Société des agathopèdes

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Le Pentastigme, emblème des agathopèdes.

La Société Pantechnique et Palingénésique des Agathopèdes, appelée couramment Société des agathopèdes, est une société ultra-secrète, libérale, burlesque et d'agrément fondée à Bruxelles le 24 septembre 1846 par Antoine Schayes dans le prolongement de l'Ordre des agathopèdes datant du XVe siècle.

La société des Agathopèdes garde depuis ses origines des contacts et compte parfois des doubles appartenances avec la très secrète Société des douze dédiée comme elle à la gastronomie jointe à l'érudition.

Origine du terme « agathopède »[modifier | modifier le code]

Le mot provient du grec ancien « agathós », un adjectif qui signifie « bon ». Dans la mythologie, la tragédie et la philosophie, agathós désigne l’homme bien né, brave et accompli. Au cours du IVe siècle av. J.-C., ce terme a acquis un sens politique. Un homme bon était alors un homme qui respectait ses devoirs de citoyen, en tant que membre de la cité.

Platon substantifie l'adjectif pour désigner une idéa située « au-delà de l'Être » (le Bien). Il nomme la théorie du Bien « agathologie » qui est pour lui la science suprême. La théorie des biens semble particulièrement correspondre avec l'éthique chez les philosophes allemands Friedrich Schleiermacher et August Döring (de) qui considéraient l'agathologie comme « science centrale » (Zentralwissenschaft) philosophique.

Le suffixe « pède » vient de « paideia » (παιδεία) et signifie « éducation ».

Le premier Ordre des agathopèdes[modifier | modifier le code]

L'Ordre des agathopèdes[1], une société secrète, a été fondé à Bruxelles au milieu du XVe siècle et visait à combattre tant le fanatisme de l'Église catholique romaine que, par la suite, celui des Églises protestantes. Nombre de personnages, qui se distinguaient par leur rang ou leur talent, en sont devenus membres. Parmi eux, le prince d'Épinoy, le duc de Bournonville, le maréchal Maurice de Saxe, Pierre Paul Rubens[2] et Voltaire[3]. La Fraternité a disparu en 1837, à la mort de l'avocat Pins, qui, quelques mois avant son décès, avait initié son ami Antoine Schayes aux idées de l'Ordre.

L'emblème[modifier | modifier le code]

Le symbole des agathopèdes, est appelé « pentastigme », terme nouveau ignoré des dictionnaires de grec classique et composé à une époque non précisée des mot pente (cinq) et stigma (marque au fer rouge). Si la date de la création du mot n'est pas encore claire, sa première représentation graphique connue apparaît en 1393 dans une miniature[4] du Ménagier de Paris (1393) et consiste en cinq points, les quatre premiers disposés aux coins d'un carré imaginaire tenant sur une pointe et le cinquième en son centre. Le pentastigme est le symbole de la Connaissance[5].

La nouvelle Société des agathopèdes[modifier | modifier le code]

Antoine Schayes restaura l'Ordre des agathopèdes[6] le 29 septembre 1846 sous le nom de Société Pantechnique et Palingénésique des Agathopèdes, dont le premier chapitre s'est tenu le 4 novembre suivant. La Société des agathopèdes, constituée au départ par sept membres, était composée de brillants érudits désirant se distraire honnêtement en s'adonnant à la gastronomie ainsi qu'à la création de canulars. Les membres juraient d'être de braves compagnons. Les statuts précisaient que « le but des membres de l’association est de passer les soirées à l’abri des mouchards, du bruit, de la musique et autres incommodités ».

Malgré le caractère gaudriolesque de cette société de joyeux lurons, elle ne tarda pas à jouir d'un renom culturel prestigieux, principalement à cause des ouvrages de qualité publiés sous son égide et qui sont toujours recherchés par les bibliophiles.

Blason des Agathopèdes, vers 1850.

L'organisation[modifier | modifier le code]

La société avait un président qui portait le nom de « Grand pourceau royal ».

Le rituel[modifier | modifier le code]

Chaque membre en entrant recevait lors de son « initiation » un nom d'animal, soit comestible, soit tiré du Roman de Renart.

Blason et devise[modifier | modifier le code]

Le blason de la société est :

Écartelé : au 1 d'argent à une ombre de tête de cochon contournée ; au 2 de gueules à trois canards contournés d'argent mal ordonnés ; au 3 bandé de douze pièces de sinople et d'argent ; au 4 à une ombre d'un visage humain moqueur naissant de l'angle du canton senestre soutenu d'une ombre de deux mains faisant le pied de nez (le tout rangé en barre).

La devise des agathopèdes est « Tout pour un canard » et leur cri de guerre, « Amis comme cochons ».

L'annuaire[modifier | modifier le code]

L'association publiait chaque année un Annuaire agathopédique et saucial dans lequel figurait un calendrier dont les mois avaient des noms de denrées alimentaires comme raisinaire, boudinal, jambonose, truffose, petitpoisidor ou melonidor.

Lieux de réunion[modifier | modifier le code]

Dès 1846, les Agathopèdes se réunissaient à Bruxelles, au café « Au Ballon », Cantersteen 18, puis en 1847 au « café de l'Univers » et enfin, en 1848, la société eut son propre local au numéro 10 Galerie de la Reine. Dès la séance terminée les membres se rendaient non loin de là au « restaurant Dubost ».

Lors des tenues de Chapitre, la réunion se faisait au restaurant « Chez Perin » et lors de la belle saison les membres émigraient à la campagne et principalement à Boitsfort. Ces repas étaient appelés « glandées », repas communicatifs menant à la Connaissance. Le « Panage » était une glandée dirigée par des dignitaires de rang supérieurs. La symbolique du chêne et du gland était liée au culte de Zeus et de Jupiter.

Membres notables de la société[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Amalaure, « Les Agathopèdes à Bruxelles », dans: Le Folklore Brabançon, Bruxelles, n° 235 de septembre 1982, pp. 239 à 320.
  • Jean Amalaure, Les Agathopèdes, Bruxelles, 1982[9]
  • Achille Comte, « Sociétés savantes étrangères », dans: La Patrie (journal), 6 janvier 1851.
  • Emmanuel Hoyois, « La secte des Agathopèdes », dans: Documents et particularités historiques sur le Catalogue du comte de Fortsas, Mons, 1857, pages 195 à 206 Lire en ligne.
  • Paul Nève, Les pourceaux de Bruxelles peints par eux-mêmes, Bruxelles, 1863.
  • Arthur Dinaux, « Les Agathopèdes » dans: Société badines, Paris : Bachelin Deflorenne, 1867.
  • Eduard Maria Oettinger, Un agathopède de l’Empire, ou Essai sur la vie et les travaux gastronomico-littéraires de feu Grimod de la Reynière, Bruxelles & Leipzig : Kiessling, Schnée et Cie, 1854.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arthur Dinaux, Gustave Brunet, Katherine Golden Bitting, Les sociétés badines, bachiques, littéraires et chantantes : leur histoire et leurs travaux, 1867
  2. Rubens y a reçu le surnom de « lion », qui n'a plus jamais été attribué depuis lors.
  3. Voltaire fut reçu le 15 mars 1740
  4. La plupart de ces miniatures sont connues d'après leur reproduction en noir et blanc de l'édition de 1847 : Le ménagier de Paris. Traité de morale et d'économie domestique composé vers 1393 par un Parisien pour l'éducation de sa femme, Janet, Paris, 1847.
  5. Un symbole similaire apparaît à la même époque chez les Arabes, à la différence que les points sont disposés en étoile.
  6. Agathopède signifie bon enfant, y compris dans le sens de bon vivant
  7. Biographie de Félix Bovie
  8. Biographie de Michiels, site de l'INHA
  9. Format 17 x 25 cm, tirage limité à 350 exemplaires tous numérotés sur papier Featherweight, en typographie ; 25 exemplaires grand luxe numérotés en chiffres romains I à XXV sur papier spécial relié cuir (d'après un prospectus de souscription). Le livre semble n'avoir jamais été édité.