Six vilayets

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La province des six vilayets, au début du XXe siècle.

Les Six vilayets (en turc ottoman : ولايت سته Vilâyat-ı Sitte), aussi appelés les Six vilayets arméniens (en arménien : Վեց հայկական վիլայեթներ Vets' haykakan vilayet'ner, en turc : Altı vilayet, Altı Ermeni ili[1]) étaient des vilayets (provinces) de l'Empire ottoman peuplés d'Arméniens :

Historique[modifier | modifier le code]

En 1864, l'Empire ottoman entreprend de vastes réformes administratives territoriales inspirées du modèle centralisé napoléonien, remplaçant les provinces de l'Empire par 27 vilayets, prenant le nom de leur chef-lieu. Au termes de plusieurs réaménagements (en 1878, 1880 et 1895) l'Anatolie orientale se voit finalement découpée en six vilayets, visant ainsi à diluer la population arménienne dans d'autres peuples afin qu'elle ne constitue plus une majorité compacte dans une circonscription, pouvant justifier un statut de plus grande autonomie[2]. Le terme Six provinces arméniennes a d'abord été utilisé au Congrès de Berlin en 1878, où l'Empire ottoman devait s'engager à y faire des réformes.

Population[modifier | modifier le code]

Groupes ethniques[modifier | modifier le code]

Carte ethnique des six vilayets selon le Patriarcat arménien de Constantinople en 1912.
Population arménienne de l'Empire ottoman selon le recensement officiel de 1914.

Il n'existe pas de statistiques démographiques vraiment fiables, différentes versions sont présentés ci-dessous.

Patriarcat arménien de Constantinople, 1912[3]

Remarque: L'analyse exclut certaines parties de ces provinces où les Arméniens ne sont qu'un élément mineur de la population. Ces parties sont les suivantes: Hakkari, dans le vilayet de Van; le sud de Siirt, dans le vilayet de Bitlis; le sud du Vilayet de Diarbékir; le sud de Malatya, dans le vilayet de Mamouret-ul-Aziz; le nord-ouest et l'ouest du vilayet de Sivas.

Il n'y a pas d'éléments probants justifiant les données du Patriarche arménien de Constantinople, en effet les méthodes de collecte de données n'ont jamais été cités[4]. Également, le patriarche avait publié les statistiques des six vilayets en 1882 indiquant un total de 1,63 million d'Arméniens dans la région, soit 2,55 fois le nombre qu'ils ont atteint dans le rapport du recensement de 1914, mais les chiffres de 1882 sont désavoués en 1912 avec la publication de nouveaux chiffres[4],[5].

Groupes ethniques Bitlis Diarbékir Erzurum Mamouret-ül-Aziz Sivas Van TOTAL %
Arméniens 180 000 105 000 215 000 168 000 165 000 185 000 1 018 000 38,9
Turcs1 48 000 72 000 265 000 182 000 192 000 47 000 806 000 30,8
Kurdes2 77 000 55 000 75 000 95 000 125 000 72 000 499 000 19,1
Autres3 30 000 64 000 48 000 5 000 100 000 43 000 290 000 11,1
TOTAL 382 000 296 000 630 000 450 000 507 000 350 000 2 615 000 100

1 incluant les Qizilbashs
2 incluant les Zazas
3 Assyriens (Nestoriens, Jacobites, Chaldéens), Adyguéens, Grecs, Yazidis, Persans, Lazes, Roms

Recensement officiel ottoman, 1914[6]

Remarque: Le recensement ottoman ne donne pas d'informations pour les groupes ethniques musulmans séparés comme les Turcs, les Kurdes, les Adyguéens, etc.

La plupart des savants occidentaux modernes conviennent que le recensement officiel ottoman sous-estime le nombre des minorités ethniques, y compris le nombre d'Arméniens[7]. En effet, le recensement ottoman ne définissait pas les groupes ethniques, mais seulement religieux. Donc un arménien signifie un adepte de l'Église apostolique arménienne. Les Arméniens qui ont prétendu être des musulmans ont été comptés en tant que musulmans, les protestants arméniens - comme les Grecs pontiques, Grecs du Caucase, et Lazes - ont été comptés dans Autres.

Groupes ethniques Bitlis Diarbékir Erzurum Mamouret-ül-Aziz Sivas Van TOTAL %
Musulmans 309 999 492 101 673 297 446 376 939 735 179 380 3 040 888 79,6
Arméniens 119 132 65 850 136 618 87 862 151 674 67 792 628 928 16,5
Autres 44 348 4 020 5 797 4 047 78 173 11 969 148 354 3,9
TOTAL 473 479 561 971 815 712 538 285 1 168 582 259 141 3 818 170 100

Les plus grandes villes[modifier | modifier le code]

Tous les chiffres sont en date du début du XXe siècle.

Ville Vilayet Population Armeniens  %
Van[8] Van (vilayet) (en) 40 000 25 000 62,5%
Sivas[9] Sivas (vilayet) (en) 60 000 30 000 50%
Erzurum[10] Erzurum (vilayet) (en) 60 000 15 000 25%
Mezereh[11] Mamouret-ul-Aziz (vilayet) (en) 12 000 6 080 49,8%
Bitlis[9] Bitlis (vilayet) (en) 30 000 7 000 23%
Diyarbakır Diarbékir (vilayet) (en)
Arapgir[12] Mamouret-ul-Aziz (vilayet) (en) 20 000 10 000 50%
Malatya[13] Mamouret-ul-Aziz (vilayet) (en) 40 000 20 000 50%

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (hy) Tadevos Hakobyan, Պատմական Հայաստանի քաղաքները (Les villes historiques de l'Arménie), Erevan, "Hayastan" Publishing,‎ 1987

Références[modifier | modifier le code]

  1. (tr) İsmail Soysal, Türkiye'nin Siyasal Andlaşmaları, I. Cilt (1920-1945), Türk Tarih Kurumu, 1983, p. 14.
  2. Gustave Meyrier, Les massacres de Diarbékir. Correspondance diplomatique du vice-consul de France, 1894-1896, L'Inventaire 2000, p. 41
  3. "The Treatment of Armenians in the Ottoman Empire 1915-1916" par James Viscount Bryce, Londres, T. Fisher Unwin Ltd., 1916
  4. a et b Justin McCarthy, Muslims and Minorities : The Population of Ottoman Anatolia and the End of the Empire, New York University Press,‎ 1983, 56–59 p. (ISBN 0-87150-963-6)
  5. Servet Mutlu, « LATE OTTOMAN POPULATION AND ITS ETHNIC DISTRIBUTION », Turkish Journal of Population Studies, Nüfusbilim Dergisi, vol. 25, no 1,‎ 2003, p. 21 (lire en ligne) :

    « Traduction: Il n'y a pas les éléments probants justifiant les chiffres du Patriarche. En théorie, ils auraient pu être basé sur les registres de l'église. Mais à ce jour, aucun registre de l'église locale, ni aucun document indiquant le récapitulatif des registres locaux au Patriarcat à Istanbul a été produit comme preuve. (McCarthy, 1998a, pp.56- 59). Plus important encore, même si ces documents de la population arménienne existaient, comment les prêtres locaux, et donc le patriarche qui recevrait ses chiffres de ces derniers, pouvaient savoir combien de musulmans existait au court d'un recensement. Pourtant, les chiffres du recensement démentent le patriarche. Par conséquent, les chiffres du Patriarche sont rien d'autre que des constructions à caractère politique. »

  6. « Armenian Activities in the Archive Documents 1914-1918 Volume 1 », État-major général turc (consulté le 8 novembre 2014), p. 603–628
  7. Steven T. Katz,The Holocaust in Historical Context, 1994, p. 86 ...indique (sur la base des estimations britanniques de 1919) que si les données ottomanes étaient généralement fiables, ils ont sous-estimé la population arménienne en 1914...
  8. Hakobyan 1987, p. 236.
  9. a et b Hakobyan 1987, p. 222.
  10. Hakobyan 1987, p. 163.
  11. Hakobyan 1987, p. 134.
  12. Hakobyan 1987, p. 51.
  13. Hakobyan 1987, p. 182.

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