Simon Kimbangu

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Simon Kimbangu, né le 12 septembre 1887 à Nkamba près de Mbanza-Ngungu et décédé le 12 octobre 1951 à Élisabethville (actuelle Lubumbashi), est un leader religieux congolais. Né dans l'État indépendant du Congo (futur Congo belge), il devient prédicateur dans les années 1920 et commence son ministère de prédication et de guérison le 6 avril 1921 à Nkamba. Son enseignement donnera par la suite naissance au kimbanguisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Kuyela et Luezi, Simon Kimbangu est baptisé par la Baptist Missionary Society en 1915 et devient alors catéchiste. C'est à cette époque qu'il dit recevoir une vision divine, lui ordonnant d'aller guérir les malades et prêcher auprès d'eux. Il aurait alors guéri une jeune femme, dénommée Nkiantondo, au nom de Jésus-Christ, dans son village natal de Nkamba. Il acquiert vite la réputation de ressusciter les morts, de rendre la vue aux aveugles, de faire parler les sourds et muets, de faire marcher les paralytiques et de chasser les esprits démoniaques. C'est ainsi qu'il attire à ses prêches des milliers d'auditeurs, attirant la méfiance des autorités belges. Il est surnommé Ntumua ya Nzambi'a Mpungu, traduction en kikongo d'« envoyé de Dieu tout puissant ».

Bien que le père de Kimbangu ait été un chef de file religieux traditionnel, Simon est converti par la Société Missionnaire Baptiste en 1915. Il travaille pendant plusieurs années comme catéchiste, enseignant religieux préparant les futurs baptisés, puis a une vision dans laquelle Dieu lui aurait donné sa mission divine de prêcher et de guérir. En 1921, à Léopoldville, il guérit une femme malade et retourne alors dans sa région natale du Bas Congo pour poursuivre son prêche. Cette mission, qui ne dure que six mois, a des effets profonds sur Simon. Attirant les foules, les travailleurs quittant leurs plantations pour l'entendre parler, les malades abandonnant leurs lits d'hôpitaux pour se faire guérir de sa main. La nouvelle se répand alors qu'un ngunza (i.e. un prophète) mvuluzi (i.e. un apôtre, un messie) se trouvait au Congo. La réputation de Kimbangu va même jusqu'à la capacité à ressusciter les morts. Son village, Nkamba, a été rebaptisé la Nouvelle Jérusalem. Le prêche accroît grandement son audience et commence alors à prendre des relents nationalistes, perturbant à la fois les baptistes et inquiétant les autorités coloniales belges. Le ministère de guérison de Kimbangu a un impact retentissant, et nombre de ses disciples proclament ses cures et ses miracles. Tout cela fait grandement écho au messianisme de Kimpa Vita, deux siècles plus tôt. Kimbangu emploie le symbolisme chrétien, se montrant comme une figure du Christ, nommant même 12 apôtres pour l'aider et posant trois règles morales fondamentales : l'abolition de tous les symboles religieux traditionnels, l'éradication de la danse érotique et la destruction des fûts de danse, et la fin de la polygamie. Il s'oppose également à toute forme de sorcellerie.

Cela frappe les missionnaires, qui travaillaient depuis des années pour atteindre ces objectifs, avec peu de résultats, alors que les disciples de Kimbangu se conformaient à ces règles dans la plus grande ferveur. Les africains pensent alors que les missionnaires retenaient les secrets de la chrétienté, vus comme source de la puissance européenne et de la richesse, et le prêche de Kimbangu, vu comme un prophète ayant parlé à Dieu, fournit donc un moyen d'accéder à ces secrets. Il est identifié avec le dieu Nzambi, l'être suprême du Congo, et prêche la proximité de Dieu avec son peuple.

Bien que la prédication de Kimbangu n'ait pas de contenu politique clair, il prédit néanmoins la libération de l'homme noir sur un plan spirituel et physique, l'indépendance du Congo et la reconstitution de l'Empire Kongo, prophétisant la « deuxième indépendance » (dipanda dianzole en kikongo). Il défend qu'un jour l'homme blanc deviendra noir et l'homme noir deviendra blanc. Le mouvement alimente également le sentiment anti-européen et suscite de fait l'inquiétude. Les autorités belges, alertées par les missionnaires catholiques et protestants, le font rechercher, ainsi que ses plus proches fidèles. Des mitrailleuses sont alors mises en évidence dans la capitale, dans la crainte d'un soulèvement. La première tentative d'arrestation échoue, lorsque Kimbangu glissant loin d'un rallye, confortant son potentiel miraculeux. Kimbangu lui-même se rend aux autorités. Inculpé de sédition, il est condamné à mort le 12 septembre 1921. Le roi Albert Ier commue la condamnation en réclusion à perpétuité avec 120 coups de fouet, et Kimbangu est envoyé à des milliers de kilomètres de sa zone de prédication, où il meurt après 30 années d'emprisonnement, loin ses disciples. Mais cela ne met pas un terme au mouvement, comme l'espéraient les autorités belges. Lors de son procès, Kimbangu a assumé la position de martyr du Christ, mettant en avant la similarité de la sentence. Même des chrétiens traditionnels ont admiré cette foi en sa destinée, sa piété évidente dans la prière, et la preuve de sa sainteté personnelle profonde. Bien qu'il ne puisse prêcher en prison, il demeure patient et affectueux, partageant ses maigres rations de nourriture avec d'autres prisonniers. Ses disciples le prient d'user de ses pouvoirs miraculeux pour s'échapper, et continuent à perpétuer ses prédications. Durant ses trente ans d'emprisonnement, Kimbangu continue d'être considéré comme un leader spirituel malgré l'absence de contact avec ses fidèles. Il devient également un symbole du nationalisme congolais. Il meurt finalement à la prison d'Élisabethville (actuelle Lubumbashi) en 1951.

Les Belges répriment durant tout ce temps les kimbanguistes, l'église rentrant alors dans la clandestinité, dirigée par le fils de Kimbangu, Joseph Diangienda. Plusieurs sectes liées au mouvement apparaissent sans tarder, chacune reconnaissant en Kimbangu comme leur père spirituel. Kimbangu devient également un symbole du nationalisme congolais, le kimbanguisme favorisant la cohésion du groupe. En diminuant la crainte en la magie et la sorcellerie, il a contribué à développer la confiance mutuelle et à renforcer la communauté. Il a également contesté l'autorité des chefs locaux, les présentant - à raison - comme des laquais des autorités belges. Un concile de cette nouvelle église a été créé en 1956, cinq ans après la mort de Kimbangu, et ses trois fils, conduits par Diangienda, reprennent son flambeau. En 1991, le président Mobutu Sese Seko, qui avait légalisé l'église, amnistie Kimbangu à titre posthume et lui décerne l'Ordre national du Léopard.

Héritage[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Église kimbanguiste.

En 1959, l'église kimbanguiste est reconnue par le gouvernement belge et est autorisée à exercer ses activités. En août 1969, elle devient membre du Conseil œcuménique des Églises, lors de la réunion de son comité exécutif à Canterbury en Angleterre.

De nos jours, l'Église kimbanguiste est établie dans plusieurs pays à travers le monde. À la mort de Kimbangu, c'est son fils Joseph Diangienda qui prend la tête de l'Église jusqu'à sa mort survenue le 8 juillet 1992, avant d'être remplacé par son frère Paul Salomon Dialungana Kiangani (1992-2001) puis par son petit-fils Simon Kimbangu Kiangani.

Préceptes[modifier | modifier le code]

À l'instar de Jésus-Christ, Simon Kimbangu choisit des apôtres, pour l'accompagner dans sa mission, et édicte trois règles morales :

  • l'abolition des symboles religieux traditionnels ;
  • la suppression des danses érotiques et des tambours de danse ;
  • l'abolition de la polygamie.

Il s'oppose également aux pratiques magiques et à la sorcellerie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fwakasumbu Luwawanu, Kimbangu, le plus vieux et le plus jeune des ancêtres de l'humanité, éd. Bibliorama, Paris, 2009 (ISBN 2917378007[à vérifier : isbn invalide])
  • Joseph Dikunduakila Kuzeyidioko, Simon Kimbangu : Le prophète, notre contemporain, éd. Entraide kimbanguiste, Châtenay-Malabry, 2006 (ISBN 2952444218)
  • Jean-Luc Vellut, Simon Kimbangu. 1921, de la prédication à la déportation : sources, tome I (vol. 1-2), éd. Académie royale des sciences d'outre-mer, Bruxelles, 2005-2010
  • Diangienda Kuntima, L'histoire du kimbanguisme, éd. Kimbanguistes, Kinshasa, 1984
  • Suzanne Asch, L'Église du prophète Kimbangu, éd. Karthala, Paris, 1981 (ISBN 2865370690)
  • Martial Sinda, Simon Kimbangu, prophète et martyr zaïrois, coll. Grandes figures africaines, éd. Nouvelles éditions africaines, Dakar, 1977 (ISBN 2858090793)
  • Charles-André Gilis, Kimbangu : Fondateur d'Église, éd. Librairie encyclopédique, Bruxelles, 1960
  • Jules Chomé, La Passion de Simon Kimbangu. 1921-1951, éd. Les Amis de Présence africaine, Bruxelles, 1959

Voir aussi[modifier | modifier le code]