Stephen Ward

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Stephen Ward (19 octobre 1912 - 3 août 1963) est un journaliste britannique au centre du scandale Profumo.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après des études d’ostéopathie en Amérique, Ward s'installe à Londres et travaille très vite pour une clientèle triée sur le volet : le cousin de Philip, prince consort de la reine d’Angleterre, David Milford Haven, Winston Churchill, Averell Harriman, Danny Kaye et Elizabeth Taylor.

Talentueux portraitiste, il obtient également le rare privilège d'exposer chez Leggatt, le galeriste agréé par la reine. Parmi ses modèles, on compte le leader du parti travailliste Hugh Gaitskell, le Premier ministre Harold Macmillan, le ministre Duncan Sandys, Lord Boothby, Douglas Fairbanks, et Sophia Loren, le duc de Kent, la princesse Margaret, Lord Snowdon, le duc de Gloucester, et bien sûr, le prince Philip. Mais ce sont d'autres domaines de sa vie privée qui allaient enflammer la nation. A Cliveden, la propriété de Lord Astor, Ward loue un cottage où il organise des week-ends de débauche auxquels il convie de très jeunes filles, et parfois des call-girls. S'il est en très bons termes avec ses hôtes de marque, aucun se ne doute que c'est lui qui fournit les filles, dont Christine Keeler et Mandy Rice-Davies, alors des adolescentes. Elles sont là pour servir à boire et à manger, et pour se soumettre à toutes les fantaisies sexuelles des invités. Lors de l'un de ces week-ends, John Profumo, alors ministre de la Guerre du gouvernement conservateur, rencontre Christine Keeler avec qui il a aussitôt une aventure. Il ne sait pas cependant que la jeune femme a en même temps une liaison secrète avec l'attaché naval soviétique en Grande-Bretagne le capitaine Evgueny Ivanov, qu'elle a aussi rencontré à l'occasion d'un week-end à Cliveden.

En 1963, en échange d'une importante somme d'argent, Christine Keeler confesse à un journaliste que Stephen Ward lui a demandé d'obtenir de Profumo la date de livraison à l'armée de l'Allemagne de l'Ouest des ogives atomiques de fabrication américaine. D'après un document secret de l'OTAN, les ogives se trouvent en fait en Allemagne depuis 1958, mais ce sont des officiers américains en poste à Bonn qui en ont la charge et non l'armée allemande. Au moment où Ward s'adresse à Christine Keeler pour obtenir l'information qui l'intéresse, Profumo, à la Chambre des communes, pose la question de savoir sous la responsabilité de qui doivent être les ogives. Ward déclare qu'il s'est retrouvé impliqué dans une affaire de haut espionnage visant à empêcher une éventuelle guerre nucléaire au moment de la crise de Cuba en 1962 à propos de l'installation de fusées soviétiques. Trois jours après la parution de l'article, Ivanov, qui est connu pour être un espion soviétique, part pour Moscou. Il ne reviendra jamais en Grande-Bretagne.

Il meurt en janvier 1994, alcoolique et déshonoré par ses chefs du KGB qui ne lui ont jamais pardonné d'avoir compromis, par son manque de discrétion, le ministre de la Guerre britannique. Bon vivant et multimillionnaire de descendance italienne, Profumo est marié à la danseuse Valérie Hobson. Dans un premier temps, il tente d'acheter le silence de Christine Keeler au sujet de leur liaison, puis à la Chambre des communes nie haut et fort avoir eu une aventure avec elle. Il répète la même chose au Premier ministre, Harold Macmillan. Ward est fou de rage. Déterminé à ce que la vérité éclate au grand jour, il commence à raconter à qui veut l'entendre que Profumo ment. L'establishment, de son côté, juge que Ward va trop loin, et dans le but de le faire taire, s'arrange pour le faire condamner pour proxénétisme. Son arrestation ne suffit pas cependant à stopper les rumeurs et, deux mois plus tard, Profumo passe aux aveux. Finalement, après que Christine Keeler et trois autres call-girls eurent déclaré avoir reversé une partie de leurs gains à Ward, ce dernier passe en jugement pour avoir tiré des revenus de la prostitution. De toutes ses relations, que ce soit dans la noblesse, l'establishment ou au gouvernement, aucune ne prend sa défense. Blessé, Ward avale une dose de barbituriques juste avant que le jury rende son verdict. Il ne reprendra jamais connaissance ni n'entendra sa sentence : quatorze ans de prison ferme.