St. John Philby

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Harry St. John Bridger Philby (né le 3 avril 1885 à Badulla, Ceylan - mort le 30 septembre 1960 à Beyrouth, Liban), également connu sous les noms de Jack Philby ou Sheikh Abdullah (الشيخ عبدالله), fut espion britannique, explorateur, écrivain, et ornithologue. Il étudia les langues orientales à Cambridge où il fut le camarade de Jawaharlal Nehru. Son fils Kim Philby fut un célèbre agent britannique, agent double pour l'Union soviétique.

St John Philby à Riyad

Passionné par les oiseaux, il donna son nom à la Perdrix de Philby[1] (Alectoris philbyi)[2],[3].

Comme il le dit dans son autobiographie, il fut le « premier socialiste » à rejoindre l'Indian Army en 1907 à Lahore. Il apprit à parler couramment l'ourdou, le panjâbî, le baloutche, et l'arabe. Il épousa sa première femme, Dora, en 1910, avec Bernard Montgomery comme témoin.

La Révolte arabe[modifier | modifier le code]

Drapeau de la Révolte Arabe, ca 1917[4].

Fin 1915, Percy Cox, l'officier chargé des affaires politiques de la petite force expéditionnaire mésopotamienne, recrute Philby comme responsable financier à Bagdad. Leur mission était d'organiser la Révolte arabe contre la tutelle ottomane, et d'assurer la protection des champs pétrolifères de Bassorah, dont la Royal Navy était dépendante. Il apprend l'art du renseignement sous les ordres de Gertrude Bell, qui contrôle également le futur Lawrence d'Arabie. La révolte est lancée avec la promesse de créer une fédération panarabe, depuis Alep en Syrie jusqu'au Yémen.

En novembre 1917, Philby est envoyé au cœur de la péninsule arabe en mission auprès de Ibn Séoud. Celui-ci était opposé au Chérif Hussein ; rapidement, Philby est conquis par le personnage et commence à le favoriser secrètement. Il fait la traversée de Riyad à Djeddah, qui lui valut la médaille d'or de la Royal Geographical Society.

Fin 1918, la contradiction entre l'accumulation de promesses faites durant la guerre (accords de Sykes-Picot, Panarabie, déclaration de Balfour, auto-détermination des peuples arabes), et la réalité, conduisant à une nouvelle tutelle européenne, le choque. En 1920, il contribue à l'établissement de la constitution parlementaire irakienne. En 1921, il est nommé responsable des services secrets pour la Palestine mandataire, équivalent de Jordanie, Israël et territoires palestiniens. Il travaille avec Lawrence pendant un certain temps, mais ne partage pas les vues de ce dernier en faveur des Hachémites. Bien plus tard, quand on l'interrogera sur leur rivalité, il répondra : « Nous étions arcades ambo - des sots tous les deux »[5]. Il rencontre Allen Dulles, son équivalent américain. Fin 1922, il se rend à Londres pour rendre compte de la situation locale, et rencontre Winston Churchill, George V, le Prince de Galles, le Baron Rothschild, Wickham Steed, et Chaim Weizmann, chef du mouvement sioniste.

Il se fait l'ardent défenseur d'Ibn Séoud ; il décrit la possibilité d'un royaume unifiant la péninsule arabe, supplantant la dynastie Hashemite comme protecteur des lieux saints, gardant la voie maritime Suez-Aden-Bombay pour le compte des britanniques. Ses positions extrêmes le conduisent à démissionner de son poste en 1924 ; les services britanniques continueront de le payer pendant cinq ans.

Conseiller d'Ibn Séoud et explorateur[modifier | modifier le code]

Ibn Séoud continue ses conquêtes, se proclame gardien des lieux saints, et prend le Hedjaz et le Nejd à Hussein. En 1927, Philby contribue au Traité de Djeddah, pacte de non-agression[6] entre Ibn Seoud et le Royaume-Uni.

Philby s'installe à Djeddah et s'associe dans une société de commerce. Il se convertit à l'Islam en 1930. En quelques années, il devient célèbre comme écrivain et explorateur. Il trace personnellement, en voiture et à dos de chameau, la frontière entre l'Arabie saoudite et le Yémen, au cœur du Rub al-Khali[7],[8]. En 1932, alors qu'il est à la recherche de la cité perdue d'Iram, il est le premier européen à décrire les cratères de Wabar[9]. Philby ne cessera jamais de mener des expéditions dans la péninsule arabique : en 1953 il participe avec Philippe Lippens à l'expédition à Qumran, où ont été retrouvés les manuscrits de la Mer Morte.

En 1931, Philby invite Charles R. Crane[10], accompagné de George Antonius, pour évaluer le potentiel minier du royaume. En mai 1933, Philby organise un appel d'offres entre plusieurs compagnies pétrolières, et fait en sorte que Standard Oil of California (SOCAL) le remporte, à des conditions intéressantes pour le royaume[11]. Une concession de 60 ans est accordée à SOCAL, elle marque le déclin de l'influence britannique dans cette région au profit des Américains. En 1936, Philby représente le royaume dans la négociation avec SOCAL et Texas Oil, qui devait aboutir à la création d'Aramco.

À la même époque, son fils Kim est recruté par l'OGPU ; quand la guerre civile éclate en Espagne, Philby obtient qu'il y soit correspondant de guerre du Times.

Philby plongera dans la géopolitique du pétrole en participant aux négociations en vue d'alimenter l'Allemagne en pétrole saoudien, grâce à Torkild Rieber, président de Texaco en 1936 et admirateur de l'Allemagne.

Il est probable que la relation entre Philby et Ibn Séoud inspira l'écrivain Abdul Rahman Munif pour son livre Variations on Night and Day (arabe : Taqāsīm al-layl wan-nahār تقاسيم الليل والنهار). La relation entre Hamilton (Philby), le sultan Khureybit (Ibn Séoud) et l'émir Fanar (Fayçal d'Arabie) est l'argument central de l'œuvre[12].

Carte de Riyad établie en 1922 par Philby
Tombeau d'Eve à Djeddah, photographie tirée du livre de Philby, The Heart of Arabia (1922)

Le plan Philby[modifier | modifier le code]

Lors d'une réunion à Londres en 1939 avec Ben Gourion et Weizman, Philby propose d'échanger une substantielle immigration juive en Palestine, contre leur support apporté à Fayçal comme roi de Palestine. Plus tard, Philby proposa à Weizman de verser 20 millions de livres à Ibn Séoud en échange de l'implantation de Palestiniens sur son sol. Quand la proposition fut faite officiellement à Ibn Séoud en 1943, celui-ci refusa avec fureur.

Philby se présente aux élections au sein du British People's Party (extrême droite) et échoue. Il repart à l'étranger, il est arrêté à Bombay (Mumbai) et transféré en Angleterre. Grâce à l'intervention d'amis comme John Maynard Keynes, il est libéré au bout de sept mois.

Philby recommande son fils Kim à Valentine "Vee Vee" Vivian, du MI6, qui le recrute.

À la fin de la guerre il retourne en Arabie. À l'âge de soixante ans, il achète sa seconde femme, une jeune fille de seize ans, sur le marché aux esclaves de Taif. Il continue de travailler pour l'Aramco, pour qui il est une source essentielle de renseignements sur le royaume. Ses relations avec le roi commencent à devenir difficiles, Philby critiquant la corruption et la décadence provoquées par l'afflux d'argent qu'a entraîné l'exploitation du pétrole.

La crise de Suez[modifier | modifier le code]

À la mort d'Ibn Saud en 1953, Philby critique ouvertement son successeur le roi Saud, en disant que la moralité de la famille royale venait "des égouts de l'Occident". Il est exilé et s'installe au Liban en 1955. Au cours de cette période il écrit :

"… la véritable nature de l'hostilité arabe à l'immigration juive est la xénophobie, et la perception instinctive qu'une vaste majorité de Juifs d'Europe centrale et orientale ne sont pas sémites du tout… Quelles que puissent être les répercussions de leur immigration, cette survenance est considérée comme une menace pour la culture sémitique de l'Arabie… le juif ashkénaze d'aujourd'hui, avec son aspect séculier… est vu comme un intrus malvenu dans l'enceinte de l'Arabie."

À Beyrouth il se réconcilie avec Kim, les deux hommes vivent ensemble. Kim est à nouveau employé par le MI6, avec la mission d'espionner son père. Philby contribue à asseoir la carrière de son fils en le présentant à ses relations au Moyen-Orient, comme le président du Liban Camille Chamoun. Tous deux sympathisent avec les idées de Nasser pendant la crise de Suez en août 1956. Entre les liens de Philby avec Aramco, et l'accès de Kim au MI6, il y a peu que le duo ignore de l'Opération Mousquetaire, le plan franco-britannique pour libérer le canal nationalisé par Nasser.

En 1955, Philby se réconcilie avec la famille royale et retourne vivre à Riyad. En 1960, lors d'une visite à Kim à Beyrouth, allongé sur son lit, il prononce : « Mon Dieu, je m'ennuie », et meurt. Il est enterré au cimetière musulman de Beyrouth.

Travaux[modifier | modifier le code]

  • (en) Philby, Harry. The heart of Arabia; a record of travel & exploration. (London: Constable) 1922. lire en ligne
  • (en) Philby, Harry. Arabia of the Wahhabis. (London: Constable) 1928.
  • (en) Philby, Harry. Arabia. (London: Ernest Benn) 1930.
  • (en) Philby, Harry. The empty quarter: being a description of the great south desert of Arabia known as Rub 'al Khali (London: Constable & Company Ltd) 1933. Lire en ligne
  • (en) Philby, Harry. Harun al Rashid (London: P. Davies) 1933.
  • (en) Philby, Harry. Routes in south-west Arabia [map]: From surveys made in 1936 (Methuen & Co Ltd) 1936.
  • (en) Philby, Harry. Sheba's daughters; being a record of travel in Southern Arabia (London: Methuen & Co Ltd) 1939.
  • (en) Philby, Harry. A Pilgrim in Arabia (London: The Golden Cockerel Press), [1943].
  • (en) Philby, Harry. The Background of Islam: being a sketch of Arabian history in pre-Islamic times (Alexandria: Whitehead Morris) 1947.
  • (en) Philby, Harry. Arabian Days, an autobiography (London: R. Hale) 1948.
  • (en) Philby, Harry. Arabian Highlands (Ithaca, N.Y.: Cornell University Press) 1952. lire en ligne
  • (en) Philby, Harry. Arabian Jubilee (London: Hale) [1952]
  • (en) Philby, Harry. Saudi Arabia (London: Benn) 1955.(ASIN B0017UWV18)
  • (en) Philby, Harry. The Land of Midian. (London: Ernest Bean Limited) 1957.
  • (en) Philby, Harry. Forty Years in the Wilderness (London: R. Hale) c1957.
  • (en) Philby, Harry. Arabian Oil Ventures (Washington: Middle East Institute) 1964.
  • (fr) Albert Van Den Branden, Harry Saint John Bridger Philby Les Textes thamoudéens de Philby Bibliothèque du Muséon (ASIN B000WQQ010)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

http://www.al-jazirah.com/2006/20061216/ar12.htm

  1. (fr) « perdrix de philby »,‎ octobre 2009 (consulté le 3 novembre 2009)
  2. (en) Morrison-Scott, T. C. S. 1939 Some Arabian Mammals Collected by Mr. H. St. J. B. Philby, C.I.E. Novitates Zoologicae, 41: 181-211.
  3. (en) Pocock, R I 1935 The Mammals Collected in S. E. Arabia by Mr. Bartram Thomas and Mr. H. St. J. Philby. Ann. Mag. Nat. Hist., Ser. 10, 15: 441-67.
  4. « The Arab revolt », Sotheby,‎ juillet 2005 (consulté le 5 novembre 2009)
  5. Jacques Benoist-Méchin, Ibn-Séoud ou La naissance d'un royaume, Albin Michel,‎ 1955 (lire en ligne), p. 425
  6. (fr) (en) Gilbert Falkingham CLAYTON, FAIS AL ABDUL-AZIZ AL SAUD, « Traité d'amitié et de bonne entente, signé à Djeddah, le 20 mai 1927, et échange de notes y relatif, Djeddah, les 19 », sur Nations Unies, Nations Unies,‎ mai 1927 (consulté le 23 septembre 2009), p. 3 [PDF]
  7. (fr) Renaud Detalle, « Revendications passées », revues.org,‎ septembre 2007 (consulté le 4 novembre 2009)
  8. (en) Elizabeth Monroe, « Into the Highlands »,‎ janvier 1974 (consulté le 5 novembre 2009)
  9. (en) Zayn Bilkadi, « The Wabar Meteorite »,‎ novembre 1986 (consulté le 5 novembre 2009)
  10. (en) Thomas Lippman, « The Pioneers », aramcoworrld,‎ mai 2004 (consulté le 5 novembre 2009)
  11. (en) Rasoul Sorkhabi, Ph.D., University of Utah's Energy & Geoscience Institute, « The Emergence of the Arabian Oil Industry » (consulté le 5 novembre 2009)
  12. Petri Liukkonen, « Abdelrahman Munif » (consulté le 4 novembre 2009)

Sources[modifier | modifier le code]

  • Les Espions de l'Or Noir, Gilles Munier, Koutoubia - Alphée, 2009 site web
  • Philby père et fils : la trahison dans le sang, Anthony Cave Brown, 1997, Pygmalion. ISBN|2-85704-503-4
  • L'orient au cœur : en l'honneur d'André Miquel; André Miquel, Bruno Halff, Floréal Sanagustin, Maisonneuve et Larose, 2001, (ISBN 2-7068-1539-6)
  • Expédition en Arabie centrale, Préface par Harry St. John Bridger Philby. Avant-propos par le chanoine Gonzague Ryckmans, Philippe Lippens. (ASIN B0017XXMWW)
  • (en) Kingmakers: the Invention of the Modern Middle East, Karl E. Meyer and Shareen Blair Brysac, W.W. Norton (2008) site web
  • (en) Princes of Darkness, Laurent Murawiec, Rowman and Littlefield (2005)
  • (en) Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press (2004)
  • (en) Arabian Jubilee, H. StJ. B. Philby, Robert Hale, (1952)
  • (en) Philby of Arabia, Elizabeth Monroe, Pitman Publishing (1973)
  • (en) The Secret War Against the Jews, John Loftus and Mark Aarons, St. Martin's Press (1994)
  • (en) Arabia, the Gulf and the West Basic Books (1980)
  • (en) The House of Saud, David Holden and Richard Johns, Holt Rinehart and Winston (1981)
  • (en) The Philby Conspiracy, Bruce Page, David Leitch and Phillip Knightley, Doubleday (1968)
  • (en) Saudi Arabia and the United States, 1931-2002 by Josh Pollack (2002)
  • (en) One thousand roads to Mecca: ten centuries of travelers writing about the Muslim pilgrimage Michael Wolfe (ISBN 0-8021-3599-4) aperçu en ligne