Seul dans Berlin

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Seul dans Berlin
Auteur Hans Fallada
Genre récit/roman
Version originale
Titre original Jeder stirbt für sich allein
Langue originale Allemand
Pays d'origine Allemagne
Date de parution originale 1947
Version française
Traducteur Alain Virelle et André Vandevoorde
Éditeur Plon
Collection Feux croisés
Date de parution 1967

Seul dans Berlin est un roman de Hans Fallada publié en 1947 à Berlin-Est. Il évoque la résistance allemande au régime nazi et les conditions de survie des citoyens allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est fondé sur l'histoire réelle de Otto (de) et Elise (de) Hampel (en), exécutés le 08 avril 1943 à la prison de Plötzensee pour des actes de résistance et dont le dossier à la Gestapo a été transmis à Hans Fallada après la guerre.

Avec réalisme, ce roman dénonce la barbarie et la cruauté du Troisième Reich, les bassesses de la nature humaine soumise à la peur et à la haine et met en valeur le courage de quelques-uns qui, pour rester en accord avec leur conscience et contribuer à la destruction de ce régime, ont été prêts à donner leur vie.

De Seul dans Berlin, Primo Levi disait, dans Conversations avec Ferdinando Camon, qu'il était « l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie ».

Les personnages[modifier | modifier le code]

Seul dans Berlin raconte la vie de gens ordinaires d'un immeuble de Berlin. À travers les histoires de ces personnages, c'est toute la société allemande qui apparaît ; du sous-sol au 3° étage, vivent là :

  • Emil Borkhausen, trafiquant, mouchard et proxénète de son épouse ;
  • l'ancien magistrat Fromm, en retraite depuis quelques années, et qui a perdu sa fille en 1933 ;
  • la famille Persicke, tous nazis convaincus, dominés par le plus jeune fils, Bruno/Baldur, des Jeunesses hitlériennes, futur cadre du Parti alors même que ses frères plus âgés sont dans la SS ;
  • Otto Quangel, contremaître dans une menuiserie, et son épouse au foyer Anna;
  • Lore/Sara Rosenthal, juive, ancienne commerçante, dont le mari est en prison pour détention d'avoirs à l'étranger.

D'autres personnages interviennent de façon importante dans le roman :

  • Trudel Baumann, fiancée du fils des Quangel ;
  • Eva Kluge, postière, membre du Parti, qui vit séparée de son mari, Enno, affecté spécial dans l'armement, perpétuellement en congé maladie et qui traîne dans divers cafés des bas-fonds de Berlin ;
  • le commissaire Escherich, de la Gestapo, auparavant membre de la Police criminelle, dont le supérieur immédiat est le général SS Prall.

Le récit[modifier | modifier le code]

Il commence le mardi 25 juin 1940, dans la période d'euphorie qui suit la signature de l'armistice par la France (22 juin). Tandis que les Persicke fêtent l'événement avec beaucoup d'alcool, les Quangel apprennent la mort de leur fils unique. Dans l'après-midi, Otto Quangel subit une réunion de travail en vue de doubler la production de l'entreprise en 6 mois et perd sa fonction au Front du Travail au profit d'un de ses ouvriers, un nazi tire-au-flanc.

L'histoire de Lore Rosenthal[modifier | modifier le code]

Le même jour, Borkhausen décide d'extorquer quelque chose à Mme Rosenthal, avec la complicité d'Enno Kluge ; comme elle est absente, tous deux s'enivrent dans son appartement et sont surpris par les Persicke qui envisagent de prendre leur part du butin, mais sont eux-mêmes surpris par le conseiller Fromm assisté d'Otto Quangel. Lore Rosenthal est mise à l'abri chez le conseiller Fromm, mais ne supportant pas une situation d'enfermement, finit par retourner chez elle. Sur la dénonciation de Bruno Persicke, un commissaire de la Gestapo vient l'interroger ; Lore Rosenthal s'échappe de ce traquenard en se suicidant.

L'histoire d'Eva Kluge[modifier | modifier le code]

Après sa tournée de factrice (au cours de laquelle elle a porté la lettre fatidique aux Quangel), elle doit se débarrasser de son mari revenu chez elle pour l'exploiter, mais, par malveillance, il lui apprend que leur fils aîné s'est livré à des exactions contre des enfants juifs en Pologne. Le lendemain, elle donne sa démission du Parti nazi et est suspendue de son emploi à la Poste. Elle quitte Berlin pour se réfugier chez sa sœur à la campagne. Là, elle finira par épouser un instituteur et sauvera de la déchéance un délinquant qui a aussi fui Berlin (Kuno, fils d'Emil Borkhausen).

La rébellion des Quangel[modifier | modifier le code]

Après avoir coupé tout lien avec Trudel Baumann, Otto Quangel se livre à une longue réflexion et dévoile finalement à son épouse son projet d'écrire des cartes de résistance au nazisme. La première carte est déposée au début de juillet et atterrrit très rapidement à la Gestapo où le cas est confiée à Escherich. Le récit avance alors de 6 mois, à janvier 1941. Les Quangel ont écrit et déposé 48 cartes, dont 44 sont venues aux mains d'Escherich. Celui-ci se borne à porter des drapeaux sur un plan de Berlin et à attendre une erreur de l'auteur des cartes. Il reçoit alors une réprimande du SS Prall. L'affaire des cartes croise alors la route d'Enno Kluge.

L'histoire d'Enno Kluge[modifier | modifier le code]

Alors qu'il attend son tour pour consulter un médecin, une carte est déposée dans des conditions telles, qu'il apparaît comme un possible suspect. Il est pris en charge par le commissaire Escherich, qui comprend rapidement qu'Enno n'a rien à voir avec l'affaire des cartes, mais décide de l'intégrer dans un montage afin de satisfaire Prall. Enno échappe cependant à la surveillance des agents d'Escherich, qui lance alors Borkhausen à sa recherche. Borkhausen réussit à le localiser et le remet à Escherich. Pour couper court à une opération très mal commencée, Escherich élimine Enno en le poussant à se suicider.

L'histoire du commissaire Escherich[modifier | modifier le code]

On passe alors au printemps 1942. A la Gestapo, l'affaire des cartes (267 ont été transmises) revient au premier plan et Escherich est de nouveau suspecté de manquer de combattivité. Au cours d'une réunion d'état-major, il demande un peu ironiquement que l'affaire soit transmise à un de ses collègues. Cette attitude est mal prise par les SS ; Escherich est mis en état d'arrestation et enfermé dans un cachot où il va subir pendant 3 semaines le sort des "traîtres". Durant cette période, son remplaçant se montre cependant encore moins compétent ; aussi, Prall décide de récupérer Escherich, tout en lui promettant de le renvoyer au cachot en cas de besoin.

Durant cette période, Otto Quangel accumule les erreurs, mais il persiste dans son projet et finit par être arrêté. Il essaie d'abord de nier, puis s'effondre dans le bureau d'Escherich en constatant que pratiquement toutes ses cartes ont été rapportées. Emmené au cachot, il subit une cérémonie d'humiliation[1] par Prall et plusieurs SS, qui forcent Escherich à y participer. Celui-ci, impressionné par la force d'âme de Quangel alors que les SS lui apparaissent désormais comme des bêtes immondes, ne se voyant plus continuer à traquer des innocents, se suicide le soir même dans son bureau[2]. En fin de compte, il est "le seul être humain qui ait été converti par les cartes de Quangel".

La mort des Quangel[modifier | modifier le code]

Otto et Anna passent quelques semaines dans les geôles de la Gestapo ; leur arrestation entraîne celle de Trudel Baumann et de son époux, Karl, ainsi que du frère d'Anna. Celui-ci, totalement inoffensif, sombrera dans la folie douce et sera donc éliminé par principe. Karl, traumatisé crânien lors de l'arrestation, meurt sans sortir du coma et Trudel se suicide en prison. Otto et Anna sont ensuite transférés en prison préventive pour l'instruction de leur affaire : période relativement reposante après l'enquête policière. Puis c'est le jugement, la condamnation à mort, le transfert à la prison de Plotzensee et l'attente de l'exécution. Otto est effectivement exécuté tandis qu'Anna, qui semble avoir été oubliée par les autorités, meurt au cours d'un bombardement allié sans avoir appris la mort d'Otto.

Persicke et Borkhausen[modifier | modifier le code]

Le père Persicke, ayant sombré dans l'alcoolisme et ayant commis des malversations, se trouve dans un service de désintoxication. Son fils Bruno, devenu cadre du Parti, lui rend visite et suggère ensuite fortement au médecin de procéder à une élimination souhaitée par toute la famille.

Borkhausen, après une minable tentative de vol, est condamné à deux ans de prison. Dans la dernière scène du roman, on le retrouve en 1946, dans le village où Eva Kluge et Kuno Borkhausen ont trouvé refuge. Kuno est devenu un travailleur de la terre, tout disposé à tenir une ferme. Borkhausen essaie de l'apitoyer mais est rejeté catégoriquement. Kuno ne veut plus rien avoir affaire avec lui.

Éditions[modifier | modifier le code]

Allemagne[modifier | modifier le code]

  • 1947, Aufbau Verlag (maison d'édition localisée dans la Zone soviétique d'occupation) : Jeder stirbt für sich allein

URSS[modifier | modifier le code]

  • 1948, Éd. Иностранная литература : Каждый умирает в одиночку

France[modifier | modifier le code]

États-Unis et Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Le roman n'a été publié que très récemment en anglais :

  • 2009, Melville House Publishing (USA), Everyman Dies Alone. Cette édition comporte des éléments du dossier de police des époux Hampel, notamment quelques-unes des cartes qu'ils avaient diffusées.
  • 2009, Penguin Books (UK), Alone in Berlin

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Le livre a été porté à l'écran plusieurs fois :

Adaptation théâtrale[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Chacun des participants doit casser un verre rempli de schnaps sur la tête d'Otto. Il est probable qu'Otto représente à ce moment Jésus humilié par la soldatesque romaine en devant porter une couronne d'épines.
  2. Il est probable qu'Escherich représente ici Judas. Otto Quangel lui a d'ailleurs dit : "Vous faites cela pour seulement pour de l'argent, et non pas parce que vous y croyez".