Silphium (antiquité)

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pièce ancienne en argent, de la ville de Cyrène, représentant une tige de silphium

Le silphium, également appelé silphion, était une plante du genre Ferula[1]. On pense généralement qu'il s'agit d'une espèce disparue de férule, mais certains pensent qu'il s'agit en fait de Ferula tingitana[2]. Le silphium de Cyrénaïque était utilisé chez les Grecs et les Romains comme condiment et comme plante médicinale[1], [3].

Importance commerciale[modifier | modifier le code]


Le roi Arcésilas de Cyrène[4] et la pesée du silphium sur une coupe laconienne à figures noires. Cabinet des médailles (BNF), Paris.

Pendant l'Antiquité, le silphium était au centre de l'activité commerciale de la ville de Cyrène[1]. La vente du silphium était si vitale pour l'économie cyrénaïque que l'image de cette plante figurait sur la plupart des pièces de monnaie de la cité (voir illustration).

Plus généralement, le silphium était une espèce végétale connue et appréciée dès la préhistoire. On peut en voir la preuve dans le fait que les civilisations égyptienne et minoenne avaient créé un glyphe spécifique pour représenter cette plante[5]. Le silphium était utilisé par tous les peuples méditerranéens. Selon une légende grecque, il avait été donné aux hommes par le dieu Apollon. Les Romains considéraient qu'il valait son poids en argent[3].

Récolte[modifier | modifier le code]

La partie précieuse du silphium était sa résine, appelée laser, laserpicium ou lasarpicium. La récolte de la résine du silphium s'effectuait de la même façon que pour l'ase fétide. Le silphium avait des propriétés similaires à cette dernière, au point que les Romains, y compris le géographe Strabon, utilisaient le même mot pour désigner les deux plantes[6].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Le silphium était utilisé comme condiment dans la cuisine gréco-romaine ; il est cité dans des recettes d'Apicius.

Il avait aussi un usage médicinal : on l'utilisait comme remède contre la toux, les maux de gorge, la fièvre, l'indigestion, les douleurs, les verrues et toutes sortes de maladies.

Le principal usage médicinal du silphium était de servir d'abortif et de contraceptif[7]. De nombreuses espèces de la famille des apiacées ont des effets œstrogéniques. Les graines de la carotte sauvage ont été utilisées comme « pilule du lendemain » depuis plusieurs millénaires. Les terpénoïdes qu’elles contiennent bloquent la synthèse de la progestérone chez les femmes dans les premiers jours de la grossesse, ce qui empêche l'œuf fertilisé de s'implanter dans l'utérus[8]. Il est donc tout à fait possible que le silphium ait eu lui aussi une action pharmacologique contragestive.

Extinction[modifier | modifier le code]

On ne connaît pas exactement la cause de l'extinction du silphium. La plante ne poussait qu'en Cyrénaïque, dans une étroite zone côtière d'environ 200 km sur 50 km, le long du golfe de Syrte[9].

  • Une hypothèse suppose que les animaux qui se nourrissaient de silphium furent soudain très recherchés pour la qualité, réelle ou supposée, de leur viande : le silphium aurait alors disparu par surexploitation, due à la fois aux récoltes excessives et au surpâturage[3].
  • Une seconde hypothèse incrimine la désertification, le climat du Maghreb devenant de plus en plus sec au cours des millénaires.
  • Une troisième hypothèse suppose que lorsque des gouverneurs de province romains prirent le contrôle de cette ancienne colonie grecque, ils mirent en place une culture trop intensive du silphium, ce qui appauvrit le sol ; finalement il devint impossible de cultiver la variété de silphium dont les vertus médicinales étaient appréciées.

Théophraste rapporte que la variété de férule appelée silphium présentait la particularité de ne pousser qu'à l'état sauvage et qu'il était impossible de la cultiver. Mais Théophraste se contentait de répéter une information reçue d'une source inconnue, donc la fiabilité de cette information est faible. Pline raconte que le dernier exemplaire de silphium fut offert à l'empereur Néron à titre de curiosité[3].

Longtemps après sa disparition, le silphium resta mentionné dans des listes de plantes aromatiques copiées les unes sur les autres. Il fit sa dernière apparition dans Brevis pimentorum que in domo esse debeant, une liste des épices que les cuisiniers carolingiens devaient avoir sous la main, par Vinidarius. Vinidarius a laissé un ouvrage Apici excerpta, une collection de recettes reprises d'Apicius, parvenu jusqu'à nous sous la forme d'un manuscrit oncial du VIIIe siècle[10].

Symbolisme[modifier | modifier le code]

La graine du silphium ressemblait au symbole traditionnel du cœur . D'autre part, le silphium était très largement utilisé comme contraceptif. Pour ces deux raisons, le silphium était souvent associé à l'amour et à la sexualité.

Le silphium est mentionné dans le 7e poème de Catulle, qui est une déclaration d'amour à Lesbia ; l'expression « lasarpiciferis Cyrenis » au 4e vers signifie : « Cyrène où pousse le silphium[11]. »

Le géographe Pausanias, dans sa Description de la Grèce (Périégèse), raconte [12]:

« Les Dioscures, s'étant présentés chez ce Phormion comme des étrangers, lui demandèrent l'hospitalité en disant qu'ils venaient de Cyrène, et ils prièrent qu'on leur donnât la chambre qui leur plaisait le plus lorsqu'ils étaient parmi les hommes. Phormion leur répondit que tout le reste de la maison était à leur disposition, excepté la chambre qu'ils demandaient, parce qu'elle était occupée par sa fille qui n'était pas encore mariée. Le lendemain, la jeune fille avait disparu ainsi que toutes celles qui la servaient, et on trouva dans la chambre les statues des Dioscures et une table sur laquelle il y avait du silphium. »

— Pausanias, Périégèse, livre III, chapitre XVI

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c J.L.Tatman, (October 2000) Silphium, Silver and Strife: A History of Kyrenaika and Its Coinage Celator 14 (10): 6-24
  2. Did the ancient Romans use a natural herb for birth control?, Straight Dope, 13-Oct-2006
  3. a, b, c et d Pline l'Ancien, L'Histoire naturelle, Livre XIX, 15
  4. Arcésilas, assis à gauche et identifié par l'inscription, surveille la pesée du silphium. Cette coupe provenant de Vulci (Étrurie) peut être datée d'environ 560 av. J.-C. ; le personnage est donc vraisemblablement le roi Arcésilas II.
  5. (en) Michael C. Hogan, « Knossos fieldnotes »,‎ 2007 (consulté le 13 février 2009)
  6. Andrew Dalby, Dangerous Tastes: The Story of Spices, University of California Press,‎ 2002 (ISBN 0-520-23674-2), p. 18
  7. Pline l'Ancien, L'Histoire naturelle, Livre XXII, Chapitre 49
  8. (en) Sharma MM, Lal G, Jacob D, « Estrogenic and pregnancy interceptory effects of carrot daucus carota seeds », Indian J Exp Biol,‎ juillet 1976, p. 506-508
  9. Hérodote, Histoires, Livre IV
  10. Histoire naturelle et morale de la nourriture, Maguelonne Toussaint-Samat, 1987, Bordas, ISBN 2-04-016370-0
  11. 7ème poème de Catulle (en latin)
  12. Périégèse, livre III, chapitre XVI