Sonia Olschanezky

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Sonia Olschanezky[1] (1923-1944) fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, recrutée en France comme courrier du réseau JUGGLER du service secret britannique Special Operations Executive, Section F. Après l'arrestation de son chef Jean Worms, en juillet 1943, elle reprend pendant six mois la direction du réseau, avant d'être arrêtée, puis déportée au camp de concentration de Natzwiller-Struthof et exécutée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

1923. Le 25 décembre, naissance de Sonia Olschanezky à Chemnitz, en Allemagne.

1930[2]. La famille s’installe à Paris, et son père y ouvre un magasin de lingerie.

Elle est une bonne étudiante, mais sa principale ambition est de devenir danseuse.

Après avoir quitté l’école, elle travaille comme jeune fille au pair.

Guerre[modifier | modifier le code]

1940.

  • Mai. La France est envahie par l’armée allemande. Sonia rejoint la Résistance.

1942.

  • Mai. Les Juifs doivent porter l’étoile jaune.
  • Juin. Elle est arrêtée et envoyée au camp de Drancy. Elle s'y porte volontaire pour s'occuper des enfants séparés de leurs parents.
  • Quand sa mère apprend ce qui lui est arrivé, elle prend contact avec des amis en Allemagne qui s’arrangent pour fabriquer de faux papiers attestant de ses compétences professionnelles dans le domaine de la fourrure, domaine utile à l’effort de guerre sur le front de l'est.
  • Automne. Grâce à ces papiers et au paiement d’une somme au responsable allemand adéquat, elle est libérée.

1943.

  • Sonia est présentée à Jacques Weil par son frère Énoch Olschanezky, engagé volontaire, fait prisonnier en mai 1940, évadé d'un stalag, et devenu membre du réseau JUGGLER, sous-réseau du réseau Prosper – PHYSICIAN. Auprès de Jean Worms, le chef du réseau, et de Jacques Weil, son adjoint, elle devient secrétaire et courrier (ou agent de liaison) dans le triangle constitué par Paris, Saint-Quentin vers le Nord et Châlons-sur-Marne vers l'Est. Elle adopte le pseudo « Tania ».
  • Le réseau organise dix groupes de sabotage dans le secteur de Châlons-sur-Marne et Vitry-le-François.
  • Elle participe au dynamitage d'un train de munitions à Melun.
  • Juin. Effondrement du réseau : la plupart des dirigeants du réseau sont arrêtés.
  • 1er juillet. Jean Worms est arrêté dans le restaurant Chez Tutulle, 8, rue Troyon[3]. Jacques Weil et elle restent libres. Ils partent pour la Suisse. Mais à Annecy, elle renonce, et rentre pour poursuivre son activité de résistante : elle prend la direction du réseau, mais sans instructions du SOE[4].
  • Octobre. Elle envoie un message à Londres, « Madeleine a été hospitalisée », qui signifie que Noor Inayat Khan a été arrêtée. Le SOE, qui ne connaît pas Sonia, néglige l'avertissement et commence à subir le Funkspiel que les Allemands engagent grâce au poste émetteur de Noor qu'ils ont pris. Plus tard, il négligera également de tenir compte des nombreux signes qui marquent que le poste est actionné par les Allemands, notamment l'absence des contrôles de sécurité dans les messages.

1944.

  • 20 janvier. Elle est contactée par l'agent « Clothaire », qui se prétend envoyé par Londres pour l'aider à rétablir la liaison avec le SOE.
  • 21 janvier. Elle est arrêtée au Soleil d'or, place de la Trinité. Après un interrogatoire de la Gestapo, elle est incarcérée à la prison de Fresnes.
  • 13 mai. Les Allemands transfèrent à Karlsruhe (Allemagne) huit femmes agents du SOE, dont Sonia [5].
  • 6 juillet. Sonia, en même temps que Diana Rowden, Andrée Borrel and Vera Leigh, est emmenée au camp de concentration de Struthof-Natzweiler, en Alsace. Dans la journée, on leur fait une injection létale de phénol et on jette leurs corps dans le four crématoire.

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

  • Au Mémorial de la déportation du camp de concentration de Natzweiler-Struthof où elle a été exécutée, et qui est maintenant en territoire français :
    • Une plaque, placée à l'intérieur du crématorium, inaugurée en 1975 par le Premier ministre Jacques Chirac, y est dédiée à Sonia Olschanezky et aux trois autres femmes agents du SOE exécutées en même temps qu'elle, Diana Rowden, Vera Leigh et Andrée Borrel.
    • Le Centre Européen du Résistant Déporté y a été inauguré le 3 novembre 2006 par le Président Jacques Chirac, accompagné par le ministre de la Défense, Mme Michèle Alliot-Marie, et par le Ministre Délégué aux Anciens Combattants, M. Hamlaoui Mekachera. Après avoir déposé une couronne « à la Mémoire des Martyrs et Héros de la Déportation », ils sont descendus jusqu'au crématorium.
  • Son nom ne figure pas au Mémorial de Valençay, Indre, France, qui honore les 104 agents de la Section F du SOE morts pour la France.

Identités[modifier | modifier le code]

  • État civil : Sonia Olschanezky
  • Nom de guerre : « Tania »
  • Fausse identité : Suzanne Ouvrard[6]

Famille[modifier | modifier le code]

  • Son père : Eli Olschanezky, Russe, Juif, originaire d'Odessa, venu faire des études d'ingénieur chimiste à Chemnitz, s'y est marié. Il a ensuite créé une usine de fabrication de bas de soie en Roumanie, puis est venu s'établir à Paris en 1930 comme représentant commercial d’une fabrique de bas.
  • Sa mère : Allemande[7].
  • Ses frères : Énoch et Tobias dit Serge.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Michael R. D. Foot, Des Anglais dans la Résistance. Le Service Secret Britannique d'Action (SOE) en France 1940-1944, annot. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Tallandier, 2008, (ISBN 978-2-84734-329-8) / (EAN 9782847343298). Traduction en français par Rachel Bouyssou de (en) SOE in France. An account of the Work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, London, Her Majesty's Stationery Office, 1966, 1968 ; Whitehall History Publishing, in association with Frank Cass, 2004.
    Ce livre présente la version officielle britannique de l’histoire du SOE en France.
  • Jean Cathelin et Gabrielle Gray, Crimes et trafics de la Gestapo française, 2 tomes, Historama, 1972. Le cas de Sonia est traité au vol. 2, ch. XVIII In Memoriam. Sonia Olschanezky, danseuse et agent du SOE. Souvenirs de son frère Serge, p. 13-21 ; chapitre repris dans Jean Cathelin, Crimes et trafics de la Gestapo française, un tome, éditions Ryb, Genève, 1978, ch. IX, p. 145-154.
  • (en) Charles Wighton, Pin-Stripe Saboteur. Ce livre est une biographie, romancée et déformée, de Jacques Weil.
  • Charles Wighton, Le Saboteur, l’histoire de "Robin" agent de l’Intelligence Service et chef de la Résistance française, traduit de l’anglais par Jacques Kohlmann, coll. « La Guerre secrète », Fayard, 1959.
    Ce livre est la traduction de la référence précédente, Pin-Stripe Saboteur
  • (en) Lt. Col. E.G. Boxshall, Chronology of SOE operations with the resistance in France during world war II, 1960, document dactylographié (exemplaire en provenance de la bibliothèque de Pearl Witherington-Cornioley, consultable à la bibliothèque de Valençay). Voir sheet 52, JUGGLER CIRCUIT.
  • Sarah Helm (trad. Jean-François Sené), Vera Atkins, une femme de l'ombre : la résistance anglaise en France, Paris, éd. du Seuil,‎ octobre 2010 (ISBN 9782020985369) ; traduction de (en) Sarah Helm, A Life in Secrets: The Story of Vera Atkins and the Lost Agents of SOE, Londres, Little, Brown and Company,‎ mai 2005, 1e éd. (ISBN 978-0-316-72497-5, lien LCCN?) - [Une vie secrète : l'histoire de Vera Atkins et des agents perdus du SOE]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Michael R. D. Foot écrit le nom Olschanesky, avec s. D'autres sources écrivent le prénom Sonya, avec y
  2. Son frère donne 1933 comme date d'arrivée en France « devant la montée du nazisme ».
  3. Et non pas rue Pergolèse souvent mentionné. Source : John Vader, Nous n'avons pas joué, p. 120.
  4. Le SOE n'a pas de dossier à son nom. Son recrutement avait eu lieu en France et elle n'avait pas suivi l'entraînement des agents en Grande-Bretagne.
  5. Les sept autres sont : Yolande Beekman, Éliane Plewman, Madeleine Damerment, Odette Sansom, Diana Rowden, Andrée Borrel et Vera Leigh.
  6. Source : Cathelin, p. 145.
  7. Site Special Forces Roll of Honour.