Sigeberht II le Bon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Sigebert.

Sigeberht II, surnommé « le Bon » (Bonus) ou « le Béni » (Sanctus)[1], est roi d'Essex dans la seconde moitié du VIIe siècle (v. 653 – 660 x 661 ?). Il n'est quasiment connu que grâce à l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable (Livre III, chapitre 22).

Le règne de Sigeberht est marqué une campagne systématique de reconversion des Saxons de l'Est dirigée par Cedd : l'Essex avait commencé à être évangélisé dans les années 600 par Mellitus, le premier évêque de Londres, mais le royaume était retombé dans le paganisme après la mort du roi Sæberth.

Famille[modifier | modifier le code]

Bède indique simplement que Sigeberht est apparenté à son prédécesseur, également appelé Sigeberht et surnommé Parvus, « le Petit ». D'autres sources existent : des généalogies des rois Offa, Swithred et Sigered dans un manuscrit du Wessex du IXe siècle ; la Gesta regum de Guillaume de Malmesbury et le Chronicon ex Chronicis de Jean de Worcester, ces deux derniers datant d'après la conquête normande de l'Angleterre. Toutefois, ces sources se contredisent et sont parfois confuses. Barbara Yorke propose que Sigeberht soit le fils de Sæweard et le père de Sighere[2].

Règne[modifier | modifier le code]

La chapelle de St. Peter-on-the-Wall à Bradwell-on-Sea.

Sigeberht trouve au nord un puissant « ami » (amicus) et allié en la personne d'Oswiu de Bernicie, qui règne de 642 à 670. Bède affirme que Sigeberht se rend fréquemment à la cour de Bernicie, et l'influence d'Oswiu sur les décisions de Sigeberht suggère que le roi bernicien est beaucoup plus puissant que son homologue[3]. Pour Oswiu, cette alliance permet peut-être une résistance plus efficace contre le roi Penda de Mercie, comme le laisse à penser son alliance avec le fils de Penda, Peada, roi des Angles du Milieu[4].

Le portrait que dresse Bède du roi tient essentiellement à son intérêt pour la conversion des Saxons de l'Est. Oswiu presse Sigeberht, païen au moment de son avènement, d'abjurer ses croyances et d'embrasser le christianisme. Comme Peada, lui et ses fidèles sont baptisés par l'évêque Finan à Ad Murum, une propriété d'Oswiu située probablement à proximité du mur d'Hadrien (peut-être l'actuelle Wallbottle), à une vingtaine de kilomètres de la côte orientale de la Grande-Bretagne. La cérémonie s'est peut-être déroulée en 653 ou 654, avant l'offensive de Penda[3].

À la demande de Sigeberht, Oswiu envoie des missionnaires évangéliser les Saxons de l'Est. La mission est dirigée par Cedd, récemment rappelé de son œuvre de conversion auprès des Angles du Milieu, et trois compagnons prêtres. Leurs efforts sont si fructueux que lorsque Cedd se rend auprès de Finan à Lindisfarne, il est sacré « évêque d'Essex ». Cedd fonde des communautés à Tilaburg (probablement East Tilbury) et Ithancester (très vraisemblablement Bradwell-on-Sea). Ces activités accroissent l'autorité de l'église de Lindisfarne vers le sud[5], ce qu'il faut peut-être considérer comme « une sorte de colonisation opportuniste de la région par la Bernicie[3] ».

Assassinat[modifier | modifier le code]

Bède décrit comment Sigeberht devint un roi pieux, enclin au pardon chrétien, mais sa nouvelle attitude lui vaut bientôt d'être assassiné par deux de ses propres parents (propinqui), deux frères dont on ignore les noms et qui reprochent au roi d'être « trop prompt à pardonner à ses ennemis ». L'évêque Cedd a excommunié l'un des deux frères pour mariage illégal et a interdit à quiconque de manger avec lui ou d'entrer dans sa demeure. Toutefois, Sigeberht néglige l'ordre de l'évêque et accepte une invitation des frères à bénéficier de leur hospitalité. Lorsqu'il rencontre Cedd sur la route, il s'étend à ses pieds et demande son pardon, mais Cedd prophétise que le roi paiera sa désobéissance en mourant dans cette maison. Bède conclut en déclarant que « la mort de ce pieux roi fut telle qu'elle racheta non seulement sa faute, mais accrut encore son mérite ; car elle fut le fruit de sa piété et de son observation des préceptes du Christ ».

Quel que soit le message moral qu'ait cherché à faire passer Bède, les circonstances politiques laissent entendre un scénario quelque peu différent. Après qu'Oswiu ait été chassé de Mercie, l'emprise bernicienne sur les affaires de l'Essex semble s'être relâchée, si bien que lorsque Swithhelm, le successeur de Sigeberht, cherche un parrain pour son baptême, il se tourne vers le roi d'Est-Anglie Æthelwald. L'assassinat de Sigeberht pourrait ainsi s'expliquer par un basculement de loyauté ou d'affiliation politique de la part de la classe dirigeante de l'Essex[6]. Barbara Yorke va jusqu'à suggérer que Swithhelm était plus ou moins impliqué dans le meurtre, et que les deux frères décrits par Bède sont en fait son frère Swithfrith et lui-même[7],[8].

La date du décès de Sigeberht reste inconnue, mais se situe nécessairement avant 664, date de la mort de Switthelm[9].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Yorke, « The Kingdom of the East Saxons », p. 9
  2. Yorke, « The Kingdom of the East Saxons », p. 18.
  3. a, b et c Higham, Convert Kings. p. 234
  4. Yorke, Kings and Kingdoms of Early Anglo-Saxon England, p. 159.
  5. Kirby, The Earliest English Kings, p. 80.
  6. Higham, Convert Kings, p. 249.
  7. Yorke, Kings and Kingdoms of Early Anglo-Saxon England, p. 48.
  8. Yorke, « The Kingdom of the East Saxons », p. 32.
  9. Kirby, The Earliest English Kings, p. 83.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • N. J. Higham, The Convert Kings : Power and Religious Affiliation in Early Anglo-Saxon England, Manchester, 1997
  • D. P. Kirby, The Earliest English Kings, Londres, 1991
  • Barbara Yorke, « The Kingdom of the East Saxons », Anglo-Saxon England n° 14, 1985, p. 1-36
  • Barbara Yorke, Kings and Kingdoms of Early Anglo-Saxon England, Londres, 1990
  • « Sigeberht 5 (Male)», Prosopography of Anglo-Saxon England (consulté le 30 septembre 2009)