Chaka Zulu

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Shaka Zulu)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections « Chaka » et « Shaka » redirigent ici. Pour les autres sens, voir Chaka (homonymie), Shaka (homonymie) et Zulu.
Chaka kaSenzangakhona
La seule représentation connue de Chaka, esquisse de James King de 1824.
La seule représentation connue de Chaka, esquisse de James King de 1824.

Titre Roi des Zoulous
(1816 – 1828)
Prédécesseur Sigujana kaSenzangakhona
Successeur Dingane kaSenzangakhona
Biographie
Dynastie Zoulou
Naissance 1787
près de Melmoth, KwaZulu-Natal
Décès 22 septembre 1828 (à 41 ans)
KwaDukuza, KwaZulu-Natal
Père Senzangakhona kaJama
Mère Nandi kaBhebhe eLangeni (en)

Chaka kaSenzangakhona aussi appelé Chaka zoulou ou Chaka Zulu, aussi orthographié Shaka ou Tshaka, né en 1787 et mort en 1828, est un roi zoulou. C'est le fondateur du royaume zoulou.

Enfance[modifier | modifier le code]

Chaka serait issu d’une union illégitime entre Nandi, princesse Langeni, et Senza Ngakona, chef du clan des Zoulous (une fraction du peuple Nguni, issus des Bantous qui peuplèrent l'Afrique du Sud du XIIIe au XVIIIe siècle). D'après la légende, il aurait été considéré comme un bâtard, rejeté et humilié par son père, régulièrement maltraité par ses camarades[1]. Ces expériences l’endurciront et marqueront sa personnalité d'une soif de vengeance.

Mazisi Kunene, qui, lui, s'est inspiré des traditions zouloues, explique que la mère de Chaka, Nandi, était une princesse autoritaire. Elle s'est fâchée avec son mari et avec ses coépouses, ce pourquoi elle a été répudiée. Cause de guerre entre les Abasema Langeni, son peuple, et la tribu zouloue, elle a dû fuir chez les Qwabe, dont elle aurait épousé l'un des princes. Ainsi, Mazisi Kunene ne réfute pas la difficile enfance de Chaka, mais la nuance.

Chaka ne s'entend pas avec les membres de la famille royale qwabe (contre lesquels il devra guerroyer plus tard). Il part chez les Bathwetwa et devient membre de l’armée de Dingiswayo, le souverain des Bathwetwa. Il devient rapidement le guerrier le plus remarquable de l’armée de Dingiswayo. Doué d’une force physique et d'une endurance prodigieuses, il excelle au combat. Il est charismatique et se révèle être un fin stratège. Sa réputation s’étend. Il devient bientôt le porte-parole et le bras droit de Dingiswayo.

Ascension[modifier | modifier le code]

À la mort de son père, Sigujana, l'un des demi-frères de Chaka, assure la succession conformément à la volonté de leur père, et devient le chef du clan zoulou. Dingiswayo appuie Chaka pour qu'il prenne le pouvoir. Dans la bataille, Sigujana trouve la mort.

Chaka règne sur son peuple et commence à lui appliquer ses idées révolutionnaires pour créer une puissante armée. Il continue à combattre pour Dingiswayo, qui a quelques démêlés avec un puissant voisin aux visées impérialistes, Zwide, chef de la tribu des Ngwane. En quelques années, celui-ci parvient à ses fins : il réussit à faire prisonnier et à assassiner Dingiswayo, grâce à l'appui de ses espions. À la suite de cet événement, les régiments bathwetwas élisent Chaka au titre de chef souverain.

Royaume zoulou[modifier | modifier le code]

Après la mort de Dingiswayo, Chaka défait Zwide lors de deux batailles difficiles (Gqokli Hill en 1818 et la rivière Mhlatuze en 1819[2]) où il utilise son sens aigu de la stratégie. Ensuite, s'ouvre le temps des conquêtes. Il devient le chef d'une grande partie des tribus nguni du Natal. Il les assimile à sa tribu, et leur fait porter son nom, celui de Zoulou. Pour ce faire, il remodèle son peuple en une armée de métier constituant le pivot de la société, ce qui en bouleverse les structures traditionnelles. Il astreint au service militaire tous ses sujets, crée un corps féminin, impose la langue zoulou à ses voisins. Il réorganise l’armée zouloue, qui devient permanente. Il supprime l'initiation des jeunes hommes mais conserve la division en classe d'âges pour former des régiments. Il les stimule par des concours d’épreuves : aux vainqueurs sont offertes les plus belles filles nubiles, initiées à la lutte et au combat. Il multiplie les exercices physiques et accroît la part de nourriture carnée de ses troupes.

Il révolutionne ensuite la stratégie militaire de son armée (tâche initiée avec sa propre tribu) : il opte pour la stratégie d’attaque "en tête de buffle" : les troupes sont divisées en quatre corps, deux ailes forment les cornes de buffle et deux corps centraux placés l’un derrière l’autre forment le "crâne". Opérant en mouvement tournant, l’une des ailes attaque, tandis que l’autre se cache et n’intervient que lorsque le combat est engagé. Il mène une guerre totale et utilise la tactique de la terre brûlée grâce à des régiments spéciaux, les impi ebumbu (régiments rouges).

L’armée de Chaka à son apogée comptera plus de 100 000 hommes, auxquels il faut ajouter environ 500 000 hommes des tribus voisines. Chaka oriente l’expansion des Zoulous dans deux grandes directions : vers l’ouest et vers le sud contre les Tembou, Pondo et Xhosa. Ils sèment la terreur chez les Nguni, les Swazi, les Sotho et les Xhosa. En dix ans, Chaka se taille un empire dans le Natal.

Il fait pratiquer un eugénisme systématique : les vieillards des peuples vaincus sont supprimés, les femmes et les jeunes incorporés. Les jeunes ont la vie sauve à condition de s’enrôler dans les impi, d’abandonner leur nom et leur langue, et de devenir de véritables Zoulous.

En 1820, quatre ans après le début de sa première campagne, Chaka avait conquis un territoire plus vaste que la France.

À partir de 1822, Chaka déploie ses armées à l’est du Drakensberg. Face à lui, de nombreuses collectivités choisissent de fuir, attaquant au passage leurs voisins, ce qui ajoute à la confusion. La carte ethnique de la région est bouleversée (ce processus est nommé Mfecane, « mouvement tumultueux de populations). La tradition tend à rendre Chaka coupable du Mfecane. En vérité, ce mouvement de migration avait déjà commencé avant sa prise de pouvoir, avec, entre autres, les combats entre Zwide et Matiwane.

L'un des généraux de Chaka le quitte pour conquérir l’Afrique australe en appliquant ses méthodes brutales : Moselekatse (ou Mzilikazi), après sa rupture avec Chaka en 1821, se dirige vers le sud-ouest avec les Ndébélé, disperse les Sotho sur les bords du Vaal et s’installe entre le Vaal et l’Orange jusqu’en 1836. De leur côté, parmi les chefs vaincus de Zwide, Manoukosi (ou Soshangane) soumet les Tonga au Mozambique actuel (1830) et Zwagendaba migre trois mille kilomètres vers le nord [3].

Chute[modifier | modifier le code]

Le déclin de Chaka commencera avec sa tendance de plus en plus affirmée à la tyrannie, qui lui valut l’opposition de son propre peuple. À la mort de sa mère Nandi en 1827, Chaka fit exécuter plus de 7 000 hommes et femmes. Pendant un an, il fut interdit aux gens mariés de vivre ensemble et à tous de boire du lait. Notons néanmoins que ce rite de deuil extrême faisait exceptionnellement partie de la tradition zouloue.

Mémorial sur le lieu de sa mort, à KwaDukuza.

Les circonstances de sa mort, survenue en 1828, sont floues: Chaka serait mort poignardé par ses demi-frères Dingane et Mhlangane, victime d'un complot orchestré par ses frères et sa tante Mkabayi, avec l'aide d'un de ses hommes de confiance, Mbopa.

Chaka fut un chef charismatique, un stratège et un organisateur de génie, fondateur d’une nation. Son action influença la vie et le destin de régions entières de l’Afrique australe.

Chaka a été un symbole important dans la lutte idéologique entre les Noirs et les Blancs en Afrique du Sud. Les Blancs l'ont beaucoup diabolisé, le présentant comme un tyran barbare. Pour les Zoulous, il est un personnage complexe, semi-légendaire, un fabuleux guerrier auquel on peut faire remonter la fierté de la nation.

Chaka dans la littérature et la tradition[modifier | modifier le code]

Chaka a fait l'objet d'un grand nombre de récits (poèmes, épopées, pièces de théâtre). Hormis les journaux de Bryant, Fynn et Isaacs, l'un des premiers à avoir écrit sur lui, façonnant en partie le mythe, est Thomas Mofolo. Notons qu'auparavant, Chaka apparaît dans la littérature victorienne du roman d'aventures, sous les traits d'un horrible tyran sanguinaire, comme dans le roman de Henry Rider Haggard, Nada the Lily. Dans les années 1960- 70, Chaka devient un personnage important de la revendication africaine. Des écrivains comme Seydou Badian Kouyaté, F.M Mulikita, Condetto Nenekhaly-Camara, Djibril T. Niane, Léopold Sédar-Senghor, Tchicaya U Tam'si, Mazisi Kunene ou Thomas Day dans Le Trône d'ébène[4] s'emparent du personnage. L'anthropologue sénégalais Tidiane N'Diaye, a publié une étude complète en français, sur l'empire de Chaka Zoulou. Chaka apparaît également dans la bande dessinée française Zoulouland de Georges Ramaïoli.

L'aéroport international de Durban porte le nom de King Chaka.

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

  • Henry Francis Fynn, Chaka, roi des Zoulous, [The Diary of Henry Francis Fynn, 1860], Toulouse : Anacharsis, 2004, traduit de l'anglais par Estelle Henry-Bossonney, 316 p.
  • Thomas Mopoku Mofolo, Chaka : une épopée bantoue, [Chaka, 1925], traduit du sesotho au français par Victor Ellenberger, Paris : Gallimard, 1940 et 1981, Coll “L’Imaginaire”, 269 p.
  • Condetto Nenekhaly-Camara, « Amazoulou » dans Continent-Afrique suivi de Amazoulou, [1970], Honfleur : P.J Oswald, 1970, 98 p.
  • Djibril Tamsir Niane, « Chaka » dans Sikasso ou la dernière citadelle suivi de Chaka, [1971], Honfleur : P.J Oswald, 1971, 97 p.
  • Léopold Sedar Senghor, « Chaka » dans Éthiopiques, [1956], Paris : Éditions du Seuil, 1956, 126 p.
  • Jean Sévry, Chaka, empereur des Zoulous : histoires, mythes et légendes, [1991], Paris : L'Harmattan, 1991, 251 p.
  • Tidiane N'Diaye, Mémoire d'errance, (1998) Éditions A3 Paris
  • Tidiane N'Diaye, L'Empire de Chaka Zoulou, (2000) Éditions L'Harmattan Paris
  • Tchicaya U’Tamsi, Le Zulu, [1977], Paris : Nubia, 1977, 149 p.

En anglais[modifier | modifier le code]

  • Seydou Badian, The Death of Chaka a play in five tableaux, [1961], Nairobi : Oxford University Press, 1968, 47 p.
  • A.T Bryant, Olden times in Zululand and Natal, [1929], Cape Town : C. Struik, 1965, 710 p. (Comme Fynn, Bryant a rencontré Chaka de son vivant. Ceci est son journal).
  • Nathaniel Isaacs, Travels and adventures in Eastern Africa : descriptive of the Zoolus, their manners, customs with a sketch of Natal, [1836], Cape Town : C. Struik, 1970, XXI- 349 p. (Comme Fynn et Bryant, Isaacs a rencontré Chaka de son vivant. Ceci est son journal).
  • Henry Rider Haggard, Nada The Lily, [1892], Holicong : Wilside Press, 2001, Coll Wilside Fantasy Classic, 344 p.
  • Mazisi Kunene, Emperor Shaka the great, a Zulu epic, [1979], traduit du zoulou par l’auteur, London : Ibadan, 1979, Coll African writers series, XXXVI-438 p. (Cette œuvre est un poème épique, qui mélange histoire et légende zouloue sur Chaka)
  • F. M Mulikita, Shaka Zulu, [1967], London : Heinemann, 1967, 74 p.
  • E.A Ritter, Shaka Zulu The Rise of the Zulu Empire, [1955], London : Longmans, Green and co LTD, 1957,XVI- 383 p. (Cette œuvre est un mélange de fiction et d'histoire sur Chaka)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Thomas Mofolo raconte ces événements dans son livre, Chaka
  2. Ian Knight, Warrior chiefs of Southern Africa, Firebird Books, 1994, page 49
  3. Ian Knight, Warrior chiefs of Southern Africa, Firebird Books, 1994, page 24
  4. Cf. [1], vu le 15 juillet 2010
  5. Cf. (en) Shaka Zulu sur imdb, vu le 6 novembre 2009.