Sergueï Eisenstein

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Sergueï Eisenstein

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Sergueï Eisenstein en 1935.

Nom de naissance Сергей Михайлович Эйзенштейн
Naissance 10 janvier 1898
Riga, Gouvernement de Livonie, Empire russe
Nationalité Drapeau Soviétique
Décès 11 février 1948 (à 50 ans)
Moscou, RSFSR, URSS
Profession Réalisateur
Films notables La Grève,
Le Cuirassé « Potemkine »,
Octobre : Dix jours qui secouèrent le monde,
La Ligne générale,
Alexandre Nevski
Ivan le Terrible

Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein (en russe : Сергей Михайлович Эйзенштейн), né le 10 janvier 1898[1] ou le 23 janvier 1898[2] à Riga (gouvernement de Livonie, aujourd'hui Lettonie) et mort le 11 février 1948 (à 50 ans) à Moscou, est un réalisateur russe de la période soviétique. Il est souvent considéré comme un des « pères du montage » avec D. W. Griffith et Abel Gance.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Sergueï Eisenstein dans les années 1910

Le père d'Eisenstein, Mikhaïl Eisenstein, est ingénieur municipal de la ville de Riga et exerce plus tard la même fonction à Petrograd. Il réalise de remarquables ensembles architecturaux dans le style « Art nouveau », en particulier à Riga. Sa mère déménage à Paris lorsqu'il a douze ans.

En 1915, il entre à l'Institut des ingénieurs civils de Petrograd. En 1917, il abandonne ses études et s'engage dans l'Armée rouge[3]. Eisenstein ne s'engage pas politiquement en octobre 1917 lors de la révolution d'Octobre, mais au début de la guerre civile. Il sert dans l'Armée rouge comme ingénieur.

Du théâtre au cinéma[modifier | modifier le code]

Démobilisé en 1920, Eisenstein devient metteur en scène et décorateur de théâtre (voir "Le Mexicain" de Jack London). Il fait une rencontre déterminante avec Meyerhold, qui dirige le Théâtre Proletkult de Moscou. Son influence sera grande sur les innovations apportées par Eisenstein aux montages (son concept de montage intellectuel en particulier). Il fait ses débuts au cinéma en 1923, avec Le Journal de Gloumov, un petit film burlesque inséré dans une représentation théâtrale et publie, la même année, ses premiers écrits théoriques sur le « montage-attraction ». La Russie nouvelle a besoin de propagandistes. Les artistes, notamment les caricaturistes, peuvent faire se rallier les masses illettrées au combat des Bolcheviks. Alors Eisenstein peint des bannières, des affiches sardoniques, sarcastiques, bien dans son humeur.

Il est un pionnier de l'utilisation de plusieurs techniques cinématographiques dont le montage des attractions, qu'il explique dans ses écrits théoriques et qui eurent une grande influence dans l'histoire du cinéma.

Dans ses premiers films, il n'utilise pas d'acteurs professionnels. Ses récits évitent les personnages individuels pour se concentrer sur des questions sociales notamment les conflits de classe. Les personnages sont stéréotypés. Eisenstein est loyal envers les idéaux du communisme prônés par l'Union soviétique de Joseph Staline et du Komintern. Ce dernier comprend très bien le pouvoir des films en tant qu'outils de propagande, et il considère Eisenstein comme une figure controversée (référence souhaitée). La popularité et l'influence d'Eisenstein fluctuent en fonction du succès de ses films. En 1925, il tourne Le Cuirassé « Potemkine ». La célèbre scène de la poussette descendant l'escalier est filmée le 22 septembre à Odessa. C'est la commission, chargée par le Comité central du Parti communiste d'organiser le jubilé de la révolution manquée de 1905, et qui comprend dans ses rangs le commissaire du peuple à l'Instruction publique Lounatcharski et le peintre Malevitch, qui a désigné Eisenstein pour réaliser un film commémoratif. Faute de temps, le réalisateur ne pourra traiter la totalité des événements, mais seulement l'un d'entre eux, la mutinerie intervenue sur le cuirassé. Parfois, il n'obtient pas la reconnaissance pour son travail, par exemple pour le film Octobre : Dix jours qui secouèrent le monde pour le dixième anniversaire de la prise du pouvoir par les bolcheviks.

L'acteur kabuki Sadanji Ichikawa et Sergueï Eisenstein, en 1928.

Tout l'art de Sergueï Eisenstein s'exprime à travers ses montages uniques et l'utilisation de ce que les critiques nommeront « le cinéma-poing », forme d'expression s'opposant au « cinéma-œil » de Dziga Vertov. L'enchaînement des images crée un sens intrinsèque, notamment par l'utilisation de dominantes. Montage, rythmique, utilisation des couleurs mais surtout choix strict de la luminosité forment un nouveau langage cinématographique. Eisenstein théorisera tout au long de sa vie sur le cinéma, ses techniques, ses possibilités. Ainsi, alors qu'il a réalisé la quasi-totalité de ses films en muet, il publie avec Alexandrov et Poudovkine un article manifeste sur le cinéma sonore en 1928 (premier film parlant en 1938).

Voyages en Europe et aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Accompagné de son opérateur Edouard Tissé et de son assistant Grigori Alexandrov, il quitte l'URSS, officiellement au service de son pays, pour découvrir les techniques du cinéma sonore, et parcourt l'Europe avant de partir aux États-Unis. Il participe entre autres à un congrès de cinéastes indépendants à La Sarraz en Suisse, donne une conférence polémique, malgré l'interdiction du film La Ligne générale[4], à la Sorbonne, parcourt le Midi de la France, etc. Pendant ce temps-là, Alexandrov et Tissé, pour se faire un peu d'argent tout en travaillant un peu la partie sonore, acceptent de tourner ce qui sera Romance sentimentale, moyen métrage où l'on peine à retrouver la patte d'Eisenstein (peut-être dans les inserts d'animations ?).

En 1930, Paramount Pictures invite Eisenstein à Hollywood avec un contrat de cent mille dollars. Il arrive à New York le 20 mai. Paramount veut lui faire faire une version filmée sur La Tragédie américaine de Theodore Dreiser, mais des désaccords profonds apparaissent quant au discours et au thème du film, et l'amènent à partir en octobre. Josef von Sternberg finit le film.

Escapade au Mexique[modifier | modifier le code]

Charles Chaplin l'introduit auprès d'Upton Sinclair qui réussit à dégager des fonds pour la réalisation d'un film sur le Mexique. Eisenstein part au Mexique avec Edouard Tissé et Grigori Alexandrov où ils essaient de produire un documentaire en partie dramatisé intitulé Que Viva Mexico!. Avant qu'il ne soit terminé, Upton Sinclair stoppe la production, et Staline dans un même temps exige qu'Eisenstein retourne en Union soviétique. Ce dernier, avant de quitter le sol américain, monte rapidement quelques rushes pour les montrer à un petit auditoire. Upton Sinclair doit lui faire suivre les bobines à Moscou. Mais elles ne furent jamais envoyées. En 1933 à New York, un premier montage est réalisé par Sol Lesser, sans intervention d'Eisenstein, et exploité sous le titre Tonnerre sur le Mexique. Depuis plusieurs versions ont été créées, plus ou moins proches des intentions initiales d'Eisenstein. Que Viva Mexico! est considéré pour cela comme un film maudit, bien que ce fut de son propre aveu son préféré, en esprit.

Retour en URSS[modifier | modifier le code]

L'incursion en Occident rend Staline plus suspicieux à l'égard d'Eisenstein, méfiance qui gagne la nomenklatura. La bureaucratie impose l'annulation des deux projets suivants et un superviseur « officiel » lui est adjoint pendant la création d'Alexandre Nevski.

Le film suivant, tourné entre 1942 et 1944, Ivan le terrible, a l'approbation de Staline pour la première partie au point qu'Eisenstein reçoit le Prix Staline en 1945. La deuxième partie, terminée en 1946, est en revanche censurée jusqu'en 1958, car Ivan n'y est plus décrit comme un héros mais comme un tyran paranoïaque. La troisième partie, commencée en 1946 et restée inachevée, est confisquée et en partie détruite. La deuxième partie dispose de scènes en couleurs (la fête finale), grâce à une récupération de pellicule Agfacolor nazie après la chute de Stalingrad.

Celui qui écrivit que « le cinéma, bien sûr, est le plus international des arts »[5]meurt à la suite d'une hémorragie le 10 (ou 11) février 1948 et est enterré au cimetière de Novodevitchi. Son épouse meurt en 1965.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Longs métrages[modifier | modifier le code]

Courts métrages[modifier | modifier le code]

Autres pratiques[modifier | modifier le code]

Eisenstein dessinateur[modifier | modifier le code]

  • Eisenstein a été un dessinateur très prolifique, bien que cette facette de son activité soit encore très peu connue. Dès l'âge de dix ans, il s'adonne au dessin, et ce jusqu'à sa mort, sauf de 1924 à 1930, où il cesse pratiquement de dessiner. On évalue sa production graphique à environ dix mille dessins, dont seulement quelques centaines ont été publiés. Le reste demeure aux Archives littéraires et artistiques d'État (RGALI), à Moscou. Malheureusement, ils sont assez inaccessibles.

Pour découvrir l'univers graphique d'Eisenstein, voici une petite bibliographie :

  • Dessins Secrets, Éditions du Seuil
  • Eisenstein, the body of the line, Fondation Langlois (CD-Rom)
  • Eisenstein, dessins et esquisses, Cahiers de l'Étoile, Cahiers du Cinéma

Eisenstein théoricien[modifier | modifier le code]

Eisenstein a également été un grand théoricien, dont les écrits restent encore mal connus à cause de leur caractère largement inédit et par l'absence de traduction en français pour un grand nombre d'entre eux.

Si Eisenstein est célèbre pour sa théorie du montage, il l'est moins pour le reste, notamment pour ses écrits extra-cinématographiques et pour ses méthodes d'enseignement où les exercices et les exemples s'appuyaient sur des traductions littéraires comme celle du Père Goriot d'Honoré de Balzac[6], de Crime et Châtiment de Fiodor Dostoïevski [7], et de beaucoup d'autres écrivains importants.

Eisenstein théorise les "lois du mouvement" issues de la biomécanique de Meyerhold. (Meyerhold: A Revolution in Theatre, and: Meyerhold, Eisenstein and Biomechanics: Actor Training in Revolutionary Russia (review),Theatre Journal - Volume 48, Number 4, December 1996, pp. 519–521)

Personnage à la culture colossale et protéiforme, Eisenstein théorise aussi bien sur les mathématiques chinoises que sur les sciences cognitives, sur l'art des Ambulants russes que sur celui du XIXe siècle français, sur la danse comme sur la littérature française, sur l'anthropologie mexicaine comme sur les idéogrammes japonais...

Voici une bibliographie d'écrits théoriques traduits en français :

  • S. M. Eisenstein, Réflexions d'un cinéaste, Éditions en langues étrangères, Moscou, 1958.
  • S. M. Eisenstein, Au-delà des étoiles, Union générale d'éditions, 1974.
  • S. M. Eisenstein, La Non-Indifférente nature, Paris : Union générale d'éditions, 1975/1978.
  • S. M. Eisenstein, Mémoires, Union générale d'éditions, 1978/79.
  • S. M. Eisenstein, Cinématisme, Éditions Complexe, 1980.
  • S. M. Eisenstein, Eisenstein, le mouvement de l'art, Éditions du Cerf, 1986.
  • S. M. Eisenstein et Vladimir Nijny, Leçons de mise en scène, La Fémis, collection écrits/écrans, 1989.
  • S. M. Eisenstein, Walt Disney, Strasbourg, Circé, 1991
  • S. M. Eisenstein, MLB, plongée dans le sein maternel, Hoëbeke, 1999.
  • S. M. Eisenstein, Les Écrits mexicains de S. M. Eisenstein, L'Harmattan, 2001.
  • S. M. Eisenstein, Dickens & Griffith (Genèse du gros plan), Stalker Éditeur 2007

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie sur Eisenstein[modifier | modifier le code]

  • Léon Moussinac, Serge Eisenstein, Seghers, 1964.
  • Dominique Fernandez, Eisenstein, Grasset, 1975.
  • Marie-Claire Ropars-Wuilleumier, Pierre Sorlin, Octobre : écriture et idéologie, Éd. Albatros, 1976.
  • Jean Mitry, S. M. Eisenstein, Éditions universitaires, 1978.
  • Jacques Aumont, Montage Eisenstein, Paris : Albatros, 1979, rééd. Images Modernes, 2005.
  • Barthélémy Amengual, Que viva Eisenstein!, Lausanne : L'Age d'homme, 1980.
  • Kristin Thompson, Eisenstein's « Ivan the terrible »: a neoformalist analysis, Princeton University Press, 1981.
  • I disegni di Eisenstein, a cura di Pier-Marco De Santi Laterza, 1981.
  • Jay Leyda Eisenstein at work, Pantheon books, The museum of modern art, 1982.
  • Francois Albera, Eisenstein et le constructivisme russe, Lausanne, l'Age d'homme, 1990.
  • Pietro Montani a cura di, Sergej Ejzenstejn: oltre il cinema, Venezia, La Biennale di Venezia, 1991.
  • David Bordwell The Cinema of Eisenstein, London, Harvard Univ. Press, 1993.
  • I. Christie, Richard Taylor Eisenstein rediscovered Routledge, 1993.
  • Richard Taylor The Eisenstein reader, British Film Institute, 1998.
  • Barthélémy Amengual, Que viva Eisenstein !, L'Âge d'Homme, Paris, 1990, ISBN|2825133337
  • Francois Albera (sous la direction de), Eisenstein dans le texte, CINéMAS, 2001.
  • Dominique Chateau, François Jost (sous la direction de), Eisenstein, l'ancien et le nouveau, Publ. de la Sorbonne, 2002.
  • Robert Taylor October, British film institute, 2002.
  • Yuri Tsivian Ivan the terrible, British Film Institute, 2002.
  • Jean-Louis Leutrat, Echos d'« Ivan le terrible », Bruxelles, De Boeck Université, 2006.
  • Antonio Somaini, Ejzenstejn. Il cinema, le arti, il montaggio (Eisenstein. Cinéma, arts, montage), Einaudi, Torino 2011
  • Ada Ackerman, Eisenstein et Daumier. Des affinités électives, Paris, Armand Colin, 2013.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Eric Schumlevitch, « Fiche biographique de Serqueï Eisenstein », sur cinematheque.fr,‎ 2010 (consulté le 17 mai 2014)
  2. « Fiche biographique de Serqueï Eisenstein », sur arte.tv,‎ 2010 (consulté le 17 mai 2014)
  3. Collection Histoire-Géographie HATIER.
  4. Le 17 février 1930, à Paris, quand Eisenstein tient une conférence devant au moins 2 000 personnes à l'université de la Sorbonne, et cela malgré l’interdiction du même film La Ligne générale, il se voit le lendemain confronté à une expulsion du pays qui fera la une des quotidiens. À la différence de la Belgique, une vaste campagne de solidarité des milieux artistiques et intellectuels (dont témoignent des dizaines de pages dans les Mémoires du cinéaste) fait échec à son expulsion. Il venait d'être expulsé de Belgique après un passage à Seraing. Source : [PDF] Eisenstein à Seraing (1930) par Bruno Bové, IHOES, 2013
  5. S. Eisenstein Réflexions d'un cinéaste Éditions du Progrès URSS 1958 p. 5
  6. Vladimir Nizhniĭ, Lessons with Eisenstein, Hill and Wang, New York, 1962, p.3. En français : Serguei Mikhaïlovitch Eisenstein, Vladimir Nijny, Leçons de mise en scène, traduction. du russe par Jacques Aumont, La Femis, (Fondation européenne des métiers de l'image et du son), collection écrits/écrans, 1989, p.8 (ISBN 2907114050).
  7. Barthélémy Amengual, Que viva Eisenstein !, L'Âge d'Homme, 1990, p.39 (ISBN 2825133337)

Article connexe[modifier | modifier le code]