Siège de Plevna

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Siège de Plevna
Combats du 27 août 1877, Nikolai Dmitriev-Orenburgsky, 1883
Combats du 27 août 1877, Nikolai Dmitriev-Orenburgsky, 1883
Informations générales
Date 20 juillet - 10 décembre 1877
Lieu Plevna, Empire ottoman
Aujourd'hui Pleven, Bulgarie
Issue Victoire Russo-roumaine
Belligérants
Romanov Flag.svg  Empire russe
Roumanie Roumanie
Drapeau de Bulgarie Volontaires bulgares (Bulgarie)
Empire ottoman Empire ottoman
Commandants
Drapeau : Roumanie Prince Charles Ier de Roumanie
Romanov Flag.svg Nicolas de Russie
Drapeau de l'empire ottoman Osman Pacha
Forces en présence
150 000 hommes 40 000 hommes
Pertes
40 000 tués ou blessés 10 000 tués ou blessés 40 000 captifs
Guerre russo-turque de 1877-1878
Batailles
Kizil Tepe — Zimnicea — Sistova — Nikopol — 1re col de la Chipka — 2e col de la Chipka — Lovča — 3e col de la Chipka — Gorni Dubnik — Kars — Plevna — Tashkessen — 4e col de la Chipka — Philippopolis
Coordonnées 43° 25′ N 24° 37′ E / 43.41666667, 24.61666667 ()43° 25′ Nord 24° 37′ Est / 43.41666667, 24.61666667 ()  

Géolocalisation sur la carte : Bulgarie

(Voir situation sur carte : Bulgarie)
 Différences entre dessin et blasonnement : Siège de Plevna.

Le siège ou la bataille de Plevna (aujourd'hui Pleven en Bulgarie) est un épisode resté fameux de la guerre russo-turque de 1877-1878, lors du règlement de la Question d'Orient.

Les forces militaires russo-roumaines obligèrent le général ottoman Osman Pacha (1837-1900) à se retrancher à Plevna, à la fortifier et à creuser des tranchées pour tenir un long siège qui allait durer cinq mois, du 19 juillet au .

Le pouvoir militaire ottoman de la Sublime Porte fut forcé de construire des ouvrages de défense à Constantinople, et à Andrinople qui deviendra elle aussi le théâtre d'une bataille, menant au traité de San Stefano de 1878.

La résistance turque fut particulièrement brave, néanmoins Osman Pacha dut capituler.

NB : Les dates sont celles du calendrier julien.

La promotion de Saint-Cyr 1876-1878 porte le nom de « promotion Plewna ».

Les préambules[modifier | modifier le code]

Plan de Plevna

Avant la bataille, les forces du général Osman Pacha se trouvaient à la forteresse de Vidine sur le Danube, non loin de la forteresse roumaine de Calafat.

Les troupes ottomanes, bien formées et sans réservistes, avaient une solide expérience du combat, ayant récemment vaincu le soulèvement serbe de 1875. À l'annonce de l'arrivée des Russes, les Turcs se préparèrent.

Mais ordre fut donné de la part de l'État-major de se porter en renfort de Nikopol (Bulgarie) point de communication important au bord du Danube, vers lequel les Russes se dirigeaient. Après consultation avec le sultan Abdül-Hamid, Osman Pacha met en mouvement le 13 juillet une partie des troupes (20 000 hommes environ) vers l'est ; mais avant d'arriver à Nikopol, il apprend que la ville-forteresse vient d'être investie par les Russes.

Au cours de cette bataille, le futur général Joseph Semenovitch Lochounoff perd un bras.

Par une chaleur accablante, les hommes se replient à une vingtaine de kilomètres au sud vers Plevna, bourgade entourée de vignobles et dominant la vallée de son haut pic rocheux. Osman Pacha fait bâtir en toute hâte d'importants travaux de défense, et surtout fait creuser tout un réseau de tranchées, dans l'attente de renforts.

Première attaque[modifier | modifier le code]

Forces en présence

La première division à atteindre Plevna fut celui du général russe Youri Schilder-Schuldner le 19 juillet dans la soirée. Il a 6 500 hommes. Il se borne à bombarder pendant quatre heures la forteresse, sous les feux de l'artillerie turque située en hauteur. Le lendemain cependant, les Russes doivent supporter une attaque turque qui faillit être décisive. Ils réussissent d'abord à avancer, prenant trois rangs de tranchées, mais ensuite les Turcs contre-attaquent, causant de sérieuses pertes et récupérant armes et munitions abandonnées sur le terrain brièvement conquis. Les pertes sont de 2 000 hommes côté turc et 2 800 côté russe.

Schilder-Schuldern demande des renforts d'urgence.

Deuxième attaque[modifier | modifier le code]

Attaque de Grivitsa (Gravitza) par Dembitsky 1830-1906
Le général Skobéliev à l'attaque, tableau de Dmitriev-Orenbourgski

Le général de Krüdener arrive avec tout le IXe corps d'armée, soit 27 000 fantassins, 2 200 cavaliers et 140 canons.

Sur ordre du grand-duc Nicolas, généralissime de l'Armée du Danube, le général de Krüdener doit prendre le commandement des deux armées. Dans l'esprit de l'État-major, il fallait attaquer avec le soutien préalable de l'artillerie.

Le général Skobéliev, toujours sur son cheval blanc, arrive avec sa troupe de cosaques et du 27 au 29 juillet, avec les hommes du lieutenant-colonel Baklanov, envoie des missions de reconnaissance, afin de mieux cerner le nombre d'hommes de l'ennemi et le dispositif des redoutes et des tranchées turques sur des dizaines de kilomètres. Pendant ce temps, les Turcs améliorent leur système de défense avec les moyens du bord : on réquisitionne des poutres, des solives dans le bourg de Plevna, pour raffermir les redoutes et les tranchées et en construire d'autres ; on creuse parfois avec des baïonnettes, car les instruments manquent.

Le 30, Krüdener donne l'ordre d'attaquer, il s'appuie sur la cavalerie du général Schakofsky et l'infanterie du général Skobélev. Le premier doit attaquer les redoutes de l'est, Skobélev les grandes fortifications du nord (à Gravitza). En face, il y a un peu plus de 20 000 hommes, avec un certain nombre de cavaliers tcherkesses et de bachi-bouzouks et près de 60 canons.

Les batteries russes se mettent d'abord à attaquer, puis les divisions se ruent à l'assaut sur le champ de bataille de Plevna. Les Russes sont désorientés et tombent sou le feu des Turcs, sur le flanc gauche, les troupes de Skobélev peinent à avancer. Les Russes réussissent à prendre deux tranchées, trois fortins et à s'approcher de la redoute principale. En une journée, les pertes sont immenses : 3 000 hommes du côté russe et 1 000 du côté ottoman. Les Russes se retirent. Krüdener accepte alors la proposition de participation du corps expéditionnaire du prince Carol de Roumanie.

Sortie d'Osman Pacha[modifier | modifier le code]

Le lendemain 31 juillet, Osman Pacha profite de la baisse du moral russe, pour effectuer une folle sortie. À la tête de sa cavalerie, il quitte Plevna et attaque les avant-postes russes, prenant un canon, mais ne parvenant pas à approcher l'un des fortins pris par les Russes. Cette manœuvre prouve que les Turcs sont prêts à aller jusqu'au bout. Les pertes sont lourdes : 1 300 du côté ottoman, 1 000 du côté russe. La bataille de Plevna s'engage mal pour les Russes.

La risposte de Lovtcha[modifier | modifier le code]

Les Russes avec 97 canons et 28 000 de leurs hommes décident alors de couper Plevna de ses environs. À une vingtaine de kilomètres se trouve la petite ville de Lovtcha (aujourd'hui Lovetch) qui abrite quelques milliers de Turcs dont un tiers, comme les bachi-bouzouks, d'irréguliers. Alerté, Osman Pacha se lance à sa défense en vain. La riposte est favorable aux Russes, et Skobélev prend la ville, après avoir infligé de lourdes pertes au général ottoman.

Troisième attaque[modifier | modifier le code]

Attaque d'une redoute par Dimitriev-Orenbourgsky

Revenu dans Plevna même, Osman Pacha se mit à songer à une riposte. On fit évacuer les blessés de la bourgade. De nouveaux soldats s'étaient joints à lui. Entre le 7 et le 10 septembre une attaque d'artillerie russe eut lieu, mais ne réussit qu'à infliger des peines matérielles légères vite réparées. Le moral des Turcs n'était pas entamé.

C'est alors que les Turcs prennent l'initiative. Sous le feu nourri des Russo-Roumains, ils tentent de reprendre du terrain. Mais ils sont vite dépassés, comment lutter contre 83 000 hommes et 427 canons, alors qu'eux-mêmes ne disposaient que de 35 000 hommes et 72 canons. Ils sont écrasés le 11 septembre sous le feu de l'artillerie, et bientôt les fantassins partent à l'assaut. Les Turcs perdent une redoute. Skobélev se bat comme un lion et Osman Pacha lui-même participe au combat ; mais il doit reculer. Dans cette troisième attaque, surtout pendant les dernières heures où le canon n'a cessé de tonner, les pertes sont considérables : chez les Russes 13 000 et les Roumains 3 000.

Le tsarévitch Alexandre qui participe à la campagne du Danube, ne peut s'empêcher d'écrire à son conseiller Pobiédonostsev en considérant ces tueries : « Nous ne pensions pas que la guerre traînerait si longtemps ; au début, tout allait bien et nous pouvions espérer une fin rapide ; puis tout à coup ce malheureux Plevna ! Ce cauchemar de la guerre[1] ! »

Blocus et chute[modifier | modifier le code]

Le monument de Moscou érigé en mémoire des soldats tués à Plevna, toujours visible aujourd'hui

Ne parvenant pas à prendre Plevna par l'attaque massive, les Russes décident de procéder autrement. Ils vont avoir recours au blocus et attendre la fin de la belle saison. Osman Pacha reçoit des renforts, mais pas suffisamment selon ses vœux, le nombre des soldats ottomans était de 48 000 et 96 canons.

Le sultan refuse catégoriquement de laisser le général Osman Pacha partir de Plevna qu'il lui ordonne de défendre coûte que coûte. Il lui donne le titre de Gazi (« le vétéran ») et le général demeura sur le champ de bataille prêt à mourir s'il le fallait.

Chez les Russes et leurs alliés roumains, qui étaient plus du double avec un armement suffisant en quantité, mais pas toujours en qualité, l'heure était venue aux harcèlements ponctuels. Les Turcs affaiblis physiquement ne l'étaient pas moralement.

Skobélev décida de se rendre à Lesny Doubniak sur les hauteurs autour de Plevna pour surveiller et harceler les Ottomans retranchés. Lorsque les Russes prirent leur dernière redoute, et qu'Osman Pacha qui voulait rejoindre le reste de l'armée ottomane fut lui-même blessé. La capitulation eut lieu le 10 décembre.

Osman Pacha se rendit le lendemain auprès du grand-duc Nicolas Nikolaïevitch qui lui exprima son admiration pour sa bravoure. Reçu plus tard par l'empereur Alexandre II avant de partir en résidence surveillée pour Kharkov, celui-ci lui rendit son épée en témoignage d'estime.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Camille Farcy, La guerre sur le Danube, A. Quantin, Imprimeur-Éditeur, Paris, 1879
  • Henri Troyat, Alexandre III le tsar des neiges, Grasset, Paris, 2004