Bataille d'Alger (1541)

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Grande bataille d'Alger en 1541
Le chevalier de malte de la langue de France Ponce de Balaguer, enfonce son poignard dans la porte de Bab-azoun avant de tomber en martyr en disant : « Nous reviendrons ! »
Le chevalier de malte de la langue de France Ponce de Balaguer, enfonce son poignard dans la porte de Bab-azoun avant de tomber en martyr en disant : « Nous reviendrons ! »
Informations générales
Date 19 octobre au 2 novembre 1541
Lieu Siège et blocus maritime d'Alger, campagne environnante
Casus belli Croisade de Paul III en 1540
Fin du conflit turco-vénitien
Revendication contre Alger
Razzias sur les côtes
Contrôle de la Méditerranée
Issue Victoire décisive de la Régence d'Alger, mais la retraite de Charles Quint est un léger succès vers le port de Béjaïa.
Changements territoriaux Victoire de la Régence :
Koukou vassale en 1542
Tlemcen tombe en 1553
Bougie tombe en 1555
Belligérants
Dey Algier Flag.svg Régence d'Alger

Soutenu par :

Habsbourg

Alliés et vassaux :

Allié en retard :

Soutenu par :

Commandants
Red crown.png Hadım Hasan Agha

Commandants :

Amiraux :

  • Kutchuk Ali
  • Haïder
Red crown.png Charles Quint V

Commandants :

Amiraux :

Forces en présence
~ 10 500 hommes :
~ 15 000 cavaliers :
  • 600 en garnison
  • cavaliers en renfort

80 pièces d'artillerie

~ 23 500 hommes :
  • 6 000 espagnols
  • 6 000 allemands
  • 5 000 italiens
  • 3 000 aventuriers
  • 3 000 volontaires
  • 150 chevaliers maltais
  • 150 officiers nobles
  • 200 gardes impériaux

4 000 cavaliers

200 pièces d'artillerie

12 300 marins

516 navires

Alliés en retard :

  • 2 000 kabyles
Pertes
~ 2 000 morts
  • port endommagé
~ 17 000 morts
~ 2 000 prisonniers
~ 4 000 chevaux
~ 200 canons
~ 200 navires
~ 1400 prisonniers libre
Guerre vénéto-ottomane (1537-1540)
Neuvième guerre d'Italie
Guerres entre les Ottomans et les Habsbourg
Batailles
Bataille de Prévéza - Siège de Malte - Siège de Nice (1543) - Siège de Famagouste - Bataille de Djerba - Siège de Castelnuovo - Bataille de Lépante- Siège de Vienne (1529) - Bataille de Mohács (1526) - Bataille de Tunis (1574) - Siège de Szigetvár - Bataille de Tunis (1535)

L'expédition de Charles Quint contre Alger est menée entre le 21 et le 25 octobre 1541. Un corps expéditionnaire de 23 500 hommes et 516 navires réussit à débarquer[1] mais une tempête disperse les navires, entraînant des pertes en vivres et en munitions. L'expédition se solde par un échec et l'empereur doit rembarquer sans pouvoir prendre la ville.

Confiant de son succès par la prise de Tunis en 1535, Charles Quint décide d’attaquer Alger et d’en finir avec le pirate Barberousse qui sème la terreur en Méditerranée. Toutes les nations de la Méditerranée occidentale hormis la France, allié du sultan Soliman, participent à cette expédition et plusieurs de ses alliés mettent en garde l'empereur d'attaquer tard dans l'année : aucune entreprise navale d'importance ne doit se faire entre septembre et mars. Mais l'empereur passe outre.

L'empereur organise cette bataille pour s'assurer le contrôle de la Méditerranée occidentale. À cette rivalité stratégique, s'ajoute en arrière-plan la rivalité religieuse traditionnelle entre catholique et sunnite.

Ni le fol héroïsme des chevaliers de Malte, ni la réputation de cruauté qu'Hernán Cortés avait acquise en Amérique, ni la présence dans l'armée d'Octave Famèse, neveu du pape Paul III… , ni la valeur d'Andréa Doria le plus célèbre amiral de l'époque, ne purent empêcher la déroute de l'armée ni le naufrage de la flotte. Ce que François Ier n'avait pas réussi à la bataille de Pavie, Hassan Agha venait de le faire dans cette bataille.

Préparatifs[modifier | modifier le code]

La Régence d'Alger en vert est vassale de l'Empire ottoman, les sultanats belliqueux de Koukou en bleu et de Abbas en jaune sont en continuel conflit et traité de paix.

Le 12 juillet 1541, à la diète de Ratisbonne, l'empereur apprend que les Turcs viennent de débarquer sur les côtes d'Italie et décide de s'y rendre, confiant à son frère Maximilien II la surveillance de la frontière de Hongrie ; parti le 29 juillet, il rencontre le pape Paul III à Lucques les 10 et 11 septembre et l'informe de son intention de partir immédiatement contre Alger, malgré l'état avancé de la saison. Passant par la Corse, la Sardaigne et Majorque, il rassemble ses forces, réunissant les flottes de Gênes, de Naples, de Malte, qui transportent les troupes venues d'Espagne et des Pays-Bas[2]. La flotte, composée de plus de 65 galères et de 451 navires de transport, montés par 12 300 matelots, est commandée par Andrea Doria[2] ; le Duc d'Albe dirige les troupes de débarquement, 25 700 hommes dont 6 000 Allemands, 6 000 Espagnols et Siciliens, et 5 000 Italiens, 3 000 volontaires, 1 500 cavaliers, 200 gardes de la maison de l'empereur, 150 officiers nobles, et 150 chevaliers de Malte[3] qui doivent être renforcés par 2 000 hommes du Zouaoua, hostiles aux Turcs d'Alger, qui ne peuvent arriver à temps[4].

Charles Quint à la bataille de Muehlberg, par Titien
Siège d'Alger par l'Empereur Charles Quint en 1541 face à la garnison ottomane bien entrainée ainsi que préparée.

La défense de la ville est assurée entre 800 à 1 500 janissaires et 6 000 morisques auxiliaires réfugiés récemment amenés d'Espagne avec des renforts de 15 000 cavaliers arabes. Le mardi 18 octobre 1541, la flotte quitte Majorque, ralliée par les galères de l'ordre de Malte.

Le 19 octobre 1541, la flotte est devant Alger; les Algérois, ayant aperçu la flotte, se préparent à la défense. Le beylerbey Hasan Agha (seigneur Hassan en turc) commande Alger, en l'absence de Barberousse. Il réunit les principaux habitants de la ville, les gens de loi, les imams des mosquées, l'ordre militaire des Janissaires et les chefs des zaviés à se rendre à l’hôtel du gouvernement qui est le palais de la jenina, et sous un ton énergique déclare :

« Ce n’est pas la première fois qu’Alger a été assailli par les infidèles. À une époque où elle était à peine entourée de murailles, sous le gouvernement d’Aroudj-Reis, et sous celui de Khaïr-ed-din-Pacha, nous avons vu de nombreuses armées de chrétiens conjurer sa ruine ; eh bien, la main protectrice de Dieu, qui a su rendre leurs efforts inutiles, et qui les a forcés à retourner dans leur pays, couverts de honte et d’ignominie, cette main toute puissante viendra encore à notre secours. Non, l’Être suprême que nous adorons, ne permettra pas que les ennemis de sa loi humilient le peuple qu’il aime. Songez, ô habitants d’Alger, que vous vous êtes dévoués particulièrement à la guerre sainte, et que, pour mériter le titre de défenseurs de l’islam, il faut savoir mépriser cette vie passagère ; rappelez-vous qu’il faut être disposé à verser son sang pour le triomphe de la parole de Dieu, et que le nombre de vos ennemis ce doit pas vous épouvanter. Vous connaissez d’ailleurs ce passage de notre livre sacré où il est dit : « combien de fois une petite troupe n’a-t-elle pas vaincu une armée plus grande avec l’aide de Dieu ? »

Dieu, voyez-vous, n’abandonne jamais ceux qui sont constants dans le parti de la bonne cause ; que votre position est belle après tout ! Vous avez le choix entre deux avantages également désirables, la victoire ou le martyre. Nous sommes tous condamnés à mourir ; c'est là le terme de notre court pèlerinage. Le sort de celui qui meurt les armes à la main en défendant son pays et sa religion, est, à coup sûr, bien plus digne d’envie que le destin d’un homme qui voit la trame de sa vie détruite par une maladie longue ou aiguë. Le prophète, sur qui soit le salut de paix, nous a annoncé que le paradis est soutenu sur les fourreaux des sabres, et que les épées des martyrs de la foi, suspendues à l’entour du trône de la majesté divine, en feront le plus bel ornement. O mes frères ! quel bonheur nous attend !

Dieu nous a fait la grâce d’amener les infidèles sur nos terres, pour que nous ayons le mérite de les combattre. Heureux, mille fois heureux celui qui doit boire la coupe du martyre ! Animons-nous d’un saint zèle, unissons nos efforts ; nous avons su jusqu’à présent défendre notre ville contre toutes les entreprises de nos ennemis : soyons-en sûrs, il ne nous faudra pas vaincre plus de difficultés pour repousser aujourd’hui celui qui nous attaque. Ce sont les mêmes hommes, ce sont ceux que nous sommes accoutumés à vaincre; avec la protection du ciel qui veille sur nous, leurs noirs projets doivent échouer. Pour peu que chacun fasse son devoir, nous pouvons nous flatter de tenir longtemps ces infidèles en échec. Dans l’intervalle, quelque puissant secours nous arrivera de la part de notre glorieux sultan, et ce sera sans doute Khaïr-eddin pacha, qui sera chargé de nous l’amener[5]. »

Débarquement[modifier | modifier le code]

800 à 1500 Janissaires s'occupèrent selon plusieurs sources à la défense de la Casbah d'Alger et de la basse ville

Après bien des retards, cette flotte formidable appareilla, dans les premiers jours d’octobre, époque fatale, où les vents de l’équinoxe dominent en maîtres dans les parages de l’Algérie. Hassan Aga, pris au dépourvu, fit ses efforts pour résister à cette invasion : il ajouta de nouvelles fortifications à celles qu’avait déjà fait construire Khair-Eddine, fit armer toutes les batteries de la marine, et flanquer de tours le mur d’enceinte qui enfermait Alger du côté de terre. Pendant ces préparatifs, il affecta de se montrer à la multitude, tranquille et comme assuré du triomphe. Il défendit aux habitants, sous peine de mort, de quitter la ville; puis fit raser tous les jardins et abattre tous les arbres qui avoisinaient la ville. Les forces dont il disposait alors n’étaient pas considérables : il n’avait que 800 à 1500 janissaires, auxquels il avait donné pour auxiliaires un corps de 5,000 hommes, levé à la hâte et composé d’Algériens, niais surtout de Maures d’Andalousie, qui maniaient très adroitement l’escopette ou se servaient d’arcs en fer d’une grande puissance. Dans la plaine, il comptait sur les Arabes. Tels étaient les moyens de défense d’Hassan; il est facile de voir qu’ils se trouvaient bien inférieurs ceux des chrétiens.

Quoi qu’il en soit, le 19 octobre, le saheb el nadour (l’officier de la lunette) vint annoncer à Hassan que l’on découvrait à l’horizon une flotte immense. Hassan parcourt aussitôt à cheval les divers quartiers de la ville, examine minutieusement tous les préparatifs, assigne à ses officiers les positions qu’ils doivent occuper; puis il se rend à la porte Bab-Azoun, où il pensait que commencerait l’attaque, et monte à la batterie qui défendait cette partie des fortifications. De là, son œil pouvait embrasser toute l’étendue de la baie, le rivage et les premières crêtes du Sahel, qui commençaient à se couronner de burnous blancs. Dès que les divers chefs de poste aperçurent Hassan sur la plate-forme de la batterie, ils s’empressèrent de le saluer par une décharge générale de leurs armes à feu. Le grand drapeau national d’Alger, formé de trois bandes de soie, rouge, verte et jaune, se déploya majestueusement au-dessus de la porte de Bab-Azoun, tandis que les tours, les forteresses, les remparts, se hérissaient d’armes, se pavoisaient de drapeaux de diverses couleurs, la plupart chargés de symboles mystiques ou de versets du. Coran. Les Algériens étaient remplis de confiance car une prédiction avait dit que les Espagnols seraient détruits dans trois expéditions différentes, dont une commandée par un grand prince, et qu’Alger ne serait prise que par des soldats habillés de rouge (La dernière partie de cette étrange prédiction ne devait s’accomplir que trois siècles plus tard les pantalons garance et les retroussis rouge des habits de nos soldats justifièrent, en 1830, aux yeux de cette population fanatique, le pronostic de la devineresse).

Le 21 octobre, la flotte impériale, complètement ralliée, se trouvait dans la baie d’Alger; le 23 seulement, elle put opérer son débarquement. On choisit cette partie de la plage qui avoisine la rive gauche d’El-Harrach, située au pied des hauteurs qui dominent la plaine de Mustapha. Monté sur la poupe de la Réale, qui portait l’étendard impérial, Charles-Quint dirigea cette opération. Toutes les galères, pavoisées de leurs couleurs nationales, étalaient leurs rames et disputaient de vitesse pour faire arriver les transports mouillés au large et les rapprocher du rivage, tandis que les bateaux plats prenaient les soldats et les déposaient à terre. Sur la plage, on voyait une multitude compacte d’Arabes, les uns à pied, les autres à cheval, défier les Espagnols en élevant leurs armes au-dessus de leur tête, et en agitant les pans de leurs burnous. Leur nombre augmenta surtout lorsque le débarquement commença, ils tentèrent même de s’y opposer; mais les galères qui s’étaient rapprochées de terre soutinrent cette opération difficile par des bordées bien nourries, qui forcèrent les Arabes de se tenir à distance. Aussitôt que l’infanterie fut entièrement débarquée, Charles-Quint, qui avait toujours présente à l’esprit sa conquête de Tunis, envoya à Hassan un parlementaire pour le sommer de se rendre. « Dis à ton maître, répondit celui-ci à l’officier espagnol, qu’Alger s’est déjà deux fois illustrée par la défaite de Francisco de Vero et de Hugues de Moncade, et qu’elle espère acquérir une gloire nouvelle par celle de l’empereur lui-même. » L’intimidation étant restée sans effet, il fallut songer à agir. Le 24 octobre, l’armée de Charles-Quint, divisée en trois corps, se porta sur Alger.

Escarmouches et embuscades[modifier | modifier le code]

L'essor de l'Empire ottoman jusqu’à la défaite de vienne en septembre 1683.

La première division, ou l’avant-garde, se composait des Espagnols commandés par Ferdinand de Gonzague; les Allemands formaient le corps de bataille; ils étaient commandés par l’empereur ayant pour lieutenant le duc d’Albe; l’arrière-garde, composée de la division italienne, des chevaliers de Malte et des volontaires, était sous les ordres de Camille Colonna. L’avant-garde occupait la gauche, c’est-à-dire le haut de la plaine; l’arrière-garde suivait le bord de la mer, et le corps de bataille gardait le centre. Dès que l’armée impériale se mit en mouvement, les Arabes ne cessèrent de la harceler, si bien qu’après six heures de marche elle n’avait pas avancé d’un mille; le soir elle prit position à El-Hamma, sans toutefois pouvoir goûter un seul instant de repos, car les Arabes continuèrent leurs escarmouches pendant toute la nuit.

Le 25, l’armée, après une marche difficile, constamment entravée par les attaques partielles des Arabes, parvint néanmoins à gagner les hauteurs qui dominent la ville. L’avant-garde se porta jusqu’auprès du ravin de Bab-el-Oued, et Charles-Quint s’établit, avec le corps de bataille, sur la même colline du Coudiat-el-Saboun où en l’année 1518 Hugues de Moncade avait pris position, et où fut construit plus tard le fort de l’Empereur. Son arrière-garde formait l’aile droite, et occupait tout l’espace compris depuis le pied des montagnes jusqu’au bord de la mer au cap Tafoura, là où est aujourd’hui le fort Bab-Azoun. La position était on ne peut plus avantageuse. Par cette manœuvre on avait isolé les Arabes de la ville, et des ravins profonds les tenaient éloignés de l’armée, il n’y avait plus qu’à commencer les travaux du siège. Charles-Quint fit débarquer sa grosse artillerie, et ordonna en même temps à la flotte de s’embosser le plus près possible de la place, afin de pouvoir la canonner simultanément par terre et par mer. Ni l’empereur ni ses généraux ne comptaient sur une longue résistance : les murs d’enceinte étaient très faibles, et l’artillerie des Algériens peu nombreuse; mais Alger avait pour elle de plus puissants auxiliaires : c’est-à-dire les orages qui jusque là l’avaient protégée, grâce au mauvais choix de la saison pendant laquelle on était chaque fois venu l’attaquer.

Bataille[modifier | modifier le code]

Dès l’après-midi du 25, le ciel était devenu tout à coup orageux, et de larges gouttes d’eau avaient humecté la terre. Vers le soir, le temps devint glacial; la pluie tomba en abondance, ruina les chemins, grossit les torrents, et les soldats sans abri étaient transis de froid. Pendant la nuit, survint une violente rafale : on entendait les câbles se rompre avec fracas; les navires chassaient sur leurs ancres, s’entrechoquaient les uns les autres, et finissaient par couler à fond. Cette nuit fut terrible pour l’empereur; sa douleur était poignante, mais rien ne trahissait au dehors ses émotions intérieures, et, constamment entouré de ses généraux et de ses principaux officiers, il s’efforçait de les rassurer par son calme apparent.

Au point du jour, un brouillard épais couvrait la plage et la pleine mer ; la pluie n’avait pas cessé ; il était impossible de rien distinguer à une faible distance. En ce moment de crainte et d’incertitude, on entendit, vers le bas de la montagne, non loin des murs d’Alger, des cris tumultueux: c’étaient les Turcs et les Maures, qui, profitant de l’orage et de la pluie, venaient attaquer l’armée impériale jusque dans ses retranchements. Les soldats de Charles-Quint coururent aux armes; mais leurs mousquets tout mouillés les servaient mal : les Maures, au contraire, armés d’arcs en fer, leur envoyaient une grêle de flèches qu’ils ne pouvaient éviter, le vent et la pluie leur battant au visage. Pour faire cesser cette lutte inégale, les Italiens et les chevaliers de Malte, car c’était l’arrière-garde qui se trouvait ainsi attaquée, voulurent combattre corps à corps; mais leurs ennemis, plus agiles et connaissant mieux les chemins, les esquivaient en se repliant sur Alger. Cette escarmouche se continua jusqu’aux portes de la ville. Alors les Turcs et les Maures, se voyant en sûreté, montent sur les remparts, et aux nuées de flèches font succéder des décharges de mousqueterie. Les Italiens, surpris et effrayés, se mettent à fuir; les chevaliers conservent seuls leurs rangs, et, malgré une nouvelle sortie, ils se replient en bon ordre.

À la vue du danger que court cette partie de son armée, l’empereur vient en personne, accompagné de ses fidèles Allemands, rétablir le combat. Les chevaliers, à leur tour, se sentant appuyés, reprennent l’offensive; ils chargent, quoique à pied, les cavaliers turcs; ils les refoulent dans les rues étroites et tortueuses du faubourg Bab-Azoun, et les pressent avec une telle vigueur qu’ils seraient entrés dans Alger avec eux, si Hassan Aga, pour prévenir ce danger, n’eût sacrifié une partie de son armée en faisant fermer précipitamment les portes. C’est à ce moment que le chevalier Ponce de Balagner, qui tenait déployé l’étendard de l’Ordre, furieux de se voir arrêté dans sa poursuite, se jeta contre la porte et y enfonça son poignard.

Bientôt après, les Turcs et les Maures, ralliés par Hassan, se précipitaient sur cette brave milice, qui formait l’arrière-garde pendant que l’armée chrétienne se retirait dans ses retranchements. Les chevaliers de Malte, après tant d’efforts, étaient trop accablés de fatigue pour résister à cette nouvelle attaque; ils voulurent néanmoins tenir tête à l’ennemi, et on les vit se former en bataille dans les gorges étroites qui avoisinent le pont des Fours. Mais leur courage ne servit qu’à illustrer ce lieu, qui depuis a retenu le nom de Tombeau des Chevaliers !

Ce fut au retour de ce déplorable engagement que la brume, venant à s’éclaircir, dévoila à l’armée de Charles-Quint les désastres de la nuit. Cent cinquante navires de diverses grandeurs étaient brisés sur la plage ou bien coulés à quelque distance, ne laissant apercevoir que l’extrémité de leur mâture. Presque tout ce qu’ils contenaient avait été submergé, et les hommes avaient péri, soit dans les flots, soit sous le yatagan des Arabes. La grosse artillerie, tout le matériel du siège, étaient perdus, car, avant que les ordres donnés par Charles-Quint eussent pu recevoir un commencement d’exécution, les bateaux de transport avaient été engloutis. Les soldats, qui n’avaient ni vivres ni tentes, contemplaient avec effroi le désastre de la flotte; leur douleur s’accrut encore lorsqu’ils virent les bâtiments qui avaient échappé à la tempête mettre à la voile et gagner le large. L’amiral se portait sur le cap Matifou. « Mon cher empereur et fils, écrivait André Doria à Charles-Quint en l’instruisant de cette manœuvre, l’amour que j’ai pour vous m’oblige à vous annoncer que, si vous ne profitez pour vous retirer de l’instant de calme que le ciel vous accorde, l’armée navale et celle de terre, exposées à la faim, à la soif et à la fureur de l’ennemi, sont perdues sans ressource. Je vous donne cet avis parce que je le crois de la dernière importance. Vous êtes mon maître, continuez à me donner vos ordres, et je perdrai avec joie, en vous obéissant, les restes d’une vie consacrée au service de vos ancêtres et de votre personne. » Cette lettre décida l’empereur à lever le siège. Voici les principales dispositions qu’il prit pour assurer sa retraite la prévoyance et le sang-froid qu’il mit à ordonner tous les détails de cette difficile opération l’honorent à la fois comme prince et comme guerrier.

Retraite[modifier | modifier le code]

L'empire européen de Charles Quint en 1547
Le fort espagnol de Santa Cruz à Oran
Étendard personnel du dey, d'après la description d'un voyageur français, au statut incertain. Selon la description d'un voyageur français rapportée par Jaume Ollé, toutefois il est possible que cet insigne aurait servi juste de blason.
Infanterie du Saint Empire

Charles-Quint décida que l’artillerie et les bagages seraient abandonnés, que les chevaux de trait serviraient à la nourriture de l’armée jusqu’au moment où il serait possible de recevoir des vivres de la flotte ; puis il fit rassembler les blessés ainsi que les malades, et les établit au centre de la colonne. Sur les deux flancs il plaça les divisions allemande et italienne, et réserva pour l’arrière-garde les troupes qui avaient conservé le plus d’énergie: c’étaient les Espagnols et les chevaliers de Malte; la cavalerie fit aussi partie de ce poste d’honneur. Ainsi s’achemina vers le cap Matifou cette armée naguère si brillante et si pleine d’espérance; sa marche fut lente, pénible, semée d’obstacles. Les pluies avaient détrempé le sol et considérablement enflé les torrents. Les soldats, énervés par la disette, pouvaient à peine se tenir sur ce terrain fangeux; les Arabes les harcelaient avec une rage féroce, se précipitant comme une nuée d’oiseaux de proie sur ces malheureux qui tombaient de fatigue, et les massacraient sans pitié.

Les Turcs et les Maures ne dépassèrent pas les rives d’El-Harrach ; ils retournèrent vers Alger, où de plus riches dépouilles les attendaient, laissant aux Arabes de la plaine et du Sahel le soin de poursuivre et d’inquiéter l’armée chrétienne. Ceux-ci s’acquittèrent si bien de leur tâche, que plus de deux mille cadavres jalonnèrent l’espace qui s’étend depuis Tafoura jusqu’à Matifou. Une fois arrivé en présence de la flotte, Charles-Quint pressa l’embarquement; mais, malgré ses soins et sa diligence, il perdit encore un grand nombre de soldats, et ne parvint à ramener en Espagne que la moitié de son monde. Les conséquences de cette désastreuse expédition ont pesé pendant plus de trois siècles sur l’Occident, car c’est à la terreur que répandit dans tous les états de la chrétienté la nouvelle de cette fatale défaite qu’il faut attribuer la résignation avec laquelle l’Europe supporta si longtemps l’insolence des Barbaresques jusqu’au jour enfin où la France, prenant en main la cause de la civilisation, vint chasser les pirates de leur repaire et venger le grand empereur.

Conséquences[modifier | modifier le code]

La Bataille tourne au désastre quand des tempêtes dispersent et détruisent en partie la flotte d'invasion peu après le début du débarquement, et l'empereur rentre en Espagne avec ce qui reste de ses troupes au mois de novembre. Le 8 mars 1542, Antoine Escalin des Aimars, nouvel ambassadeur français auprès de Soliman, revient de Constantinople avec la promesse du sultan d'apporter son aide à la France dans la guerre contre Charles Quint. François Ier déclare la guerre à l'empereur le 12 juillet suite à la défaite devant Alger mais aussi en invoquant diverses offenses subies dont le meurtre de Rincon, au sujet duquel il proclame que c'est « une offense si grande, si détestable et si étrangère à ceux qui portent le titre et la qualité de prince qu'elle ne peut en aucun cas être pardonnée, tolérée ou supportée ».

Hasan Agha expédie une galiote pour porter la nouvelle de la victoire à la Sublime Porte. Khaïr-ed-din pacha, l’introduit dans le sérail du sultan qui lui donne une magnifique pelisse et un khattichérif qui l’établit gouverneur à Alger avec le titre de pacha. Après le désastre de Charles Quint, Alger devient le port le plus puissant de la rive Sud de la Méditerranée[6]. En avril 1542, Hasan Agha entreprend de châtier le roi de Koukou qui a fourni 2 000 hommes à Charles Quint. Il envoie un corps de 3 000 Turcs armés de mousquets, 2 000 cavaliers arabes, 2 000 fantassins berbères et douze pièces d'artillerie, la plupart de petit calibre et montées sur affûts. Devant les armes à feu, le roi de Koukou donne une grosse somme d'argent et du bétail et promet de se soumettre dorénavant au tribut annuel, livrant son fils en otage[7].

Au mois de juillet 1542, une tentative des Algérois contre Bougie est repoussée. La ville sera finalement prise en 1555 par le beylerbey Salah Raïs. Mais alors qu'il s’apprête à délivrer Oran et Mers el-Kébir de l'emprise espagnole avec l'aide de la flotte du Sultan, ce dernier meurt de la peste en 1556[2].

Dernières réactions de l'Empereur[modifier | modifier le code]

L’historien anglais Stanley Lane Pod raconta que l’empereur enleva sa couronne et la jeta en mer en disant :

« va t’en pauvre jouet, puisse un prince fortuné, t’obtenir et te porter ».
« Je suis pas digne de porter cette couronne ayant été battu par un enfant » (Hassan Agha avait 24 ans).
« Fiat voluntas tua, ta volonté soit faite ».
« Par le sang du Christ, honte sur eux ! » s'écria Charles Quint en apprenant le débandade des troupes italienne. Aux armes mes lansquenets ! Courons porter secours aux braves soldats de la Religion !
« Reprenez-vous, chrétiens ! cria t-il en se lançant au devant des fuyards. N'auriez-vous pas assez de foi pour affronter l'infidèle ? Avez-vous fait tout ce chemin pour fuir au premier déboire ? »

La légende[modifier | modifier le code]

Massacre des chrétiens par la cavalerie algéro-ottomane

Reconnaissant dans cette incroyable victoire d'un courte tête, une intervention divine, on se précipitait pour baiser les mains de Dada, le ouali, le saint, qui avec son bâton avait soulevé la mer. Et on racontait bien d'autres merveilles. C'était Bouguedour, le potier, qui en jetant, une à une ses assiettes à l'eau faisait à chaque fois couler un navire. Ou encore Sidi Bekta, mort depuis des années, qui en illuminant son sanctuaire au milieu de la nuit, avait terrorisé l'ennemi par cette manifestation d'un cauchemar d'outre-tombe...

Le comte Lamoral d'Egmont[modifier | modifier le code]

Le comte Lamoral d’Egmont, Prince de Gavere, fils de Jean d'egmont et de Françoise de Luxembourg fut un des meilleurs capitaines du XVIe siècle et fut remarqué par Charles Quint au siège d’Alger en 1541 (à 19 ans). Il est né à La Hamaide le 18 novembre 1522.

Disgrâce du Beylerbey Hassan Agha[modifier | modifier le code]

Plan d'Alger au XVIe siècle

Lors des préparatifs de l'expédition de Charles Quint, Hassan Agha avait entretenu des relations avec des émissaires de l'empereur. Ce dernier lui ayant fait miroiter le pachalik d'Alger s'il livrait la ville à condition que l'empereur l'attaque avec des forces considérables. La défaite de Charles Quint, due principalement aux très mauvaises conditions météorologiques, permit à Hassan Agha de gagner la bataille. Khayr ad-Din Barberousse, qui avait été informé de cette possible duperie, douta de la fidélité d'Hassan Agha.

Hassan Agha tombe malade lors de son retour de Tlemcen en 1543. La milice des janissaires ou "Odjak" d'Alger nomme alors Hadji Pacha comme successeur d'Hassan Agha. Mais Hadji Pacha ne gouvernera que huit mois, car Barberousse a obtenu la nomination de son fils Hassan Pacha par le sultan de Constantinople comme nouveau gouverneur d'Alger.

Hassan Agha meurt en septembre 1545, certainement dû à sa disgrâce. La date du décès d'Hassan Agha est controversée car elle ne correspond pas aux témoignages contemporains.

La Consulaire[modifier | modifier le code]

La Consulaire est le surnom d'un canon aussi appelé Baba Merzoug (« Père chanceux » en arabe).

Long de 7 mètres, pesant 12 tonnes, et d’une portée de 4 872 mètres, il aurait été fabriqué à Alger par un fondeur vénitien suite à la commande de Hasan Agha pour la fortification de la ville d'Alger, en 1542. Selon d'autres sources, ce canon aurait été pris lors de la bataille de Pavie à François Ier par Charles Quint. Celui-ci ayant participé à la Bataille d'Alger (1541) et surpris par une tempête, il aurait abandonné son artillerie, ce qui expliquerait ses inscriptions et sa similarité avec d'autres canons contemporains[8].

Cri de guerre[modifier | modifier le code]

« Saint-Jean!… Dieu Aide! » crient les chevaliers de Malte dans l'aube ruisselante, à la rencontre des Algérois qui, comme surpris par leur assaut, semblaient hésiter à se battre.

« Exterminons les infidèles… Vive la Religions! » s'écrie le balli Schiling qui trompé par cette fausse retraite, cravacha son cheval et arme au poing, entraina ses hommes sur les sentiers boueux».

« Pour la Religion! » s'écria le chevalier de Ressay en courant ramasser l'étendards de St-Jean.

« Allah Mahnà ! » (Allah est avec nous !) crient pendant la contre-attaque sous une pluie accablante les Janissaires, Pirates et les Maures lors du Siège d'Alger (1541) sur l'infanterie de la Sainte Ligue dans leurs camps mal surveillé au lever du soleil.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de la province de Constantine, vol. 13, Alessi et Arnolet,‎ 1869 (résumé)
  2. a, b et c Edmond Marchal, Histoire politique du règne de l'empereur Charles-Quint avec un résumé des événements précurseurs depuis le mariage de Maximilien d'Autriche et de Marie de Bourgogne, Tarlier,‎ 1856 (résumé)
  3. Léon Galibert, L'Algérie : ancienne et moderne depuis les premiers établissements des Carthaginois jusqu'à la prise de la Smalah d'Abd-el-Kader, Furne et cie,‎ 1844 (résumé)
  4. Louis Piesse, Itinéraire historique et descriptif de l'Algérie : comprenant le Tell et le Sahara, Hachette,‎ 1862 (résumé)
  5. Fondation de la Régence d'Alger, Histoire des Barberousse. Chronique arabe du XVIe siècle sur un manuscrit de la Bibliothèque royale, avec un appendice et des notes Expédition de Charles-Quint. J. Angé éditeur, Rue Guénégaud, no 19 Versailles, même maison, Librairie de l’Évêché, Rue Satory, 28. et la Librairie orientale de Mme Dondy-Dupré. 1837
  6. Alexandre Rang, Histoire d'Aroudj et de Khaïr-ed-din, fondateurs de la régence d'Alger : chronique arabe du XVIe siècle, vol. 2, J. Angé et cie,‎ 1837 (résumé)
  7. Adrien Berbrugger, Les époques militaires de la grande Kabylie, Bastide,‎ 1857 (résumé)
  8. Père Dorigez, aumônier de l'armée d'Afrique, De l'Algérie, 1840

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arsène Berteuil, L'Algérie française : histoire, mœurs, coutumes, industrie, agriculture, Paris, Dentu,‎ 1856 (résumé)