Soggetto cavato

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Le Soggetto cavato est un procédé de composition musicale utilisé par Josquin des Prez. Il doit son nom au musicologue Zarlino ; ce dernier parla pour la première fois de soggetto cavato dalle vocali di queste parole dans un traité intitulé Le institutioni harmoniche, paru en 1558. Une traduction littérale de l'expression pourrait être « thème extrait des voyelles des mots ».

Josquin et le soggetto cavato[modifier | modifier le code]

Dans le cas de Josquin, il s'agissait de faire correspondre les syllabes d'un nom à celles de la solmisation mnémotechnique élaborée par le moine Guido d'Arezzo au XIe siècle. Les six notes de l'hexacorde de Guido sont ut (écrit aussi vt, aujourd'hui do), , mi, fa, sol, la. Josquin associa ces syllabes par assonance avec celles qui composaient le nom de son mécène, Hercule II d'Este, duc de Ferrare, en latin Hercules Dux Ferrariae.

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Her cu les Dux Fer ra ri ae
ut ut fa mi

Une fois les notes extraites du texte, le compositeur se servit de la mélodie comme cantus firmus. La Missa Hercules dux Ferrariae est non seulement l'exemple le plus célèbre de soggetto cavato, mais également le plus ancien. Josquin eut recours plusieurs fois au procédé, notamment dans une composition profane basée sur la phrase « Vive le roy » (vt, mi, vt, , sol, mi). Sa Missa La sol fa re mi serait un soggetto cavato extrait des mots « Lascia fare a me » (Laissez moi tranquille). Le motet Illibata Dei virgo nutrix utilise la séquence « la mi la », transcription du prénom « Maria », à la fois comme cantus firmus et comme basso ostinato[1].

Le soggetto cavato à la Renaissance[modifier | modifier le code]

La postérité de Josquin[modifier | modifier le code]

D'autres compositeurs eurent recours au procédé, souvent pour les mêmes raisons. Hercule d'Este se vit dédier cinq messes composées sur le même principe : deux sont du compositeur Cyprien de Rore[2], une de Lupus Hellinck[3], une autre de Maitre Jan[4] et la dernière de Jachet de Mantoue[5]. Les cinq compositions sont toutes inspirées de la messe de Josquin. La dernière, celle de Jachet, cite Josquin en plusieurs endroits et sa structure est la même. Jachet composa également une messe selon le procédé du soggetto cavato, la Missa Ferdinandus dux Calabriae. Mais là encore sa composition trahit l'influence de Josquin.

Lupus fut également séduit par le procédé de Josquin. Outre la messe pour Hercule d'Este, il composa une Missa Carolus Imperator Romanorum Quintus dédiée à Charles Quint, en recourant au soggetto cavato.

Le compositeur Jacobus Vaet composa un morceau dédié à l'archiduc d'Autriche Ferdinand de Habsbourg, basé sur la phrase Stat felix domus Austriae (que le bonheur règne sur la maison d'Autriche). Adrian Willaert eut recours au procédé pour composer deux motets en l'honneur du duc François II Sforza de Milan.

Le déclin du cantus firmus[modifier | modifier le code]

Bien que le procédé soit intéressant, il est limité. Premièrement parce qu'une seule note correspond à la voyelle de chaque syllabe, excepté la voyelle a qui peut se transcrire par un la ou un fa. Le sujet choisi par Josquin se prêtait admirablement à un cantus firmus, mais d'autres compositeurs eurent du mal à trouver un texte qui se prêtait à une transcription satisfaisante. Deuxièmement la musique était à cette époque en pleine évolution. Elle s'émancipait du chant et du cantus firmus. Le procédé du soggetto cavato tomba en désuétude en même temps que la tradition du strict cantus firmus.

Postérité du terme[modifier | modifier le code]

Robert Kelley utilise ce terme à propos de Schumann et du morceau Carnaval, Op. 9 (« Scènes mignonnes sur quatre notes »). Il parle d'un soggetto cavato utilisant le système de notation allemande qui donne "Asch," nom de la ville natale d'Ernestine von Fricken, son amour de l'époque. Les deux transcriptions possibles du nom sont : A (la), Es (mi bémol), C (do), H (si), ou : As (la bémol), C (do), H (si)[6]. Il s'agit en fait d'un procédé différent, celui qui donne le célèbre « si bémol - la - do - si bécarre », basé sur le patronyme de Jean-Sébastien Bach (B.A.C.H.), séquence qui apparaît parfois comme signature dans son œuvre et que de nombreux compositeurs ont réemployée en hommage au compositeur allemand.

Article détaillé : Motif BACH.

Le compositeur allemand Giselher Klebe (né en 1925) a composé deux pièces intitulées Soggetto Cavato Primo et Soggetto Cavato Secondo qui ont été enregistrées en 2006 par l'orchestre symphonique de Baden-Baden et Freiburg sous la direction de Peter Ruzicka.

Et deux slogans commerciaux sont basés sur les syllabes de solmisation: MI-DO-RE et DO-MI-SI-LA-DO-RE.

Références[modifier | modifier le code]

  • Lockwood, Lewis. « Soggetto cavato », The New Grove Dictionary of Music and Musicians, Vol. 20. Ed. Stanley Sadie. London: Macmillan, 2001.
  • Moor, Paul. « Josquin des Pres: Plainchant; Missa Panga lingua; Missa la sol fa re mi », High Fidelity 38, 3 (March 1988): 63-64.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Leslie Clutterham, « (en) Autobiographical Constructions in Josquin's Motet Illibata Dei virgo nutrix, mai 1995 »
  2. Alvin Johnson, (en) "The Masses of Cipriano de Rore", Journal of the American Musicological Society, vi 1953, pp. 227-39
  3. Bonnie Blackburn, (en) The Lupus Problem (L'Énigme Lupus), presse de l'Université de Chicago, 1970, ASIN: B001A2IG5S.
  4. Alvin Johnson, (en) "A Musical Offering to Hercules, Duke of Ferrarra" (Offrande musicale à Hercule, duc de Ferrarre) in Aspects of Renaissance Music, éd. Jean Larue, New York, 1966, pp. 448-54
  5. Philippe T. Jackson, « (en) Two Descendants of Josquin's Hercules Mass »
  6. Robert T. Kelley, « (en) The Idea of the Romantic Fragment in the Works of Schumann and Brahms, 1998 »