Stegobium paniceum

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Stegobium paniceum, en français vrillette du pain ou stégobie des pharmacies, est une espèce de coléoptères de la famille des Anobiidae, la seule du genre monotypique Stegobium. Cosmopolite présent surtout dans les climats chauds, il peut infester une grande variété de produits, alimentaires et non alimentaires, avec une préférence pour les substances amylacées.

La vrillette du pain ressemble à la vrillette du tabac (Lasioderma serricorne) et ces deux espèces sont parfois confondues.

Sommaire

Description [modifier]

Les adultes ont un corps cylindrique, brun jaune à brun rouge ou marron foncé, long de 1,6 à 3,7 mm[1]. Les caractères suivants permettent de distinguer Stegobium paniceum de Lasioderma serricorne avec lequel il est parfois confondu[2],[3] :

Stegobium paniceum Lasioderma serricorne
Stegobium paniceum bl.jpg Drugstore beetle 01.jpg
antennes à 11 articles,
les 3 derniers en forme de massue allongée
antennes en dents de scie
élytres avec des lignes longitudinales
de poils fins leur donnant un aspect strié
élytres lisses

Les larves sont blanches chez Stegobium comme chez Lasioderma, avec des poils plus longs chez ce dernier[4].

Synomymes [modifier]

source : Delobel et Tran 1993, p. 79

  • Dermestes paniceus Linné, 1758
  • Sitodrepa panicea (Linné) Thomson, 1863
  • Stegobium paniceum (Linné) Motschulsky, 1860

Cycle de reproduction [modifier]

Deux jours après l'accouplement, la femelle dépose environ 80 œufs d'un diamètre de 0,25 à 0,35 mm, par paquets de 6 à 8 œufs, dans la nourriture ou sur le substrat. Au terme de 4 à 20 semaines (en moyenne 8 semaines) et après 4 mues, la larve qui a creusé un tunnel dans le substrat construit un cocon et se nymphose. Le stade nymphal dure de 12 à 18 jours en fonction de la température et de l'humidité. Après une dernière mue, l'adulte s'envole laissant un trou d'envol d'un diamètre de 1 à 1,5 mm dans le substrat[5]. Les femelles adultes vivent entre 13 et 65 jours[4] ; leur durée de vie moyenne est de 29 jours, celle du mâle de 18 jours[5].

La durée du cycle, de 2 à 7 mois, dépend de la température (entre 15 et 34 °C, optimum vers 30 °C), du taux d'humidité et de l'alimentation[6]. Jusqu'à quatre cycles de reproduction peuvent avoir lieu sur une année. À la seconde génération, les femelles pondent dans les cocons vides, permettant ainsi aux larves de s'enfoncer de plus en profondément dans le substrat[5].

Au stade prénymphal, les larves peuvent être parasitées par un Chalcidien de la famille des Pteromalidae, Lariophagus distinguendus[7].

La femelle sécrète une phéromone sexuelle appelée stégobinone[8].

Stegobium paniceum vit en symbiose obligatoire avec une levure qui produit des vitamines du groupe B. Les levures sont déposées sur les œufs lors de leur passage dans l'oviducte. Consommées par les larves au moment de l'éclosion, elles leur permettent de survivre sur de nombreux aliments et autres substrats de faible valeur nutritive[9].

Distribution [modifier]

Stegobium paniceum est une espèce cosmopolite, à distribution mondiale, avec une préférence pour les régions chaudes, tropicales et subtropicales, et, dans les climats tempérés, les bâtiments chauffés.

Habitat et régime alimentaire [modifier]

C'est une espèce commune dans la nature, qui s'introduit fréquemment dans les maisons, entrepôts, musées où elle se nourrit essentiellement de produits amylacés[3]. Elle peut ainsi infester des stocks d'une large gamme de marchandises et matériaux : vivres, cellulose, produits pharmaceutiques… Elle mange du pain, des biscuits, de la farine, du chocolat, des épices…, mais aussi du cuir, de la laine, des cheveux, des objets en bois, du papier, des livres, de la colle de farine ou d'os et des collections d'herbier ; elle est capable de perforer de fines feuilles d'étain, d'aluminium ou de plomb pour les traverser et accéder à sa nourriture[10],[11].

On la trouve aussi dans les ruchers où elle se développe dans le couvain plâtré, c'est-à-dire dans les larves momifiées par Ascosphaera apis[12].

L'adulte ne se nourrit pas, la larve seule est polyphage[13], xylophage et psichophage[12].

Les adultes comme les larves sont lucifuges[12].

Dégâts et lutte intégrée [modifier]

Denrées alimentaires [modifier]

Du pain de Triticum dicoccum infesté par Stegobium a été retrouvé dans des tombes égyptiennes datant de 3000 av. J.-C.[12].

Collections biologiques [modifier]

La vrillette du pain est susceptible de provoquer de graves dégâts dans les collections d'herbiers de plantes à fleurs[14],[15] comme de champignons[16]. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, le sublimé corrosif a été largement utilisé pour désinfecter les collections biologiques[17]. Vu leur toxicité[18], les sels de mercure et les insecticides comme le lindane ont été remplacés par un traitement au sulfure de carbone[19], ou par un traitement au froid (congélation)[20], ou au contraire au micro-ondes[21].

Des répulsifs, comme le naphtalène ou le paradichlorobenzène, sont parfois utilisés[16]. À l'état adulte, Stegobium peut être piégé aux ultraviolets[3] ou à l'aide de pièges à phéromones[22],[14].

L'utilisation de sacs en Tyvek pour stocker les herbiers à court terme a aussi été testée et semble une piste intéressante[23].

Bibliothèques et archives [modifier]

L'infestation des bibliothèques et archives, connue depuis Aristote[24], peut constituer une véritable peste[25]. La larve de la vrillette du pain, qui fait partie de ce qu'on appelle les vers des livres, creuse des galeries qui traversent les pages des livres, et en ressort par les plats ou par le dos de la reliure où elle est attirée par la colle d'amidon[26]. Seuls les livres montrant de petits trous ronds avec des traces de poudre aux environs doivent être traités. Les dégâts plus anciens sans activité récente d'insectes, repérables à la teinte noire des trous et à l'absence de poudre, ne nécessitent plus aucun traitement. La présence des vers est souvent liée à un taux d'humidité élevé et un simple déménagement dans des locaux plus secs (environ 50 % d'humidité relative) ou le placement de ventilateurs peuvent suffire à éliminer les insectes, mais la fumigation sous vide au moyen de gaz toxiques est parfois nécessaire pour venir à bout de l'infestation[24].

En Allemagne, les vrillettes du pain installées dans les incunables de la bibliothèque de Halle ont été éliminés à l'aide du parasite naturel de l'espèce, Lariophagus distinguendus[27],[28].

Musées et œuvres d'art [modifier]

Dans les musées, Stegobium peut infester des matériaux très diversifiés : rentoilage et bordage des peintures sur toile à base de colle de farine, documents sur papier, reliures en cuir et en peau de porc, objets ethnographiques à base d’épices, de céréales et de végétaux, objets contenant des farines, des graines (blé, riz…), et objets à base de matières animales (laine, poils, cheveux…).

Au début des années 1990, l’infestation de plusieurs tableaux au Musée des beaux-arts de Marseille a été mise en évidence. Il s'est avéré que les larves de Stegobium se nourrissaient de la colle de farine utilisée par les restaurateurs pour le rentoilage des tableaux. Un portefeuille pédagogique[29] décrit la problématique et propose des mesures préventives de conservation ainsi que différentes techniques de destruction :

  • par anoxie statique ou privation d’oxygène par absorbeurs : les œuvres sont placées, avec des sachets d'absorbeurs d'oxygène, dans des enveloppes étanches en aluminium protégé par des films souples, durant 5 semaines ;
  • par anoxie dynamique, l’air est progressivement chassé de l’enveloppe et remplacé par de l’azote.

Le Centre interdisciplinaire de conservation et restauration du patrimoine de Marseille a lancé en 2004 un programme d'étude de l'ensemble des facteurs qui sont à l'origine des dégradations[30].

Notes et références [modifier]

  1. Casanova et Mognetti 2006, p. 8
  2. Cabrera 2001 (revised 2006), p. 1-2
  3. a, b et c Roland May (éditeur), « Stegobium paniceum (Linnaeus, 1758) », sur Insectes du Patrimoine Culturel, INRA Montpellier, 2012. Consulté le 10 août 2012
  4. a et b Cabrera 2001 (revised 2006), p. 2
  5. a, b et c Casanova et Mognetti 2006, p. 9
  6. (en) L.P. Lefkovitch, « A laboratory study of Stegobium paniceum (L.) (Coleoptera : Anobiidae) », Journal of Stored Products Research, vol. 3, no 3, 1967, p. 235-249 (ISSN 0022-474X) [texte intégral (page consultée le 15 août 2012)] 
  7. Ahmad-H. Kaschef, « Sur le comportement de Lariophagus distinguendus Först (Hym. Pteromalidae) », Behaviour, vol. 14, no 1-2, 1959, p. 108-122 [texte intégral (page consultée le 17 août 2012)] 
  8. H. Kodama, M. Ono, M. Kohno & A. Onishi, « Stegobiol, a new sex pheromone component of drugstore beetle (Stegobium paniceum L.) », Journal of Chemical Ecology, vol. 13, 1987, p. 1871-1879.
  9. Cabrera 2001 (revised 2006), p. 3
  10. M. Martinez, « Stegobium paniceum : Biologie du ravageur », sur e-phytia : bioagresseurs, INRA, 25 mars 2010. Consulté le 21 août 2012
  11. Russell Integrated Pest Management
  12. a, b, c et d Delobel et Tran 1993, p. 79
  13. Lefkovitch 1967
  14. a et b (en) Tinka Bačiča, Branka Trčakb et Nejc Jogana, « Damage by Pests in Herbarium LJU », Acta Biologica Slovenica, vol. 53, no 2, 2010, p. 13-21 (ISSN 1854-3073) [texte intégral] 
  15. (en) John Huxley, « Drugstore cowboys making a meal of the Botanic Gardens », Sydney Morning Herald, sur smh.com.au, September 26, 2011. Consulté le 13 août 2012
  16. a et b (en) Mercedes S. Foster, Greg M. Mueller et Gerald F. Bills, Biodiversity of Fungi : Inventory and Monitoring Methods, Academic Press, 2004, 777 p. (ISBN 0080470262) [lire en ligne (page consultée le 14 août 2012)], p. 29 
  17. M. Courtois et al., « Quantification du mercure dans des échantillons de l'herbier Tourlet et mesures d'imprégnation des personnels impliqués dans sa restauration », Acta Botanica Gallica, vol. 159, no 3, septembre 2012, p. 329-334 (ISSN 1253-8078) 
  18. (en) David Pinniger, Pest Management in Museums, Archives, and Historic Houses, Archetype Press, 2004, 116 p.
  19. (en) O. Jancke et L. Lange, « The Infestation of Herbarium Plants by Stegobium panicea », Zeitschrift fur Angewandte Entomologie, vol. 17, no 2, 1930, p. 386-403 [texte intégral (page consultée le 10 août 2012)] 
  20. (en) Mark Gilberg et Agnes Brokerhof, « The control of insect pests in museum collections : The effects of low temperature on Stegobium paniceum (Linnaeus), the drugstore beetle », Journal of the American Institute for Conservation, vol. 30, no 2, 1991, p. 197-201 [texte intégral] 
  21. (en) D.W. Hall, « Microwave : a method to control herbarium insects », Taxon, vol. 30, no 4, 1981, p. 818-819 (ISSN 0040-0262) 
  22. Cabrera 2001 (revised 2006), p. 4
  23. (en) R. Owen et A. Doyle, « A Preliminary investigation into using Tyvek(R) bags for short-term storage as a means of protecting herbaria from damage by insect pests such as Stegobium paniceum », NatSCA News, vol. 11, mars 2007, p. 10-16 
  24. a et b Parker 1988
  25. Ignatowicz, Janczukowicz et Olejarski 2011, p. 177
  26. Ignatowicz, Janczukowicz et Olejarski 2011, p. 179
  27. (de) « Wespen gegen Kornkäfer », Der Spiegel, vol. 32, 1999 [texte intégral (page consultée le 21 août 2012)] 
  28. (de) Uwe Frost, « Käfer vertilgt : Wespen retten Cranach », Der Spiegel, 20 mars 2005 [texte intégral (page consultée le 21 août 2012)] 
  29. Casanova et Mognetti 2006
  30. CICRP programme : Étude du phénomène d'infestation et de réinfestation des colles de rentoilage de peinture de chevalet par le Stegobium paniceum

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Annexes [modifier]

Références externes [modifier]

Bibliographie [modifier]

  • (en) L.P. Lefkovitch, « A laboratory study of Stegobium paniceum (L.) (Coleoptera : Anobiidae) », Journal of Stored Products Research, vol. 3, 1967, p. 235-249 .
  • (en) Brian J. Cabrera, Drugstore Beetle, Stegobium paniceum (L.) (Insecta : Coleoptera: Anobiidae), University of Florida, Institute of Food and Agricultural Sciences, 2001 (revised 2006) [lire en ligne] , Document EENY-228 (IN385)
  • Plan de gestion des risques : les insectes. Orientations bibliographiques, Institut national du Patrimoine, 2011, 6 p. [lire en ligne] 
  • (en) Stanislaw Ignatowicz, Krystyna Janczukowicz et Pawel Olejarski, « Integrated Pest Management (IPM) of the drug store beetle, Stegobium paniceum (L.), a serious pest of old books », Journal of Entomological and Acarological Research, vol. 43, no 2, 2011 (ISSN 2279-7084) [texte intégral (page consultée le 15 août 2012)] 
  • Thomas A. Parker, Lutte intégrée contre les agents de détérioration biologique dans les bibliothèques et les archives, Paris, UNESCO, 1988, iv + 56 p. [lire en ligne] (PGI-88/WS/20)
  • Noël Casanova (conception, coordination générale) et Élisabeth Mognetti (direction), L'Affaire Stegobium : Portefeuille pédagogique, Marseille, Centre interrégional de conservation et restauration du patrimoine, coll. « Mémogravure » (no 001), octobre 2006 [lire en ligne (page consultée le 20 août 2012)] 
  • Alex Delobel et Maurice Tran, Les Coléoptères des denrées alimentaires entreposées dans les régions chaudes, IRD Éditions, coll. « Faune tropicale » (no 32), 1993, 424 p. (ISBN 2709911302 et 9782709911306) [lire en ligne] 
  • Ahmed Kashef, « Étude biologique de Stegobium paniceum L. (Col. Anobiidae) et de son parasite Lariophagus distinguendus Först. (Hym. Pteromalidae) », Annales de la société entomologique de France, vol. 124, 1955,. 5-88.

Liens externes [modifier]