Shuadit

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Shuadit ou Chouadit
שואדית
Extinction en 1977 avec la mort d'Armand Lunel
Pays France
Région Occitanie (Sud de la France)
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-3 sdt
IETF sdt

Le shuadit ou chouadit (hébreu : שואדית šu'adit), également appelé judéo-provençal, judéo-comtadin ou hébraïco-comtadin, est une langue morte appartenant à la famille de la langue d'oc, anciennement utilisée par les Juifs de ce qui est aujourd'hui le Sud de la France.

Historique[modifier | modifier le code]

Les premières traces écrites de cette langue remontent au moins au XIe siècle, les plus connues étant un poème sur la Reine Esther ainsi qu’un livre de prières dont les bénédictions du matin pour les femmes sont d'une teneur peu commune.

Cette langue commença à décliner du fait de l’Inquisition mais aussi par l’émancipation des Juifs dans les suites de la Révolution française, éparpillant dans tout le territoire français les communautés juives réfugiées jusque là dans les carrières du Comtat-Venaissin.

Le dernier locuteur connu, l'écrivain Armand Lunel, est décédé en 1977.

L'origine et le développement du chouadit sont sujets à plusieurs hypothèses : soit il provient d'une altération du latin par la communauté juive de la province romaine de la Narbonnaise, soit il tire son origine d'une forme de judéo-latin antérieur. Une troisième hypothèse formulée par D.S. Blondheim et M. Ballitt suggère qu'il s'agit d'une langue développée sous l'influence des exégèses des Écoles de Narbonne tels Abraham ibn Ezra, Joseph, Moshé et David Kimhi au XIIe siècle.

Traits linguistiques[modifier | modifier le code]

À l'instar des autres langues juives comme le ladino, le yévanique ou le yiddish, le chouadit résulte du mélange d’un lexique hébraïque à une ou plusieurs autres langues, ici le français et le provençal. Il en existe, à l’instar du judéo-espagnol, une version parlée et une version littéraire, écrite en alphabet hébreu.

Le chouadit montre une série de caractéristiques uniques parmi les langues juives :

  • le /j/ est souvent transformé en /ʃ/ et le /h/ intervocalique est souvent élidé. L’un des exemples les plus connus est le nom chouadit lui-même, résultant de la prononciation du mot yehoudit (/jehudit/, le « juif » au sens de langue des Juifs en hébreu).
  • de même, dans les mots hérités de l’hébreu et du judéo-araméen, les lettres samekh, sin et tav se prononcent /θ/, puis /f/ sous l'influence de l'occitan.
  • enfin, les mots latins observent une diphtongaison des liquides /l/ et /ʎ/ en /j/, tandis que les phonèmes /ʃ/, /ʒ/, /tʃ/ et /dʒ/ se réduisent en un phonème unique /ʃ/. « Plus » devient ainsi pyus, « filho » feyo et « juge » chuche.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M. Banitt (1963), "Une langue fantôme: le judéo-français", Revue de linguistique romane n°27, pp.245-294.
  • D.S. Blondheim (1928), "Notes étymologiques et lexicographiques. Mélanges de linguistique et de littérature offerts à M. Alfred Jeanroy par ses élèves et ses amis", Paris, Champion, pp.71-80.
  • H. Guttel (1971), "Judeo-Provençal", Encyclopaedia Judaica, 10. pp.439-441.
  • R. Hirschler (1894), "Petit vocabulaire comprenant à peu près tous les mots et expressions judéo-provençales employés par les israélites dits comtadins avec étymologie", Calendrier à l'usage des israélites pour l'année religieuse 5655, Toulouse. pp.26-32.
  • P. Pansier (1925), "Une comédie en argot hébraïco-provençal de la fin du XVIIIe siècle", Revue des études juives n°81, pp.113-145.
  • Pedro d'Alcantara (Empereur Pierre II du Brésil) (1891), "Poésies hébraïco-provençales du rituel comtadin", Avignon, Séguin Frères
  • Z. Szajkowski, Dos loshen fin di Yidn in Qomta-Venessen, éd. du YIVO, New York 1948.