Stephanie von Hohenlohe

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Stéphany Julianne Richter puis princesse Stephanie von Hohenlohe (16 septembre 1891 - 13 juin 1972), danseuse autrichienne et juive, entra par mariage dans une famille princière allemande, fut une amie proche d'Adolf Hitler et espionna pour l'Allemagne nazie.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Elle naquit à Vienne, fille de Ludmilla Kuranda et de Johann Sebastian Richter, avocat. En 1906, elle entra à l'école de ballet de l'Opéra de la Cour de Vienne. Sa beauté, son charme et son élégance lui permirent de fréquenter la meilleure société viennoise.

Âgée d'un peu plus de vingt ans, elle commença une liaison avec l'archiduc François-Salvator, 47 ans, gendre de l'empereur François-Joseph Ier du fait de son mariage avec l'archiduchesse Marie-Valérie d'Autriche. Comme elle se retrouva enceinte de lui, on résolut cette question délicate en lui faisant épouser à Londres le 12 mai 1914 un prince allemand de la maison de Hohenlohe, Frédéric-François de Hohenlohe-Waldenburg-Schillingsfürst. Le 5 décembre 1914 naquit à Vienne Franz Josef (Franz Josef Hans Rudolf Weriand Max Stefan Anton von Hohenlohe-Waldenburg-Schillingsfürst).

L'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

La princesse Stéphanie et son mari divorcèrent en 1920. Vivant dans divers endroits d'Europe dont Paris, au fil des années elle se créa des amitiés et des relations étroites avec un certain nombre d'hommes puissants et influents, dont un diplomate nazi important, Joachim von Ribbentrop. Ses origines juives ne l'empêchèrent pas de se lier de près à la hiérarchie nazie, et même avec Hitler qui l'appelait sa « chère princesse »[1]. Elle était amie intime avec Hermann Göring et Heinrich Himmler lui-même la déclara « Aryenne d'honneur ». Selon un rapport du MI6 datant de 1938, « le Führer parle souvent d'elle, il apprécie son intelligence et ses bons conseils. Elle est peut-être la seule femme capable d'exercer une influence sur lui. »

En 1932, elle fixa sa résidence à Londres dans l'élégant Dorchester Hotel à Mayfair. Appartenant à la plus haute noblesse allemande, elle était accueillie dans l'élite britannique, ce qui fit d'elle bien vite une propagandiste et une espionne de la plus haute importance pour Hitler qui venait d'accéder au pouvoir. Parmi ses amis proches on comptait Lady Margot Asquith, l'épouse de l'ancien Premier ministre Herbert Henry Asquith, Lady Ethel Snowden, l'épouse d'un ancien chancelier de l'Échiquier, et Lady Londonderry et son mari Charles Vane-Tempest-Stewart, 7ème marquis de Londonderry .

La princesse Stéphanie lia également amitié avec Lord Rothermere, l'influent propriétaire du Daily Mail et du Daily Mirror, journaux qui admiraient Hitler et plaidaient pour une alliance avec l'Allemagne. Elle obtint de lui une rémunération annuelle de 5 000 £ (200 000 £ d'aujourd'hui). Toutefois, en 1939, leurs relations se détériorèrent au point que Rothermere cessa de la payer. Durant le procès qu'elle intenta devant un tribunal britannique et qu'elle finit par perdre, elle affirma que ce magnat de la presse lui avait promis une rémunération annuelle à vie.

À côté des services qu'elle rendait à Lord Rothermere, la princesse Stéphanie s'occupait également de faire passer des messages secrets à diverses autres personnalités britanniques qui avaient des sympathies pour le régime nazi et de transmettre leurs réponses. En 1937 elle s'arrangea pour que Lord Halifax se rendît en Allemagne et y rencontrât Hermann Göring avec qui elle était amie. Plus important encore pour la cause allemande fut le rôle qu'elle joua en 1937 dans l'organisation de la visite du duc de Windsor et de la duchesse Wallis, son épouse.

En 1937, la princesse Stéphanie commença une liaison avec Fritz Wiedemann, conseiller personnel d'Hitler. Lorsqu'il fut nommé au poste de consul général à San Francisco, elle le rejoignit à la fin de l'année. En 1938, les nazis confisquèrent les biens des juifs autrichiens, y compris le château de Leopoldskron à Salzbourg qui avait appartenu au directeur de théâtre Max Reinhardt. Cette propriété fut remise par Hermann Göring à la princesse Stéphanie qui reçut la mission de la transformer en une maison où seraient reçus les artistes du Reich et qui aiderait à recevoir les invités d'Hitler au Berghof.

La Deuxième Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Elle revint en Angleterre un an plus tard, mais quitta le pays dès qu'eut éclaté la Seconde Guerre mondiale, craignant peut-être de se voir arrêtée comme espionne allemande. Elle retourna à San Francisco auprès de Fritz Wiedemann. À son arrivée, le gouvernement des États-Unis la plaça immédiatement sous surveillance ; une note de 1941 au président Franklin D. Roosevelt la décrivait comme « particulièrement intelligente, dangereuse et habile », assurant que comme espionne elle était « plus à craindre que dix mille hommes ». Malgré tout, sa position sociale et son sens aigu de la prudence la mirent à même d'entretenir des relations avec des personnes suffisamment influentes pour éviter qu'un arrêté d'expulsion fut pris contre elle lorsque son visa de visiteur eut expiré.

Vers la fin de 1940, elle se sépara de Fritz Wiedemann et fut détenue pendant plusieurs jours en mars 1941 par les services de l'immigration américains. Elle ne fut pas longue à séduire le major Lemuel B. Schofield, qui dirigeait les services d'immigration et de naturalisation aux États-Unis. Il l'installa dans un hôtel de Washington DC où ils eurent une liaison de plusieurs mois. Des documents publiés après sa mort montrent que pour l'Office of Strategic Services (OSS) qui venait d'être créé, la princesse Stéphanie a fourni les vues des plus intéressantes sur le caractère d'Hitler, qui ont aidé le professeur Henry A. Murray, Directeur de la Harvard Psychologic Clinic, et le psychanalyste Walter C. Langer à préparer en 1943 un rapport pour l'OSS intitulé Analyse de la personnalité d'Adolf Hitler.

Après la chute du nazisme[modifier | modifier le code]

Dans l'après-guerre, la princesse Stéphanie réussit à se refaire en Allemagne de nouvelles relations tout aussi influentes, et collabora avec des dirigeants de média comme Henri Nannen du magazine Stern et Axel Springer, propriétaire de la maison d'édition Axel Springer AG.

Elle mourut à Genève en 1972 et y est enterrée. Son fils Franz Josef, qui ne s'est jamais marié, vivait encore en 2005.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir Hitlers geheime Diplomatin. Das Leben der Stephanie von Hohenlohe. Heyne, Munich 2004, ISBN 3-453-87299-1, de Martha Schad. Alors qu’elle prétendait toujours être de pure ascendance aryenne, elle était en fait la fille illégitime d’une femme juive de Prague et d’un prêteur d’argent juif. Même sous le Troisième Reich on savait généralement qu’elle était juive ; elle n’en reçut pas moins la médaille d’or du parti nazi.

Références[modifier | modifier le code]

  • Martha Schad (traduction en anglais d'Angus McGeoch) Hitler's Spy Princess: The Extraordinary Life of Princess Stephanie Von Hohenlohe Haynes. 2004. (ISBN 978-0-7509-3514-2) (édition originale en allemand : Hitlers Spionin: das Leben der Stephanie von Hohenlohe)
  • Bořivoj Čelovský Stephanie von Hohenlohe Herbig. 1988. (ISBN 978-3-7766-1522-7) (édition originale en tchèque Ta ženská von Hohenlohe)
  • Franz zu Hohenlohe: Stephanie. Das Leben meiner Mutter. Traduit de l'anglais par Maria-Concetta Hübner. Amalthea, Munich et Vienne 1991, ISBN 3-85002-293-5
  • Rudolf Stoiber et Boris Celovsky: Stephanie von Hohenlohe. Sie liebte die Mächtigen der Welt. Herbig, Munich et Berlin 1988, ISBN 3-7766-1522-2
  • October 28, 1941 Memorandum concernant Stephanie von Hohenlohe à l'intention du président américain Franklin D. Roosevelt qui appartient aux dossiers conservés dans les Franklin D. Roosevelt Presidential Library and Museum [1].

Source[modifier | modifier le code]