Serpent (musique)

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Serpent, Museu de la Música de Barcelona

Le serpent est un instrument à vent grave, à perce conique et dont l'embouchure est appelée "bouquin". Bien qu'il soit en bois recouvert de cuir, il fait partie de la famille des cuivres, en raison de son procédé d'émission du son : le musicien fait vibrer ses lèvres dans cette embouchure, comparable à celle des cuivres actuels et de taille proche de celle du trombone. Il est en fait la basse du cornet à bouquin, instrument connu dès le XVe siècle. Sa perce est plus large.

L'instrument se présente sous forme de S, particularité qui lui a donné son nom. Il est percé de six trous, ce qui permet de jouer toute l'échelle chromatique dans un registre proche de la voix de baryton (située entre le ténor et la basse). Il comporte, à son extrémité, un bocal métallique (ou branche d'embouchure), sur lequel s'adapte l'embouchure souvent faite en ivoire ou en corne.

Dans un grand espace comme celui d'une église, son timbre se marie merveilleusement avec la voix humaine, qu'il amplifie.

En tant que basse d'un ensemble instrumental, il peut, dans une certaine mesure, être considéré comme l'ancêtre du tuba.


Origines[modifier | modifier le code]

Dans ses Mémoires concernant l’Histoire ecclésiastique et civile d'Auxerre (1743), seul écrit connu proposant une date précise d'invention du serpent, l'abbé Jean Lebeuf (1687-1760) attribue l'invention du serpent à un chanoine d'Auxerre, Edme Guillaume. Il date cette invention de 1590. L'auteur ne cite malheureusement aucune source. L'origine du serpent reste, en l'absence de documents précis, difficile à définir. Vers 1641, à la cathédrale d'Orléans, le « sonneur de serpent » était « M[aîtr]e Henri Malis, choriste »[1]. Dans Histoire d'une église : Monographie Historique et descriptive de l'Eglise Bénédictine de Saint-Seine-l'Abbaye, par Henri Chabeuf, le serpent est cité, à propos de la cérémonie des 5 et 6 septembre 1650, au cours de laquelle les reliques de Saint-Seine furent transférées dans une nouvelle chasse. Il est dit alors : « La musique de la Sainte Chapelle de Dijon, composée de seize voix, deux serpents et un cornet, était placée sur le jubé », etc...

Le serpent a longtemps accompagné le chant liturgique et le chœur dont il renforçait la partie grave lors des offices religieux[2],[3]. Il fut donc, pendant plus de deux siècles, essentiellement voué au soutien des formations vocales religieuses. Pour cela, il restera un des instruments principaux à l'église jusque vers 1830, époque où il fut petit à petit remplacé par d'autres instruments, d'abord par l'ophicléide puis par l'orgue (jusqu'au milieu du XIXe siècle et au-delà, l'orgue n'accompagnait pas le chant mais dialoguait avec lui ou jouait seul).

Dès le XVIIIe siècle, le serpent connaît, en parallèle à cette fonction religieuse, une utilisation toute différente au sein des musiques militaires. Il va devenir un des instruments principaux de ces formations proches de l'orchestre d'harmonie actuel. Cette nouvelle fonction induit une évolution technique de l'instrument. Sa forme change pour permettre une meilleure prise en main lors des défilés à pieds ou pour jouer à cheval. L'ajout de clés permet une meilleure intonation (une meilleure justesse puisque les trous sont alors placés dans des endroits difficiles d'accès) et une plus grande virtuosité. De très nombreuses œuvres sont écrites pour le serpent en tant qu'instrument militaire.

Au XIXe siècle le serpent est également utilisé dans l'orchestre symphonique. Ce nouvel emploi est souvent lié à la forte charge symbolique religieuse de l'instrument ; Mendelssohn lui confie une partie dans l'orchestre de son oratorio Paulus ; Berlioz, très injustement critique pour les qualités intrinsèques d'un instrument déjà en perte de vitesse, l'utilise de manière caricaturale dans le Dies irae de la Symphonie fantastique (1830), manifeste musical du mouvement romantique.

En Bretagne et en Normandie, le serpent est utilisé dans quelques églises jusqu'à la Première Guerre mondiale.

Dans le cadre de la réhabilitation du serpent, un colloque (intitulé Le Serpent sans sornettes), a eu lieu les 6 et 7 septembre 2011, aux Invalides, à Paris[4].

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Après un abandon progressif dès le milieu du XIXe siècle, le serpent est redécouvert vers les années 1980, tout d'abord en Angleterre par Christopher Monk, qui est le premier à fabriquer des serpents sur un modèle du facteur français Baudoin. En France, ce sont Bernard Fourtet puis Michel Godard qui le ré-introduisent dans la musique ancienne, et ensuite, dans le jazz. On peut encore l'entendre joué par Volny Hostiou. Il apparaît également dans le clip de Frontier Psychiatrist de The Avalanches.

Dans la tradition de Berlioz, Bernard Herrmann, compositeur lié au réalisateur Alfred Hitchcock, emploie cet instrument dans la musique du film La Sorcière blanche[5].

Discographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Godard, Le Chant du Serpent, Label La Lichère (LLL 37), Night and Day Distribution.
  • Volny Hostiou, Le Serpent imaginaire, Hybrid'music 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Le serpent par l'iconographie musicale aux XVIII° & XIX° siècles :

  • Collection d'images d'instruments de musique en usage aux armées : [2]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. HERLUISON (Henri) et LEROY (Paul), Notes artistiques…, pp. 783-784, 786 (note 1).
  2. Le grand bourgeois Guy de Maupassant, dans La maison Tellier, en fait une description très ironique, dont la condescendance confine au mépris et à l'incompréhension, à une époque marquée par la décadence dans les usages vocaux et instrumentaux : « Devant le lutrin [pupitre qui permet de lire et chanter à plusieurs, dans une église], trois hommes debout chantaient d'une voix pleine. Ils prolongeaient indéfiniment les syllabes du latin sonore, éternisant les Amen avec des a-a indéfinis, que le serpent soutenait de sa note monotone poussée sans fin, mugie par l'instrument de cuivre à large gueule. »
  3. L'ironie et la suffisance sont les mêmes chez Boucher de Perthes, dans Sous dix rois : Souvenirs de 1791 à 1860 - Volume 5 (1863) « J'étais allé à Épagne avec mon frère, pour y voir le curé. Deux cents pas avant d'arriver au presbytère, nous entendons des sons comme nous n'en avions jamais entendus. Nous savions que le curé était musicien, mais ceci était-ce de la musique ? Telle était la question. Nous approchons ; le problème était plus bruyant, mais non plus clair ni plus facile à résoudre. Nous entrons et trouvons trois amateurs, y compris le curé, faisant un trio ... devinez de quoi ?... de serpent. Vous pouvez juger de l'agrément. Aussi me suis-je souvenu de l'histoire de ce paysan picard qui, interrogé sur ce qu'il avait remarqué de plus beau dans la cathédrale d'Amiens, disait : "J'ai vu un homme qui tenait une bête ; il lui mordait la queue et lui chatouillait le ventre, et elle beuglait ! elle beuglait !
  4. Il était organisé par le CNRS et le musée de l’Armée, avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Société Française de Musicologie
  5. EUGENE Jean-Pierre, La Musique dans les films d'Alfred Hitchcock, Paris, Dreamland, 2000