Sezai Karakoç

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Sezai Karakoç, né le 22 janvier 1933[1] à Ergani (province de Diyarbakır, Turquie), est un poète[2], écrivain, intellectuel[3] et politicien turc ; c'est une figure notable de la poésie turque, et du mouvement nationaliste islamiste turc[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est né en 1933 dans une famille de tradition musulmane[1].

Il est diplômé en droit de la faculté de sciences politiques de l'université d'Ankara en 1961. Il débute sa carrière au sein du Ministère des Finances (Maliye Bakanlığı), puis obtient un poste de journaliste à Istanbul et commence à publier des périodiques[5].

Ses premiers poèmes furent publiés dans la revue Büyük Doğu (Grand Orient) éditée par Necip Fazil Kisakürek, la plus importante revue de contestation politique et sociale de l'époque[1]. Outre ses poèmes, Sezai Karakoç rédige des diverses monographies sur la culture et la poésie[5].

Dans les années 1950, il devient une figure de proue de la poésie mystique turque[1] au sein du courant de renouveau lyrique İkinci Yeni (Seconde Modernité[6] ou litt. Second Nouveau[7]).

En 1990, il fonde son propre parti politique, le Diriliş Partisi (Parti Résurrection)[8]. Dans son programme électoral il écrit : « Notre principe fondamental est la vérité. La science est la voie, la méthode est l'instrument principal qui mène à la vérité[8] ». En avril 1991, l'article 163 du code pénal qui interdisait la constitution de partis sur une base religieuse[8] est abrogé[9]. Dès lors, il organise un meeting politique à Bursa, le 14 juillet 1991. Ce dernier fut un échec, finalement, seulement une cinquantaine de personnes y assistent pour autant de policiers[8]. Il mettra fin au parti en 1997, à la suite d'un revers électoral.

En 2007, il tente une nouvelle formule avec un nouveau parti, le Yüce Diriliş Partisi (Parti de la Résurrection Suprême).

Œuvre et pensée[modifier | modifier le code]

Proche du courant poétique İkinci Yeni[6], Sezai Karakoç critique ouvertement le courant Garip qui les précède, en particulier Orhan Veli. Il rejoint la plupart des antagonistes de Garip, qui reprochaient la focalisation sur la vie urbaine à ses auteurs, perçue comme un manque de profondeur dans l'analyse de la société. Karakoç estiment les personnages d'Orhan Veli issus des fantasmes et lubies d'un jeune bourgeois, condamne l'absence d'Anatolie rurale dans ses écrits, et qualifie sa vision des vendeurs de simits et de lait maigre comme manquant de sensibilité et artificielle[10].

Les textes de Karakoç, souvent ancrés dans la réalité[1], ont des thèmes existentialistes, métaphysiques et symboliques[11].

Sezai Karakoç est un précurseur des Poètes musulmans[12], collectif qui émerge en réponse aux élites laïques au pouvoir[13]. Profondément investi par l'islam, il soutient que la poésie, ou les arts en général, sont « toujours destinés à Dieu, même quand on s'y refuse »[14]. Dans ses poèmes et essais, il entretient l'idée de renaissance des peuples islamiques, qu'il nomme « résurrection »[12]. Il entend lutter contre la perte de l'identité musulmane et l'auto-aliénation du peuple turc, qu'il désigne sous le nom d'« auto-colonisation »[15],[16]. À ce sujet, il écrira : « Il n’est pas facile de repousser l’obscurité qui s’est abattue sur nous. Il nous faut des héros dans tous les domaines. Des héros de la pensée, de l’art et de la morale »[17]. S'il plaide en faveur d'un retour de l'érudition en islam, il ne considère cependant pas l'Empire ottoman comme un âge d'or de la pensée moderniste, celui-ci serait, selon lui, plutôt à rechercher du côté l'Inde ou de l'Égypte[18],[19].

Il qualifie la conquête de Constantinople par les Turcs de victoire « de la civilisation islamique contre la civilisation occidentale, au cours de laquelle l’occidentale a été défaite[20],[21] ».

Réception et influence[modifier | modifier le code]

Il eut de l'influence sur les intellectuels nationalistes islamistes Ahmet Arvasi[22] et Fethullah Gülen[23],[24],, ainsi que sur le président de la République turque Abdullah Gül[25]. Gülen a par ailleurs organisé des cercles de lecture et des distributions des ouvrages de Karakoç[26].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Poésies

  • Körfez (Golfe), 1959
  • Sesler (Sons), 1968
  • Zamana adanmış sözler (Mots dédiés au temps), 1970
  • Ayinler (Rites), 1977
  • Şiirler VI (Poèmes VI), 1980

Pensées

  • Ruhun dirilişi (La résurrection de l'âme), 1977
  • Insanlıgın dirilişi (La résurrection de l'humanité), 1977
  • İslâmın dirilişi (La résurrection de l'islam), 1978
  • İslâm toplumunun ekonomik strüktürü (Structure économique de la société islamique), 1978

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Glenda Abramson et Hilary Kilpatrick, « Religious Perspectives In Modern Muslim And Jewish Literatures », Routledge, 2006, p. 68.
  2. Slovenská akadémia vied. Kabinet orientalistiky, « Asian and African studies », Volume 14, Numéros 1 à 2, Veda, 2005.
  3. Ümit Cizre, « Secular and Islamic politics in Turkey: the making of the Justice and Development Party », Routledge, 2008, p. 25.
  4. Füsun Türkmen, « Le gouvernement AKP en Turquie: paradoxe ou synthèse », Colloque, « Islam, Society, Modernity », Institut Egmont, Bruxelles, 7-8 Oct. 2004.
  5. a et b Talât Sait Halman, « Contemporary Turkish literature: fiction and poetry », Fairleigh Dickinson University Press, 1982, 454 pages.
  6. a et b Timour Muhidine, « La seconde modernité de la poésie turque », INALCO, dans Marc Kober, « Poésies des Suds et des Orients », Itinéraires et Contacts de cultures no 42, Éditions L'Harmattan, 2008, p. 172.
  7. Pascal Mougin et Karen Haddad-Wotling, « Ikinci Yeni (Seconde Modernité) », définition, dans « Dictionnaire mondial des littératures », Éditions Larousse, 2002.
  8. a, b, c et d Ruşen Çakır, « La mobilisation islamique en Turquie », Revue Esprit, no 184, 1992, p. 130-143.
  9. Füsun Üstel, « Les partis politiques turcs, l’islamisme et la laïcité », Cahiers d'études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, no 19, 1995, p. 4.
  10. Laurent Mignon, « A Love Bizarre: Love and Desire in the Poetry of Garip », International Journal of Turcologia, vol. 1, no 1, 2006, p. 21.
  11. Nevval Sevindi et Ibrahim M. Abu-Rabiʻ, « Contemporary Islamic conversations: M. Fethullah Gülen on Turkey, Islam, and the West », SUNY Press, 2008, p. 24.
  12. a et b Timour Muhidine, « Grand débat en Turquie sur islamisme et laïcité », Le Monde diplomatique, octobre 1994.
  13. Kamran Talattof, « The politics of writing in Iran: a history of modern Persian literature », Syracuse University Press, 2000, p. 180.
  14. Laurent Mignon, « Çağdaş Türk Şiirinde Aşk, Aşıklar, Mekanlar », Hece Yayınları, 2002, p. 130.
  15. Ğsmail Kara, « Türkiye'de slamcilik Dü üncesi », Istanbul: 3 Pinar Yayinlari, 1994, p. 383.
  16. Nergis Canefe et Tanil Bora, « Intellectual Roots of Anti-European Sentiments in Turkish Politics: The Case of Radical Turkish Nationalism », Université du Bosphore p. 140, dans Ali Çarkoğlu et Barry Rubin, « Turkey and the European Union: domestic politics, economic integration, and international dynamics », Routledge, 2003, p. 131.
  17. Serai Karakoç, « Günlük Yazilar III », Direnis Yay, Istanbul, 1975.
  18. Kasuya Gen, « The influence of al-Manar on Islamism in Turkey: the case of Mehmed Âkif », dans Stéphane A. Dudoignon, Hisao Komatsu et Yasushi Kosugi, « Intellectuals in the modern Islamic world: transmission, transformation, communication », Routledge, 2006, p. 84.
  19. Sezai Karakoç, « Mehmet Akif: Hayatı Aksiyonu, Düşünceleri ve Şiiri », Istanbul, Yağmur Yayınevi, 1968, p. 22-24.
  20. Sezai Karakoç « Istanbul’un Fethi », dans « Fatih ve Fetih », Istanbul Büyüksehir Belediyesi, Kültür Isleri Yayinlari, N.17, 1995, p. 58.
  21. Jean-François Pérouse, « La muraille terrestre d’Istanbul ou l’impossible mémoire urbaine », Rives méditerranéennes, no 16, 2003.
  22. Turcica, Volume XXX, Éditions Klincksieck, 1998, p. 213.
  23. Alex Mustafa Pekoz, « Le développement de l'Islam politique en Turquie: Les raisons économiques, politiques et sociales », Éditions L'Harmattan, 2011, p. 75.
  24. Gurkan Çelik, « The Gulen Movement: Building Social Cohesion Through Dialogue and Education », Eburon Uitgeverij B.V., 2011, p. 49.
  25. Jean-François Bayart, « L’Islam républicain Istanbul, Téhéran, Dakar : moments et connexions », AFSP, Congrès de Grenoble GRESCOP, « Républiques. Trajectoires, historicités et voyages d’un concept », 9 septembre 2009, p. 41.
  26. Yasin Aktay, « Diaspora and Stability: Constitutive Elements in a Body of Knowledge », dans Hakan Yavuz et John Louis Esposito, « Turkish Islam and the secular state: the Gülen movement », Syracuse University Press, 2003, p. 143.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]