Mohamed Sifaoui

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Sifaoui)
Aller à : navigation, rechercher

Mohamed Sifaoui (né le 4 juillet 1967[1]) est un journaliste, écrivain et réalisateur franco-algérien installé en France.

Ses reportages concernent principalement des infiltrations dans des milieux dangereux, décrits comme fondamentalistes ou mafieux. Lauréat de plusieurs prix journalistiques, ses enquêtes et ses déclarations lui valent des controverses avec certains auteurs ou journalistes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant de quitter l'Algérie pour s'installer en France en 1999, Mohamed Sifaoui était le correspondant du journal Jeune Afrique[2].

Mohamed Sifaoui a réalisé plusieurs enquêtes et reportages dont certains publiés dans la presse (notamment dans l'hebdomadaire Marianne) et à la télévision ou sous la forme d'ouvrages. Il a également témoigné pour Charlie Hebdo lors du procès intenté au journal satirique par des associations musulmanes à l'issue de l'affaire des caricatures de Mahomet. Il a soutenu Robert Redeker[3].

En 2003, il remporte le Grand Prix Jean-Louis Calderon, dans la catégorie Vidéo du 17e Festival international du scoop et du journalisme « J'ai infiltré un réseau terroriste »[4].

Il est également l'auteur, avec Philippe Bercovici de deux Bandes dessinées [5] et a participé au scénario du film La Désintégration, réalisé par Philippe Faucon et sorti en salle le 15 février 2012[6].

Controverses[modifier | modifier le code]

Positionnement politique[modifier | modifier le code]

Lui-même se présente comme un opposant au régime algérien qui a dû fuir son pays, mais un certain nombre d'observateurs le contestent sur ce point. Il est soutenu notamment par le rapport de l'année 2000 de l'association Reporters sans frontières (RSF) qui écrit: « Mohamed Sifaoui, a subi un véritable harcèlement et reçu des menaces de la part des militaires pour avoir tenté d'enquêter sur certains assassinats et sur la question des « disparus ». Craignant pour sa vie, il a dû s'exiler, fin 1999 »[7].

En revanche, le journaliste Alain Gresh, du Monde diplomatique, écrit à propos d'un film documentaire réalisé par Antoine Vitkine : « On ne saura rien, bien évidemment, sur les relations qu’entretient le dénommé Sifaoui avec les généraux algériens, ni de son témoignage en faveur du général Khaled Nezzar dans un procès à Paris en juillet 2002 contre un ancien officier algérien Souaïdia, auteur d’un livre sur La sale guerre (La Découverte), qui met en cause l’armée algérienne dans nombre d’exactions commises durant la décennie 1990. »[8]. Selon certaines sources, à son arrivée en France, Sifaoui serait immédiatement devenu l’ami de certains haut-gradés algériens, au point de venir soutenir le général Khaled Nezzar lors d’un procès qui s’est tenu à Paris en 2002 qui opposa Nezzar à Habib Souaïdia[9],[10].

L'origine de cette polémique se situe dans le conflit juridique engagé entre Mohamed Sifaoui et les éditions La Découverte, à propos d'un livre intitulé La sale guerre[11]. Deux versions s'opposent sur cette affaire: celle de Mohamed Sifaoui, soutenue par Caroline Fourest, qui écrit que Sifaoui est victime d'une « rumeur lancée par des journalistes français et les services secrets algériens contre Mohamed Sifaoui pour le discréditer »[12] et celle des contradicteurs de Sifaoui, qui questionnent sa proximité avec le général algérien Khaled Nezzar[9],[13]; sur ce sujet, H. Souaïdia, dans une réponse à C. Fourest[14] indique que, très peu de temps après avoir obtenu le statut de réfugié politique en France, « Mohamed Sifaoui a participé à deux reprises à deux longues émissions de l’ENTV, l’unique chaîne de télévision algérienne (le 14 avril 2001 et le 17 juin 2002) […] » et qu'il est légitime de s'interroger sur « les étonnantes coïncidences entre les analyses de ce journaliste très médiatisé en France [Mohamed Sifaoui] et la désinformation organisée par le régime algérien ». Mohamed Sifaoui a également publié en Algérie, aux éditions Chihab, « Histoire d’une imposture »[9]qui est différent de la version initiale de « La Sale Guerre » à laquelle il avait participé. Dans son livre La Mafia des généraux[15], Hichem Aboud, ancien militaire algérien devenu écrivain, soutient qu'il existe une proximité entre Mohamed Sifaoui et les généraux algériens[16]. Cependant, H. Aboud a été lui aussi, tout comme Mohamed Sifaoui, soupçonné de connivence avec les services de renseignement[17].

En 2011, il publie un pamphlet contre le président algérien Abdelaziz Bouteflika intitulé Bouteflika, ses parrains et ses larbins[18] et, en 2012, il s'attaque aux services spéciaux algériens dans un autre ouvrage intitulé L’État DRS, Histoire secrète de l'Algérie indépendante[19].

Prises de positions de l'auteur[modifier | modifier le code]

Mohamed Sifaoui affirme avoir été victime d'islamistes, qui l'auraient agressé dans la rue le vendredi 13 juin 2008, alors que sa protection policière lui a été retirée quelques mois plus tôt[20] et un appel avait été lancé dans le journal Le Monde le 13 août 2008 par plusieurs personnalités en faveur de « Sifaoui, musulman laïc et démocrate ». La journaliste Justine Brabant relativise dans un article de la revue électronique « @rrêt sur images », l'importance de la protection policière dont bénéficiait Sifaoui avant cet incident, et insiste sur le caractère controversé de Sifaoui et de ses méthodes journalistiques[21].

Mohamed Sifaoui a reproduit sur son blog les films controversés « Fitna », du député nationaliste néerlandais Geert Wilders, et « Obsession »[22]. Le film « Obsession » en particulier a été présenté par Mohamed Sifaoui sur son blog d'abord avec la mention : « Obsession, un film à voir et à revoir »[23], mention qui a été retirée par la suite[24]. Il a également fait la promotion de l'Institut de recherche des médias du Moyen-Orient (MEMRI)[réf. souhaitée]. Réciproquement, le MEMRI a publiquement pris la défense de Mohamed Sifaoui[25].

Dans un entretien accordé en 2008 au Middle East Quarterly (en), il estime que près de 20 % des « musulmans de la planète doivent être totalement rééduqués mais aussi combattus politiquement, idéologiquement et militairement ». L'islamisme serait selon lui comparable au fascisme et au nazisme[26]. Il est fermement opposé au régime iranien[26].

En 2009, dans son blog, M. Sifaoui prend violemment à partie Riposte laïque[27], ce qui provoque une controverse, prolongée en 2010[28],[29],[30].

En 2010, Mohamed Sifaoui dans un pamphlet intitulé Éric Zemmour, une supercherie française met en cause Éric Zemmour, Bat Ye'or (dont la théorie d'Eurabia est qualifiée de « divagations […] conspirationnistes » et est comparée aux Protocoles des Sages de Sion et à La France juive[31]), Geert Wilders et Daniel Pipes.

Critiques d'opposants à Sifaoui[modifier | modifier le code]

Le 2 décembre 2004, France 2 diffusait un documentaire spécial sur Tariq Ramadan réalisé par Mohamed Sifaoui. Le reportage était présenté sous la forme d'une excursion au centre du réseau islamiste français[32], dans lequel T. Ramadan sera l'objet d'un montage qualifié de « fabrication »[32].

Son investigation J'ai infiltré le milieu asiatique a créé une polémique avec les communautés asiatiques de France et accessoirement avec Alexandre Lebrun[33], principal protagoniste du film. Dans un reportage diffusé sur Phoenix TV[34], Alexandre Lebrun présente les mêmes armes que celles vues dans le reportage et précise que ce sont des armes factices de cinéma. Les propos tenus par Mohamed Sifaoui dans ce reportage ainsi que dans une interview donnée à RMC[35] ont également fait réagir une soixantaine d'associations asiatiques françaises qui exigent des excuses publiques de TF1 et de Sifaoui[36].

Charles Villeneuve, qui a diffusé le film dans son ancienne émission Droit de Savoir soutient Sifaoui[37]. TF1 a annoncé la rediffusion du film sur son site web[38] en changeant le titre en « Un an au cœur de la communauté asiatique» mais a diffusé ce jour-là une enquête consacrée au marché du travail[39]. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel a rappelé TF1 à sa convention qui stipule de ne pas encourager, notamment, « les comportements discriminatoires et [..] à promouvoir les valeurs de l'intégration[..] »[40],[41].

Affaire Estelle Mouzin[modifier | modifier le code]

En janvier 2008, Mohamed Sifaoui intervient dans l'affaire Estelle Mouzin pour donner une information sur le possible lieu où la jeune fille aurait été enterrée. Il explique avoir entendu parler de la découverte d’un corps d’enfant par des ouvriers lors des travaux de transformation d’un entrepôt de Brie-Comte-Robert en restaurant[42]. Dix personnes sont ensuite mises en garde à vue et sont rapidement relâchées après démolition du sol du restaurant (ancien entrepôt industriel devenu à la fin de l'été 2007 un restaurant chinois) à la pelleteuse qui n'a révélé que des ossements d'animaux et pas de cadavre humain[43],[44].

Mohamed Sifaoui se voit reprocher dans la presse d'avoir voulu faire un scoop[45] et de poursuivre dans cette affaire le conflit qui l'oppose à Alexandre Lebrun[46].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Notice BnF no FRBNF14427908r, catalogue Bn-Opale Plus, Bibliothèque nationale de France, 11 janvier 2007
  2. Un an de présidence d'Abdelaziz Bouteflika :une presse sous haute surveillance, Algeria Watch, 12 avril 2000.
  3. Jean-Jacques Rouch, Redeker : « Merci aux Voltaire d'aujourd'hui », La Dépêche, 15 novembre 2006.
  4. « Récompense. », sur libération.fr,‎ 1er décembre 2003 (consulté le 11 décembre 2009)
  5. Bio de Mohamed Sifaoui, 12bis
  6. (en) La désintégration sur l’Internet Movie Database.
  7. [1], Communiqué de presse de reporters sans frontières du 12 avril 2000.
  8. Alain Gresh, « Après avoir infiltré Al-Qaida, Sifaoui infiltre Arte ».
  9. a, b et c Souleymane Al Arabi, « Les croisades de Sifaoui », Bakchich info, 15 novembre 2006.
  10. Fatiha Kaoues, Une énième polémique à propos d'un reportage de Mohamed Sifaoui : l'infiltreur infiltré ?, 10 décembre 2007.
  11. Nadjia Bouzeghrane, La salle guerre/ Gèze perd son procès, El Watan, 20 octobre 2001.
  12. Caroline Fourest, À propos de Mohamed Sifaoui et du général Nezzar, sur le site Pro-Choix, 28 août 2007.
  13. Rachid Mokhtari, « La Sale Guerre: Sifaoui relance la polémique », Le Matin, 11 juin 2002, repris dans Algeria Watch.
  14. H. Souaïdia, Réponse de Habib Souaïdia à Caroline Fourest à propos de Mohamed Sifaoui, [2].
  15. Hichem Aboud, La Mafia des généraux, Paris, éd. J.-C. Lattès,‎ 20 février 2002, 257 p. (ISBN 978-2-7096-2337-7, LCCN 2002424081)
    http://web.archive.org/web/20021208155106/http://www.agirpourlalgerie.com/sifaoui.htm Mohamed SIFAOUI est-il un agent des services secrets algériens ?, extrait sur son site Web agirpourlalgerie.com, version archivée au 8 décembre 2002.
  16. H. Aboud, « Mohamed Sifaoui est-il un agent des services secrets algériens ».
  17. Le matin dz, « Le radotage hypocrite de Hicham Aboud ».
  18. Mohamed Sifaoui, Bouteflika, ses parrains et ses larbins, Encre d'Orient, 2011-05-26, ISBN 978-2362430244
  19. Mohamed Sifaoui, Histoire secrète de l'Algérie indépendante - l'État-DRS, Nouveau Monde, 2012-01-19, ISBN 978-2-84736-642-6
  20. Communiqué Association WLUML
  21. Justine Brabant, « Mohamed Sifaoui, journaliste menacé… et controversé », @rrêt sur images, 25/08/2008.
  22. Ali Gharib et Eli Clifton, Neocons, Ex-Israeli Diplomats Push Islamophobic Video, Washington Report on Middle East Affairs, [3]
  23. une requête sur l'Internet Web archive.
  24. Voir : [4].
  25. Articles du MEMRI sur Mohamed Sifaoui: [5], [6], [7] articles de Mohamed Sifaoui repris par le MEMRI: [8], [9]
  26. a et b [10]
  27. M. Sifaoui, Pourquoi faut-il se méfier du discours de « Riposte laïque » ?, mardi 1er septembre 2009
  28. Les islamistes n’existent pas : il n’y a que des musulmans, Jean Robin, Riposte laïque, 29 septembre 2009
  29. À propos de l’incroyable haine que Riposte Laïque suscite chez Mohamed Sifaoui et d’autres…, Christine Tasin, Riposte laïque, 18 janvier 2010
  30. Le « coming out » anti-israélien de Mohamed Sifaoui, Paul Landau, Riposte laïque, 4 juin 2010
  31. Mohamed Sifaoui, Éric Zemmour, une supercherie française, éd. Armand Colin, 2010-09-01, ISBN 978-2200255596, chapitre 14 Zemmour, « idiot utile » des extrêmes-droites et des « eurabiens » ?, pp. 177-194
  32. a et b S. Hassane, Mainstream media vs ethnic minority media: integration in crisis in Rainer Geißler, Horst Pöttker Eds. Media, Migration, Integration, European and North American Perspectives, [transcript], Media Upheavals 33, 2009, p. 127, (ISBN 973-3-8376-1032-1)[à vérifier : La somme de contrôle devrait être 6 et non 1, demandé le 16 septembre 2014]. Consultable sur Google Scholar à l'adresse [11].
  33. Article de Libération.
  34. [12] (Phoenix TV (en) est une chaîne hongkongaise indépendante du pouvoir de Pékin
  35. Les Grandes Gueules, sur RMC, 29 novembre 2007 (podcast de l'émission).
  36. Le reportage de Mohamed Sifaoui pour le Droit de Savoir tourne à la farce, sur le site TVDZ, 8 décembre 2007.
  37. Charles Villeneuve répond aux marchands de la rumeur. - Le blog de Mohamed Sifaoui
  38. Copie d'écran du programme de TF1.
  39. Le droit de savoir : enquête sur le marché du travail le 18/12
  40. http://tvdz.com/Docs_TVDZ/CSA20080408.pdf .
  41. Site du CSA.
  42. http://www.francesoir.fr/faits-divers/2008/02/02/estelle-mouzin-les-fouilles-sont-terminees-la-piste-abandonnee.html
  43. Disparition d'Estelle Mouzin : les enquêteurs sur une fausse piste à Brie-Comte-Robert, Le Monde, 1er février 2008.
  44. Affaire Mouzin : les suspects relâchés, Le Figaro, 1er février 2008.
  45. Mohamed Sifaoui, l'étrange informateur France-Soir, 2 février 2008.
  46. Estelle Mouzin - l'enquête à nouveau au point mort Le Figaro, 2 février 2008.

Liens externes[modifier | modifier le code]