti Story du metteur en scène Sidney Lumet. The Sacco-Vanzetti Story, qui offre une nomination aux Emmy Awards 1961 à son metteur en scène[24], est un téléfilm historique en deux parties sur l'histoire et le procès retentissant des deux militants anarchistes Sacco et Vanzetti, reconnus coupables d'un meurtre qu'ils n'ont pas commis et condamnés à mort dans l'état de Massachusetts aux États-Unis pendant les « années folles ».

Quelques années plus tôt, il revêt un autre rôle important de sa carrière en incarnant Horace Mann Borden dans la série diffusée en direct à la télévision dans le Philco Television Playhouse, sous la direction d'Arthur Penn, dans l'épisode Man of the Mountain Top en 1954. De cette adaptation d'une pièce de Broadway, il remporte le prix du Sylvania Television Award de l'acteur dramatique de l'année[25], le 30 novembre 1954.

Hollywood et réputations artistiques[modifier | modifier le code]

À la suite de cette récompense, le président des studios Columbia, Harry Cohn appelle le nouveau lauréat des Sylvania Awards[15] à rejoindre la production d'un film biblique nommée Joseph et ses Frères, en anglais Joseph And His Brethren, qui ne se réalise pas. Néanmoins, pour Steven Hill, ce deuxième retour à Hollywood est positif : « Le film ne deviendra jamais réalité, mais mon expérience au studio était incroyable que j'ai été amené à écrire une pièce de théâtre autour de cela[15]. »

Sa pièce est passée à travers quatre réécritures successives par des différents auteurs dont les titres sont The Test, Get That Dough, The Great Unknown et Hang On, Ted Georgetown qui ne connaissent pas de suite[15].

Colline d'Hollywood, à Los Angeles, état de Californie, États-Unis.

L'acteur se fait connaître durant cette période par un tempérament de jeune rebelle, se battant avec véhémence avec les metteurs en scène et les producteurs d'Hollywood[26]. Il est congédié de rôles vedettes dans quatre pièces de Broadway[26] et passe à côté de plusieurs rôles au cinéma. Il refuse plusieurs séries dont notamment celui du pianiste de jazz reconverti en détective privé dans Johnny Staccato dans le rôle principal de Staccato, repris finalement par l'acteur John Cassavetes en 1959[11]. Steven Hill, dans une quête d'équilibre et d'épanouissement artistique, déclare à la presse en avril 1960 :

« La principale raison est que je ne serais pas heureux. Et un acteur ne peut pas faire un bon travail quand il est malheureux. Les fois dans ma carrière quand j'ai pris part (à des projets) et que je n'étais pas complètement emballé, j'ai fait un mauvais travail[11]. »

Les relations de Hill avec les studios, notamment avec les producteurs sont difficiles, voire parfois ingérables au sujet de la mise en scène[26]. Hill s'explique ainsi : « Le problème était... Je pensais que je savais toutes les choses au sujet du jeu d'acteur. C'était un long moment avant que je commence à réaliser qu'il y avait des gens aussi intelligents que moi[26]. »

Le perfectionnisme de l'acteur formé à l'Actors Studio lui attire des problèmes auprès de certains producteurs dont l'un d'entre eux dit que : « Il a grillé sa chance à Hollywood[26]. » La carrière de Hill en pâtit pendant près de trois ans, un frein qu'il amène à faire de la vente de matériel et d'aller pointer au chômage afin de soutenir financièrement sa famille, notamment ses quatre enfants. À ce sujet, il dit : « Je suis passé par un tronçon de trois ans de chômage chronique[15]. », et poursuit : « Comme il n'y avait pas d'emplois en intérim pour moi, j'ai fait de l'écriture. J'ai écrit une pièce intitulée The Cool Cats, mais il n'a eu un essai que beaucoup plus tard. En attendant, j'ai eu des petits boulots et j'ai fait une émission de télévision de temps en temps[15]. »

Cependant, parmi les acteurs à Hollywood, la réputation de Hill est élogieuse, Lee Strasberg déclare dans une interview au New York Times : « Steven Hill est considéré comme l'un des meilleurs acteurs que l'Amérique n'ait jamais produit[2]. » L'acteur Farley Granger a travaillé avec Hill sur une adaptation au théâtre des écrits de l'écrivain russe Dostoïevski, il cite son ancien collègue en ses termes : « Ceux d'entre nous qui ont eu la chance de le voir sur scène retiendront de lui comme un acteur d'une immense profondeur et de tessiture[27]. »

Affiche du film Un enfant attend de John Cassavetes avec Burt Lancaster, Judy Garland, Gena Rowlands et Steven Hill.

Pour l'acteur et metteur en scène John Cassavetes souhaitant travailler avec un acteur de la carrure de Hill, il déclare en octobre 1962 : « Il est l'un des meilleurs acteurs dans les années à venir[26]. » Et à propos de l'ostracisme des studios sur Hill, Cassavetes ajoute : « J'ai attendu six ans pour obtenir la bonne partie d'engager Steve[26]. »

Cassavetes emploie Steven Hill durant l'automne 1962 dans le cadre de son troisième film appelé Un enfant attend avec Burt Lancaster et Judy Garland dans les premiers rôles. Un enfant attend est un drame social qui raconte l'histoire d'un jeune déficient mental dont le rôle des parents bouleversés est joué par Hill et Gena Rowlands[28].

En 1965, Sydney Pollack tourne son premier film avec Trente minutes de sursis, un thriller tourné dans la ville natale de Steven Hill. L'acteur de renom est dans la distribution principale avec Sydney Poitier, Anne Bancroft et Telly Savalas sur une musique de Quincy Jones[29]. Inspiré d'une histoire vraie, Trente minutes de sursis est une course contre le temps, l'intrigue du film met en scène le personnage de Sydney Poitier qui reçoit un appel d'urgence d'une femme, déprimée et suicidaire, jouée par Anne Bancroft qui a pris une dose mortelle de somnifères. Le personnage de Poitier tente par des efforts désespérés de retrouver son psychiatre, Telly Savalas, et le mari méprisant de cette femme, joué par Steven Hill[30]. A la sortie du film, Hill reçoit des critiques favorables dans le New York Times qui écrit :

« La description de Steven Hill en capitaine du bateau de pêche dont l'agréable existence domestique a explosé les limites, est purement trouble, de façon amer et maussade, d'un homme émotionnellement déchiré[31]. »

Peu employé et pratiquement banni du cinéma et du théâtre durant les années 1960, il est essentiellement présent à la télévision dans des rôles de guest star, parmi les séries populaires de l'époque telles que celles du Dr. Kildare en 1962 avec Richard Chamberlain. Il participe aux deux séries, Ben Casey et au Bob Hope Presents the Chrysler Theatre, en 1963 du jeune metteur en scène Sydney Pollack. Au printemps 1963, dans l'épisode Barefoot on a Bed of Coals[32] de la série policière Naked City[33], le jeune acteur débutant Dustin Hoffman, dans le rôle d'un braqueur, donne la réplique au faux policier joué par Steven Hill.

Il revient pour la deuxième fois dans la célèbre production télévisée du Alfred Hitchcock présente en 1964 et 1965[6]. C'est un retour qui s'opère en 1964 dans le rôle hitchcockien d'un escroc financier nommé Charlie Osgood qui tente de maquiller sa propre mort avec l'aide du personnage de Joanna Moore contre son collègue et partenaire en affaires joué par Richard Anderson[34]. L'année suivante, il incarne un autre personnage hitchcockien en la personne de monsieur Manners, un suicidaire sauvé par les pompiers qui se retrouve au Thanatos Palace Hotel, un lieu de préparation à la mort. Il rencontre le personnage joué par Angie Dickinson qui trouve une raison de vivre lorsqu'elle est à son contact[35]. Début 1966, il participe à une autre série mondialement connue Le fugitif, dans le rôle d'un politicien sauvé d'un avion par David Janssen dans le rôle du fugitif Richard Kimble[36].

La situation de l'acteur évolue sensiblement durant la production de la série western Rawhide, avec Clint Eastwood dans l'épisode The Gray Rock Hotel[37] diffusée au printemps 1965. Il y croise le producteur de cette série, Bruce Geller, qui apprécie le jeu introspectif de l'acteur et lui offre l'opportunité de rejoindre la future série qui est en cours d'élaboration[2]. À partir de 1966, Steven Hill obtient à la fois, le rôle le plus important de sa carrière à la télévision et le premier rôle de l'agent secret Daniel Briggs, de la série phénomène de la fin des années 1960 dans Mission: Impossible.

Mission impossible[modifier | modifier le code]

En 1966, Bruce Geller, le producteur exécutif, démarre la production d'un pilote nommé Briggs Squad, puis renommé FMI durant le processus de développement. Finalement, la série est dotée du nom définitif de Mission: Impossible[6], tournée dans les studios Desilu et diffusée à partir de septembre 1966 sur le réseau de la chaîne CBS télévision.

L'I.M.F en action: (de gauche à droite) Steven Hill et Martin Landau dans le premier épisode de Mission: Impossible (1966)

Steven Hill a le rôle principal de l'agent secret Daniel Briggs, le chef de l'I.M.F. (Impossible Missions Force) dont le but est de recruter une équipe d'agents secrets capable d'intervenir dans des dictatures et de déjouer les plans ou les pouvoirs en place dans l'anonymat. La distribution comprend les acteurs Barbara Bain, Martin Landau, Greg Morris et Peter Lupus[6] constituant l'équipe de l'Impossible Missions Force.

Dans les coulisses de la production de Mission: Impossible, les cadres de Desilu Production et de CBS télévision sont au départ en désaccord au sujet du choix de Steven Hill dans le rôle principal, en raison de sa réputation d'acteur difficile à gérer auprès des producteurs et des réalisateurs[2]. Le producteur Geller sûr de son choix, veut uniquement Hill pour le rôle du cerveau de l'équipe de l'IMF. Il réussit à convaincre les responsables de Desilu Studios de la crédibilité de l'acteur, dont les dirigeants sont les acteurs et producteurs, Lucille Ball, star de la chaîne CBS avec I Love Lucy ou The Lucy Show, et Desi Arnaz[2]. Herb Solow, le producteur exécutif en charge à Desilu, soutient aussi le choix de Hill : « Nous voulions obtenir le genre de gars que vous ne pensiez pas faire ce genre de rôle. »

De plus, Geller se retrouve aussi confronté à l'hostilité des cadres de CBS télévision, estimant entre autres que l'acteur n'est pas une idole de la télévision, ni une star assez vendeuse pour tenir le premier rôle d'une importante série[2].

Le conflit est sous-jacent entre l'acteur et la production au cours des premières semaines de tournages de la première saison. L'opposition débute à propos du calendrier de tournages. À de nombreuses reprises, les producteurs débordent dans le planning des tournages qui sont importants et chronophages, notamment le week-end. À chaque fin de semaine, la production travaille et retravaille les scènes techniques qui sont les plus onéreuses, certains épisodes coûtent des milliers de dollars en heures supplémentaires[38],[2]. Des heures supplémentaires qui obligent les acteurs à être présent notamment le vendredi soir ou le samedi, jour de chabbat, ou durant tout un week-end[2].

De confession juive orthodoxe et impliqué dans la pratique religieuse depuis son interprétation de Freud au théâtre en 1961[2], Steven Hill ne peut suivre les exigences des producteurs dans le prolongement des tournages le week-end. Conformément à son contrat professionnel[2], il peut rentrer chez lui tous les vendredis soir à la fois pour se reposer et pratiquer son culte, quelles que soient les conditions de tournage.

Une partie de l'équipe de l'I.M.F: (de gauche à droite) Martin Landau, Barbara Bain et Steven Hill dans Mission: Impossible (1967)

En refusant toute forme de souplesse de son contrat, la production, irritée, commence à en vouloir à l'acteur. De ces différences irréconciliables naissent des rapports conflictuels entre l'acteur et la production. C'est lors de l'épisode n°23, intitulé "Silence, on tourne", qu'une suspension des producteurs s'impose à Steven Hill. Ce dernier refuse au cours d'une scène d'action de monter les chevrons à travers un escalier sonore. Un refus n'ayant rien à voir avec le chabbat de l'acteur[2].

Cette décision de le suspendre a comme conséquence la disparition de l'acteur dans l'épisode "Silence, on tourne", la réduction considérable de son personnage dans les cinq derniers épisodes de la première saison et de l'éviction de l'acteur de la série. Ce sont dans les bureaux de CBS, entre les cadres de la chaîne, voulant la révocation de Hill, et Lucille Ball, productrice en chef de Desilu que le sort de l'acteur se joue. Lucille Ball soutient l'acteur en posant un ultimatum à CBS de retirer le programme phare de la chaîne avec le Lucy Show, si elle n'est pas suivie dans ses recommandations de garder l'acteur dans la série. Suite aux interventions de Ball, Perry Lafferty, le vice-président de CBS, initie une rencontre, sans la présence de Lucille Ball, entre les cadres des deux entreprises, Desilu Studio et CBS, portant uniquement sur le devenir de l'acteur dans la suite de la série[2]. Dès le premier épisode de la deuxième saison, Peter Graves obtient le rôle principal de Jim Phelps, le nouveau chef de l'I.M.F, et remplace définitivement Steven Hill.

Près de vingt ans après la série, idéaliste, Hill soutient dans le New York Times au sujet de sa vision du métier d'acteur :

« Je ne pense pas qu'un acteur doit jouer chaque jour. Je ne pense pas que cela est bon pour le soi-disant processus créatif. Vous devez avoir des périodes lorsque vous quittez la jachère des terres, c'est pour la laisser se revitaliser[39]. »

Du désert artistique à New York District[modifier | modifier le code]

Après son éviction de la série pendant l'été 1967, l'acteur quitte Hollywood et connaît une longue traversée du désert durant près de dix ans. Les raisons de son départ de la capitale du cinéma sont : « J'ai quitté (Hollywood) parce que, même après ce genre d'expérience merveilleuse, je sentais que je voulais aller dans d'autres choses sur le plan de mes capacités, et aussi pour étendre mes ailes[3]. »

Le comté de Rockland, état de New York, États-Unis, lieu de résidence de Steven Hill de la fin des années 1960 jusqu'au milieu des années 1970.

Il se retire avec sa famille pendant cinq à six ans auprès de la communauté juive du comté de Rockland à une cinquantaine de kilomètre de New York[39]. Dans les années 1990, Steven Hill se souvient de ces années difficiles de ce qu'il appelle : « Une énorme période de chômage[6]... »

Afin de subvenir aux besoins de sa famille composée de neuf enfants, il s'investit professionnellement durant quelques temps en tant que vendeur dans l'immobilier, ou vendeur de programmes du niveau secondaire pour Bell & Howell[3]. Il est aussi un vendeur pour des entreprises et des écoles paroissiales, dans le commerce de désodorisants pour les salles de bains[3]. Il ajoute à ses activités quelques publicités télévisées en 1972[40], dont une sur un remède contre les maux de tête[38]. De nombreux métiers bénéfiques humainement qui permet de dire à Hill : « J'ai donc eu ce genre d'expériences, ce qui a probablement développé, à mon insu, le coffre au trésor d'expériences de vie qu'un jour je pourrais probablement utiliser si je revenais dans le métier d'acteur[3]. »

Le virus du métier d'acteur le reprend au milieu des années 1970, il retrouve le chemin des plateaux de télévision pour la première fois en 1976 dans la série dramatique de CBS télévision, nommée The Andros Targets. Une série qui décrit le monde du journalisme confronté à la corruption dans la ville de New York, avec James Sutorius dans le rôle principal du journaliste d'investigation Mike Andros. Réalisé par Don Weiss et diffusé le 7 février 1977, l'épisode In The Event of my Death[41] met en lumière la découverte de Mike Andros sur la responsabilité du chroniqueur politique Ed Conway, interprété par Steven Hill, assailli par la foule de New York, lorsqu'un journaliste corrompu du New York Forum meurt dans l'explosion d'une voiture destinée alors à un autre journaliste[42]. L'année suivante en 1978, il joue le rôle de l'une des personnalités historiques du mouvement des droits civiques, celui de Stanley Levison, dans la mini-série appelée King basée sur la vie de Martin Luther King[43]. Levison est le conseiller et un proche ami du révérend King pour lequel il aide à écrire ses discours et à organiser ses manifestations publiques.

Jusqu'à son dernier projet artistique dans New York District, il ne participe qu'à quelques séries télévisées faisant preuve notamment de trois contributions dans On ne vit qu'une fois en 1984, d'une seule participation dans l'épisode Ombres et lumières du notoire inspecteur Columbo en 1989 et également d'une seule présence dans la série judiciaire Equal Justice[44] en 1990. Dans cette dernière série, l'épisode Goodbye, Judge Green est centré sur le juge Green, interprété par Steven Hill. Le comportement au prétoire du juge Green amène à détruire une affaire de viol dont la victime et son avocate, interprétées respectivement par Angela Bassett et Jane Kaczmarek, tentent d'avoir justice[45].

Titre du générique en anglais de la série télévisée New York District, dernier projet artistique de Steven Hill.

Approché pour le rôle du psychiatre Sam Loomis dans La Nuit des masques de John Carpenter en 1978[46],[4], il opère finalement son retour sur grand écran en 1980 dans la comédie romantique C'est ma chance dans un second rôle. Parmi les personnages, Jill Clayburgh joue le rôle de sa fille, Beverly Garland joue le rôle de la mère de Michael Douglas et la compagne de Hill dans un film axé sur les relations humaines et amoureuses[47]. L'acteur retrouve de nouveau les plateaux de tournage avec une succession de rôles à dimension comique de 1981 à 1986, avec L'Œil du témoin en 1981, puis Le contrat et Brighton Beach Memoirs, les deux films en 1986, ainsi qu'une petite participation dans la comédie Ras les profs ! en 1984.

Les metteurs en scènes invitent l'acteur expérimenté dans de grandes productions cinématographiques dans Yentl avec et de Barbra Streisand en 1983 ou dans L'Affaire Chelsea Deardon d'Ivan Reitman en 1986 avec Robert Redford, Debra Winger et Daryl Hannah dans les premiers rôles[6].

Puis à partir de 1990, alors qu'il tourne Billy Bathgate une autre production hollywoodienne, dans lequel il joue un gangster de la finance nommé Otto Berman, l'occasion de participer de nouveau dans la distribution principale d'une série se présente avec New York District, ou de son titre original en anglais Law and Order[6]. Pour Steven Hill, c'est un déclic : « Le concept de ce titre m'a frappé[6]. »

De 1990 jusqu'à sa retraite du métier d'acteur en 2000, il fait partie de la distribution de la série télévisée New York District diffusée sur NBC télévision avec notamment Sam Waterston ou Jill Hennessy jouant ses collaborateurs. Il interprète le rôle du procureur général Adam Schiff, à la fois un sage et un mentor auprès de ses collègues. Un procureur général qui prend des décisions finales pragmatiques et équilibrées sur les affaires les plus difficiles en cours, tout en ayant une connaissance profonde des rouages du système judiciaire américain.

Au sujet de son personnage de procureur général dans la série : « Schiff est le rôle le plus difficile que j'ai eu, en raison de tout le jargon juridique.[...] C'est comme travailler dans une deuxième langue[6]. »

Durant sa deuxième partie de vie professionnelle, tel un jeune acteur, Steven Hill a cherché des rôles ayant un but social, portant un regard lucide, sans concession sur sa carrière, qui est à son avis : « une histoire d'une profonde instabilité et de changement[6]. »

Il a recherché aussi la réconciliation avec son métier d'acteur et avec Hollywood[6], en exprimant avec sérénité dans le New York Times de février 1996 :

« Plus tard, j'ai appris que le show-business est un milieu divertissant. J'ai donc eu à concilier mes sentiments idéalistes avec la réalité[6]. »

Théâtre[modifier | modifier le code]

Liste non-exhaustive des pièces de théâtre jouées.

  • 1946 : A Flag Is Born - Le premier soldat
  • 1948-1951 : Mister Roberts - Stefanowski
  • 1948 : Sundown Beach - Thaddeus Long
  • 1950 : The Lady from the Sea - Lyngstrand
  • 1950-1951 : The Country Girl - Bernie Todd
  • 1961 : A Far Country - Sigmund Freud

Filmographie[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • The Complete 'Mission: Impossible' Dossier, Par Patrick J. White, Avon Books (New-York, 1991)

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p (en) John Sobiski, « Steven Hill: Hollywood's Most Talented Curmudgeon », sur www.podengo.com (consulté le 3 mai 2015)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) Susan King, « He Helped Make the Case for the Golden Age of Television », sur www.latimes.com, Los Angeles Times,‎ (consulté le 3 mai 2015)
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  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o (en) Peter M. Nichols, « On Law and Order, a Real Idealist », sur www.nytimes.com, The New York Times,‎ (consulté le 6 avril 2015)
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Liens externes[modifier | modifier le code]

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