Sofia Perovskaïa

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Sofia Lvovna Perovskaïa.

Sofia Lvovna Perovskaïa (en russe : Софья Львовна Перовская), surnommée par ses proches Sonia, née le 13 septembre (1er septembre) 1853 à Saint-Pétersbourg et morte, exécutée par pendaison, le 15 avril (3 avril) 1881 à Saint-Pétersbourg, est une militante anarchiste révolutionnaire russe membre de l'organisation Narodnaïa Volia.

Elle a aidé à orchestrer l'assassinat réussi du tsar Alexandre II de Russie en mars 1881. Arrêtée peu après, elle fut condamnée à mort avec d'autres conjurés, surnommés les Pervomartovtsi (Ceux du 1er mars), pour régicide et pendue en avril 1881.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et éducation[modifier | modifier le code]

Maria et Sofia.
Sofia vers l'âge de dix ans.

Sofia Perovskaïa naquit au sein d'une famille aristocratique, issue des Razoumovsky. Son père, Lev Nikolaïevitch Perovski, était l'ancien gouverneur militaire de Saint-Pétersbourg, et son grand-père, Nikolai Perovski, avait été ministre de l'Intérieur. Son arrière-grand-père était le comte Alexeï Razoumovsky.

Sa mère, Barbara Stepanovna Veselovskaïa (1821-1904), a eu quatre enfants : Nicolas (1845-1915), Maria (née en 1847, qui a épousé M. Zagorski), Basile (1849-1941) et Sofia (1853-1881).

Sofia a passé ses premières années en Crimée, où son père avait été nommé en 1856. Elle reçut, tout comme ses frères Nicolai (Nicolas) et Vasilli (Basile) et sa sœur Maria, une éducation bourgeoise avec notamment un précepteur français qui leur enseigna le français et les mathématiques[1]. Très tôt, elle eut la passion pour la lecture et pour les livres. En plus de la lecture, ses occupations favorites furent la natation et le tir avec les petits pistolets de son grand-père. Sofia avait un caractère fort et déterminé. Son frère Basile avec lequel elle jouait, écrit dans ses mémoires "N'avoir aucun souvenir de sa sœur Sonia ayant eu une seule fois peur"[2].

Sofia Perovskaïa était très proche de sa mère Barbara Stepanovna Perovskaïa. Son père, Lev Nikolaïevitch Perovski, était désagréable, tyrannique, capricieux et même insultant envers leur mère Barbara Stepanovna en présence des enfants. Malgré la lourde atmosphère familiale, Sofia apprit à aimer l'homme, aimer la souffrance, comme elle a aimé sa mère qui souffrait de cette situation et avec laquelle, jusqu'à ses derniers jours tragiques de sa vie, elle eut une relation ininterrompue.

En 1865, Sofia Perovskaïa et sa mère se rendirent à Genève chez l'Oncle Piotr Nikolaïevitch Perovski, le frère cadet de son père et consul de Russie. Piotr était gravement malade et voulait revoir une dernière fois avant de mourir, ses neveux et nièces qu'il aimait beaucoup.

Son père étant renommé à Saint-Pétersbourg, la famille se réinstalla dans sa ville natale. En 1869, Sofia Perovskaïa entra à l'institut universitaire pour femmes Alarchinsky.

Adulte et militantisme[modifier | modifier le code]

En 1871-1872, en collaboration avec ces amis, elle a rejoint le Cercle de Tchaïkovski animé par Nikolaï Tchaïkovski.

Elle commença à militer et à participer à des manifestations parfois interdites. Finalement, au début de l'année 1874, elle fut arrêtée et emprisonnée dans la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg. Elle fit partie du procès des 193, mais fut libérée sous caution sur intervention de son père[3]. Son père lui retira son passeport, puis elle partit travailler dans les provinces de Samara, Tver et de Simbirsk. Pendant cette période, elle obtint un diplôme de professorat et d'assistante médicale. En 1877, elle fut acquittée lors du procès des 193.

Sofia Perovskaïa et Andreï Jéliabov.

Durant l'été 1878, elle rejoignit le mouvement Zemlia i Volia (Terre et Liberté), mais elle fut bientôt arrêtée à nouveau, et bannie dans la région de Saratov. Elle réussit à s'échapper et entra en clandestinité.

En tant que membre de Zemlia i Volia, Sofia Perovskaïa se rendit à Kharkov pour organiser la libération des prisonniers politiques de la prison centrale. À l'automne de 1879, elle devint membre du Comité exécutif de Zemlia i Volia. Sofia Perovskaïa participa activement à la propagande auprès des étudiants, des soldats et des travailleurs. Elle prit part à la publication de la "Gazette du travailleur", et maintint des liens avec les prisonniers politiques à Saint-Pétersbourg. En novembre 1879, elle a participé à une tentative de faire sauter le train impérial sur son chemin de Saint-Pétersbourg à Moscou. La tentative d'attentat a échoué. À son retour à Saint-Pétersbourg, elle rejoignit l'organisation Narodnaïa Volia et celui qui deviendra son compagnon, Andreï Jéliabov.

Attentats et condamnation[modifier | modifier le code]

Représentation de l'attentat qui tua Alexandre II le 13 mars 1881.
Pendaison publique de Sofia Perovskaïa.

Sofia Perovskaïa participa à la préparation d'autres attentats anti-tsaristes, notamment la fusillade manquée contre Alexandre II de Russie à Moscou en novembre 1879, ou à celui qui échoua à Odessa au printemps 1880.

Finalement, en l'absence de son compagnon, Andreï Jéliabov, qui venait de se faire arrêter, elle dirigea l'organisation de l'attentat du 1er mars /13 mars 1881 qui coûta la vie au tsar. Sofia Perovskaïa fut arrêtée le 10 mars /23 mars 1881 et condamnée à mort par pendaison le 3 avril 1881, avec son compagnon et trois autres conjurés formant ensemble les Pervomartovtsi (Ceux du 1er mars). Sofia Lvovna Perovskaïa fut la première femme russe pendue pour raison politique. Le correspondant d'un journal allemand «Kölnische Zeitung» écrivit: "Sofia Perovskaïa témoigna d'un courage remarquable. Ses joues conservaient le même teint rose, et son visage, toujours sérieux, sans la moindre trace de quelque chose feinte, plein de courage et sans vrai limite du sacrifice de soi. Son regard était clair et calme, il n'y avait pas l'ombre d'aucune affection."[4]. Leur pendaison publique eut lieu le Vendredi saint 3 avril 1881 sur la place Sémionovski devant une foule de 100 000 personnes, l'autre femme condamnée, Jessica Helfmann, étant enceinte, échappe à la pendaison [5], mais meurt quelques mois plus tard.

Son frère Vassili Perovski (Basile), membre du Cercle de Tchaïkovski, sera déporté quelques mois puis mis sous surveillance policière pendant plusieurs années. Contrairement à sa sœur, Basile était un partisan de l'orientation social-démocrate, rejetant les méthodes violentes de changement social. En 1927, il publiera un livre sur sa sœur intitulé : "Les souvenirs de ma sœur, Sofia Perovskaïa" publié par les éditions de l'État. Basile est le grand-père de l'écrivaine russe Olga Perovskaïa.

L'écrivain russe Léon Tolstoï la compara au profil idéologique, politique et héroïque à Jeanne d'Arc[6].

Quelques jours plus tard, le nouveau tsar, Alexandre III de Russie fera publier le Manifeste du 29 avril 1881 qui réaffirme la légitimité de l'autocratie.

Quant sa mère mourut en 1904, celle-ci fit graver sur sa pierre tombale du cimetière de Vassylivka dans la province de Zaporijia, l'épitaphe suivante : "Barbara S. Perovskaïa (01.08.1822 -24.06.1904), mère de la régicide-Narodniki Sofia Lvovna Perovskoïa - la première femme condamnée à mort dans l'Empire pour des raisons politiques"[7].

Dans les arts[modifier | modifier le code]

En 1967, Leo Arnchtam a réalisé le film en noir et blanc Sofiya Perovskaya[8].

Iconographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. (ru)Narodia Volia
  2. (ru)L'enfance de Sofia/Sonia Perovskaïa
  3. (ru)Wikisource
  4. (ru)Sofia Perovskaïa
  5. (Henri Troyat, op cité, p. 97)
  6. (ru)Pourquoi Sofia Perovskaïa est-elle devenue terroriste ?
  7. (ru)La Révolutionnaire Sofia Perovskaïa
  8. (en) Sofia Perovskaïa sur l’Internet Movie Database, film de 1967