Solanum mauritianum

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Solanum mauritianum

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Bringellier marron à la Réunion

Bringellier marron (La Réunion), Tabac marron, Bois de tabac marron (Mascareignes)
Classification de Cronquist (1981)
Règne Plantae
Division Magnoliophyta
Classe Magnoliopsida
Ordre Solanales
Famille Solanaceae
Genre Solanum

Nom binominal

Solanum mauritianum
Scop., 1788

Synonymes

  • Solanum auriculatum Ait.

Classification APG III (2009)

Ordre Solanales
Famille Solanaceae

Solanum mauritianum, appelé localement bringellier marron ou tabac marron, est une espèce de plante arbustive de la famille des solanacées originaire d'Amérique du Sud qui s'est répandue dans de nombreuses autres régions tropicales du monde (Afrique australe et orientale, Australie, Nouvelle-Zélande, Madagascar, Mascareignes, îles du Pacifique, etc.) où elle est devenue envahissante. Toutes les parties de la plante sont toxiques[1].

Appellations[modifier | modifier le code]

La référence au tabac est fréquente dans les appellations vernaculaires de Solanum mauritianum à cause de la ressemblance des feuilles. En Uruguay, l'un des ses pays d'origine, c'est le « tabaquillo » ou le « tabaco del monte »[2]. Pour les Australiens, c'est le « Tree tobacco » ou le « Wild tobacco tree »[3]. Dans les régions francophones ou créolophones à base lexicale française comme à La Réunion ou à Maurice, c'est aussi le « tabac marron » ou le « bois de tabac marron »[4],[5].

Le nom spécifiquement réunionnais de « bringellier marron » souligne, quant à lui, la ressemblance avec Solanum melongena, la plante qui produit les aubergines, qui sont appelées « bringelles » à La Réunion. Les traits communs comme l'aspect arbustif, la texture des feuilles, la forme et la couleur des fleurs marquent d'ailleurs une proximité plus forte qu'avec le tabac.

Le nom scientifique a pour premier terme le genre « Solanum », auquel appartiennent également des plantes aujourd'hui universellement connues et répandues comme la pomme de terre et la tomate et qui à l'origine désignait en latin chez les Romains la seule morelle douce-amère (Solanum dolcamara). Le nom « Solanum », sans doute en raison des vertus apaisantes et stupéfiantes de la morelle, dérive du verbe « solor » qui signifie « soulager ». Quant à l'épithète « mauritianum », il se traduit simplement par « mauricien(ne) ». Solanum mauritianum est donc la « morelle de Maurice », qui, ironie du sort, n'a cependant aucune origine mauricienne.

Synonyme[modifier | modifier le code]

  • Solanum auriculatum Aiton

Description[modifier | modifier le code]

L'examen détaillé de la face inférieure d'une feuille de Solanum mauritianum montre que son feutrage est constitué par une forte densité de poils étoilés.
À l'insertion des feuilles sur la tige, le bourgeon axillaire est remplacé par un rameau atrophié, généralement garni de deux feuilles miniatures en forme d'oreillettes qui donnent l'illusion de stipules et qui sont à l'origine du synonyme Solanum auriculatum.
Détail des fleurs.
Fruits

Solanum mauritianum est un arbuste ligneux[6] sans épines, fortement ramifié, qui peut atteindre jusqu'à 5 mètres de hauteur. Les tiges sont cylindriques, pubescentes, de couleur blanchâtre à verdâtre. L'odeur de la plante est forte[7].

Les feuilles sont grandes, simples et entières, de forme elliptique, à bout pointu et base en coin. Elles atteignent jusqu'à 30 cm en longueur et 12 cm en largeur. Leur position sur la tige est alterne, parfois sub-opposée. À la base du pétiole, long de 1,5 à 6 cm, se développent une ou deux petites feuilles, en forme d'oreillettes, qui font office de stipules. Des poils à structure étoilée recouvrent les feuilles, de manière plus ou moins clairsemée à la face supérieure, de manière dense à la face inférieure formant sur celle-ci une sorte de feutrage laineux[7]. Ce caractère laineux est d'ailleurs à l'origine d'une appellation anglophone fréquente, celle de “Woolly nightshade” (la “morelle laineuse”).

Les fleurs sont typiques du genre Solanum. La corolle, avec ses 10 à 25 mm de diamètre, de couleur mauve ou violette, plus rarement blanche, est formée de 5 pétales soudés à la base. Les 5 étamines, également soudées à la base, aux anthères épaisses, forment une colonne centrale dont la couleur jaune contraste avec celle des pétales et du milieu de laquelle émerge et dépasse un style long de 5 à 7 mm. L’ovaire est supère et pubescent[7]. Les inflorescences sont des cymes en corymbe. Elles sont portées par un long pédoncule dressé qui naît à la bifurcation de deux branches.

Les fruits sont des baies globuleuses de la taille d'une petite cerise[8], qui en mûrissant passent du vert au jaune. Chaque fruit contient en moyenne de 150 à 200 graines[2].

Répartition géographique[modifier | modifier le code]

Solanum mauritianum est originaire de la région du Rio Paraná : nord de l'Argentine, Uruguay, Paraguay, sud du Brésil[9].

Écologie[modifier | modifier le code]

Exemple d’ornithochorie, la dispersion des graines de Solanum mauritianum est assurée par les oiseaux frugivores[1]. Selon les régions, diverses espèces ont été identifiées comme particulièrement friandes de ses fruits, souvent des colombidés : le pigeon picazuro (Patagioenas picazuro) en Uruguay[2], le pigeon rameron (Columba arquatrix) en Afrique[10], le pigeon “collier blanc” (Columba vitiensis) en Nouvelle-Calédonie[11], etc.

Usages[modifier | modifier le code]

La principale substance toxique présente dans la plante est la solasodine, un glyco-alcaloïde susceptible d'intéresser l'industrie pharmaceutique comme précurseur de la synthèse d'hormones stéroïdiennes, notamment contraceptives. En particulier dans les fruits verts, la concentration en solasodine atteint 2,0 % à 3,5 % du poids sec[12]. Bien que des cas d'innocuité de la consommation des feuilles par du bétail[12] ou de l'ingestion des fruits mûrs par des humains aient pu être rapportés, les autorités rappellent que Solanum mauritianum peut causer des empoisonnements graves, potentiellement mortels. Les moutons, les bovins, les porcs sont réputés sensibles : l'intoxication provoque des diarrhées importantes, une dépression nerveuse, un amaigrissement rapide et entraîne la mort dans un délai d'une semaine[13].

Malgré cette toxicité, ou plutôt en raison de celle-ci, divers usages empiriques en médecine populaire ont été recensés à travers le monde : contre la fièvre au Brésil[12], contre la syphilis et la gale à Madagascar[14], comme stimulant de la sécrétion biliaire en Nouvelle-Calédonie[14], etc.

Un usage commun des feuilles fraîches dans la nature, à condition de bien utiliser la face supérieure, est celui de substitut au papier hygiénique, d'où par exemple le surnom donné à La Réunion de “papier-U” ou de “PQ péi”. Cet usage serait d'ailleurs souverain contre les hémorroïdes[14].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Solanum mauritianum (arbre, arbuste) », Global invasive species database (GISD),‎ mise à jour du 22 février 2006 (consulté le 21 janvier 2012)
  2. a, b et c (es) Ricardo Carrere, « El tabaquillo (Solanum mauritianum) : un arbolito indígena menos conocido en Uruguay que en el exterior », sur Grupo Guayubira,‎ janvier 2008 (consulté le 21 janvier 2012)
  3. « Tree tobacco (Solanum mauritianum) », sur Victorian resources on line,‎ 05/10/2011 (consulté le 21 janvier 2012)
  4. Jihann Oozeerally, Leena Ramyead et Salwah Joonus, « Le Tabac marron » (consulté le 21 janvier 2012)
  5. Flore des Mascareignes : La Réunion, Maurice, Rodrigues, vol. 127-135 : Convolvulacées à Acanthacées, Maurice, Paris, Kew, The Sugar Industry Research Institute, Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération (IRD), The Royal Botanic Gardens,‎ février 2000 (lire en ligne), p. 22
  6. (en) José H. Pedrosa-Macedo, Terry Olckers, Marcelo D. Vitorino, Marcelo G. Caxambu, « Phytophagous arthropods associated with Solanum mauritianum Scopoli (Solanaceae) in the first Plateau of Paraná, Brazil : a cooperative project on biological control of weeds between Brazil and South Africa »
  7. a, b et c T. Le Bourgeois, A.P. Andrianaivo, A. Carrara, M. Dodet, W. Dogley, A. Gaungoo, P. Grard, Y. Ibrahim, E. Jeuffrault, G. Lebreton, P. Poilecot, J. Prosperi, J.A. Randriamampianina, F. Théveny, « Solanum mauritianum Scop. - Solanaceae - Dicotylédone », sur AdventOI : IDAO, CIRAD,‎ 2008 (consulté le 21 janvier 2012)
  8. Eugène Jacob de Cordemoy, Flore de l'île de la Réunion : (phanérogames, cryptogames vasculaires, muscinées) avec l'indication des propriétés économiques et industrielles des plantes, Paris, P. Klinsksieck,‎ 1895 (lire en ligne), p. 459
  9. « SOLMR (Solanum mauritianum) », sur P@antNet - Pl@antInvasion, CIRAD, INRA, IRD, INRIA, Telabotanica (consulté le 21 janvier 2012)
  10. (en) « Solanum mauritianum (Bugweed) », Bionet-Eafrinet (consulté le 23 janvier 2012)
  11. « Solanum mauritianum Scop. - Solanaceae - Dicotylédone », CIRAD (consulté le 23 janvier 2012)
  12. a, b et c (pt) Ademir Roberto Ruschel, José Pedro et Rubens Onofre Nodari, « Diversidade genética em populações antropizadas do fumo brabo (Solanum mauritianum) em Santa Catarina, Brasil », Scientia forestalis, Piracicaba, vol. 36, no 77,‎ mars 2008, p. 63-72 (lire en ligne)
  13. « Solanum mauritianum » (consulté le 1er février 2012)
  14. a, b et c Pasqual Porcel et Céline Quoniam (préf. Roger Lavergne, ill. TINO (photos) et Thibault Quernet (illustrations)), Des plantes et des hommes : plantes aromatiques et médicinales de La Réunion, éditions K,‎ 2009, 311 p. (ISBN 978-2-9535704-0-3), p. 38-41