Société d'Ancien Régime

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La société d'Ancien Régime est un mode d'organisation sociale qui a prévalu en France du XVIe au XVIIIe siècle. La population française est alors divisée en trois ordres dont les fonctions sont hiérarchisées en dignité : le clergé, la noblesse et le Tiers État (« société d'ordres »). Cette séparation repose sur une idéologie et une tradition, non sur un critère de mérite personnel. La Révolution française a mis fin au système des ordres et aux inégalités juridiques entre les Français, qui sont passés du statut de sujets à celui de citoyens, avec l'abolition des privilèges dans la nuit du 4 août 1789. Les corporations ont également été supprimées par le décret d'Allarde et la loi Le Chapelier (1791), et sont réapparues à partir du XIXe siècle sous la forme des corps intermédiaires.

La société d'Ancien Régime est aussi une société coutumière[1] et catholique.

La structure de la société d'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Les fondements[modifier | modifier le code]

Dans la société d'Ancien Régime, les individus ont une existence sociale et juridique au travers des communautés dont ils sont membres et qui les représentent. Chaque corps, chaque communauté, chaque état a son statut, ses devoirs et ses privilèges qui l'identifient et le distinguent des autres. Ce n'est pas l'individu qui a une personnalité juridique ou une existence politique, mais le groupe. Il y a une multitude de groupes : familles, métiers, communautés rurales ou villes, seigneuries, ordre religieux … Ainsi, dans les élections qui sont nombreuses, ce ne sont pas les individus qui votent, mais le chef de chaque communauté.

L'organisation sociale[modifier | modifier le code]

Une société d'ordres[modifier | modifier le code]

Comme dans toute la Chrétienté, et conformément au magistère catholique, la société est envisagée comme un tout organique ou chacune des parties vit en symbiose avec les autres. Sous l'Ancien Régime, la société est distinguée en trois ordres qui correspondent à trois fonctions. Chacun des trois ordres définis depuis le Moyen-Age doit être complémentaire des deux autres : les moines prient pour le salut des laïcs ; les chevaliers mettent leurs armes au service de l'Église et protègent les faibles ; enfin, les paysans cultivent la terre pour nourrir les deux premiers ordres. Les fonctions sont hiérarchisées en dignité, autrement dit la logique spirituelle du premier ordre prévaut sur celle politique du second, qui elle-même prévaut sur toutes les considérations économiques. La société d'Ancien Régime est donc le contraire d'une société matérialiste où l'économie impose sa logique à toute la société[réf. nécessaire]. À l'intérieur de chacun des ordres, cette hiérarchie se décline pour ordonner toutes les fonctions sociales. Ainsi, dans l'ordre économique, le secteur primaire est considéré le plus digne (agriculture, mine, pêche, forêts), suivi de l'artisanat puis du commerce et du négoce qui sont juste au-dessus des métiers les plus vils : l'usure (banque) et la prostitution. En effet, la conduite noble est celle qui se sacrifie pour l'honneur (pour l'intérêt général), tandis que l'activité économique cherche un gain, un profit, qui est plus grand chez le commerçant que chez l'agriculteur, chez l'usurier que chez le commerçant.

Les origines historiques de la société d'ordres[modifier | modifier le code]

Ce système idéologique de tripartion de la société chrétienne médiévale a été identifié comme caractéristique des sociétés indo-européennes sous le nom de trifonctionnalisme par le comparatiste et philologue, Georges Dumézil. Il existait dans l'Empire Romain chrétien (les sacerdotes, les nobiles et les pauperes) et dans des textes irlandais du VIIIe siècle (les gebedmen formée par les druides et prêtres, les fyrdmen formés par l'aristocratie militaire et les weorcmen, hommes libres pour le travail). Il est repris par le moine Haymon d'Auxerre au IXe siècle[2] et par deux évêques carolingiens réactionnaires, Adalbéron de Laon et Gérard de Cambrai qui souhaitent ce type d'organisation sociale alors que la France connaît une crise politique autour de l'an mille[3].

Au XVIe siècle, au moment de la montée de l'absolutisme, le jurisconsulte Charles Loyseau apporte une définition juridique des trois ordres. Il écrit un Traité des ordres et simples dignités en 1610 dans lequel il décrit la séparation des trois ordres qu'il nomme aussi « états », tout en insistant sur l'obéissance due au roi. Il observe que chaque ordre est subdivisé en catégories plus fines.

Cette construction idéologique (une classe dominante, les bellatores qui exercent le pouvoir et les oratores qui légitiment ce pouvoir, et une classe dominée les laboratores), décrite en détail par l'historien Georges Duby qui reconnaît sa dette envers la théorie marxiste du matérialisme historique althussérien[4], est revisitée par l'historien Mathieu Arnoux qui évoque la fierté paysanne d'offrir librement son travail en échange de garanties assurant des moyens élémentaires d'existence (mise en place de marchés agricoles, service du moulin banal, dîme utilisée comme instrument de redistribution et d'assistance)[5]. Le laboureur, par l'accroissement et l'intensification de son travail, devient un héros, à l'instar de Pierre le laboureur et d'Adam, jardinier du paradis et premier des laboureurs[6].

Les références morales[modifier | modifier le code]

Une société catholique[modifier | modifier le code]

Modèle:Section à source Le catholicisme est la religion de la Couronne. Le protestant Henri de Navarre, bien qu'héritier légitime du trône, dut se convertir pour être roi de France. Lors de son sacre le roi jure de défendre l'Église catholique mais aussi d'extirper l'hérésie de son royaume[réf. nécessaire].

Avec la famille, la paroisse est le cadre de base de la vie religieuse mais aussi civile. La très grande majorité des Français sont guidés de la naissance (avec le baptême) à la mort (avec l'extrême-onction), par les préceptes de l'Église catholique romaine. Le prêtre catholique est un des rouages de la vie de la communauté villageoise ou de quartier. Il distribue les sacrements, mais il est aussi le conseiller dans les affaires privées et le directeur de conscience. Cette Église joue le rôle de service public ; elle tient l'état civil (les registres de baptême), elle organise la scolarisation à tous les degrés d'enseignement, elle fournit l'assistance publique avec les hôpitaux. Chaque corps de la société a son saint patron. La vie collective est rythmée par les fêtes religieuses catholiques.

Les Français non-catholiques (les Juifs et les Protestants) sont souvent, sinon privés de certains droits, considérés comme ne faisant pas pleinement partie de la société.[réf. nécessaire] Ils ne partagent pas les convictions et certaines coutumes du peuple, et de plus s'en démarquent parfois physiquement (par nécessité) en formant des communautés.[réf. souhaitée] C'est pourquoi la politique antiprotestante de Louis XIV sera de fait approuvée, voire glorifiée, par la quasi-totalité de ses sujets (hormis quelques très rares opposants).[non neutre]

Une société coutumière[modifier | modifier le code]

Les individus et les groupes socio-économiques ont des relations réglementées par des coutumes multiséculaires qui forment en fait le droit privé. Ces coutumes sont différentes selon les régions (ainsi le système d'héritage n'est pas le même en Normandie ou dans le Languedoc). Elles sont aussi différentes selon les groupes sociaux : la noblesse et le tiers état bien souvent n'ont pas les mêmes règles pour les successions. Par contre le sud du royaume est soumis au Code de Justinien qui perpétue le droit romain. Le gouvernement royal, à plusieurs reprises, tente bien de mettre de l'ordre dans cette multitude mais conserve le plus souvent les particularités.

Les trois ordres de la société[modifier | modifier le code]

L'organisation sociale en trois ordres

Les deux premiers ordres ont des fonctions de service public à remplir qui sont onéreuses. En effet, le clergé prend à sa charge le culte public, l'état civil, l'instruction publique et l'assistance publique. La noblesse prend à sa charge les fonctions régaliennes, comme la défense de la société avec l'armée et la justice, la haute administration. Tandis que le troisième ordre, qui comprend toutes les activités économiques, a des fonctions qui sont lucratives. De ce fait, la plupart des impôts reposent sur le troisième ordre, afin d'entretenir les deux premiers[7].

Le clergé[modifier | modifier le code]

Le clergé est le premier ordre dans la hiérarchie sociale de l'époque moderne. Il perçoit en principe l'impôt des dîmes correspondant au dixième des récoltes et au prémices. En réalité, l'essentiel de ses ressources vient de la rente foncière, c'est-à-dire de bien location perpétuelle, aussi bien dans les campagnes que dans les villes. Les clercs sont exemptés de taille, de service militaire, et par le célibat des obligations familiales. Le clergé est chargé, en plus du culte, de l'état civil, l'organisation des fêtes (religieuses), de l'instruction publique, tant au niveau des petites écoles que des grandes écoles et des universités ; il est aussi chargé de toutes les fonctions d'assistance sociale et médicale, créant et entretenant les hôpitaux, hospices et orphelinats. Il reste soumis à certains impôts comme la régale ou la décime.

Philippe de Champaigne, Ex Voto de 1662, Louvre ; le clergé

La condition des membres du clergé est extrêmement variée: les membres du haut clergé, qui sont les archevêques, les évêques, les abbés des grandes abbayes et certains chanoines, sont des personnages considérables qui bénéficient souvent de revenus princiers. Souvent issus des rangs de la noblesse, mais parfois aussi des couches les plus basses de la société, ils résident souvent en ville et en relation avec la cour et les pouvoirs politiques.

Le clergé séculier (qui vit dans le « siècle », du latin sæcularis), au milieu des laïcs, tient un rôle important dans la vie de la communauté : curés et vicaires tiennent les registres de baptême et de sépulture, distribuent les sacrements comme le mariage, entendent les confessions, célèbrent la messe, organisent les fêtes, s'occupent de l'instruction primaire.

Le clergé régulier vit selon la « règle » (du latin regularis) d’un ordre, d'une abbaye, d'un couvent, d'un prieuré… Au Moyen Âge s'est établie la distinction entre les ordres contemplatifs consacrés à la prière (bénédictins, cisterciens...) et les ordres mendiants (franciscains et dominicains) voués à la prédication. Les ordres accueillent les cadets des familles aisées qui sont exclus des successions familiales par le droit d'aînesse.

La noblesse[modifier | modifier le code]

En France, les fonctions et la condition de la noblesse ont considérablement varié en douze siècles d'histoire de la royauté. La fonction principale de la noblesse est d'assurer la paix et la justice; elle a donc le monopole de la force et de la guerre. Ce ne sont pas des individus qui sont nobles, mais des lignages qui conservent et se transmettent héréditairement des fonctions nobles attachées à des biens fonciers. L'ancienne noblesse est immémoriale, elle a ses racines dans des lignages gallo-romains, et auparavant gaulois. Au Moyen Âge, l'accès à la noblesse se fait beaucoup par la chevalerie qui lui donne l'idéal chrétien de mettre la force au service des faibles. La noblesse plus récente doit son statut au roi qui a seul le pouvoir d'anoblir par lettres patentes ou par la vente de charges.

Les archives consignant les droits seigneuriaux sont conservées dans les châteaux.

Comme le clergé, la noblesse dispose de privilèges : elle n'est pas assujettie à la taille, l'impôt royal. Elle a le droit de porter l'épée et de pratiquer la chasse. Elle subsiste par la rente que paient les laboureurs. Elle est jugée par des tribunaux particuliers.

La noblesse est soumise à des devoirs, elle doit verser son sang. Elle a des places réservées dans l'armée et l'administration mais la plupart des activités professionnelles lui sont refusées, ce qui n'est pas le cas dans des pays tels que la Suisse ou l'Allemagne. Tout noble français qui ne respecte pas ces devoirs peut déroger et se voir déchu de sa condition.

Devenir noble demeure un idéal mais la noblesse ne forme pas pour autant un corps organisé. Au sommet, quelques grands seigneurs accumulent les faveurs royales, il s’agit des princes du sang ou bien souvent de favoris ou de leurs descendants. Sous la dynastie des Bourbons, les princes du sang sont principalement les duc d’Orléans, princes de Condé et de Conti. En bas de l’échelle, de nombreux gentilshommes vivent chichement dans leur domaine.

Un exemple de grande figure de la noblesse française est Jean Louis de Nogaret de La Valette (1554 - 1642), duc d'Épernon.

Le tiers état[modifier | modifier le code]

Louis Le Nain, La charrette, 1641, conservé au musée du Louvre : le tiers état rural

Le dernier ordre de la société d'Ancien Régime est formé de tous ceux qui n'appartiennent ni au clergé, ni à la noblesse et exercent des activités économiques : agriculteurs, artisans et commerçants, c'est-à-dire les 9/10es des Français. Comme dans les autres ordres, la condition des roturiers est extrêmement variée : certains bourgeois sont très riches et puissants.

La population est essentiellement rurale. La vie des paysans tient à l'abondance des récoltes. Les laboureurs sont cependant plus riches que les tenanciers et les ouvriers agricoles (les journaliers). Les paysans paient de nombreux impôts, en particulier les taxes seigneuriales (cens, champart), la dîme au clergé et la taille royale. Ils sont astreints aux banalités et aux corvées, qui sont des survivances du Moyen Âge.

Les villes ont souvent obtenu le privilège de s'administrer et de se défendre. Les principaux officiers et magistrats de ces villes exercent les mêmes fonctions de justice et de défense que des nobles, et sont de ce fait souvent considérés comme tels : ce sont les charges anoblissantes, comme le consulat de Toulouse. Une grande partie des citadins tiennent une boutique ou encore travaillent dans l'artisanat : ils travaillent alors dans des ateliers et appartiennent à une corporation.

Le terme Tiers État ne deviendra courant qu'à partir de la Révolution française de 1789. Bien que la population paysanne constitue 80 % de la population française, il n'y aura pas de paysans dans les assemblées, aussi bien lors de la Convocation des États Généraux le 4 mai 1789 que pendant le reste de la Révolution. Les députés qui prétendront représenter le Tiers État seront tous des bourgeois instruits, possédant des emplois de judicature, des entreprises de négoce et de banque, ou des offices de finance.

« Qu’est-ce que le tiers état ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? À être quelque chose. »

— Emmanuel Joseph Sieyès

Le fonctionnement de la société d'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Les pouvoirs[modifier | modifier le code]

Dans chaque domaine politique, financier, judiciaire ou religieux, le territoire de la France d'Ancien Régime est quadrillé d'une hiérarchisation — France ; zones ; sous-zones ; etc. — dont sont responsables des agents à dénomination, fonction et attributs précis.

Les autorités administratives[modifier | modifier le code]

Le roi gouverne assisté par son Conseil. Progressivement à partir de Philippe Le Bel et son fils Philippe Le Long, le Conseil a connu une double évolution. D'une part il a donné naissance à des organes plus spécialisés. D'autre part les grands seigneurs ont été évincés au profit d'un personnel plus professionnel. Les charges de conseiller sont vénales mais le roi choisit les titulaires des fonctions importantes.

Le chancelier appose le sceau royal sur les actes : il représente la justice éternelle. Le contrôleur général des finances gère les revenus et les dépenses. Le rôle des quatre secrétaires d'État (dévolus à la marine, à la guerre, aux affaires étrangères et à maison du roi) évolue de celui de greffier vers celui de ministre.

L’autorité royale est appliquée en province par 33 intendants dans les généralités. L’intendant est aussi un précieux moyen d’information pour le pouvoir central. Il intervient dans la répartition du principal impôt direct, la taille. Treize cours des comptes sont vouées à vérifier les comptes des agents de l'État et à préserver le patrimoine royal.

Douze cours des aides rendent justice en dernière instance en matière fiscale. La taille est prélevée selon les provinces par des officiers titulaires de leur charge, faussement appelés « élus », ou les États provinciaux, assemblées de notables.

La perception des impôts indirects est assurée par le système du fermage : un groupe de financiers avance la somme globale au roi puis organise lui-même la perception de la taxe, avec profit. Le principal impôt indirect est la gabelle sur le sel.

La justice courante est rendue tout d'abord par bailliages puis par présidiaux. Dix-huit cours souveraines de justice, dont quatorze parlements, jugent en dernière instance. Le ressort du Parlement de Paris est le plus vaste mais ne couvre qu'une partie du territoire: le cœur historique du domaine royal (Berry, Champagne, Île-de-France, Orléanais, Touraine) et certaines régions périphériques un temps confiées à des princes apanagistes (Anjou, Auvergne, Picardie, Poitou). Les parlementaires sont propriétaires de leur charge, qu’ils ont achetée. Leur intégrité est souvent mise en cause, ce qui ne les empêche pas de se poser vis-à-vis du pouvoir royal comme les défenseurs des droits et libertés publics.

Article détaillé : parlements.

Les paysans qui constituent la très grande majorité de la population ont rarement affaire à l’autorité royale. Le curé annonce les nouvelles officielles et tient l’état civil. Le seigneur rend la justice. L’assemblée des principaux propriétaires répartit l’impôt et recrute le maître d’école.

L'Église[modifier | modifier le code]

Le clergé tient des assemblées générales et dispose de ses propres tribunaux ; les officialités. Il prélève la dîme, est exempté d’impôts mais peut accorder des dons au roi.

Les curés sont désignés par un collateur, le fondateur de la paroisse ou son successeur. Ils disposent d’une portion congrue de la dîme mais sont en général à l’abri de l’indigence. Après l’application du concile de Trente, ils sont astreints à résider dans leur paroisse et ils sont mieux formés ; il y a maintenant un séminaire dans chaque évêché.

La France est découpée en cent quarante diocèses de taille très variable. Ils sont plus nombreux dans le Midi où certains sièges épiscopaux ne sont que de gros bourgs. De façon moins répandue qu’en Allemagne, certains prélats sont également seigneurs temporels : par exemple l’évêque de Mende est comte du Gévaudan. Depuis le concordat de Bologne, obtenu par François Ier en 1516, c'est le roi qui nomme les évêques.

Des personnalités de l'église accèdent au poste de premier ministre, c'est en particulier le cas d'Armand Jean du Plessis de Richelieu (1624-1642) et de André Hercule de Fleury (1726-1743).

Les villes[modifier | modifier le code]

Le développement d'une bourgeoisie et l'insécurité qui a prévalu pendant la guerre de Cent Ans ont favorisé l'émergence d'autorités municipales, les échevinages. Pars ailleurs, les métiers sont organisées dans chaque ville en corporations qui peuvent être des communautés jurées (sous serment) ou réglées (soumises à un règlement). Des privilèges royaux leur sont accordés par lettre patente. Les corporations seront supprimées par le décret d'Allarde des 2 et 17 mars 1791, confirmé par la loi Le Chapelier du 14 juin 1791.

Les grandes villes sont d'abord des centres administratifs et, de ce point de vue, la carte judiciaire de la France moderne reflète encore la cartographie urbaine de l'Ancien Régime. Des villes comme Angers, Chambéry, Bourges et Grenoble sont encore le siège d'une cour d'appel dont le ressort correspond à l'ancienne province qu'elles administraient aujourd'hui disparue : Anjou, Savoie, Berry et Dauphiné. Les grandes villes sont aussi des centres économiques. Le développement de villes concurrentes, Nantes et Rennes en Bretagne, Montpellier et Toulouse en Languedoc, donnera lieu au vingtième siècle à la création de nouvelles régions autour de chacune de ces grandes métropoles.

Article détaillé : Corporation (Ancien Régime).

L'évolution de la société[modifier | modifier le code]

Les mobilités et les relations sociales[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Colbert, issu des rangs de la bourgeoisie, il parvient à se forger une belle fortune et à placer ses proches en politique

Les trois ordres de l'Ancien Régime ne sont pas fermés. Les couches les plus modestes de la population peuvent entrer dans le clergé et profiter de ses privilèges : le clergé est ouvert aux autres ordres, à condition d'avoir la vocation et d'adopter la continence. Une fraction des laïcs se montre anticléricale, reprochant au haut clergé son obscurantisme, les bourgeois dénonçant en outre ses accointances avec la haute noblesse.

Les bourgeois cherchent à imiter le mode de vie de la noblesse. Certaines charges municipales permettent leur intégration dans la noblesse dite de « cloche ». En achetant des charges d'officier ou de finances, les offices, ils s'élèvent au rang de la noblesse de robe. Le roi vend ces charges pour en tirer des bénéfices mais il laisse par le mécanisme de la paulette se créer des dynasties d'officiers qui peuvent échapper à son contrôle. La charge de secrétaire du roi est la plus coûteuse, mais très recherchée. À partir de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, les charges militaires permettent également d'accéder à la noblesse. Les parvenus de la « savonnette à vilains » sont vus d'un mauvais œil par la vieille noblesse.

L'on peut perdre ses privilèges d'ordre : les nobles qui dérogent à leur mode de vie sont déchus de leurs prérogatives. Il faut attendre la fin de l'Ancien Régime pour les voir prendre part ouvertement à l'industrie et au commerce.

Une divergence latente d'intérêt existe entre la paysannerie des campagnes et les notables qui résident en ville. Ce sont les paysans qui paient l'essentiel des redevances et impôts qui assurent le revenu des prélats, seigneurs ou bourgeois. Ils fournissent par ailleurs aux entrepreneurs textiles une main-d'œuvre bon marché. Les propriétaires attisent parfois les ressentiments en cherchant à faire évoluer les pratiques habituelles, par exemple en voulant clôturer les terres communes.

Une population mieux nourrie est davantage portée à la contestation politique. Les droits féodaux sont moins bien acceptés par les paysans car les seigneurs ne jouent plus leur ancien rôle de protecteurs.

Les contestations[modifier | modifier le code]

« caricature des trois ordres : un paysan, un noble et un membre du clergé », caricature anonyme, 1789
Sous Louis XIV[modifier | modifier le code]

Beaucoup d'écrivains illustres ont critiqué, sous couvert de comédies ou de fables, la société d'ordres. Les fables de Jean de La Fontaine, les satires de Nicolas Boileau, les caractères de Jean de la Bruyère et les pièces de Molière dénoncent les travers du système. Le Bourgeois gentilhomme se moque de monsieur Jourdain qui veut imiter le genre de vie des nobles.

La pensée critique connaît un essor à la fin du règne. Vauban notamment réalise une importante réflexion sur la fiscalité.

Au siècle des Lumières[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Lumières (philosophie).

Les philosophes des Lumières ont critiqué l'inégalité juridique et sociale en vigueur sous l'Ancien Régime. C'est l'individu qui est au centre de leur réflexion et non la société dont celui-ci ne serait qu'une partie. La société devient l'association des individus. Le pacte social est contracté entre tous les participants, c'est-à-dire l'ensemble exhaustif des citoyens. La liberté de chacun nécessite l'égalité, garantie par l'obéissance à des lois communes. Le renoncement de chacun à exercer son droit du plus fort permet d'établir le contrat social dans la mesure où chacun y trouve la liberté de s'accomplir.

L'écrivain Jean-Jacques Rousseau a entrepris une vaste réflexion sur l'individu et la société. Turgot, intendant puis ministre de Louis XVI, essaye en vain de réformer effectivement cette société.

Les blocages institutionnels à la veille de la Révolution[modifier | modifier le code]

L'encadrement de la vie de cour à Versailles par le formalisme de l'étiquette a contribué à isoler la personne du roi. Le phénomène est particulièrement marqué sous Louis XV et Louis XVI : ils ont une personnalité moins politique et sont moins impliqué dans les affaires publiques que Louis XIV. Du coup, quelques clans privilégiés accaparent les faveurs.

L'impécuniosité de la monarchie l'a conduit à mettre en vente les charges publiques. Les officiers publics ne sont pas forcément les plus compétents. Leur souci de récupérer la mise de fonds initiale encourage leur corruptibilité. Maîtres de leur charge, ils ne sont pas forcément dociles vis-à-vis du pouvoir royal: les parlements entretiennent même un climat de contestation permanente.

Face aux aspirations d'une bourgeoisie enhardie par le développement économique, parfois même enrichie très vite par les grandes spéculations boursières sous Louis XVI, la noblesse traditionnelle cherche à préserver ses privilèges et à garder le monopole de certaines activités, notamment militaires. Elle attise ainsi les ressentiments à son égard.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nicolas Offenstadt, Grégory Dufaud, Hervé Mazurel, Les mots de l'historien, Presses univ. du Mirail, 2005, p. 9
  2. Edmond Ortigues, « L'élaboration de la théorie des trois ordres chez Haymon d'Auxerre », Francia, vol. 14,‎ 1986, p. 27-43
  3. Michel Kaplan, Patrick Boucheron, Histoire médiévale : XIe-XVe siècle, Editions Bréal,‎ 1994, p. 94
  4. Nicolas Offenstadt, Grégory Dufaud, Mots de l'historien, Presses Univ. du Mirail,‎ 2005, p. 68
  5. Mathieu Arnoux, Le Temps des laboureurs. Travail, ordre social et croissance en Europe, XIe-XIVe siècle, Albin Michel,‎ 2012, 378 p.
  6. Samuel Leturcq, « Comment le paysan devint un héros. Le Temps des laboureurs, de Mathieu Arnoux », sur Le Monde,‎ 18 octobre 2012
  7. Georges Duby, Les Trois Ordres ou L'imaginaire du féodalisme, Gallimard,‎ 1978, 432 p. (ISBN 2070286045)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • E. Lousse, La société d'Ancien Régime, organisation et représentation corporatives, Université de Louvain, 1943
  • Roland Mousnier, Les Hiérarchies sociales de 1450 à nos jours, Paris, 1969.
  • Pierre Goubert et Daniel Roche, Les Français et l'Ancien Régime, Paris, Colin, 1989.
  • Pierre-Yves Beaurepaire, Jens Häseler, Antony McKenna, Réseaux de correspondance à l'âge classique : (XVIe ‑ XVIIIe siècle), université de Saint-Étienne, 2006, 382 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]