Sexualité animale

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir sexualité (homonymie).

La sexualité animale est diverse et dépend des espèces. Certaines pratiques peuvent être rapprochées de pratiques humaines.

Une définition complexe[modifier | modifier le code]

La notion de sexualité chez les animaux diffère de celle qu'on applique généralement aux hommes. Ainsi, le Trésor de la Langue Française définit ainsi la « sexualité » chez les animaux :

« Ensemble des mécanismes physiologiques qui concourent au rapprochement des sexes et à la reproduction de l'espèce[1]. »

Alors que chez l'être humain cela désigne :

« Ensemble des tendances et des activités qui, à travers le rapprochement des corps, l'union des sexes (généralement accompagnés d'un échange psycho-affectif), recherchent le plaisir charnel, l'accomplissement global de la personnalité[1]. »

Cette notion, très psychologique, est donc difficile à appliquer telle quelle aux animaux, et la sexualité se cantonne donc le plus souvent dans le règne animal à la somme des comportements sexuels observables, sans dimension psychologique ou ontologique. Il en va de même de la sexualité prise au sens d'« orientation sexuelle »[2], qui est une définition éminemment subjective et existentialiste, notamment dans sa dimension exclusive : par exemple, si on observe des comportements homosexuels chez de nombreux vertébrés, l'« homosexualité » au sens d'attirance sexuelle exclusivement tournée vers des individus de même sexe n'a jamais été observé dans la nature.

Rites nuptiaux[modifier | modifier le code]

De nombreux animaux ont des rituels de parade amoureuse ayant surtout pour fonction de démontrer la capacité des partenaires à engendrer une progéniture saine et robuste et/ou à s'en occuper convenablement.

Ainsi, chez les macaques à longue queue (Macaca fascicularis), le mâle approche la femelle en commençant par l'épouiller et lui nettoyer le pelage. Selon une étude publiée en décembre 2007 dans la revue Animal Behavior, réalisée entre 2003 et 2005 par Michael Gumert, un spécialiste du comportement animal de l'université technologique Nanyang de Singapour, portant sur cinquante groupes de macaques à longue queue et 243 séances d'épouillage et réalisée dans le Parc national de Tanjung Puting à Kalimantan Tengah en Indonésie, on a constaté une augmentation de l'activité sexuelle après un épouillage, le nombre de rapports sexuels des femelles passant de 1,5 par heure en temps normal à 3,5. La durée du soin peut aller de quelques secondes à une demi-heure voire plus, et elle augmente si le mâle a un statut inférieur ou si le nombre de femelles est restreint[3].

Chez les manchots Adélie, les femelles chapardent à leurs partenaires des galets qu'elles utilisent pour améliorer le confort de leur nid[4].

Les dons nuptiaux, accordés par les mâles aux femelles et visant à enrichir les apports nutritionnels de ces dernières, sont fréquents chez les insectes et les araignées[5],[6],[7].

Critères définissant la culture chez l'animal[modifier | modifier le code]

Article connexe : culture (éthologie).

La culture est un ensemble de savoirs et de pratiques (règles sociales, utilisation d'outils, apprentissages sociaux…) qui, au sein d'un groupe donné, se partagent et se transmettent socialement et non par héritage génétique.

« L'exemple le plus célèbre de culture animale est le lavage de patates douces chez le macaque japonais. »

« Si une pareille variante comportementale se généralise au sein du groupe, si elle se transmet par tradition d'une génération à l'autre et si le groupe se dote ainsi d'une particularité acquise qui lui est propre, alors on est fondé de parler de culture au sens large[8]. »

Problème de l'évaluation de la nature culturelle des comportements[modifier | modifier le code]

Dans quelle mesure les comportements sexuels animaux, présentés ci-dessous, peuvent-ils être considérés comme culturels ?

Homosexualité et bisexualité animales[modifier | modifier le code]

La sexualité animale ne se limite pas à des rapports monosexuels ou hétérosexuels à intention reproductive. Ainsi, les comportements sexuels animaliers peuvent avoir différents objets et revêtir de multiples formes. Les spécialistes ont noté divers comportements analogues aux comportements humains non reproductifs tels qu'homosexualité, bisexualité ou masturbation[9].

L'homosexualité au sens large (ou comportementaliste) se définit par des rapports sexuels et/ou amoureux entre individus de même sexe[10].

Dans son livre Biological Exuberance: Animal Homosexuality and Natural Diversity paru en 1999, le chercheur Bruce Bagemihl affirme que des comportements homosexuels animaux ont été observés chez près de 450 espèces animales (essentiellement des espèces qui ont peu de dimorphisme sexuel), dans chaque grande zone géographique et chaque groupe animal, et qu'ils peuvent être séparés en 5 groupes distincts : parade amoureuse, affection, relation sexuelle, vie en couple et comportement parental[11]. Les organisateurs de l'exposition Against Nature? affirmaient que des comportements homosexuels étaient retrouvés chez la plupart des groupes de vertébrés, mais aussi parmi les insectes, les araignées, les crustacés, les octopodes et les vers parasites, le phénomène étant reporté chez près de 1500 espèces animales et bien documenté chez 500 d'entre elles[12].

Pour le professeur Thierry Lodé, de l'université de Rennes 1[13], « toutes les conduites sexuelles existent dans la nature » bien que les comportements exclusifs restent plutôt rares, l'évolution privilégiant toujours la reproduction. Toutefois, les chercheurs[14],[15],[16] pensent que le qualificatif d'homosexualité ne peut pas être appliqué au règne animal car bien que le comportement homoérotique occasionnel soit présent chez certains, l'homoxesualité au sens humain contemporain d'« attirance sexuelle exclusivement dirigée vers des partenaires de même sexe au détriment de la reproduction sexuée » n'est presque jamais observée, et ne constitue en aucun cas un acte « conscient ».

Impact dans les sociétés humaines[modifier | modifier le code]

Le sujet reste très controversé. D'une part, ces constats sont utilisés par les défenseurs des homosexuels afin de montrer que l'homosexualité n'est ni anormale ni uniquement un phénomène sociétal ou sociologique mais bien biologique, hormonal et naturel. D'autre part, certains estiment ces conclusions anthropomorphiques, et que l'homosexualité humaine n'a pas à trouver de justification à travers la sexualité animale. Dans le même sens, les comportements sexuels entre adultes et petits, observés chez les animaux ne sauraient être justifiés chez les humains.

Masturbation animale[modifier | modifier le code]

La masturbation au sens large est une pratique sexuelle consistant à stimuler les parties génitales dans le but d'obtenir ou de donner du plaisir ; cette pratique a été observée chez de nombreuses espèces, sauvages comme domestiques.

Ces observations indiquent, selon les militants pro-masturbation, que cette pratique est totalement naturelle (bien que certains opposants à la masturbation contestent ces preuves). Le sujet est donc très controversé.

Autres comportements sexuels[modifier | modifier le code]

  • Des comportements sexuels entre adultes et enfants ont été observés chez certaines espèces animales, comme les singes bonobos.
  • Une jeune otarie de Kerguelen mâle a tenté de s'accoupler avec un manchot royal (dans les Île Marion). Le manchot s'en est sorti sans dommages ; les experts en éthologie recherchent encore la raison d'un tel comportement[17].

Comportements sexuels culturels chez l'animal[modifier | modifier le code]

Un exemple de comportement sexuel de l'ordre du culturel serait chez le bonobo l'utilisation d'objet pour la masturbation[18].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie et vidéographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Article sur le TLF.
  2. Le TLF donne « Disposition, comportement spécifique (de telle personne ou catégorie humaine) dans les rapports sexuels ».
  3. (en) Do Monkeys Pay for Sex?
  4. (en) Pick up a penguin
  5. (en) Material Girls
  6. (en) Valentine Alert: Male Insects Seduce With Fake Finery
  7. (en) Give Her Cotton
  8. Klaus Immelmann, Anne Ruwet, Dictionnaire de l'éthologie, Mardaga, 1995
  9. Frans B. M. de Waal, "Bonobo Sex and Society", Scientific American, mars 1995, p. 82-88, www.songweaver.com/info/bonobos.html
  10. Il s'agit là d'une définition de l'homosexualité au sens large (donc humains compris) qui n'implique aucune affirmation quant à la possibilité pour l'animal non-humain d'éprouver des sentiments amoureux. Ce débat sur la conscience animale et les sentiments animaux étant très controversé, il n'est pas du ressort de cet article de trancher sur le sujet donc aucune affirmation ni infirmation ne pourrait être acceptée.
  11. (en) Bruce Bagemihl, Biological Exuberance: Animal Homosexuality and Natural Diversity, St. Martin's Press,‎ 1999 (ISBN 0312192398, présentation en ligne)
  12. (en) « Homosexuality in the Animal kingdom », sur http://www.nhm.uio.no, Université d'Oslo, pour l'exposition Against nature? an exhibition on animal homosexuality,‎ (consulté le )
  13. Thierry Lodé, "La guerre des sexes chez les animaux" Eds Odile Jacob, 2007.
  14. Simon LeVay, Queer Science: The Use and Abuse of Research into Homosexuality (Cambridge, Mass.: MIT Press, 1996).[réf. incomplète]
  15. Bruce Bagemihl, Biological Exuberance: Animal Homosexuality and Natural Diversity (New York: St. Martin's Press, 1999).[réf. incomplète]
  16. Antonio Pardo, "Aspectos médicos de la homosexualidad", Nuestro Tiempo, Jul.-Aug. 1995, p. 82-89.
  17. « (en) 'Sex pest' seal attacks penguin »
  18. DE WAAL Frans : De la réconciliation chez les primates, Flammarion 1992