Stefano Delle Chiaie

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Stefano Delle Chiaie, alias ALFA, alias Alfredo di Stefano (né le à Caserte en Campanie) est considéré comme un activiste néofasciste d'envergure internationale.

Durant les années de plomb, il est d'abord Membre du Mouvement social italien (MSI) puis il participe au Centro Studi Ordine Nuovo avant de fonder Avanguardia Nazionale. Surnommé caccola en raison de sa petite taille, il est ami de Licio Gelli, le grand-maître de la loge maçonnique Propaganda Due (P2), et a été impliqué aussi bien dans l'affaire Gladio que dans l'opération Condor, en cultivant des liens avec le régime de Pinochet.

Fondateur d' Avanguardia Nazionale[modifier | modifier le code]

Stefano Delle Chiaie prend sa carte au Mouvement social italien (MSI), un parti néo-fasciste composé de nombreux anciens participants à la République de Salò, dès l'âge de 14 ans - ce qui lui vaut son surnom de caccola [1]. Après avoir participé à la fondation des Centri Studi Ordine Nuovo, avec des membres du MSI, dont notamment Pino Rauti, il créé, à la fin des années 1950, le petit Gruppi di Azione Rivoluzionari (GAR), afin de pouvoir mener des actions directes, souvent illégales, sans que la responsabilité n'en échoit à Ordine Nuovo [1]. C'est avec le GAR qu'il lance une série d'actions militantes, à l'occasion, par exemple, de la visite d'Eisenhower en Italie, ou contre le PCI. Partisan d'un nationalisme européen, il entretient alors des liens avec le néo-nazi autrichien Konrad Windisch, créateur du cercle de jeunesse Kameradschaftsring Nationaler Jugendverbände (KNJ) [2].

Stefano Delle Chiaie fonde en 1960 le groupe Avanguardia Nazionale, qui a été accusé de participation à de nombreux attentats lors des années de plomb (1969-1980), dont l'attentat de la piazza Fontana du 12 décembre 1969. Il devient membre de la loge maçonnique Propaganda Due (P2), dirigée par Licio Gelli.

Malgré l'anti-parlementarisme radical de Delle Chiaie et d'Avanguardia Nazionale, raison de la prise de distance avec le MSI, jugé trop électoraliste, il décide de prendre part aux élections législatives de 1963 (remportées par la DC d'Aldo Moro), considérées comme bonne plate-forme de propagande. Mais au lieu de présenter une liste propre d'AN, comme envisagé, il finit par se rallier - pour d'obscures raisons [3]- à la liste du MSI, son groupe se chargeant de la communication du candidat Paolo Signorelli [1]. Au Congrès du MSI de Pescara, en 1965, il soutient la tendance radicale de Giorgio Almirante contre le secrétaire général sortant, Arturo Michelini, accusé d'embourgeoisement - mais se déclare floué lorsque les deux candidats s'accordent à la fin du congrès sur un compromis[1].

Il participe activement aux événements de 1967-68, notamment la bataille de Valle Giulia du 1er mars 1968, qu'il considère rétrospectivement comme un des rares événements où l'extrême-droite et l'extrême-gauche auraient lutté, côte à côte, contre le capitalisme et l'Etat.

Après la tentative de coup d'État à Rome du (golpe Borghese) menée avec Junio Valerio Borghese, ancien homme de main de Mussolini, il s'enfuit en mars 1971 vers l'Espagne franquiste [4],[5], comme Vincenzo Vinciguerra. Là-bas, il se lie avec des hommes qui participeront ensuite aux GAL, les escadrons de la mort anti-ETA, ainsi qu'avec le Belge Léon Degrelle. Il rencontre notamment José Lopez Rega, l'éminence grise d'Isabel Peron, et aussi le fondateur de la Triple A, un escadron de la mort argentin[4].

Le , il est en Argentine lors du massacre d'Ezeiza, le jour de l'arrivée de Perón à Buenos Aires après 18 ans d'exil en Espagne. En 1974, il quitte l'Espagne pour s'installer au Chili. Selon les déclarations à la justice de Vinciguerra et de Michael Townley, ex-agent de la CIA inculpé dans le cadre de l'assassinat d'Orlando Letelier, le ministre d'Allende, à Washington, il y rencontre, en avril 1974 à Santiago, et avec Valerio Borghese, Manuel Contreras, le chef de la DINA, la police politique de Pinochet [5]. Il prépare alors l'attentat contre le démocrate chrétien chilien Bernardo Leighton, et rencontre, à cet effet, en 1975 Michael Townley et le Cubain anti-castriste Virgilio Paz Romero (un proche de Luis Posada Carriles) [6]. Leighton et sa femme seront victimes d'une tentative d'assassinat le à Rome.

Lors des funérailles de Franco, à Madrid, le , il rencontre à nouveau Manuel Contreras, ainsi que Pinochet[5],[7], afin de préparer un attentat contre Carlos Altamirano, le chef du Parti socialiste chilien[8]. Il croise aussi, lors de cet enterrement, Yves Guérin Sérac, qui a mis en place l'Aginter Press, une agence de mercenaires, dans le Portugal de Salazar, et qui a émigré en Espagne après la « révolution des œillets » d'avril 1974[7].

Selon Vincenzo Vinciguerra, un de ses camarades d'Avanguardia Nazionale:

« Les rapports entre Avanguardia nazionale et Pinochet ont été instaurés par le prince Borghese, qui a présenté Stefano Delle Chiaie à Pinochet. C'était un rapport politique, en ce sens qu'Avanguardia nazionale apportait son appui à la Dina en Europe. Il pouvait s'agir de renseignements, de propagande et éventuellement d'actions d'un genre particulier. L'une d'entre elles a été la tentative d'assassinat de Bernardo Leighton [9]. »

Altamirano sera finalement averti par la DST, à sa descente d'aéroport à Roissy, des menaces pesant sur lui, mettant ainsi en échec la tentative d'assassinat [10].

Il se réfugie ensuite au Chili, où, avec d'autres Italiens, y compris Vinciguerra, ils sont hébergés par Michael Townley dans une résidence de Lo Curro que leur a accordé la DINA[11]. Utilisée par le chimiste de la DINA Eugenio Berrios pour fabriquer du gaz sarin (Operación Andrea [12]), la résidence de Lo Curro héberge aussi les Cubains terroristes Orlando Bosch et Virgilio Paz, membres du Mouvement nationaliste cubain de Miami, ainsi que le français Albert Spaggiari, alias Daniel[11].

En 1976, Stefano Delle Chiaie aurait été présent lors de la fusillade de Montejurra contre des Carlistes auto-gestionnaires. Après la mise à l'écart du général Manuel Contreras suite aux pressions exercées par les États-Unis sur le Chili, en raison de l'assassinat d'Orlando Letelier, Stefano Delle Chiaie s'installe en Argentine, alors dirigée par la junte militaire.

Selon le journaliste argentin Martín Sivak, la piste des assassins du général Joaquín Zenteno Anaya, ancien chef des forces armées boliviennes, tué à Paris le 11 mai 1976, remonterait à une agence de mercenaires installée à Valladolid et liée à Delle Chiaie et à des anciens de l'OAS [13].

Il participe, à Buenos Aires, en septembre 1980, au 4e congrès de la Confédération anticommuniste latino-américaine (CAL), affiliée à la Ligue anti-communiste mondiale (WACL), présidée par le Coréen Woo Jae-sung, qui est aussi dirigeant de la secte Moon[14]. Le congrès de Buenos Aires est alors présidé par le général Guillermo Suárez Mason, responsable du Bataillon d'intelligence 601[14], et réunit, à part Woo Jae-Sung et Delle Chiaie, le major Roberto d'Aubuisson et Luis Ángel Lagos, fondateurs des escadrons de la mort au Salvador[14], Mario Sandoval Alarcón, aussi chef d'un escadron de la mort au Guatemala[14], des membres du groupe terroriste anti-castriste Alpha 66[14].

Il participe ensuite, aux côtés de Klaus Barbie, au Cocaine Coup dirigé par Luis Garcia Meza Tejada en 1980 en Bolivie[15]. Durant une audition devant le sénateur Giovanni Pellegrino, pendant laquelle il rapporte ce fait, il raconte avoir voulu participer à un « mouvement révolutionnaire mondial » et se référait à une « internationale noire fasciste » [15]. Mentionnant la Ligue anticommuniste mondiale (WACL), il prétendit l'avoir quittée après un meeting au Paraguay, affirmant qu'il ne s'agissait que d'une vitrine pour la CIA [15]. Il admit seulement avoir participé à l'organisation New European Order (Nouvel Ordre Européen) et nia avoir travaillé avec l'International Anticommunist Alliance vers 1974[15].

En 1982, il rencontre à Miami Abdullah Catli, le numéro deux des Loups gris, groupe ultranationaliste turc infiltré par Gladio[16].

Arrestation en 1989[modifier | modifier le code]

Stefano Delle Chiaie est arrêté en 1989 à Caracas, au Venezuela, et extradé en Italie dans le cadre des poursuites judiciaires pour l'attentat de la piazza Fontana en décembre 1969, qui a marqué le début des années de plomb. Il est acquitté en 1989 pour absence de preuves[17]. Plus tard, avec Licio Gelli, Francesco Pazienza, et d'autres, il sera soupçonné d'avoir participé au massacre de Bologne le (85 morts et 200 blessés), mais sera aussi acquitté en appel[18].

Stefano Delle Chiaie est aussi soupçonné d'avoir participé à l'assassinat du général chilien Carlos Prats à Buenos Aires le . Aux côtés de Vincenzo Vinciguerra, il témoigne à Rome en décembre 1995, devant le juge Servini de Cubria, affirmant que Enrique Arancibia Clavel, ancien membre de la DINA accusé de crimes contre l'humanité, et Michael Townley, sont directement impliqués dans le meurtre de Prats[19].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Stefano Delle Chiaie, en coll. avec Massimiliano Griner et Umberto Berlenghini (2012), ''L'aquila e il condor'', Sperling & Kupfer editori.
  2. Stefano Delle Chiaie, Massimiliano Griner, Umberto Berlenghini (2012), ''L'aquila e il condor'', p.17-18, Sperling & Kupfer editori, 2012
  3. Il prétendra, dans son autobiographie publiée en 2012, avoir alors été approché, de manière dissimulée, par le Grand Orient d'Italie, qui lui aurait proposé des subsides afin de financer la campagne de l'AN, affirmant qu'ils avaient intérêt à faire échouer le MSI. Le récit de la rencontre, à supposer qu'elle ait eut lieu, est étrange, dans la mesure où l'on imagine mal les franc-maçons annoncer noir sur blanc à Delle Chiaie que leur soutien visait à faire échouer ses anciens camarades, avec lesquels il continuait à entretenir de nombreux contacts.
  4. a et b Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, p.303
  5. a, b et c Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, chap.XXIII p.379
  6. Documents déclassifiés de la CIA, publiés par l'ONG National Security Archives
  7. a et b Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, p.381
  8. (es) « Las Relaciones secretas entre Pinochet, Franco y la P2 - Conspiración para matar », Projet Nizkor (es)
  9. Karl Laske, Une police politique relayée en Europe, Libération, 23 juillet 2001
  10. Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, p.384. Robin cite aussi, en note, John Dinges, The Condor years (New York Press, 2004), p.130 et Francisco Martorell, Operación Condor. El vuelo de la muerte (Editorial LOM, Santiago, 1999) pp.124-125
  11. a et b Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, p.382
  12. Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, p.383
  13. Martín Sivak, El Asesinato de Juan José Torres, Ediciones del Pensamiento Nacional, Buenos Aires, 1999, cité par Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], p.385
  14. a, b, c, d et e Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, p.390
  15. a, b, c et d Audition de Stefano Delle Chiaie le 22 juillet 1997 devant la Commission italienne parlementaire sur le terrorisme présidée par le sénateur Giovanni Pellegrino (it)
  16. « La Turquie, plaque tournante du trafic de drogue », Le Monde diplomatique de juillet 1998
  17. Two Acquitted of Organizing Terror Attack, Associated Press, 1989-02-21
  18. Four Convicted Of Mass Murder In Italian Bombing That Killed 85, Associated Press, 1988-07-11
  19. (es) Arancibia, « clave » en la cooperación de las dictaduras, La Jornada, 22 mai 2000 (es)