Sexualité animale

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La sexualité animale est diverse et dépend des espèces. Certaines pratiques peuvent être rapprochées de pratiques humaines.

Sommaire

Une définition complexe [modifier]

La notion de sexualité chez les animaux diffère de celle qu'on applique généralement aux hommes. Ainsi, le Trésor de la Langue Française définit ainsi la « sexualité » chez les animaux :

« Ensemble des mécanismes physiologiques qui concourent au rapprochement des sexes et à la reproduction de l'espèce[1]. »

Alors que chez l'être humain cela désigne :

« Ensemble des tendances et des activités qui, à travers le rapprochement des corps, l'union des sexes (généralement accompagnés d'un échange psycho-affectif), recherchent le plaisir charnel, l'accomplissement global de la personnalité.[1] »

Cette notion, très psychologique, est donc difficile à appliquer telle quelle aux animaux, et la sexualité se cantonne donc le plus souvent dans le règne animal à la somme des comportements sexuels observables, sans dimension psychologique ou ontologique. Il en va de même de la sexualité prise au sens d'« orientation sexuelle »[2], qui est une définition éminemment subjective et existentialiste, notamment dans sa dimension exclusive : par exemple, si on observe des comportements homosexuels chez de nombreux vertébrés, l'« homosexualité » au sens d'attirance sexuelle exclusivement tournée vers des individus de même sexe est rarissime dans la nature.

Rites nuptiaux [modifier]

De nombreux animaux ont des rituels de parade amoureuse ayant surtout pour fonction de démontrer la capacité des partenaires à engendrer une progéniture saine et robuste et/ou à s'en occuper convenablement.

Ainsi, chez les macaques à longue queue (Macaca fascicularis), le mâle approche la femelle en commençant par l'épouiller et lui nettoyer le pelage. Selon une étude publiée en décembre 2007 dans la revue Animal Behavior, réalisée entre 2003 et 2005 par Michael Gumert, un spécialiste du comportement animal de l'université technologique Nanyang de Singapour, portant sur cinquante groupes de macaques à longue queue et 243 séances d'épouillage et réalisée dans le Parc national de Tanjung Puting à Kalimantan Tengah en Indonésie, on a constaté une augmentation de l'activité sexuelle après un épouillage, le nombre de rapports sexuels des femelles passant de 1,5 par heure en temps normal à 3,5. La durée du soin peut aller de quelques secondes à une demi-heure voire plus, et elle augmente si le mâle a un statut inférieur ou si le nombre de femelles est restreint[3].

Chez les manchots Adélie, les femelles chapardent à leurs partenaires des galets qu'elles utilisent pour améliorer le confort de leur nid[4].

Les dons nuptiaux, accordés par les mâles aux femelles et visant à enrichir les apports nutritionnels de ces dernières, sont fréquents chez les insectes et les araignées[5],[6],[7].

Critères définissant la culture chez l'animal [modifier]

Article connexe : culture (éthologie).

La culture est un ensemble de savoirs et de pratiques (règles sociales, utilisation d'outils, apprentissages sociaux…) qui, au sein d'un groupe donné, se partagent et se transmettent socialement et non par héritage génétique.

« L'exemple le plus célèbre de culture animale est le lavage de patates douces chez le macaque japonais. »

« Si une pareille variante comportementale se généralise au sein du groupe, si elle se transmet par tradition d'une génération à l'autre et si le groupe se dote ainsi d'une particularité acquise qui lui est propre, alors on est fondé de parler de culture au sens large[8]. »

Problème de l'évaluation de la nature culturelle des comportements [modifier]

Dans quelle mesure les comportements sexuels animaux, présentés ci-dessous, peuvent-ils être considérés comme culturels ?

Homosexualité et bisexualité animales [modifier]

La sexualité animale ne se limite pas à des rapports monosexuels ou hétérosexuels à intention reproductive. Ainsi, les comportements sexuels animaliers peuvent avoir différents objets et revêtir de multiples formes. Les spécialistes ont noté divers comportements analogues aux comportements humains non reproductifs tels qu'homosexualité, bisexualité ou masturbation[9].

L'homosexualité au sens large (ou comportementaliste) se définit par des rapports sexuels et/ou amoureux entre individus de même sexe[10].

Dans son livre Biological Exuberance: Animal Homosexuality and Natural Diversity paru en 1999, le chercheur Bruce Bagemihl affirme que des comportements homosexuels animaux ont été observés chez près de 450 espèces animales, dans chaque grande zone géographique et chaque groupe animal, et qu'ils peuvent être séparés en 5 groupes distincts : parade amoureuse, affection, relation sexuelle, vie en couple et comportement parental[11]. Les organisateurs de l'exposition Against Nature? affirmaient que des comportements homosexuels étaient retrouvés chez la plupart des groupes de vertébrés, mais aussi parmi les insectes, les araignées, les crustacés, les octopodes et les vers parasites, le phénomène étant reporté chez près de 1500 espèces animales et bien documenté chez 500 d'entre elles[12].

L'existence d'une homosexualité exclusive ou occasionnelle chez les oiseaux a été décrite par plusieurs auteurs de l'Antiquité : Aristote (perdrix), Athénée (colombes, perdrix), Élien (cailles), Horapollon (perdrix), Pline l'Ancien (cailles, coqs, perdrix), Plutarque (coqs). De plus, cette homosexualité animale est envisagée (même si son existence est niée) par les auteurs et/ou les textes suivants : Platon (Lois), Ovide, Pseudo-Phocylide, Plutarque, Lucien, Longus, Jean Chrysostome, Célius Aurélien, Agathias (VIe siècle), Justinien, Altercation , Vincent de Beauvais. Ces textes impliquent une perception ancienne du concept d'homosexualité, ce qui contredit a priori la thèse constructiviste.

Observations [modifier]

Les bonobos [modifier]

Le bonobo est une espèce dont la bisexualité est un fait d'observation. Les mâles comme les femelles s'adonnent fréquemment à des relations avec le même sexe ou avec le sexe opposé, avec des individus matures et immatures sexuellement. Le sexe a une fonction d'apaisement des tensions très importantes chez les bonobos ainsi que d'apprentissage[13].

Les manchots [modifier]

En 2005, six manchots de Humboldt mâles du zoo de Bremerhaven (Allemagne) avaient défrayé les chroniques en formant trois couples homosexuels[14] et en "adoptant" des cailloux comme œufs. Les instances du zoo avaient essayé d'introduire des manchots femelles pour qu'ils s'accouplent mais les couples homosexuels se sont maintenus[15].

Des cas similaires ont été observés, comme deux manchots nommées Wendell et Cass au zoo de New York[16].

Autres [modifier]

Le chercheur Bruce Bagemihl a observé des dauphins mâles qui se frottaient les uns aux autres. Les orques, les lamantins ainsi que les girafes se livreraient à des orgies sexuelles entre mâles, comme plus de 450 espèces vertébrées. Selon Thierry Lodé, il apparaît également que de nombreuses espèces (lions, putois) montrent des pratiques largement bisexuelles. Plusieurs chercheurs ont aussi observé des préférences homosexuelles chez les moutons[17]. La sexualité exclusive reste rare dans la nature et la diversité des comportements seraient largement privilégiée par l'évolution biologique et le conflit sexuel. Un autre scientifique, Paul Vasey, a également identifié des comportements lesbiens chez les macaques[18].

Chez certaines espèces de lézards se reproduisant par parthénogenèse, une homosexualité exclusive des femelles a été observée (les mâles ayant disparu chez cette espèce). Ce comportement est nécessaire à la réalisation de l'ovulation. Aucun cas d'homosexualité exclusive des femelles n'a été décrit chez les espèces animales où les mâles sont présents[19],[20].

Impact dans les sociétés humaines [modifier]

Le sujet reste très controversé. D'une part, ces constats sont utilisés par les défenseurs des homosexuels afin de montrer que l'homosexualité n'est ni anormale ni uniquement un phénomène sociétal ou sociologique mais bien biologique, hormonal et naturel. D'autre part, certains estiment ces conclusions anthropomorphiques, et que l'homosexualité humaine n'a pas à trouver de justification à travers la sexualité animale. Dans le même sens, les comportements sexuels entre adultes et petits, observés chez les animaux ne sauraient être justifiés chez les humains.

Masturbation animale [modifier]

La masturbation au sens large est une pratique sexuelle consistant à stimuler les parties génitales dans le but d'obtenir ou de donner du plaisir ; cette pratique a été observée chez de nombreuses espèces, sauvages comme domestiques.

Ces observations indiquent, selon les militants pro-masturbation, que cette pratique est totalement naturelle (bien que certains opposants à la masturbation contestent ces preuves). Le sujet est donc très controversé.

Autres comportements sexuels [modifier]

  • Des comportements sexuels entre adultes et enfants ont été observés chez certaines espèces animales, comme les singes bonobos.
  • Une jeune otarie de Kerguelen mâle a tenté de s'accoupler avec un manchot royal (dans les Île Marion). Le manchot s'en est sorti sans dommages ; les experts en éthologie recherchent encore la raison d'un tel comportement[21].

Comportements sexuels culturels chez l'animal [modifier]

Un exemple de comportement sexuel de l'ordre du culturel serait chez le bonobo l'utilisation d'objet pour la masturbation[22].

Voir aussi [modifier]

Bibliographie et vidéographie [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. a et b Article sur le TLF.
  2. Le TLF donne « Disposition, comportement spécifique (de telle personne ou catégorie humaine) dans les rapports sexuels ».
  3. (en) Do Monkeys Pay for Sex?
  4. (en) Pick up a penguin
  5. (en) Material Girls
  6. (en) Valentine Alert: Male Insects Seduce With Fake Finery
  7. (en) Give Her Cotton
  8. Klaus Immelmann, Anne Ruwet, Dictionnaire de l'éthologie, Mardaga, 1995
  9. Frans B. M. de Waal, "Bonobo Sex and Society," Scientific American, Mar. 1995, pp. 82-88, www.songweaver.com/info/bonobos.html
  10. Il s'agit là d'une définition de l'homosexualité au sens large (donc humains compris) qui n'implique aucune affirmation quant à la possibilité pour l'animal non-humain d'éprouver des sentiments amoureux. Ce débat sur la conscience animale et les sentiments animaux étant très controversé, il n'est pas du ressort de cet article de trancher sur le sujet donc aucune affirmation ni infirmation ne pourrait être acceptée.
  11. (en) Bruce Bagemihl, Biological Exuberance: Animal Homosexuality and Natural Diversity, St. Martin's Press, 1999 (ISBN 0312192398) [présentation en ligne] 
  12. (en) Homosexuality in the Animal kingdom, sur http://www.nhm.uio.no, Université d'Oslo, pour l'exposition Against nature? an exhibition on animal homosexuality, 10 octobre 2006. Consulté le 27 juin 2008
  13. Voir par exemple (en) Context and Development of Sexual Behavior of Wild Bonobos (Pan paniscus) at Wamba, Zaire, Chie Hashimoto, International Journal of Primatology, Vol. 18, No. 1, 1997. Voir aussi l'article bonobos pour plus de détails et références
  14. a priori ce sont des couples fidèles mais ce n'est qu'une hypothèse car des opposants contestent une telle affirmation
  15. (en) Article sur les manchots du zoo de Bremerhaven
  16. (en) sur les manchots du zoo de New York
  17. (en) Endocrinology, 2004.
  18. (en) Paul Vasey, Homosexual behavior in primates: A review of evidence and theory, International Journal of Primatology, 16, 173-204, 1995.
  19. J. Roughgarden, Evolution's Rainbow, U. C. Press, 2004, cité dans La Recherche, octobre 2007.
  20. Entretien avec J. Roughgarden.
  21. (en) 'Sex pest' seal attacks penguin
  22. DE WAAL Frans : De la réconciliation chez les primates, Flammarion 1992