Shiho

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Shiho (japonais, 嗣法) est dans le bouddhisme Zen la cérémonie de transmission du Dharma d'un maître à son disciple, le désignant ainsi comme le successeur de la lignée[1]. Cette transmission est attestée, dans l'école Sôtô par trois documents (sammotsu) :

  • Le certificat de succession (shisho) qui officialise la transmission du dharma ;
  • La lignée du sang (ketsumyaku) pour la transmission des préceptes de bodhisattva ;
  • La grande affaire[2] (daiji), des diagrammes symboliques qui représentent l'éveil [3].

Les conditions de la transmission[modifier | modifier le code]

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Au plan mythologique, dans les traditions du Chán / Zen, le shihô (dont un terme équivalant, toujours en japonais, est dempô) trouve son origine dans l'épisode du pic des vautours durant lequel le Bouddha Shâkyamuni se contenta de cueillir une fleur d'Udumbara pour expliquer un enseignement. Un geste dont seul Mahākāśyapa su saisir le sens profond. À la suite de quoi Shâkyamuni attesta que devant l'assemblée présente qu'il avait ainsi transmis à Mahākāśyapa son trésor spirituel le plus précieux. Cette transmission se serait ensuite perpétuée à travers les vingt-huit patriarches indiens et chinois, dont le célèbre Bodhidharma. Constituant ainsi une lignée généalogique mythico-historique dans le dharma, qui se formalise dans le Chan / Zen par le ketsumyaku, document qui retrace la lignée du sang depuis Shâkyamuni jusqu'à l'enseignant qui le remet à un élève, à l'occasion par exemple de la prise des préceptes bouddhistes[4] ou, justement, du shihô.

Traditionnellement, le shihô donne lieu à une cérémonie codifiée et secrète durant laquelle ne sont présents que l'enseignant et l'élève, s'agissant d'une transmission "de mon âme à ton âme" (jap. i shin den shin).

En réalité, et ce depuis les temps les plus anciens, divers facteurs peuvent intervenir pour justifier de cette transmission, qui normalement atteste que l'élève a atteint un niveau de réalisation égal à celui de son enseignant.

Dans l'école Rinzai du Zen (Linji en chinois moderne), cette transmission survient lorsque l'élève a su donner au maître une réponse satisfaisante à la série d'énigmes (koans) à lui présentées par ce dernier. Les réponses sont codifiées dans un livre secret, et passent par divers niveaux. On dit que l'élève atteint le satori et ce dernier est reconnu par le kensho, sceau d'authentification.

Dans cette école, comme dans l'école Sōtō fondée par Dôgen au XIIIe siècle, il arrivait fréquemment que la transmission soit donnée à des fins familiales ou politiques. En donnant la transmission à certains individus influents, on pouvait se les attacher. Ou bien on pouvait le vendre, ce qui permettait de renflouer des finances en situation difficile.

Au XVIIIe siècle, Menzan, chef de l'école Sôtô au Japon, dans le but de simplifier les choses, décréta que désormais, on n'attendrait plus qu'un élève ait atteint le satori pour lui transmettre le Dharma, mais que cette transmission se ferait automatiquement quatre ans après que le disciple ait pris les vœux de bodhisattva sous sa direction. Quoique cette réforme n'ait pas été facile à faire passer, elle constitue aujourd'hui la règle dans cette dernière école. En général, au Japon, où, depuis 1855, les bonzes peuvent se marier, elle est donnée au fils du bonze, ce qui permet à la famille de conserver le temple et les revenus qui vont avec.

Au XXe siècle, de nombreux occidentaux ont obtenu la transmission, certains à la suite d'une étude assidue et sincère, d'autres en fonction d'enjeux politiques, les deux se mélangeant parfois.

De sorte qu'un shihô - qui donne lieu à l'établissement d'un certificat de transmission (jap. shisho) -, ne constitue pas toujours la preuve incontestable de la réalisation d'un enseignant.

Éric Rommeluère, enseignant français dans la tradition Sôtô, a livré dans un article de 2001[3] un témoignage éclairant sur le déroulement et le sens de la cérémonie du shihô dans cette école, à l'occasion de la transmission du dharma (jap. dempô) entre Gudō Wafu Nishijima et lui-même.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Frédéric Lenoir, Le bouddhisme en France, Fayard,‎ 1999 (lire en ligne)
  2. L'appellation provient d'un passage du Sûtra du Lotus où il est dit que les bouddhas n'apparaissent en ce monde que pour la seule "grande affaire" de sauver les êtres.
  3. a et b « La transmission du dharma », sur Un Zen occidental,‎ 2001 (consulté le 23 septembre 2014)
  4. « Les dix préceptes de bien », sur Un Zen occidental (consulté le 23 septembre 2014)