Stephan Burián von Rajecz

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Stephan Burián von Rajecz en uniforme de hussard

Stephan Burián von Rajecz (né le 16 janvier 1852 à Stupava - mort le 20 octobre 1922 à Vienne) est un homme politique austro-hongrois. Il a exercé les fonctions de ministre commun des affaires étrangères de la double monarchie du 13 janvier 1915 au 22 décembre 1916, puis du 16 avril au 24 octobre 1918[1]. Il a aussi été ministre commun des finances de la double monarchie du 22 décembre 1916 au 16 avril 1918[1]. À ce titre, il joue un rôle important dans la politique menée par la double monarchie durant le conflit.

Biographie[modifier | modifier le code]

Carrière diplomatique[modifier | modifier le code]

Diplomate de profession, il accède au poste de ministre commun des Affaires étrangère le 13 janvier 1915, après la démission de Berchtold, son prédécesseur, hostile à des concessions à l'Italie[2].

Ministre impérial et royal des Affaires étrangères puis des Finances[modifier | modifier le code]

Nommé ministre commun des Affaires étrangères le 13 janvier 1915, ses premières initiatives le conduisent à tenter de s'opposer à l'entrée en guerre de l'Italie, en rappelant le souhait de la double monarchie de ne pas annexer de vastes territoires dans les Balkans[2],[3] et en réfutant les exigences territoriales italiennes, la cession du Trentin[4], formulées durant les négociations entre les puissances centrales et l'Italie, les négociateurs austro-hongrois devant obtenir le maintien de la neutralité du royaume[5]; cependant, à partir de mars 1915, les Italiens formulent des exigences inacceptables pour le ministre des affaires étrangères de la double monarchie, notamment la cession immédiate du Trentin[6]. En effet, à ses yeux, la cession de territoires en vue de garantir la neutralité d'un État tiers, comme Roumanie, ne peut que créer un dangereux précédent[4].

Dans le même temps, il défend la position autrichienne dans la phase de concertations préalable à l'ouverture de possibles négociations de paix avec la Russie[7]. Ainsi, à l'image des diplomates du Reich, et influencé par l'ambassadeur en poste à Berlin[8], il se montre partisan de l'imposition à la Russie de lourdes indemnités de guerres[9].

Souhaitant éviter que le scénario italien ne se reproduise, il participe aux négociations mettant aux prises les Empires centraux et la Roumanie, en défendant l'idée que la double monarchie doit acheter la neutralité roumaine par la cession de territoires de la double monarchie[10], cession à laquelle Tisza est opposée, la négociation portant sur la Transylvanie[10].

Après les succès austro-allemands de 1915, il est amené à défendre la position de la double monarchie sur l'avenir de la Pologne face aux ambitions allemande. Ainsi, Il souhaite la réunion de la Pologne russe à la Double monarchie, malgré les ambitions allemandes sur ces territoires[11], ambitions qu'il tente de distraire en orientant l'attention des diplomates allemands vers les pays baltes[11] ou ailleurs[12], notamment lors de ses rencontres avec les diplomates allemands en 1915[13]. Cependant, la question polonaise soulève trop d'enjeux pour être traitée au profit de la seule Autriche : Guillaume II fait ainsi dépendre la solution austro-polonaise de la signature d'une convention entre la double monarchie et le Reich[14]. Au mois de novembre, il négocie les clauses de la cession de la Pologne à la double monarchie : la Pologne placée sous domination politique autrichienne serait en réalité placée sous un strict contrôle du Reich, du point de vue économique, politique et militaire[15], ce qui amène Burian, réaliste, à s'interroger sur les avantages de l'annexion de la Pologne à la double monarchie[12]. Au mois d'avril 1916, il fixe les buts de guerre austro-hongrois en Pologne : diminuée d'une bande frontalière donnée au Reich, augmentée de districts frontaliers autrichiens, la Pologne serait incorporée à l'union douanière austro-hongroise[16]; le Reich recevrait une contrepartie sous la forme de la Courlande[17]. cette proposition est écartée par le Reich, qui poursuit ses propres objectifs de sujétion de la Pologne[17]. Cette contreproposition allemande oblige le ministre à négocier pieds à pieds avec le chancelier allemand, Bethmann-Hollweg[18]. En juillet, il persiste à réclamer non seulement, la mise en place de la clause de la nation la plus favorisée dans les rapports commerciaux entre l'État polonais que les austro-allemands prévoient de mettre en place et chacun des deux alliés, allemand ou austro-hongrois, mais aussi le partage de la tutelle sur la politique militaire du nouvel État[19].

Nommé ministre commun des finances, par Charles immédiatement après son intronisation, il conseille l'empereur lors des négociations de paix avec la Russie, mais n'approuve la paix avec l'Ukraine qu'en raison des livraisons de nourriture garanties par le traité[20].

Un retour malaisé au ministère des Affaires étrangères[modifier | modifier le code]

Dans le contexte d'épuisement de la double monarchie au début de l'année 1918, il revient au ministère des affaires étrangères à la faveur de la démission de Czernin[21].

Il ne peut alors s'opposer à la mise sous tutelle de la double monarchie décidée lors des accords de Spa du mois de mai 1918[22], mais il tente un dernière fois en juin 1918 de négocier les bases d'une nouvelle alliance entre le Reich et la double monarchie sur des bases moins défavorables à son pays, mettant une nouvelle fois en avant la situation intérieure de la double monarchie et formulant à nouveau les revendications autrichiennes dans la réalisation de la solution austro-polonaise[23], exigences définitivement écartées par les propres objectifs allemands, communiqués à Burian le 5 septembre 1918[24] : cette divergence, actée par la réponse du ministre des Affaires étrangères austro-hongrois, constitue la dernière d'une longue série sur la question polonaise[25].

Ministre d'un État totalement lié au Reich[26] depuis les accords de Spa de mai 1918[22] mais conscient de l'état de délabrement de la monarchie danubienne[27], il appuie son empereur dans ses démarches en vue de sortir son pays de la guerre durant le printemps et l'été 1918, se rendant à Spa pour la dernière fois au mois d'aout 1918[28], et essuient un échec[29] : en effet, les dirigeants austro-hongrois doivent faire face, lors de cette rencontre d'aout, à l'optimisme des militaires et des responsables allemands, qui ignorent l'avertissement lancé par l'empereur-roi[30].

Malgré cela, avec le soutien de Charles, il initie, en dépit des tentatives allemandes pour s'opposer aux démarches austro-hongroises[27], un processus de négociation avec les Alliés le 14 septembre 1918, qui se heurte à une fin de non recevoir des alliés[29] et qui surprend totalement les Allemands[31].

Le 5 octobre 1918, il s'oppose une dernière fois, essentiellement pour des raisons de politique intérieure hongroise, à toute réforme de la double monarchie[32] (en 1915, il s'était déjà montré hostile à la mise en place de cette réforme[15]), avant de se raviser le 21 octobre, devant la détérioration de la situation intérieure de la double monarchie et de la situation militaire de plus en plus préoccupante[28].

Il est démis de ses fonctions le 24 octobre 1918 et remplacé par Gyula Andrássy le Jeune, avant-dernier ministre impérial et royal des Affaires étrangères[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 16
  2. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 102
  3. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 125
  4. a et b Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 304
  5. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 105
  6. Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 306
  7. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 203
  8. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 210
  9. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 202
  10. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 136
  11. a et b Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 212
  12. a et b Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 222
  13. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 218
  14. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 216
  15. a et b Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 221
  16. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 249
  17. a et b Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 250
  18. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 251
  19. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 254
  20. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 198
  21. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 205
  22. a et b Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 528
  23. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 529
  24. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 531
  25. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 532
  26. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 206
  27. a et b Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 602
  28. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 225
  29. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 226
  30. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 626
  31. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 628
  32. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 232

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christopher Munro Clark (trad. Marie-Anne de Béru), Les somnambules : été 1914, comment l'Europe a marché vers la guerre [« The sleepwalkers : how Europe went to war in 1914 »], Paris, Flammarion, coll. « Au fil de l'histoire »,‎ 2013, 668 p. (ISBN 978-2-08-121648-8)
  • Fritz Fischer (trad. Geneviève Migeon et Henri Thiès), Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918) [« Griff nach der Weltmacht »], Paris, Éditions de Trévise,‎ 1970, 654 p. (notice BnF no FRBNF35255571)
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19),‎ 1962 (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972) (1re éd. 1934), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114).
  • Max Schiavon, L'Autriche-Hongrie la Première Guerre mondiale : La fin d'un empire, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre »,‎ 2011, 298 p. (ISBN 978-2-9163-8559-4).

Article connexes[modifier | modifier le code]