Sigillographie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La sigillographie est l'étude des sceaux (en latin sigillum). Elle est considérée comme une des sciences auxiliaires de l'histoire. Sigillographie a pour synonyme sphragistique, terme utilisé surtout par les germanophones.

Celui qui appose son sceau est appelé sigillant.

Histoire de la sigillographie[modifier | modifier le code]

La sigillographie, autrefois appelée sphragistique est une science ancienne, notamment développée en France dans les études diplomatiques, puis aux Archives nationales par Nathalis de Wailly, Louis Douet d’Arcq, Léon de Laborde. Elle a d'abord été utilitaire puis est aussi devenu une discipline nécessaire aux collectionneurs et aux musées dès le 19e siècle, et notamment de 1830 à 1880, alors que de grandes collections d’empreintes étaient fondées et étudiées. Elle a bénéficié du développement de techniques de plus en plus performantes de moulages.

Après 1830, alors que la collection d'environ 300 matrices de Pierre Revoil entrait au Louvre, le marchand anglais, John Doubleday fut autorisé à faire des moulages de certains sceaux des Archives royales, à condition de fournir un exemplaire de chaque moulage aux archives. Au même moment, le médailleur Alexis-Joseph Depaulis (1792-1867) réunissait des dizaines d'empreintes de sceaux de provenances variées pour les offrir à l’Ecole des Beaux-Arts.

Les archives nationales réunissent en quelques décennies, officiellement à partir des années 1840, une collection de moulages qui reste la plus importante dans le monde, d'abord à partir d'exemplaires français et anglais. Les sceaux deviennent ainsi des références[1] permettant de dater des évènements historiques, l’iconographie religieuse, l’histoire du costume et de la symbolique ou des styles décoratif ou de l'héraldique, de l’épigraphie et de la paléographie avec la difficulté que de nombreux sceaux ont été séparés de leur document originel, pour alimenter le marché naissant des collectionneurs[2]. Un catalogue[3], Inventaires et Documents publiés par ordre de l’Empereur incluant trois volumes relatifs aux « Collections de sceaux », facilite l’accès à ces dernières mais n'est pas illustré. Les sceaux sont classés selon huit types : de majesté, équestre, armorial, personnel aux femmes, ecclésiastique, légendaire, topographique, et arbitraire (ou dit « de fantaisie »). Ces premiers inventaires ne satisfaisant ni les critères ni les besoins de la recherche, Laborde pense à éditer un Atlas des sceaux, cette fois illustré de photographies, compilant des fiches normalisées, mais ce projet ne verra pas le jour. Un inventaire des sceaux de province est lancé par Laborde. Il ne sera pas terminé, mais il a néanmoins permis la publication de l'inventaire des sceaux de la Flandre (en 1873), de l’Artois et de la Picardie (en 1877), de la Normandie (en 1881). Auguste Coulon le reprend en Bourgogne (terminé en 1912). Selon Clément Blanc-Riehl, l'étude sur moulage et la séparation de nombreux sceaux de leur document a cependant – en «décontextualisant» ces objets – fait perdre à la sigillographie une partie de son intérêt historique[4].

Définition et terminologie[modifier | modifier le code]

La sigillographie recense et étudie les sceaux de cire et bulles de métal.

Signet en argent

Le sceau est une empreinte imprimée en relief sur une matière malléable, surtout la cire, par la pression d'un objet en pierre ou en métal. L'outil qui permet d'apposer le sceau est appelé « matrice de sceau » ; il est souvent réalisé en bronze ou en cuivre. Le sceau est utilisé comme marque personnelle d'autorité. Il rend crédible l'écrit. On en distingue différents types

  • Le sceau proprement dit ;
  • La bulle, aux mêmes usages que le sceau mais réalisée dans une matière métallique;
  • Le contre-sceau, empreinte de petites dimensions réalisée à l'avers du sceau ;
  • Le signet, empreinte de petites dimensions avec une seule face ;
  • Le cachet, utilisé à l'époque moderne pour fermer une lettre.

Usage[modifier | modifier le code]

Les sceaux servent à :

  • authentifier les documents - comme les signatures et timbres contemporains ;
  • clore des lettres - comme les scellés contemporains;
  • certifier des lettres - comme encore aujourd'hui les cachets de plis.

La valeur juridique médiévale du sceau est le fondement de la théorie juridique contemporaine de la signature.

Comme seing, ils mentionnent une origine et donnent une garantie. Pour ce faire ils donnent à voir des signes (appelés types) associés à un texte (appelé légende), deux termes issus de la numismatique.

Les sceaux et les bulles d'authentification des actes fournissent l'essentiel des matériaux dont les pourvoyeurs sont les dépôts d'archives et les bibliothèques. La sigillographie est de ce fait même liée à la diplomatique et l'héraldique particulièrement concernée par le sceau comme moyen d'identification, les trois quart du million d'armoiries médiévales étant connues uniquement par des sceaux monochromes.

En France, le titre Garde des Sceaux fut créé par Philippe Auguste au XIIIe siècle et est encore porté de nos jours par le ministre de la Justice.

Technique[modifier | modifier le code]

Fabrication du sceau de cire[modifier | modifier le code]

Le sceau de cire médiéval est obtenu à partir d'une galette ou boule brunâtre de cire naturelle d'abeille, agrémentée dès le XIIe siècle de colorants pour donner des cires marron — ou jaunes —, vertes ou rouges puis, par l'impression d'une matrice de métal — bronze le plus souvent —, gravée en creux et en taille directe par un artisan proche de l'orfèvre.

Formes de sceau[modifier | modifier le code]

Sceau ogival du chapitre de la cathédrale de Moulins

Les formes les plus courantes sont :

  • rondes[5]
  • ogivales, dites alors « en navettes », plus appropriés pour les effigies en pied d'ecclésiastiques ou de femmes[6].

Apposition du sceau[modifier | modifier le code]

Les sceaux peuvent être soit plaqués à même le parchemin de l'acte[7] ou, dès le XIIe siècle, appendus [8]. Les sceaux appendus l'étaient au moyen de :

  • courroies de cuir,
  • simples languettes de parchemin rapportées, passant par une incision (doubles queues), dont une forme particulière est l'attache parisienne,
  • découpées dans la masse du parchemin supportant l'acte (simples queues),
  • fils de matériaux divers (lacs de soies, cordelette de chanvre).

Les sceaux appendus au bas du document présentent deux faces, l'avers qui recueille l'empreinte du sceau, et le revers qui reçoit celui d'un autre sceau, sceau dit biface s'il a même dimension, ou contre-sceau s'il a une dimension inférieure[9],[10].

Les effigies et légendes[modifier | modifier le code]

La légende nominative est souvent en latin[11] et plus rarement en langue vernaculaire[12]. Les effigies sont, elles, typées en fonction du rang social :

  • sceau de majesté, où le roi trône avec les signes de sa souveraineté[13],
  • sceau équestre, de guerre où un seigneur figure à cheval, portant ses armes[14],
  • sceau ecclésiastique, assis ou en pied, montrant le sigillant revêtu des ornements de sa fonction[15],
  • sceau féminin, en pied pour une dame de haut rang parée de ses atours[6],
  • sceau hagiographique, des institutions d'Église[16],
  • sceau monumental, des villes, représentant des monuments[17],
  • sceau héraldique, ou armorié, qui reste le plus répandu dans la société, utilise le codage monochrome des couleurs héraldiques - non utilisé dans le jeu pour des raisons techniques[18].

Significations[modifier | modifier le code]

Signification de la couleur et de l'attache[modifier | modifier le code]

Chrysobulle de l'empereur Charles IV en majesté, 1356

La couleur de la cire et de l'attache était parfois porteuse de sens dans certaines chancelleries. Dans la chancellerie royale française :

  • les sceaux de cire verte, pendants sur lacs de soie rouge et verte, caractérisent les actes à valeur perpétuelle;
  • les sceaux de cire jaune sur simple queue, sont propres aux mandements et aux actes administratifs;
  • les sceaux de cire rouge scellent les lettres closes relevant de la sphère privée.

Dans le domaine privé existe aussi un code couleur :

  • les sceaux de cire verte scellent les lettres de déclaration d'amour audacieuse;
  • les sceaux de cire noire ou grise caractérisent les actes ayant trait au décès ou aux funérailles;
  • les sceaux de cire bleue scellent les lettres d'amour.

Les bulles de métal[modifier | modifier le code]

La bulle de métal est toujours appendue au document et toujours biface. Elle est produite en imprimant une boule de métal au moyen d'une sorte de tenaille. Les métaux sont de nature malléables donc de trois sortes :

Les espèces du sceau[modifier | modifier le code]

Seuls les grands sigillants peuvent avoir concurremment plusieurs sceaux, aux usages différents - comme le roi de France possédant un grand sceau, un sceau du secret, un signet, ... La taille du sceau pouvait varier selon son espèce de moins de deux à plus de dix centimètres de diamètre.

Devenir d'un sceau[modifier | modifier le code]

Le sceau d'une personne physique est par principe unique et doit être détruit à sa mort. Mais souvent, un changement de statut amène les sigillants à se doter d'un nouveau sceau, dont la figure et/ou la légende sont modifiés. Les découvertes archéologiques, ainsi que le fait que de nombreuses matrices de sceaux (outil servant à produire le sceau) soient conservées dans des collections publiques et privées, prouvent que seuls les sceaux-matrices des hautes autorités, des souverains et des princes étaient cassés.

Anecdote[modifier | modifier le code]

La sigillographie fait une apparition inattendue dans l'album de Tintin Le Sceptre d'Ottokar, à travers le personnage du professeur Halambique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • GRISAR, Josef et DE LASALA, Fernando: Aspetti della sigillografia, Roma, 1997.
  • Germain Demay, Le costume au Moyen Âge, d'après les sceaux, éd. D. Dumoulin, Paris, 1880 (En ligne à la BNF)
  • Otto Posse: Kaisersphragistik, Kapitel II (= Die Siegel der deutschen Könige und Kaiser, Band 5) Dresden 1913 auf Wikisource, Inhalt Bd. 5
  • Pastoureau Michel, Les sceaux, Turnhout, Brepols, "Typologie des sources du Moyen Age Occidental", 36, 1981.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Note de L. Douet d’Arcq à F.-A. de Chabrier (Paris, Chan, ABXVIII/1, dossier 2
  2. Mars 2007
  3. Catalogue publié par Louis Douet d’Arcq en 1863, et réédité en 1867 et 1868.
  4. Article de Clément Blanc-Riehl, Chargé d’études documentaires au service des sceaux du Centre historique des Archives nationales, Bulletin de liaison des sociétés savantes n° 12, mars 2007, p 6 à 7
  5. Moulage du sceau de Jean de Vergy, chevalier, sire de Fouvent et sénéchal de Bourgogne (1276)
  6. a et b Moulage du sceau d'Isabelle de Bourgogne, veuve de Rodolphe Ier de Habsbourg, roi des Romains et empereur d'Allemagne (1303)
  7. Sceau plaqué de Louis VI le Gros(1118)
  8. Sceau appendu de Philippe, comte de Boulogne et de Clermont(1226)
  9. Sceau d'Etienne III de Chalon, comte d'Auxonne (1197)
  10. Contre-sceau d'Etienne III de Chalon, comte d'Auxonne (1197)
  11. Sceau d'Eudes de Bourgogne(1187). Légende en latin : SIGILLUM ODONIS FILII DUCIS BURGUNDIE, traduction : sceau d'Eudes, fils du duc de Bourgogne
  12. Sceau de Jean de Vergy, chevalier, sire de Fouvent et sénéchal de Bourgogne (1276). Légende en français :S. JEHAN DE VERGE SENECHAU DE BOURGOINNE
  13. Moulage d'un fragment du sceau de Charles Ier d'Anjou, roi de Jérusalem et de Sicile (1282)
  14. Moulage du sceau d'Eudes de Bourgogne(1187)
  15. Moulage d'un fragment du sceau de Guy II de Genève, évêque de Langres (1267)
  16. Sceau de l'abbaye de Saint-Martin de Pontoise (1177)
  17. Sceau de la ville de Cappy, (1228)
  18. Moulage du contre-sceau d'Hugues II de Bouville, seigneur de Milly-en-Gâtinais, chambrier du roi, chevalier (1299)