Sigeberht d'Est-Anglie

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Sigeberht
Titre
Roi d'Est-Anglie
v. 629632 × 634
Prédécesseur Ricberht
Successeur Ecgric
Biographie
Date de décès 635 × 641

Sigebert ou Sigeberht est roi d'Est-Anglie au début des années 630. Il marque son règne par son zèle à établir une Église chrétienne dans le royaume.

Selon les sources, il est le fils ou le beau-fils de Rædwald. Son nom suggère un lien avec le royaume d'Essex.

Exilé en Francie par Earpwald, il y reçoit le baptême et une éducation chrétienne, puis monte sur le trône d'Est-Anglie après un interrègne de deux ans. Dès son avènement, il demande à Félix de Burgondie d'évangéliser son royaume. Il institue des écoles pour enseigner et écrire le latin, sur le modèle de celles qu'il a connue dans les royaumes francs.

Vers 632 ou 634, il abdique en faveur d'Ecgric et se retire dans un monastère. Vers la fin des années 630, l'Est-Anglie est attaquée par les armées de Penda, roi païen de Mercie. Sigeberht quitte son monastère pour diriger la défense, mais est tué dans la bataille.

Sigeberht est un saint des églises chrétiennes, fêté le 29 octobre.

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Manuscrit de l'Historia Ecclesiastica de Bède le Vénérable (folio 3v), VIIIe siècle, bibliothèque nationale de Russie, Saint-Pétersbourg.

Les premières années de Sigeberht ne sont pas documentées jusqu'à son départ d'Est-Anglie vers la Francie ; Bède le Vénérable fournit toutefois dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais un certain nombre d'informations mais qui ne sont écrites qu'un siècle après, en 731. D'après Bède, Sigebert est le frère d'Earpwald[1] et le fils de Rædwald qui règne sur l'Est-Anglie de 599 (environ) à 624. En revanche, le chroniqueur médiéval Guillaume de Malmesbury l'identifie non pas comme son fils mais comme son beau-fils[2]. Cette proposition semble d'ailleurs assez crédible, dans la mesure où le nom Sigeberht n'a que peu à voir avec ceux de la dynastie des Wuffingas est-angliens, mais s'approche beaucoup des noms attribués dans la maison royale d'Essex. Si cette hypothèse est juste (et l'historien Charles Cawley invite à la traiter avec la plus grande prudence[3]), la femme de Rædwald aurait alors été mariée précédemment à un souverain d'Essex. Rædwald a pour premier héritier son fils Rægenhere (qui meurt au combat en 616[4]) et son second fils est Earpwald, tué par le païen Ricberht vers 627[5],[N 1]. Rien n'indique par ailleurs que Ricberht soit lui-même un fils de Rædwald, ni qu'il soit jamais roi.

Rædwald se convertit au christianisme : on sait qu'il est baptisé avant l'an 616, et qu'un autel chrétien est présent dans son temple ; son fils Earpwald en revanche n'est pas converti lorsqu'il lui succède vers 624[6]. Dans la mesure où la femme de Rædwald n'est pas non plus chrétienne, il est permis de supposer que son fils Sigeberht n'est pas particulièrement poussé à se convertir au christianisme avant son départ d'Angleterre pour la Francie. Il y reste en exil durant tout le règne d'Earpwald, « fuyant la haine de Raedwald » d'après Bède[7]. Son exil vient confirmer la théorie du beau-fils, car Rædwald a pu vouloir protéger la succession d'Earpwald contre un prétendant au trône qui n'appartiendrait pas à la lignée des Wuffingas[8].

Au cours de son exil gaulois, Sigeberht se convertit et reçoit le baptême. Il devient un homme pieux et cultivé. Il découvre des institutions et des écoles religieuses qui enseignent la lecture et l'écriture, ce qui lui laisse une forte impression[9].

L'accès au trône d'Est-Anglie[modifier | modifier le code]

Carte du royaume d'Est-Anglie au début de la période de domination saxonne

Suite l'assassinat d'Earpwald suivi par un bref interrègne, Sigeberht rentre de Francie pour devenir souverain des Esy-Angliens. Il est probable que son accession au trône se fasse par la voie des armes, parce qu'il conserve par la suite la réputation d'être un grand commandant militaire. Au cours de son règne, une partie du royaume est gouvernée par Ecgric, un proche qualifié de kinsman (cognatus en latin[N 2]. Cela peut signifier qu'Ecgric serait l'un des fils de Raedwald. L'historien Steven Plunkett estime toutefois qu'Ecgric et Æthelric ne seraient qu'une seule et même personne, Æthelric étant identifié dans la généalogie est-anglienne comme le fils d'Eni, frère de Raedwald (indication du recueil 'Genealogiae regum Anglorum)[10]. Quoi qu'il en soit, Sigeberht exerce un pouvoir au moins aussi grand qu'Ecgric lorsqu'il est sur le trône, car l'influence de son orientation religieuse se fait ressentir sur l'ensemble du royaume.

Il est possible que cette conversion au christianisme joue elle-même un rôle décisif dans l'accession et le maintien au pouvoir de Sigeberht, car à l'époque les rois Eadbald de Kent et le puissant Edwin de Northumbrie sont tous deux également chrétiens. L'émergence de Sigeberht constitue un soutien précieux dans le processus de conversion de l'Angleterre, processus sur lequel Edwin assied largement sa légitimité[11].

Fondation de l'épiscopat est-anglien[modifier | modifier le code]

D'après Bède, l'évêque et futur saint Félix de Burgondie est chargé par saint Honorius, archevêque de Cantorbéry, de contribuer à l'établissement du christianisme dans le royaume de Sigeberht[12]. Guillaume de Malmesbury raconte pour sa part que Félix vient de Bourgogne en même temps que Sigeberht rentre d'exil. Dans un cas comme dans l'autre, cela fixe la date de l'accession au trône vers 629 - 630, car Félix est évêque pendant dix-sept ans, son successeur Thomas pendant cinq ans, puis Brigilsus encore dix-sept ans ; or Brigilsus meurt vers 669[13]. Sigeberht installe le siège de l'évêque de son royaume à Dommoc[1], ce qui doit correspondre aujourd'hui à la ville de Dunwich, ou peut-être à Walton ou à Felixstowe (deux villes côtières du Suffolk)[14].

Consolidation du christianisme[modifier | modifier le code]

Saint Fursy et un moine, illustration du XIVe siècle.

Sigeberht s'assure de l'avenir de l'Église dans son royaume en établissant une école où des garçons reçoivent un enseignement de lecture et d'écriture latine, à l'image de ce qu'il avait observé en Francie[12]. Félix lui fournit de l'aide en recrutant des professeurs du même type que ceux qui enseignent alors dans le Kent[15].

L'allégeance qui lie Félix à Cantorbéry influence l'orientation clairement romaine et continentale de cette nouvelle Église est-anglienne[16], même si Félix a pu être lui-même influencé par le missionnaire irlandais saint Colomban lorsque celui-ci enseignait à Luxeuil en Bourgogne, la patrie de Félix[17].

Vers 633, le missionnaire et ermite royal Fursy arrive en Est-Anglie avec ses prêtres et ses moines, et Sigeberht l'installe dans un monastère situé à l'emplacement d'une ancienne place forte romaine du nom de Cnobheresburg[18], qui doit correspondre aujourd'hui au village de Burgh Castle près de Great Yarmouth. Félix et Fursy effectuent de nombreuses conversions et font construire nombre d'églises à travers le royaume. Bède signale que l'archevêque Honorius ainsi que l'évêque Félix sont admiratifs de l’œuvre de saint Aidan de Lindisfarne[19] ; il est donc probable qu'ils apprécient tout autant le travail accompli par saint Fursy dont la communauté mène une vie conforme aux principes ascétiques du christianisme celtique[20].

Abdication et martyre[modifier | modifier le code]

Sigeberht finit par abdiquer pour transmettre le pouvoir à Ecgric et se retirer dans un monastère qu'il avait fait construire à cet effet. L'emplacement de ce monastère n'est pas connu car Bède n'en dit rien, mais des sources ultérieures parlent de Beodricesworth qui deviendra la ville de Bury St Edmunds[21]. C'est un site stratégique qui domine la vallée du Lark et offre un accès aisé vers la ville d'Ely où un monastère établi par saint Augustin de Cantorbéry est peut-être déjà en place, et vers Soham où saint Félix a sans doute fondé un autre monastère[22].

Mais l'Est-Anglie est attaquée par l'armée mercienne, sans doute au début des années 640[23], et Ecgric dispose d'une force armée inférieure à celle des assaillants. Il est fait appel à Sigeberht pour qu'il quitte son monastère et vienne mener la défense est-anglienne, dans l'espoir que sa présence et son aura de grand chef militaire puissent galvaniser les troupes. Sigeberht refuse de sortir de sa retraite, mais il est contraint par la force de quitter son monastère et de se rendre sur le champ de bataille. Il refuse malgré tout de porter les armes, et ne dispose dans la bataille que d'un bâton ; il meurt ainsi au combat, tout comme Ecgric et une grande partie de l'armée est-anglienne qui est largement défaite. Sigeberht accède ainsi au statut de martyr[7]. Une phrase passée à la postérité témoigne qu'il fait partie des rois dont la mort sera vengée par celle de Penda de Mercie en 654[24],[N 3].

L'Église d'Est-Anglie établie par Sigeberht survit pendant deux siècles, y compris en des temps difficiles, comme lorsque le royaume est attaqué par les troupes de Penda. Elle est dirigée sans interruption par des évêques successifs jusqu'à l'invasion de l'Est-Anglie par la Grande Armée Païenne des Vikings, dans les années 860[25].

Sigeberht est considéré comme un saint chrétien, dont la fête est célébrée le 29 octobre.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir Bède le Vénérable : « Uerum Eorpuald non multo, postquam fidem accepit, tempore occisus est a uiro gentili nomine Ricbercto ».
  2. Voir Bède le Vénérable III, 18 : « Tantumque rex ille caelestis regni amator factus est, ut ad ultimum, relictis regni negotiis, et cognato suo Ecgrice commendatis, qui et antea partem eiusdem regni tenebat. »
  3. « Thus came about the saying, that the slaying of Anna, of Sigeberht and Ecgric, and of Oswald and Eadwine, in Winwed amne vindicata est. » Voir Plunkett 2005, p.115.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bède le Vénérable 1999, II, 15.
  2. (en) « Chronicle of the Kings of England »
  3. (en) « RICHBERT 627-630, SIGEBERT 630-, ECGRIC -635 »
  4. Plunkett 2005, p. 72.
  5. Plunkett 2005, p. 99.
  6. Plunkett 2005, p. 97.
  7. a et b Bède le Vénérable 1999, III, 18.
  8. Yorke 2002, p. 68.
  9. Plunkett 2005, p. 100-101.
  10. Plunkett 2005, p. 100.
  11. Plunkett 2005, p. 99-100.
  12. a et b Warner 1996, p. 109.
  13. Kirby 2000, p. 66.
  14. Haslam 1992, p. 41.
  15. Stenton 1971, p. 116.
  16. Stenton 1971, p. 117.
  17. Yorke 2002, p. 65.
  18. Warner 1996, p. 111-112.
  19. Bède le Vénérable 1999, III, 25.
  20. Plunkett 2005, p. 105.
  21. Plunkett 2005, p. 106.
  22. Plunkett 2005, p. 73, 102.
  23. Yorke 2002, p. 62.
  24. Huntingdon 1996, p. 121.
  25. Stenton 1971, p. 117, 248.


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Bède le Vénérable (trad. Judith McClure et Roger Collins), Ecclesiastical History of the English People, Oxford University Press,‎ 1999 (ISBN 0-19-283866-0).
  • (en) Jeremy Haslam, « Dommoc and Dunwich: A Reappraisal », Anglo-Saxon Studies in Archaeology and History, vol. 5, no 41,‎ 1992 (lire en ligne).
  • (en) Henri de Huntingdon (trad. Diana E. Greenway), Historia Anglorum : the history of the English people, Oxford University Press,‎ 1996 (ISBN 0-19-822224-6).
  • (en) D. P. Kirby, The Earliest English Kings, Routledge,‎ 2000 (ISBN 0-415-24211-8).
  • (en) S. J. Plunkett, Suffolk in Anglo-Saxon Times, Tempus,‎ 2005 (ISBN 0-7524-3139-0).
  • (en) Frank Stenton, Anglo-Saxon England, Clarendon Press,‎ 1971 (ISBN 0-19-821716-1).
  • (en) Peter Warner, The origins of Suffolk, Manchester University Press,‎ 1996 (ISBN 0-7190-3817-0).
  • (en) Barbara Yorke, Kings and Kingdoms of Early Anglo-Saxon English, Routledge,‎ 2002 (ISBN 0-415-16639-X).

Lien externe[modifier | modifier le code]