Station to Station

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Station to Station

Album par David Bowie
Sortie
Enregistré d'octobre à novembre 1975
aux Cherokee Studios de Los Angeles
Durée 38:08
Genre rock
funk
soul
Producteur David Bowie
Harry Maslin
Label RCA
Classement 3e (États-Unis)
5e (Royaume-Uni)

Albums par David Bowie

Station to Station' est le dixième album studio de David Bowie, sorti début 1976 chez RCA Records.

Station to Station est porté par le dernier « personnage » incarné par Bowie, le Thin White Duke. À l'époque, Bowie consomme d'importantes quantités de drogue, notamment de cocaïne, au point qu'il affirme quelques années plus tard n'avoir presque aucun souvenir de l'enregistrement de l'album.

Musicalement, Station to Station est un album de transition : Bowie y développe la musique soul et funk de son précédent opus, Young Americans, tout en s'essayant aux synthétiseurs et aux rythmes motorik sous l'influence de groupes allemands comme Kraftwerk ou Neu!. Cette volonté expérimentale culmine dans ses trois albums suivants, Low, "Heroes" et Lodger, la « trilogie berlinoise » enregistrée avec Brian Eno entre 1977 et 1979. Les paroles de Station to Station reflètent l'intérêt de Bowie pour Nietzsche, Aleister Crowley et la religion en général.

Avec son mélange de funk, de romantisme et d'occultisme, Station to Station a été décrit comme « à la fois l'un des albums les plus accessibles et les plus impénétrables de Bowie[1] ». Dès sa sortie, il se classe dans les 5 meilleures ventes au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Contexte[modifier | modifier le code]

Installé à Los Angeles, David Bowie vit l'essentiel des années 1975-1976 « dans un état de terreur psychique » selon son biographe David Buckley : il consomme des quantités « astronomiques » de cocaïne, et ne se nourrit plus que de poivrons et de lait[2]. Une interview du chanteur, dont des extraits paraissent dans les magazines américains Playboy et Rolling Stone, alimente les rumeurs plus folles : Bowie vivrait reclus dans une maison pleine d'antiquités égyptiennes, à la lumière de bougies noires ; il verrait des cadavres tomber par la fenêtre ; des sorcières voleraient son sperme ; il recevrait des messages secrets des Rolling Stones et serait terrorisé par Jimmy Page et sa passion pour l'occultiste anglais Aleister Crowley[3]. Quelques années plus tard, Bowie dira de Los Angeles : « ce putain d'endroit devrait être rayé de la surface du globe » (« the fucking place should be wiped off the face of the earth[4] »).

Durant le tournage de son premier grand film, L'Homme qui venait d'ailleurs, Bowie commence à écrire une pseudo-autobiographie intitulée The Return of the Thin White Duke[5]. Il compose également des morceaux pour la bande originale du film, mais celle-ci est finalement assurée par l'ex-Mamas and the Papas John Phillips, sur la recommandation de Bowie lui-même[6]. Le réalisateur Nicolas Roeg prévient Bowie que le rôle de Thomas Jerome Newton va probablement continuer à le suivre un certain temps après la fin du tournage. Avec son accord, le chanteur développe lui-même le look de son personnage. L'apparence fragile et hautaine de Newton se répercute sur son image publique, ainsi que sur les pochettes de ses deux albums suivants[7].

Le Thin White Duke (littéralement le « Maigre duc blanc ») devient le porte-parole de Station to Station et, de manière irrégulière durant les six mois suivants, de Bowie lui-même. Impeccablement vêtu d'une chemise blanche et d'un gilet et d'un pantalon noirs, le « Duke » est un homme creux, qui chante des airs romantiques avec intensité sans rien ressentir lui-même ; « de la glace qui se fait passer pour du feu » selon Roy Carr et Charles Shaar Murray[1]. Le Duke est « un aristocrate dément[1] », « un zombie amoral[8] », « un surhomme aryen dépourvu d'émotion[3] » ; « un vilain personnage, assurément » selon Bowie lui-même[9].

Enregistrement[modifier | modifier le code]

Station to Station est enregistré aux Cherokee Studios de Los Angeles. En 1981, Roy Carr et Charles Shaar Murray expliquent qu'il a été bouclé « après dix jours d'intense activité », après que Bowie a abandonné tout espoir de produire la bande originale de L'Homme qui venait d'ailleurs[1]. Des ouvrages plus récents proposent cependant un temps d'enregistrement plus long, s'étendant sur les mois d'octobre et de novembre 1975[3], avant les sessions avortées pour la bande originale de L'Homme qui venait d'ailleurs[10],[11].

L'album est tour à tour intitulé The Return of the Thin White Duke[12] ou Golden Years[3]. Il est coproduit par Harry Maslin, qui avait déjà travaillé avec David Bowie pour les chansons Fame et Across the Universe de son précédent opus, Young Americans. Bien qu'il se soit rapproché de Bowie, mixant Diamond Dogs et coproduisant David Live en 1974, le producteur Tony Visconti ne participe pas à l'album[13].

L'enregistrement de Station to Station marque la stabilisation du groupe qui accompagnera Bowie jusqu'à la fin des années 70 : le bassiste George Murray rejoint le batteur Dennis Davis et le guitariste rythmique Carlos Alomar, déjà présents sur Young Americans[1]. Avec cette équipe, Bowie développe une méthode de travail qui restera la sienne jusqu'à Scary Monsters (and Super Creeps) (1980). Tout d'abord, Murray, Davis et Alomar posent la base de la chanson, sur laquelle sont overdubbés saxophone, claviers et guitare principale (respectivement par Bowie, Roy Bittan et Earl Slick sur Station to Station), puis le chant principal. Diverses astuces de production permettent ensuite de boucler la chanson[14]. Bowie explique : « J'ai tiré des choses assez extraordinaires d'Earl Slick. Je crois que l'idée de faire des bruits sur sa guitare, et des textures, plutôt que de jouer les bonnes notes, a séduit son imagination[15] ». Pour Alomar, c'est « l'un des albums les plus grandioses que j'aie jamais fait [...] Nous avons tellement expérimenté dessus[14] ». Harry Maslin ajoute : « J'ai adoré ces sessions parce que nous étions totalement ouverts, avec une approche expérimentale[3] ».

Bowie lui-même n'a guère de souvenirs de l'enregistrement de l'album, ni même du studio où il s'est déroulé, déclarant par la suite : « Je sais que c'était à L.A. parce que j'ai lu ça quelque part[3] ». Le chanteur n'est pas le seul à consommer de la cocaïne durant les sessions, comme l'explique Carlos Alomar : « s'il y a une ligne de coke qui peut te tenir éveillé jusqu'à 8 heures du matin pour que tu puisses faire tes parties de guitare, alors, tu prends cette ligne de coke [...] c'est l'inspiration qui te dicte ta consommation de cocaïne ». Les souvenirs d'Earl Slick sont tout aussi vagues que ceux de Bowie : « C'est un peu flou pour cet album, pour des raisons évidentes ! Nous étions dans le studio et c'était dément : beaucoup d'heures, beaucoup de nuits blanches[16]. »

À l'origine, la pochette est censée être une image en couleur tirée du film L'Homme qui venait d'ailleurs, mais Bowie la refuse en couleur, trouvant que le ciel a l'air artificiel[1]. En conséquence, la pochette de l'album reprend au final un détail de la grande image, en noir et blanc. La version en couleur sert comme pochette de la réédition CD de l'album éditée par Rykodisc au début des années 1990.

Style musical et thèmes[modifier | modifier le code]

Station to Station est souvent qualifié d'album de transition dans la carrière de David Bowie : Nicholas Pegg le décrit comme « exactement à mi-chemin entre Young Americans et Low[3] », tandis que pour Roy Carr et Charles Shaar Murray, il « divise clairement les années 70 de Bowie. Il boucle l'ère de Ziggy Stardust et de la plastic soul, tout en introduisant un avant-goût de la musique à venir sur Low[1] ». Au sein de la discographie de Bowie, le son européen de Station to Station apparaissait déjà sur l'album Aladdin Sane (1973), notamment dans la chanson-titre ou dans Time, tandis que les éléments de funk et de disco constituent un développement de l'orientation soul/rhythm and blues de Young Americans. Bowie s'intéresse également au krautrock allemand de Neu!, Can ou Kraftwerk.

L'album voit Bowie revenir à des thèmes déjà abordés dans les chansons The Supermen (sur l'album The Man Who Sold the World, 1970) et Quicksand (sur l'album Hunky Dory, 1971) : le surhomme nietzschéen, l'occultisme d'Aleister Crowley, la fascination nazie pour la légende du Graal ou encore la Kabbale[3],[1]. Pegg décrit ainsi l'album comme un choc frontal entre « occultisme et christianisme[3] ».

Golden Years est la première chanson enregistrée pour Station to Station. Musicalement, elle est construite sur la soul de Young Americans, mais avec un caractère plus tranché ; ses paroles évoquent « le regret des occasions manquées et des plaisirs révolus[1] ». Bowie affirme l'avoir écrite pour Elvis Presley, qui l'aurait refusée, tandis qu'Angie, son épouse à l'époque, prétend qu'il l'a écrite pour elle[17]. Malgré son entrée dans le Top 10 au Royaume-Uni et aux États-Unis, Golden Years est rarement interprétée durant la tournée de promotion de Station to Station[18]. Un deuxième titre d'inspiration funk apparaît un peu plus loin : Stay, « enregistré dans une pure frénésie cocaïnée » selon Alomar[17], dont les paroles reflètent peut-être « l'incertitude de la conquête sexuelle[17] », ou bien un exemple du « faux romantisme du Duke[1] ».

L'élément chrétien de l'album est le plus évident sur le quasi-hymne Word on a Wing. Même si certains commentateurs estiment que la religion n'est pour le Duke qu'un autre moyen d'« éprouver son insensibilité[1] », Bowie affirme que, sur cette chanson au moins, « la passion est sincère[4] ». En 1999, alors qu'il l'interprète en concert, le chanteur la décrit comme provenant des « jours les plus sombres de mon existence [...] je suis sûr que c'était un appel à l'aide[19] ». La ballade qui clôture l'album, Wild Is the Wind, est parfois considérée comme l'une des meilleures performances vocales de la carrière de Bowie[20]. Le chanteur a l'idée de reprendre cette chanson après une rencontre avec Nina Simone, qui l'avait elle-même reprise en 1966[19].

Le fantôme de Thomas Jerome Newton, étendu devant des douzaines d'écrans de télévision, aurait inspiré en partie le titre le plus enlevé de l'album, TVC15[21] ; à moins que son sujet ne soit la petite amie d'Iggy Pop dévorée par une télévision[22]. Elle a été décrite comme « absurdement pétulante » et « l'hommage le plus détourné aux Yardbirds qu'il soit possible d'imaginer[1] ».

La chanson-titre ouvre l'album, et annonce « une nouvelle ère d'expérimentation » pour Bowie[23]. Débutant au son d'un train en approche entremêlé au feedback de la guitare d'Earl Slick, elle se divise en deux parties : une marche lente et grave, dominée par le piano, suivie d'une section rock/blues plus rapide. En 1999, Bowie déclare au magazine Uncut : « Depuis Station to Station, le croisement du R&B et de l'électronique a été un de mes buts[24]. » Malgré le son du train qui ouvre la chanson, Bowie affirme que son titre ne fait pas référence à une gare de chemin de fer, mais plutôt aux stations du chemin de croix, tandis que le vers « from Kether to Malkuth » fait référence aux Sephiroth de la Kabbale, mêlant ainsi allusions juives et chrétiennes[25]. L'obsession de Bowie pour l'occulte apparaît ailleurs dans les paroles, ainsi des « taches blanches » (« white stains »), titre d'un recueil de poèmes ésotérique d'Aleister Crowley[26]. Les paroles font également allusion à l'addiction de Bowie : « It's not the side effects of the cocaine / I'm thinking that it must be love » (« Ce n'est pas un effet secondaire de la cocaïne, je pense que ça doit être l'amour[27] »). Station to Station, avec ses influences krautrock évidentes, constitue somme toute le présage le plus clair de la « trilogie berlinoise » de Bowie[23],[25].

Singles et inédits[modifier | modifier le code]

Toutes les chansons de Station to Station sont sorties en single, hormis la chanson-titre. Golden Years paraît en novembre 1975, deux mois avant l'album. Selon la rumeur, Bowie se serait soûlé avant de l'interpréter dans l'émission de télévision américaine Soul Train[28]. Cette performance, filmée, devient le clip de la chanson[18]. Le single se classe 8e au Royaume-Uni et 10e aux États-Unis, où il reste seize semaines dans les charts, mais il constitue un avant-goût peu représentatif de l'album à venir, de la même façon que Rebel Rebel pour Diamond Dogs en 1974[18].

Le second single tiré de l'album est une version courte de TVC15, sortie en mai 1976, qui se classe 33e au Royaume-Uni et 64e aux États-Unis. Le même mois paraît une version courte de Stay, pour promouvoir la compilation ChangesOneBowie, bien que la chanson n'apparaisse pas dessus[29]. En novembre 1981, alors que le contrat liant Bowie à RCA est sur le point de s'achever, Wild Is the Wind paraît en single pour promouvoir la compilation ChangesTwoBowie, avec Word on a Wing en face B. Un clip est tourné exprès pour cette sortie, et le single atteint la 24e place du hit-parade britannique, où il se maintient pendant dix semaines[30].

Une reprise de la chanson de Bruce Springsteen It's Hard to Be a Saint in the City aurait été enregistrée durant les sessions aux Cherokee Studios. Elle n'est parue qu'en 1990, dans le coffret Sound and Vision. Toutefois, Nicholas Pegg estime que cette chanson a été en fait enregistrée durant les sessions de l'album Young Americans, aux Sigma Sound Studios, et qu'elle n'a reçu que quelques overdubs aux Cherokee Studios[31].

Parution et accueil[modifier | modifier le code]

Critiques
Source Note
Allmusic 4,5/5
Blender 4/5
Robert Christgau A
NME positive
Pitchfork Media 9,5/10 (réédition)
Q 5/5
Rolling Stone 1976 : mitigée
2004 : 5/5
Sounds positive

Station to Station sort en janvier 1976 aux États-Unis. Le magazine Billboard considère que Bowie a « trouvé sa niche musicale » avec des chansons comme Fame et Golden Years, mais que « la chanson-titre de 10 minutes traîne en longueur ». Pour NME, Station to Station est « l'un des albums les plus importants parus ces cinq dernières années[4] ». Les deux magazines trouvent les paroles difficiles à décrypter[3]. Rolling Stone acclame les moments les plus « rock » de l'album, mais estime que Bowie s'écarte de ce genre : l'album est « un effort conscient de la part d'un artiste dont la capacité à écrire et interpréter du rock & roll exigeant cohabite sans peine avec sa fascinations pour diverses formes [...] si son talent ne fait guère de doute, on ne peut que se demander combien de temps il va continuer à s'acharner sur le rock[32] ».

Circus remarque que Bowie n'a « jamais été du genre à maintenir une quelconque continuité dans son travail ou dans sa vie », et indique que Station to Station « offre des images cryptiques et expressionnistes, qui nous permettent de ressentir les contours et les palpitations de l'âme du masqué, sans jamais vraiment révéler son visage ». Le critique note également plusieurs liens avec la carrière passée de Bowie : la « densité » de The Man Who Sold the World, la « sensibilité pop » de Hunky Dory, la « dissonance et l'angoisse » de Aladdin Sane, les « percussions entraînantes » de Young Americans, et le « mysticisme juvénile » de Wild Eyed Boy from Freecloud. Il conclut en voyant dans l'album « l'étape la plus ambitieuse du voyage tortueux de Bowie[33] ».

Station to Station est l'album de Bowie qui s'est le mieux classé aux États-Unis : il atteint la 3e place et reste trente-deux semaines présent dans le hit-parade[34]. Il est certifié disque d'or par la RIAA le 26 février 1976[35]. Au Royaume-Uni, il reste classé 17 semaines et se hisse jusqu'à la 5e place ; c'est la dernière fois qu'un album studio de Bowie se classe moins bien dans son pays d'origine qu'en Amérique[34].

Tournée et controverse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Isolar - 1976 Tour.

Une fois les sessions pour Station to Station terminées, en décembre 1975, David Bowie commence à travailler sur la bande originale de L'Homme qui venait d'ailleurs avec Paul Buckmaster[3]. Bowie s'attend à être seul responsable de la musique du film, mais il apprend que cela ne doit ne sera pas le cas : « après avoir bouclé cinq ou six titres, on m'a dit que si je voulais bien proposer ma musique avec celles d'autres personnes [...] et j'ai juste dit : « Merde, vous n'en aurez rien du tout. » J'étais tellement furieux, j'avais tellement travaillé dessus[4]. » Néanmoins, Harry Maslin affirme que Bowie était « grillé » et n'aurait de toute façon pas pu produire une bande originale entière à lui tout seul. Le chanteur finit par s'effondrer ; il admet par la suite : « Il y avait des bouts de moi partout sur le sol »[3]. En fin de compte, un seul instrumental composé pour le film verra le jour : retravaillé, il donne la piste Subterraneans sur l'album Low[4].

David Bowie sur scène à Toronto, en 1976
David Bowie sur scène à Toronto, en 1976.

Bowie se lance ensuite dans une tournée de promotion de Station to Station, qui dure du 2 février au 18 mai 1976[3]. Les concerts débutent au son de la chanson Radioactivity de Kraftwerk, accompagnée d'images du film surréaliste de Luis Buñuel et Salvador Dalí Un chien andalou[36]. Sur scène, Bowie porte le costume habituel du Thin White Duke (pantalon et veste noirs), un paquet de Gitanes dépassant ostensiblement de sa poche, et évolue à travers des « rideaux de lumière blanche[1] » qui valent à la tournée son surnom de « White Light Tour »[36]. En 1989, Bowie explique qu'il voulait « retrouver une sorte d'esthétique propre au cinéma expressionniste allemand [...] et les éclairages de Fritz Lang ou Pabst, par exemple. Une allure de film en noir et blanc, mais avec une intensité presque agressive. Je crois que théâtralement, c'est la meilleure tournée que j'aie jamais faite[15] ». Cette tournée est à l'origine d'un des bootlegs les plus célèbres du chanteur, provenant d'une diffusion radiophonique de son concert du 23 mars 1976 au Nassau Coliseum[36]. Ce concert a finalement été publié de manière officielle en 2010 dans le cadre des rééditions de Station to Station.

Durant la tournée, Bowie est pris à partie pour ses apparentes opinions pro-fascistes. Déjà en 1974, il avait déclaré dans une interview : « Adolf Hitler était l'une des premières rock stars [...] presque aussi bon que Jagger [...] Il a mis en scène un pays[37] », sans être condamné à l'époque. Durant la tournée Station to Station, une série d'incidents attire l'attention sur lui. En avril 1976, il est retenu à la douane en Europe de l'Est pour possession de souvenirs nazis. Le même mois, il est cité comme ayant déclaré à Stockholm qu'« un leader fasciste pourrait faire du bien à la Grande-Bretagne[37] ». Bowie met ces erreurs de jugement sur le compte de ses addictions et du personnage du Thin White Duke[38]. La controverse atteint son paroxysme le 2 mai 1976, peu avant la fin de la tournée Isolar, lors de « l'incident de Victoria Station » : Bowie arrive devant la gare à bord d'un cabriolet Mercedes à toit ouvrant ; une photo publiée dans NME semble le montrer adressant un salut nazi à la foule. Selon le chanteur, la photographie le représente au milieu d'un salut normal[39], un point de vue soutenu par le jeune Gary Numan, présent dans la foule ce jour-là : « Réfléchissez-y bien. Si un photographe prend toute une série de clichés de quelqu'un faisant un salut de la main, vous obtiendrez un salut nazi à la fin de chaque mouvement de bras. Pour en faire une controverse, il vous suffit d'avoir un abruti dans un magazine musical[37]... ». Mais le stigmate ne disparaît pas aussi facilement, au point que les paroles « To be insulted by these fascists/It's so degrading » (« Se faire insulter par ces fascistes / c'est si insultant ») de la chanson It's No Game, parue quatre ans plus tard sur l'album Scary Monsters, marquent peut-être une tentative d'enterrer cet incident pour de bon[40].

Héritage[modifier | modifier le code]

Station to Station marque une étape de l'évolution de Bowie vers sa « trilogie berlinoise », comme il l'admet lui-même : « En termes de musique, Low et ses petits frères sont des suites directes de la chanson-titre[25] » ; Brian Eno confirme que Low est « essentiellement une suite de Station to Station[41] ». Il a également eu une grande influence sur le courant post-punk[42]. En 1981, Roy Carr et Charles Shaar Murray écrivent que « si Low était l'Album de Bowie pour Gary Numan, alors Station to Station était l'Album de Bowie pour Magazine[1] ». Néanmoins, en 2004, Stylus affirme que « peu avaient anticipé l'approche de Bowie, et peu la reprirent [...] ce style est essentiellement orphelin et abandonné[43] ».

En 1999, le biographe David Buckley décrit Station to Station comme « une pièce maîtresse, inventive », que « certains critiques choisiront, à contre-courant de l'avis général, comme son meilleur album[44] ». La même année, Brian Eno le qualifie d'« un des meilleurs albums de tous les temps[41] ». En 2003, Rolling Stone le classe à la 323e position de sa liste des 500 plus grands albums de tous les temps[45]. L'année suivante, il apparaît à la 80e place de la liste des 100 plus grands albums britanniques établie par The Observer[46].

Titres[modifier | modifier le code]

Toutes les chansons sont de David Bowie, sauf Wild Is the Wind (Ned Washington, Dimitri Tiomkin).

Face 1[modifier | modifier le code]

  1. Station to Station – 10:11
  2. Golden Years – 4:00
  3. Word on a Wing – 5:50

Face 2[modifier | modifier le code]

  1. TVC15 – 5:31
  2. Stay – 6:13
  3. Wild Is the Wind – 6:00

Personnel[modifier | modifier le code]

Musiciens[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

  • David Bowie : production
  • Harry Maslin : production
  • Steve Shapiro : photographie

Rééditions[modifier | modifier le code]

Format CD[modifier | modifier le code]

Station to Station a connu quatre éditions au format CD : la première en 1985 chez RCA (pochette en noir et blanc), la deuxième chez Rykodisc en 1991 avec deux titres bonus (pochette en couleur), la troisième chez EMI en 1999 (format remasterisé 24-bit) et la quatrième en 2007 au Japon.

La réédition Rykodisc inclut deux titres bonus, enregistrés lors du concert de Bowie au Nassau Coliseum du 23 mars 1976 :

  1. Word on a Wing (live) – 6:10
  2. Stay (live) – 7:24

Éditions deluxe[modifier | modifier le code]

Deux nouvelles rééditions sont parues en septembre 2010 : une « édition spéciale » (3 CD) et une « édition deluxe » (5 CD + 1 DVD + 3 vinyles).

L'« édition spéciale » comprend l'album original, transféré à partir des bandes analogues stéréo originales (CD 1), et l'intégralité du concert de Bowie au Nassau Coliseum du 23 mars 1976 :

L'« édition deluxe » comprend :

  • CD 1 : le transfert 2010 de l'album
  • CD 2 : le master CD de 1985
  • CD 3 : un EP reprenant les versions singles des titres de l'album : Golden Years, TVC 15, Stay, Word on a Wing et Station to Station (ce dernier inédit jusqu'alors)
  • CD 4 & 5 : Live Nassau Coliseum '76
  • DVD 1 : le master analogue original de l'album (LPCM stéréo 96kHz/24bit)
  • DVD 2 : le mix 5.1 de Harry Maslin (DTS 96/24 et Dolby Digital)
  • DVD 3 : le master analogue original (LPCM stéréo)
  • DVD 4 : le mix de Harry Maslin (LPCM stéréo 48/24)
  • Vinyle 1 : le transfert 2010 de l'album
  • Vinyles 2 & 3 : Live Nassau Coliseum '76

Cette « édition deluxe » comprend également diverses répliques de documents de l'époque (billet de concert, accès backstage, photos de presse, objets du fan club de Bowie, etc.).

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Station to Station » (voir la liste des auteurs).

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Carr et Murray 1981, p. 78-80.
  2. Buckley 2000, p. 259, 264.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Pegg 2004, p. 297-300.
  4. a, b, c, d et e (en) Angus McKinnon, « The Future Isn't What It Used to Be », NME,‎ 13 septembre 1980, p. 32-35.
  5. (en) Mark Paytress, « So Far Away... », Mojo Classic: 60 Years of Bowie,‎ 2007, p. 55.
  6. (en) John Phillips, Papa John, Dolphin Books,‎ 1986 (ISBN 0-385-23120-2), p. 290.
  7. Buckley 2000, p. 260–263.
  8. Buckley 2000, p. 258.
  9. Wilcken 2005, p. 24.
  10. Buckley 2000, p. 277-279.
  11. Wilcken 2005, p. 16.
  12. Buckley 2000, p. 263.
  13. Buckley 2000, p. 269-270.
  14. a et b Buckley 2000, p. 270.
  15. a et b Kurt Loder et David Bowie, livret du coffret Sound + Vision, Rykodisc, 1990
  16. Buckley 2000, p. 271–272.
  17. a, b et c Buckley 2000, p. 272.
  18. a, b et c Pegg 2004, p. 82-83.
  19. a et b Pegg 2004, p. 240-243.
  20. Buckley 2000, p. 274–275.
  21. Buckley 2000, p. 274.
  22. Pegg 2004, p. 223.
  23. a et b Buckley 2000, p. 275-277.
  24. « Uncut Interviews David Bowie on Berlin »,‎ 1999 (consulté le 2 novembre 2008)
  25. a, b et c Pegg 2004, p. 205-206
  26. Wilcken 2005, p. 7.
  27. Wilcken, p. 9
  28. Carr et Murray 1981, p. 75.
  29. Carr et Murray 1981, p. 84.
  30. Buckley 2000, p. 625.
  31. Pegg 2004, p. 107-108.
  32. (en) Teri Moris, « Station to Station », Rolling Stone,‎ 25 mars 1976 (lire en ligne)
  33. (en) Richard Cromelin, « David Bowie: Station to Station », Circus,‎ mars 1976 (lire en ligne)
  34. a et b Buckley 2000, p. 623-624
  35. « RIAA Gold and Platinum Search for "Station to Station" », RIAA (consulté le 2 novembre 2008)
  36. a, b et c Buckley 2000, p. 281-286.
  37. a, b et c Buckley 2000, p. 289-291.
  38. Carr et Murray 1981, p. 11.
  39. Mark Paytress, « The Controversial Homecoming », Mojo Classic: 60 Years of Bowie,‎ 2007, p. 64
  40. Carr et Murray 1981, p. 112.
  41. a et b Wilcken 2005, p. 4.
  42. Stephen Thomas Erlewine, « Station to Station Review », Allmusic (consulté le 2 novembre 2008)
  43. Ian Mathers, « On Second Thought: David Bowie – Station to Station », Stylus Magazine,‎ 13 avril 2004 (consulté le 2 novembre 2008)
  44. Buckley 2000, p. 263-269.
  45. « The 500 Greatest Albums of All Time », Rolling Stone (consulté le 2 novembre 2008)
  46. (en) Luke Bainbridge, « The Top 100 Greatest British Albums: 80 Station to Station David Bowie », Observer Music Monthly, Guardian Media Group,‎ 20 juin 2004, p. 49

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) David Buckley, Strange Fascination - David Bowie: The Definitive Story, Virgin,‎ 2000 (ISBN 075350457X).
  • (en) Roy Carr et Charles Shaar Murray, Bowie: An Illustrated Record, Avon,‎ 1981 (ISBN 0380779668).
  • (en) Nicholas Pegg, The Complete David Bowie, Reynolds & Hearn,‎ 2004 (ISBN 1903111730).
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