Shi (peuple)

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Shi

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Langues

mashi

Religions

religions traditionnelles

Les Shi sont un peuple bantou d'Afrique centrale établi principalement dans le Bushi – ou territoire des Bashi – à l'extrême est de la République démocratique du Congo, sur les territoires de Walungu, Kabare, Mwenga et Uvira. Leur ville de référence est Bukavu.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Le mot Shi désigne un habitant du Bushi. Ce territoire du Bushi est habité par les Bashi au pluriel, alors que le singulier est Mushi. La langue des habitants du Bushi est le mashi. « Shi » intervient donc plus comme un radical pouvant revêtir plusieurs préfixes et ainsi changer de sens. C'est donc une francisation qui a donné lieu au vocable « shi » qui est en fait un morphème.

Selon les sources on observe plusieurs variantes : Amashi, Baniabungu, Banyabongo, Banyabungu, Bashi, Nyabungu, Shis, Wanyambungi[1].

Géographie[modifier | modifier le code]

Le Bushi s'étend entre l'équateur au nord et le tropique du Capricorne au Sud. Il est logé dans les massifs de Mitumba sur le versant ouest du Rift Valley. Ce positionnement dans les montagnes lui confère un climat doux et sec, mieux un climat d'altitude. En effet, l'air est légèrement sec au Bushi et les températures s'élèvent à un maximum de 28 °C contre un minimum de 18 °C. La moyenne annuelle est donc de 24 °C. Cette température douce donne un caractère agréable à toute la région du Bushi; jamais très chaud et jamais très froid. On y connaît deux saisons: la saison de pluie, qui dure de mi-septembre à début juin, et la saison sèche. Au Bushi il pleut régulièrement et le soleil est rarement très chaud. Les rares fois qu'il chauffe fort, il ne dépasse pas 28 °C. En conséquence, la végétation est quasi-verte pendant toute l'année.

Agriculture[modifier | modifier le code]

Les Bashi pratiquent une agriculture de subsistance. Celle-ci tire profit de la proximité des zones volcaniques dont le sol est très fertile et de son climat. Ainsi au Bushi on récolte deux fois l'an pour les cultures de base. Ce sont principalement le haricot, le maïs, le sorgho, les patates (pommes de terre et patates douces), igname etc. Le manioc constitue une des plantes très répandues. En moyenne, chaque famille possède un jardin potager dans lequel elle cultive toute sorte de légumes. La culture des bananes est très dominante. En effet, en milieu rural, chaque ménage possède ses champs et sa bananeraie. Les bananes sont de plusieurs types et remplissent plusieurs fonctions. Il existe un type de bananes destiné à faire l'alcool local, appelé Kasigsi. Un autre type est destiné à être mangé comme fruit, alors qu'un autre peut être cuit et mangé en accompagnement ou remplacement de la pomme de terre. Les plantains sont un autre type, et sont destinés à être cuit, mûrs ou quand ils sont encore verts.

Élevage[modifier | modifier le code]

La vache est l'animal le plus élevé. Il constitue un richesse pour la famille et une référence sociale. Étant donné que les régimes qui ont occupé le congo n'ont pas promu l'investissement bancaire, les bashi ont appris à convertir leurs avoirs en vaches. Ainsi,le nombre de vaches que l'on possède donne un statut social visible. Lors des mariages, le jeune fiancé doit offrir des vaches en dot à sa belle famille. La vache est élevée aussi pour produire du lait. Le lait est consommé frais ou converti en fromage. Le plus courant est du fromage blanc, nommé Mashanza[2].

Les Bashi sont fervents éleveurs de chèvres, de poules, et des petits bétails comme les lapins. Les dernières decades ont vu s'accroître l'élevage des porcs.

L'élevage sert à la fois comme réserve de valeur et bien d'échange, mais aussi pour l'alimentation

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

Les bashi sont organisés dans un système féodal décentralisé. Ainsi chaque ménage est détenteur d'un terrain sur lequel il établit sa résidence et y pratique les cultures nécessaires pour sa subsistance. Au Bushi, acheter de la nourriture est signe de pauvreté.

Sur le plan politique, les bashi sont regroupés en plusieurs royautés souveraines. Il en existe neuf (Burhinyi, Kaziba, Lwindi, Ngweshe, Kabare, katana, Nindja, Idjwi, Chinda, Luhwindja). Ces royautés sont dirigées par un Mwami. Les plus connus sont le Mwami Bashengezi Muganga (NaBurhinyi), Chimanye Nakaziba, NGWESHE – XV WEZA – III Pierre J-M.J. NDATABAYE – MUHIGIRWA, Kabare, NaNidja, NaLuhwindja,... Dans la gestion de son pouvoir, le mwami est secondé par un conseil de sages, un parlement représentant non seulement sa cour, mais aussi chacun des groupements composant sa royauté. Pour l'administration courante, chaque royauté est divisé en groupement. En gusie d'exemple, Ngweshe est constitué de 16 groupements (Walungu, Izege, Ikoma, Lurhala, Kaniola, Mulamba, Mushinga, Muzinzi, Nduba, Nyangezi, Kamisimbi et ...). Chaque groupement est dirigé par un représentant du Mwami, un chef de groupement, qui exerce son pouvoir par délégation. Le groupement est à son tour subdivisé en villages, dont chacun est dirigé aussi pour un représentant du Mwami. À ce niveau, le pouvoir du Mwami est très proche des administrés dans la mesure où c'est à celui-ci qu'il revient d'assurer la justice distributive au nom du Mwami. Il répartit et octroie des terres aux habitants, il assure la cohabitation et organise la sécurité dans les quartiers du village.

Économie[modifier | modifier le code]

Outre les richesses liées à l'élevage et à l'agriculture, le Bushi est une réserve de minerais de cassitérite, d'or, de colombite-tantalite (coltan). On estime à plus de 100 ans la période humaine d'exploitation des ressources du sous-sol du Bushi. La colonisation belge a permis aussi l'érection dans le Bushi de plusieurs plantations et usines de traitement du thé, du café, du quinquina (Pharmakina, Gombo, Nyandja, l'usine à chaux de Miranga).

Les centres de recherches sont diversifiés : recherche pharmaceutique, recherche en phytothérapie, recherche agricole (INERA), en séismologie (Lwiro), etc.

Culture[modifier | modifier le code]

Les Bashi connaissent une production culturelle assez variée. Leur littérature a reçu ses lettres de noblesse à partir des écrits de l'abbé Kagaragu Ntabaza. Son chef d'œuvre Emigani bali bantu[3] est un recueil de proverbes. Il en a conté des milliers et ceux-ci portent sur tous les secteurs de la vie (justice, famille, spiritualité, économie, éducation, etc.)

Si l'on devait caractériser les Bashi, ce serait à travers le proverbe Mulangane (traduction approximative : « veillez les uns sur les autres »). C'est l'idée de justice, de générosité, de solidarité respectueuse, de promition qui est ainsi véhiculée. Et le Shi se dit mieux en se faisant porte-étendard de son prochain.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source RAMEAU, BnF [1]
  2. (en) « The technology of traditional milk products in developing countries : 1.8 Mashanza (Zaïre) » [2]
  3. Kagaragu Ntabaza, Emigani bali Bantu - Proverbes et maximes des Bashi, Libreza, Bukavu, 1984 (4e éd.), 410 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Kusamba Chifundera, « Livestock diseases and the traditional medicine in the Bushi area, Kivu Province, Democratic Republic of Congo », in African study monographs (Kyoto), 19 (1) 1998, p. 13-34
  • (en) Alan P. Merriam, « Song texts of the Bashi », in African music in perspective, Garland, New York, 1982, p. 223-238 (d’abord publié dans Zaïre, 8 janvier 1954)
  • (en) Alan P. Merriam, « Musical instruments and techniques of performance among the Bashi », in African music in perspective, Garland, New York, 1982, p. 169-181 (d’abord publié dans Zaïre, 9 février 1955)
  • (fr) Jean-Paul Biruru Rucinagiza, Lirangwe : chant héroïque des Bashi (Sud-Kivu, R.D.Congo) : iconographie, Presses universitaires de Lubumbashi, 2002, 252 p.
  • (fr) Louis Lwigulira Burume, Histoire et culture des Bashi au Zaïre : "six derniers règnes" antérieurs à 1980, Centre Protestant d'editions et diffusion, 1991, 216 p.
  • (fr) Pierre Colle, Essai de monographie des Bashi, Centre d'Etude de Langues Africaines, Bukavu, 1971
  • (fr) W. d'Hondt, M. Magabe et G. Wehrmuller, La perception du rôle du père par les adolescents bashi de la ville de Bukavu, Les Cahiers du CEDAF (Bruxelles), n° 8, 1979, 19 p.
  • (fr) Paul Giroud et Jean Jadin, Le virus des Bashi, Bruxelles, 1955, 70 p.
  • (fr) Maw Liniger-Goumaz, « Les Bashi, République démocratique du Congo : bibliographie », in Journal de la Société des Africanistes (Paris), 1969, t. 39, fasc. 2, p. 233-244
  • (fr) Jean Hiernaux, Les caractères physiques des Bashi, Institut royal colonial belge, 1953, 47 p.
  • (fr) Cibasima Kangene et Murhagane Mburunge, « Poterie et boissellerie au Bushi », in Journal of Asian and African studies (Tokyo), 1991, n° 41, 1991, p. 163-166
  • (fr) Paul Masson, « Armes, outils et instruments de musique employés par les Shi », in Kongo-Overzee (Anvers), 24 (4-5) 1958, p. 239-255
  • (fr) Paul Masson, Trois siècles chez les Bashi, Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren, 1960, 126 p.
  • (fr) Baguma Mweze, Le Mariage chez les Bashi et ses transformations récentes, Université de Paris 5, 1987 (thèse)
  • (fr) Dominique Mweze et Chirhulwire Nkingi, Bibliographie sur les Bashi du Sud-Kivu (République Démocratique du Congo), Facultés catholiques de Kinshasa, 1999, 172 p.
  • (fr) Kagaragu Ntabaza, Emigani bali Bantu / Proverbes et maximes des Bashi, Libreza, Bukavu, 1984 (4e éd.), 410 p.
  • (fr) Mulopo Tshingeji, Savoirs quotidiens des paysans Bashi du Kivu (Zaïre), fondements d'un enseignement agricole approprié, Institut des hautes études internationales et du développement, Genève, 1993, 303 p. (thèse)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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