Stanley Spencer

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Stanley Spencer

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Stanley Spencer

Nom de naissance Stanley Spencer
Naissance 29 juin 1891
Cookham, Angleterre
Décès 13 décembre 1959,
Cliveden, Buckinghamshire,
Nationalité Britannique
Activités Peintre
Formation Slade School of Fine Art
Mouvement artistique Artiste indépendant

Œuvres réputées

The Resurrection, 1924-27

Stanley Spencer (Cookham, le 30 juin 1891 - Cliveden, le 14 décembre 1959) est un artiste britannique. Comparée à Blake, Füssli ou Palmer par la critique britannique, l'œuvre singulière de Stanley Spencer s'est élaborée à l'écart des grands courants de l'art moderne[1]. Elle se compose aussi bien de scènes inspirées de la Première Guerre mondiale, que de scènes bibliques, satiriques ou érotiques et forme un ensemble significatif de l'art britannique de l'entre-deux-guerres.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Septième fils d'une famille de onze enfants, Stanley Spencer est né en 1891 à Cookham dans une atmosphère artistique et culturelle : son père était musicien professionnel et son grand-père un passionné d'astronomie[1]. Son frère cadet, Gilbert Spencer (1892-1979) deviendra un peintre réputé. Dès quatorze ans, il pratique le dessin. À seize ans, il se concentre sur le dessin d'architecture. En 1909, après une année préparatoire à la Windsor School of Art, il s'inscrit à la Slade School of Fine Art de l'University College de Londres ou il a Dora Carrington, Mark Gertler, Paul Nash, Edward Wadsworth, Isaac Rosenberg et David Bomberg pour collègues[2]. Il se lie surtout avec Henry Lamb, alors auteur d'une des œuvres marquantes de la peinture britannique moderne, The Death of a Bretonne (1910) [3]. Pendant trois ans, il y subit l'influence des primitifs italiens et des maîtres du quattrocento qu'on peut repérer de temps à autre dans son œuvre picturale[3]. De retour à Cookham, il peint son village et en 1912 The Nativity, œuvre traduisant la double influence des préraphaélites et du symbolisme français[3]. Avec The Apple Gatherers, peint la même année et Zacharias and Elisabeth (1913), les distorsions audacieuses et l'intensité expressive des postures l'éloignent déjà du style idyllique et décoratif de ces modèles esthétiques[3]. La Résurrection, qu'il dépeint dans The Resurrection of God and Bad (1914) deviendra par la suite son thème de prédilection[4].

La maturité[modifier | modifier le code]

Pendant la première Guerre mondiale, il sert pendant quatre ans, d'abord à l'hôpital de guerre de Bristol, ensuite sur le front macédonien. De retour à Cookham de 1919 à 1926, il transcrit son expérience macédonienne de la guerre dans des œuvres comme Travois Arriving with Wounded at a Dressing Station, Smol, Macedonian et Camp at Kalinova. Il peint également une série de paysages exprimant la joie du retour au foyer. Les effets de la guerre sur la maturation de son œuvre sont manifestes : le style, moins naïf et fantaisiste, gagne en puissance et en originalité, il se rapproche des visions de Blake et Füssli et fait preuve d'une iconographie toujours inventive[5]. Parmi les œuvres emblématiques de cette époque se distinguent The Last Supper (1920), Christ Carrying the Cross, The Betrayal (1922) et surtout, The Resurrection, Cookham (1923-36), le chef d'œuvre exposé de son vivant à la Tate Gallery[5]. En 1923, il entame une série d'études préparatoires consacrées à la guerre. À la vue de ses études, Mr. et Mrs. Louis Behrend commandent à Spencer une série de peintures murales et font ériger la Sandham Memorial Chapel The Oratory of All Souls and Almhouses à Burghclere, qui doit les contenir[6]. Spencer y travaille de 1926 à 1932. La série comprend notamment Resurrection of Soldiers et reflète des influences maniéristes et baroques alors que Drawing Water est marqué par les conceptions de Uccello dans la Bataille de San Romano. Les fresques de la chapelle sont considérées comme l'une des œuvres majeures de l'art anglais du XXe siècle[7]. Pendant les années 1930, bien qu'il lui arrive de peindre des paysages et des fleurs, l'intérêt pour des préoccupations sexuelles influencées par une symbolique freudienne et parfois proche de la Nouvelle Objectivité se fait jour[8]. Si une simple scène de village comme Sarah Tubb and the Heavenly Visitors est acclamée à l'Exposition Internationale de Carnegie (1933)[8], ses autres œuvres s'éloignent de la vision idyllique de Cookham et traduisent des obessions érotiques et névrotiques, telles que The Dustman (1934), Sunflower and dog Workship (1937), Adoration of Old Men (1937)[8]. Il peint aussi des thèmes religieux comme Saint François et les Oiseaux et une Tentation de saint Antoine. Durant la Seconde Guerre mondiale, il peint une série d'œuvre sur le thème du Christ dans le désert et reçoit une importante commande du Comité des Artistes de Guerre, pour peindre un groupe de panneaux muraux sur le thème des chantiers navals de Glasgow sur la Clyde. Il retourne ensuite à son thème de prédilection, la Résurrection : The Resurrection with the Raising of Jairus' Daughter (1947), La Résurrection au Port de Glasgow (1947-50). En 1950 il devient membre de la Royal Academy. En 1955, la Tate Galerie lui consacre une rétrospective et l'année de sa mort, il est fait chevalier.

Son œuvre picturale[modifier | modifier le code]

Thématique des œuvres[modifier | modifier le code]

Une grande partie des œuvres de Spencer dépeint des scènes bibliques comme la crucifixion ou le miracle de la Résurrection. Le thème de la Résurrection est souvent traité par Spencer sous la forme de triptyques, en référence au mystère de la Trinité et plus encore avec sa conception de l'individualité, conçue comme une dualité réunie ou séparée par un intermédiaire[9]. Pour Spencer la Ressurection est l'occasion de montrer la réconciliation du peuple, de la famille et de l'amour[9] Toutefois, ces scènes ne se produisent pas en Terre sainte, comme on pourrait le supposer, mais à Cookham, le petit village où il a grandi et passé la majeure partie de sa vie. Une des particularités de Spencer est de conférer à Cookham une dimension céleste, paradisiaque, en rapport avec le paradis de son enfance[10]. La peinture religieuse de Spencer est donc chargée d'une signification miraculeuse en rapport avec la rédemption de l'humanité que Cookham lui permet de résumer et de condenser, mieux que Rome ou Jérusalem, à la façon d'une allégorie personnelle[11]. Ainsi, à travers une iconographie évoquant des sentiments et des souvenirs personnels, Spencer souhaite explorer et atteindre les vérités spirituelles les plus universelles[12].

L'œuvre de Spencer se développe essentiellement à l'intérieur du cadre fournit par les deux guerres mondiales. Pour avoir joué un rôle de soldat ayant marqué sa mémoire d'une trâce indélébile, durant la première et d'artiste officiel durant la seconde, la guerre est l'autre thème essentiel de son œuvre. Si certains de ses tableaux comme Travois Arriving with Wounded at a Dressing Station, sont conservés a l'Imperial War Museum, Spencer n'est pas seulement l'un des principaux artistes de guerre britanniques avec Sutherland, Nash ou Moore[13]. Le soldat joue un rôle prépondérant dans la mythologie personnelle de Spencer : autant Cookham représente le paradis de son enfance, autant l'enfer de la guerre en est la parfaite antithèse. Pour Spencer, c'est le rôle sacrificiel joué par le soldat, qui le place parmi les élus promis à la gloire de la Résurrection, dont Cookham est le lieu propice[14].

Le dernier thème majeur de Spencer est l'amour, pas seulement dans son sens spirituel, comme dans ses œuvres religieuses, mais aussi au sens personnel et privé, avec sa dimension érotique et fantasmatique. Comme pour Cookham et la guerre, l'implication autobiographique est le moteur principal de la présence du thème de l'amour dans son œuvre picturale.

En 1925, Spencer épouse Hilda Carline, alors étudiante à la Slade et sœur de l'artiste Richard Carline. Deux filles naissent de cette union. Carline divorce de Spencer en 1937. Une semaine plus tard, il épouse l'artiste Patricia Preece, qu'il avait rencontré à Cookham. Étant lesbienne, elle refuse de consommer le mariage, mais accepte de poser nue pour son mari. Lorsque cette relation atypique cesse, il continue sur le mode chaste une relation avec Hilda, atteinte de dépression nerveuse. Hilda décède d'un cancer en novembre 1950[15]. Ce douloureux contexte nourri de frustration sexuelle explique le caractère ironique et désabusé des œuvres intimes qu'il produit alors. Il s'agit pour la plupart de nus féminins avec ou sans la présence de Spencer lui-même : Portrait aux deux nus (1936), Self Portrait with Patricia Preece (1937). Jacques Lacan a contribué à mieux les faire connaître en les nommant hommelette[16], parce qu'elles contiennent des allusions psychanalytiques comme la présence du chien au pied du lit, symbole d'énergie sexuelle, ici refoulée[17].

Styles et composition[modifier | modifier le code]

Dans son œuvre picturale, Spencer utilise trois styles différents, chacun lié à une technique et une iconographie particulières :

Le premier style est académique et s'inspire de l'art allemand du XVIe siècle ainsi que du réalisme de Courbet. On en trouve des exemples dans ses dernières œuvres comme le portrait de Dame Mary Cartwright (1958), un autoportrait tardif, les paysages de Cookham, les natures mortes et des peintures érotiques utilisées pour un cycle de sujets religieux[17].

Le second style est d'inspiration médiévale. Il reflète, parmi d'autres, les influences de Giotto et Cimabue. C'est le style le plus connu. Il l'utilise dans les peintures murales de la chapelle de Sandham, les résurrections, les scènes de village et les scènes domestiques et dans un œuvre inachevée comme Christ Preaching at Cookham Regatta[17]. Dans ses sujets religieux, outre la forme du triptyque, la composition est conçue sur un principe de juxtaposition évoquant parfois le collage avec une grande abondance de détails attestant une imagination visionnaire et débordante[12].

Le troisième style est le plus personnel. C'est un style légèrement caricatural et teinté d'humour noir. On le retrouve dans des sujets comme les Béatitudes, les Tentations, les sujets autobiographiques tels que Love Letters et The Dustbin, Cookham et dans les peintures à connotations sexuelles. N'hésitant pas à sacrifier l'exactitude anatomique pour mieux exprimer ses obessions[18], la critique a également souligné son rendu très particulier de la chair humaine à la texture flasque, relâchée et l'aspect livide de la peau qui anticipent largement les portraits et les nus de son compatriote Lucian Freud[19].

Collections permanentes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Contemporary painters, p. 122.
  2. David Boyd Haycock, A Crisis of Brillance, 2009.
  3. a, b, c et d Contemporary painters, p. 123
  4. Contemporary painters, p. 124
  5. a et b Contemporary painters, p. 126.
  6. Contemporary painters, p. 127.
  7. Contemporary painters, p. 128.
  8. a, b et c Contemporary Painters, p. 129.
  9. a et b I am Dynamite, p. 197.
  10. I am Dynamite, p. 186.
  11. I am Dynamite, p. 189-190.
  12. a et b I am Dynamite, p. 192.
  13. British Artist Biographies, p. 77-86 in Artists of World War II, de Barbara McCloskey, Greenwood Publishing Group, 2005, (ISBN 978-0-313-32153-5 et 9780313321535).
  14. Chosen peoples, sacred sources of national identity, p. 250 d'Anthony D. Smith, Oxford University Press, 2003, (ISBN 978-0-19-210017-7 et 9780192100177)
  15. Article sur la vie privée de Spencer disponible sur BBC World Service.
  16. Double allusion lacanienne à femmelette et aux œufs cassés
  17. a, b et c The Hunter Gracchus, p. 114-115.
  18. I am Dynamite, p. 193.
  19. Stanley Spencer and Lucian Freud de David Sylvester, British Today, № 171, p. 36-39.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.

  • (en) James Thrall Soby, Contemporary painters, ch. 13 Stanley Spencer, p. 122-129, Ayer Publishing, 1948, (ISBN 978-0-405-01508-3 et 9780405015083)Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • (en) Nigel Rapport, I Am Dynamite, An Alternative Anthropology of Power, ch. 6, Stanley Spencer and the visionary metaphysic of love, p. 179-211, Routledge, 2003, (ISBN 978-0-203-63431-8 et 9780203634318)Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • (en) Guy Davenport, The Hunter Gracchus, And Other Papers on Literature and Art, (Stanley Spencer and David Jones, p. 112-126), Counterpoint Press, 1997, (ISBN 978-1-887178-55-6 et 9781887178556)Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • (en) Anthony d'Offay (Firm), Stanley Spencer, and Hilda Spencer. Stanley and Hilda Spencer. Londres: Anthony d'Offay, 1978.
  • (en) Art: Stanley Spencer, Eccentric,Newsweek. 130, no. 20: 92, 1997.
  • (en) Keith Bell et Stanley Spencer, Stanley Spencer: A Complete Catalogue of the Paintings. Londres: Phaidon Press, 1993. (ISBN 978-0-8109-3836-6).
  • (en) Adrian Glew, Stanley Spencer Letters and Writings, Tate Publishing, Londres, 2001. (ISBN 1854373501).
  • (en) Paul Gough, Stanley Spencer: Journey to Burghclere, Bristol, Sansom and Company, 2006. (ISBN 978-1-904537-46-5).
  • (en) Paul Gough, A Terrible Beauty’: British Artists in the First World War, Bristol, Sansom and Company, 2010. (ISBN 1906593000).
  • (en) Kitty Hauser et Stanley Spencer,Stanley Spencer. British artists. Princeton, N.J., Princeton University Press, 2001. (ISBN 978-0-691-09024-5).
  • (en) David Boyd Haycock, A Crisis of Brilliance: Five Young British Artists and the Great War, Londres, Old Street Publishing, 2009, (ISBN 978-1-905847-84-6).
  • (en) Fiona MacCarthy, Stanley Spencer, An English Vision Yale University Press, 1997 (ISBN 978-0-300-07337-9).
  • (en) Kenneth Pople, Stanley Spencer: A Biography, Londres, Collins, 1991. (ISBN 978-0-00-215320-1)
  • (en) Duncan Robinson, Stanley Spencer, Oxford, Phaidon, 1990. (ISBN 978-0-7148-2616-5)
  • (en) Rosemary Shepherd, Stanley Spencer and Women, [S.l.], Ardent Art Publications, 2001.
  • (en) Stanley Spencer, A Guided Walk Round Stanley Spencer's Cookham. [Cookham?], Estate of Stanley Spencer, 1994.
  • (en) Stanley Spencer et Fiona MacCarthy, Stanley Spencer: An English Vision. [New Haven, Conn.]: Yale University Press in association with the British Council and the Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington, DC, 1997. (ISBN 978-0-300-07426-0).
  • (en) Stanley Spencer et Gilbert Spencer, Gilbert and Stanley Spencer in Cookham: An Exhibition at the Stanley Spencer Gallery, Cookham 14 May - 31 August 1988. Cookham: Stanley Spencer Gallery, 1988.
  • (en) Stanley Spencer et John Rothenstein, Stanley Spencer, the Man: Correspondence and Reminiscences, Athens, Ohio University Press, 1979. (ISBN 978-0-8214-0431-7).
  • (en) Alison Thomas et Timothy Wilcox, The Art of Hilda Carline: Mrs. Stanley Spencer, Usher Gallery, Londres,1999, (ISBN 0853317763).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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