Stanley Fish

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Stanley Eugene Fish, né le 19 avril 1938 à Providence (Rhodes Island) en 1938, est un universitaire et théoricien de la littérature américain, souvent perçu ou qualifié comme l'un des représentants du postmodernisme.

Carrière[modifier | modifier le code]

Il a été responsable du département de littérature anglophone à l'Université Duke de 1986 à 1992, où il fut professeur d'anglais et de droit (bien que dépourvu de titre universitaire en droit) jusqu'en 1998. Il a ensuite été dean du College of Liberal Arts and Science de l'université de l'Illinois à Chicago. Depuis 2005, il enseigne à l'université internationale de Floride dans sa faculté de droit.

Théorie littéraire[modifier | modifier le code]

Dans une démarche théorique qui a été rapprochée de celle de Thomas Kuhn pour l'histoire des sciences[1], Fish postule l'existence de « communautés interprétatives (en) » qui permettraient d'expliquer pourquoi et comment les interprétations d'un texte divergent selon les lecteurs et les critiques (ce qui va à l'encontre des théories néo-positivistes sur un sens originel du texte que l'interprète aurait pour tâche de remettre au jour) [2]. Il a élaboré cette notion de « communauté interprétative » dans "Interpreting the Variorum", un article séminal de 1976, publié dans Critical Inquiry, à partir de la lecture des controverses concernant l'interprétation des poèmes de Milton. Montrant le caractère indécidable du sens de certaines ambiguïtés du texte, il s'opposait ainsi à l'analyse formelle qui tenterait de retrouver le sens univoque et assignable du texte en se fondant sur une analyse des dictionnaires, de la grammaire, etc[3].. Contre cette tentation, il préconisait d'éprouver le sens comme expérience du lecteur et d'insister sur la temporalité de l'expérience de lecture, accusant le formalisme d'y être indifférent[3]. Il s'insérait ainsi explicitement dans le sillage des théories du reader-response criticism [3], voire, implicitement, de la théorie pragmatique en linguistique.

Bien qu'il se défende de basculer dans un relativisme interprétatif radical en vertu duquel toutes les interprétations individuelles se vaudraient[2], il a souvent été critiqué pour cette raison (Antoine Compagnon, Le Démon de la théorie, 1998; Umberto Eco, Les Limites de l'interprétation, 1990). Se désignant lui-même comme « anti-fondationnaire », c'est-à-dire opposé à l'idée de fondement, Fish est en effet perçu comme l'un des représentants majeurs du postmodernisme en théorie littéraire. Il est ainsi devenu la cible de nombreuses attaques, y compris de la part du théoricien britannique, et marxiste, Terry Eagleton[4], ou de la philosophe américaine Martha Nussbaum[5].

Divers[modifier | modifier le code]

Considéré comme « le professeur de littérature le mieux payé de la planète[2] », auteur d'une dizaine d'ouvrages publiés en anglais, Stanley Fish passe pour avoir été le modèle de Morris Zapp, le professeur de littérature du roman Un Tout petit monde (1984), de l'écrivain anglais David Lodge[2]. Sceptique quant à la valeur humaniste qu'apporterait l'étude des classiques, il critique cette thèse à caractère éthique, défendue par Anthony T. Kronman (en), tout en défendant la valeur intrinsèque des humanités et de la culture générale et le plaisir hédoniste que celle-ci apporte en elle-même, s'opposant à tout utilitarisme qui viserait à lui assigner une « utilité » spécifique[6] .

Œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

  • Respecter le sens commun. Rhétorique, interprétation et critique en littérature et en droit, LGDJ, Paris, 1995.
  • Quand lire c’est faire. L’autorité des communautés interprétatives, Les Prairies ordinaires, Paris, 2007.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Christophe Varlat, « Donner son sens à un texte », sur le site nonfiction.fr (janvier 2008)
  2. a, b, c et d Marc Escola, « L'autorité de l'interprète. Les fables théoriques de Stanley fish », Revue internationale des livres et des idées, décembre 2007.
  3. a, b et c "Interpreting the Variorum", Critical Inquiry, 1976
  4. Eagleton, Terry. "The Estate Agent.", London Review of Books, Vol. 22 No. 5 · 2 March 2000 pages 10-11 (recension de The Trouble with Principle de Stanley Fish.
  5. Nussbaum, Martha C. Love's Knowledge. "Sophistry About Conventions." New York: Oxford University Press, 1990. pp. 220–229.
  6. Will the Humanities Save Us?, blog de Fish sur le New York Times, 6 janvier 2008

Liens externes[modifier | modifier le code]