Sergiu Celibidache

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Sergiu Celibidache

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Sergiu Celibidache
à l'Institut Curtis en 1984

Naissance
Roman, Roumanie Roumanie
Décès (à 84 ans)
La Neuville-sur-Essonne,
Drapeau de la France France
Activité principale Chef d'orchestre
Collaborations Orchestre philharmonique de Berlin, Orchestre philharmonique de Munich
Maîtres Fritz Gmeind, Heinz Tiessen

Sergiu Celibidache [/ˈserdʒʲu tʃelibiˈdake/] est un chef d'orchestre roumain, né le à Roman[1],[2] (Roumanie) et mort le à La Neuville-sur-Essonne, près de Pithiviers (France).

Biographie[modifier | modifier le code]

Sergiu Celibidache étudiera la philosophie et les mathématiques à Bucarest, puis la musique à Berlin auprès de Fritz Gmeind et Heinz Tiessen lesquels exerceront une profonde influence sur lui.

En août 1945, alors qu'il était tout jeune chef d'orchestre, une suite de coïncidences fortuites l'amèneront à la tête de l'Orchestre philharmonique de Berlin. Wilhelm Furtwängler, le chef titulaire qu'il admirait beaucoup avait préféré s'exiler en Suisse en attendant d'être 'dénazifié' puisque toute apparition publique lui était alors interdite. Pour comble de malheur ou de hasard, le chef Leo Borchard qui devait alors le remplacer fut accidentellement tué par une sentinelle américaine. Or, il semble qu'aucun autre chef expérimenté n'était disponible à cette époque ou en mesure d'être accepté par les autorités des quatre puissances qui occupaient désormais le territoire de Berlin.

Celibidache fut ainsi nommé chef du Philharmonique de Berlin en février 1946. Mais, au retour de Furtwängler, en 1947, il dut partager la direction de l'orchestre jusqu'à la mort de ce dernier en 1954. Jusqu'alors, le jeune chef roumain avait dirigé l'orchestre 414 fois, présentant beaucoup d'œuvres nouvelles de compositeurs tels que Boris Blacher, Heinz Tiessen (en), Paul Hindemith et Egon Wellesz. À la mort de Furtwängler, l'orchestre Philharmonique de Berlin choisira Herbert von Karajan pour lui succéder et rejettera la candidature de Celibidache qui quittera prestement Berlin. Il ne redirigera le Philharmonique de Berlin qu'une seule fois, en 1992, sur l'intervention du Président de la République Fédérale d'Allemagne. Contrairement à ce que l'on peut voir souvent écrit, Celibidache n'a jamais été l'assistant de Furtwängler, mais le chef associé du Philharmonique de Berlin. Cette méprise est due à Karajan qui fit purement et simplement effacer son nom de la liste des chefs titulaires et il faut donc rendre hommage au chef actuel de la Philharmonie, Simon Rattle, pour avoir rétabli le nom de Celibidache sur cette liste lors de son entrée en fonction.

En 1948, Celibidache fera ses débuts londoniens pour ensuite enregistrer quelques disques sous étiquette Decca. Après son départ de Berlin, il entamera une carrière de chef itinérant au Danemark, notamment, en Suède, en Amérique du Sud et maintes fois en France, mais surtout en Italie où il dirigera les orchestres de La Scala à Milan, l'Orchestre de l'Académie nationale de Sainte-Cécile à Rome et, entre autres, les orchestres de la radio italienne (RAI) à Rome, Milan, Naples et Turin. Ses exigences pour de longues séances intensives de répétition seront enfin plus facilement satisfaites à la radio qu'aux concerts présentés dans les grandes salles de concerts symphoniques.

À partir de 1959, il travaillera avec l'Orchestre symphonique de la radio de Stuttgart et, en 1960, commencera à donner des classes de maître en direction d'orchestre à l'Académie musicale Chigiana de Sienne qui lui valurent un statut légendaire.

Entre 1960 et 1963 Celibidache travaille intensément et assidûment avec l'Orchestre royal du Danemark et, de 1962 à 1971, deviendra directeur en chef de l'Orchestre symphonique de la Radio suédoise qu'il rebâtira totalement. De 1972 à 1977, il sera ensuite nommé chef titulaire de l'Orchestre symphonique de la radio de Stuttgart et, de 1973 à 1975, celui de l'Orchestre national de France, période qui restera gravée dans la mémoire de plus d'un mélomane français. Malheureusement, son désir de réformer cet orchestre et certaines dissensions syndicales l'amèneront à renoncer au travail amorcé en France.

Ainsi, de 1979 jusqu'à sa mort, il sera nommé chef titulaire de l'Orchestre philharmonique de Munich dont il fera l'un des meilleurs ensembles au monde. Il y tiendra des classes de maître en direction d'orchestre et ne cessera plus de diriger et d'enseigner, particulièrement la phénoménologie de la musique à l'Université de Mayence (1978–1992) et au Curtis Institute de Philadelphie. Il mettra alors à profit ce qu'il avait découvert et étudié dans sa jeunesse : la phénoménologie (philosophie) d'Edmund Husserl. Il donnera bénévolement, aussi, des classes de direction d'orchestre en France à la Schola Cantorum et dans sa propriété de La Neuville-sur-Essonne.

Disciple du maître spirituel Sathya Sai Baba, Sergiu Celibidache appartenait à une école de pensée qui contestait que les mots ou le raisonnement fussent vraiment capables de rendre la réalité accessible. Ainsi, il affirmait qu'un concert enregistré sur disque ne pourrait jamais rendre la totalité de l'expérience et des "épiphénomènes" vécus lors d'un concert donné en salle... allant jusqu'à assimiler un concert enregistré à une nuit d'amour passée avec une photographie de Brigitte Bardot !

Heureusement, toutefois, pour ceux qui n'auront pu assister à ses concerts, les diffusions de ses concerts radiophoniques furent souvent enregistrées car la radio permettait de plus longues séances de répétitions, en particulier en Italie, en Suède et en Allemagne. Hélas, de son vivant, plusieurs de ces enregistrements seront édités et paraîtront sous des étiquettes non officielles et de qualité sonore médiocre. Après sa mort, son fils Serge Ioan Celebidachi, réalisateur de cinéma, autorisera Deutsche Grammophon à publier et distribuer les enregistrements de Stuttgart (1971-1977, de même qu'à EMI Classics ceux de Munich (1979-1996) enregistrés par la Radiodiffusion Bavaroise. Ce qui mettra définitivement un terme à la diffusion de plus en plus importante de bandes pirates de qualité exécrable.

Les copies CD éditées mettront particulièrement en valeur ces interprétations des symphonies d'Anton Bruckner, la musique française de Debussy, Ravel, Roussel et Milhaud, des symphonies 1 et 9 de Chostakovitch de même que des extraits wagnériens proprement stupéfiants. Les revenus de la vente de ces disques sont intégralement reversés à deux fondations créées par Serge Ioan Celebidachi: l'une pour la musique (Sergiu Celibidache Stiftung), l'autre humanitaire (SC Help).

Plusieurs enregistrements vidéos de Celibidache sont également disponibles, dont ceux avec l'Orchestre Philharmonique de Munich et Daniel Barenboim au piano. Celibidache avait alors accepté de se laisser filmer à condition que tous les bénéfices de la vente fussent toutefois ultérieurement remis à l'UNICEF.

Avec le recul, Sergiu Celibidache, qui était membre de l'Académie roumaine, aura fait partie des musiciens qui auront beaucoup réfléchi sur la musique et la phénoménologie de la musique; réflexions qu'il transmettait volontiers mais uniquement oralement et lesquelles furent tenues pour importantes et considérables. Sa conception de la technique de direction d'orchestre aura aussi eu une très grande portée et l'on se rappellera, qu'à ce propos, il répétait et dirigeait presque toujours de mémoire et sans partition aucune.

Il appréciait tout particulièrement les musiques allemande, russe et française, n'ayant pas ou très peu dirigé d'opéras. Il aura dirigé, par contre, plusieurs œuvres de musique vocale non mises en scène: les Passions de Bach, le Requiem de Mozart, celui de Fauré, de Verdi, etc. Pour ce qui est de la musique allemande, il vouait un culte tout à fait particulier à la musique symphonique du compositeur autrichien Anton Bruckner. Au chapitre de la musique française, il se révéla être un interprète de premier ordre de Claude Debussy et de Maurice Ravel. Son soliste préféré fut le pianiste italien Arturo Benedetti Michelangeli avec lequel il aura notamment interprété le 5e concerto (Empereur) pour piano de Ludwig van Beethoven et le concerto en sol de Maurice Ravel dont il existe un enregistrement public filmé à Londres en 1982.

La dépouille de Sergiu Celibidache repose désormais en paix dans le très petit cimetière de La Neuville-sur-Essonne. Sa tombe est toujours régulièrement visitée par sa famille et des admirateurs de passage [3]

Théorie et pratique de la musique[modifier | modifier le code]

Par une contradiction douloureusement vécue par Celibidache lui-même, son génie musical unique lui valut de son vivant, et jusqu'à aujourd'hui encore, une incompréhension persistante de la part des critiques et des musiciens, que lui-même accablait d'ailleurs volontiers de jugements incendiaires, les musicologues et le public qui le connurent lui ayant quant à eux voué une admiration confinant parfois à la dévotion. D'une certaine façon le destin de Celibidache confirma a contrario la prophétie de son compatriote roumain Emil Cioran: "La pire chose qui puisse arriver à un artiste, c'est d'être compris de son vivant". Dans l'ombre du demi-siècle où il exerça son métier de chef d'orchestre, Celibidache, conscient de n'être pas reconnu à la hauteur de son talent, fut poussé à réévaluer sans cesse sa démarche artistique dans le sens d'un approfondissement spirituel toujours plus exigeant, jusqu'à atteindre une altitude dont les enregistrements des Symphonies de Bruckner avec l'Orchestre Philharmonique de Munich sont le témoignage peut-être le plus bouleversant. Que de chemin parcouru entre le jeune homme un peu trop élégant de l'après-guerre et le mage impassible des dernières années, dont chaque sourire vient illuminer le masque de cire ! Incarnation kierkegardienne des étapes sur le chemin de la vie, Celibidache a su tout aussi bien pousser le raffinement sonore de la musique française jusqu'aux limites des possibilités de l'orchestre, que baigner d'une lumière surnaturelle les grandes œuvres de la musique sacrée. Créateur, pédagogue et figure charismatique, Celibidache a puisé dans Plotin, la phénoménologie husserlienne et le bouddhisme zen le moyen de traverser la surface de la musique en direction d'une vérité dont Furtwängler était avant lui peut-être le seul et dernier dépositaire, mais au sein d'un univers culturel humaniste et goethéen très différent, quoique tout aussi "inactuel" au regard de la période historique où il prenait place.

Celibidache a été conduit par là à considérer l'œuvre musicale moins comme une expression de la beauté, que le support d'une vérité. En arrachant toute œuvre à son horizon esthétique pour en faire l'objet d'une expérience ontologique, le chef ne pouvait que récuser la notion et le terme même d'interprétation au profit d'une conception dépersonnalisée de l'art, où la personnalité de l'artiste s'efface derrière la qualité du témoin, dans la mesure où le beau ne vaut qu'autant qu'il fait signe vers le vrai qui le dépasse. À la manière dont au Moyen Âge l'artisan assemblait dans l'anonymat les éléments du vitrail d'une cathédrale, Celibidache, d'un tempérament pourtant volcanique lorsqu'il s'agissait de défendre son art, a conçu sa propre tâche comme celle d'un officiant, chargé d'un culte exigeant le sacrifice de l'arbitraire de la subjectivité. Celibidache entendait plus exactement dissocier le temps musical du temps métrique de l'horloge, au profit d'une temporalité en quelque sorte soustraite au Temps lui-même, c'est-à-dire une forme d'éternité, grâce au respect de l'unité formelle faisant de chaque œuvre un tout parfaitement intégré. Chaque "interprétation" de Celibidache paraît ainsi toujours conforme aux critères par lesquels saint Thomas définissait la beauté: unité, totalité, splendeur. En termes techniques, Celibidache parvenait grâce au soin maniaque apporté aux articulations, à construire des mouvements d'une cohérence et d'une fluidité organiques, et grâce à une conscience aiguë de l'ordre des priorités entre toutes les voix de l'orchestre, à mettre en place une polyphonie transparente. Pareil respect de la complexité d'une partition, joint à la recherche constante de l'unité qui donne sens à cette multiplicité, conduisait Celibidache à modifier de façon parfois spectaculaire l'usage des tempi généralement en vigueur dans les grandes œuvres du répertoire.

Ainsi, sous les mains de Celibidache, et particulièrement lors de sa période munichoise, la musique devenait comme "l'image mobile de l'éternité immobile". Il en résultait bien un éclat, cette "claritas" thomiste, dont témoignent en particulier ses enregistrements de Debussy, où la logique du déroulement et la profondeur de l'émotion ne se contredisent pas mais au contraire se conditionnent l'une l'autre. L'héritage de Celibidache est donc tout aussi paradoxalement celui d'une liberté conquise, liberté artistique aussi bien que personnelle, et symétriquement d'une libération des habitudes d'écoute de l'auditeur. Il reste indubitablement l'un des chefs les plus exigeants et les plus novateurs de la seconde moitié du XXe siècle, et à coup sûr celui dont les interprétations auront contribué à prolonger par des voies inédites la vocation métaphysique de la musique occidentale.

Citations[modifier | modifier le code]

Sur le tempo :« Mon Dieu, que je serais heureux si Furtwängler était parmi nous aujourd'hui et montrait au monde ce qu'est un tempo large ! »[4]

Sur la direction d'opéra : « Vous savez combien de difficultés les chefs doivent affronter lorsqu'ils travaillent avec simplement l'orchestre. Alors imaginez la somme de soucis supplémentaires qui vous tomberaient dessus s'il s'agissait d'opéra: chanteurs arrogants, metteurs en scène ayant peu de connaissances musicales mais jamais à court d'idées à faire trembler la terre, corps de ballet gambadant tout autour de la scène... Sans parler des choristes qui ne vous suivent pas parce qu'on leur a imposé de regarder du mauvais côté. Que devient la musique dans tout cela ? »[5]

Sur le compositeur Tchaïkovski : « Dès qu'il pose la main sur l'orchestre, cela sonne ! »[6]

Sur Anton Bruckner et la profondeur de sa musique : « Pour l'homme normal, le temps c'est ce qui vient après le début ; le temps de Bruckner, c'est ce qui vient après la fin (...) Je suis heureux de pouvoir encore aujourd'hui lire les lignes qu'il nous a laissées. »[7]

Discographie (non exhaustive)[modifier | modifier le code]

  • Anton Bruckner : Symphonies 3 à 9 + Te Deum + Messe no 3 : Orchestre Philharmonique de Munich - EMI (12 CD) -7243 5 56688 2 - 0
  • Debussy (Nocturnes- La mer- Iberia) et Ravel (Alborada del gracioso, Rapsodie espagnole, Suite no 2 de Daphnis et Chloé, le Tombeau de Couperin, la valse) - Orchestre de la SWF de Stuttgart- DGG 453 194 -2 :
  • Jean-Sébastien Bach: Messe en si mineur. Barbara Bonney, Ruxandra Maria Donose-Danila, Cornelia Wulkopf, Peter Schreier, Yaron Windmüller—Chœur de l'Université Johannes Gutenberg de Mayence, Orchestre Philharmonique de Munich—enregistré en public le 18 novembre 1990 à Munich. Disque CD EMI 5 57844 2
  • Mozart: Requiem K626. Caroline Petrig, Christel Borchers, Peter Straka, Matthias Holle—Chœur Philharmonique de Munich, Orchestre Philharmonique de Munich—enregistré en public les 15 et 17 février 1995 à Munich. Disque CD EMI 5 57847 2.
  • Richard Wagner : Tristan & Isolde - prelude & liebestod—orchestre philharmonique de Munich—Munich, 6 décembre 1983. Disque cd EMI 7243 5 57860 2 9.
  • DVD "Le jardin de Celibidache"- par Serge Ioan Celibidachi - K films -

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La musique n’est rien. Textes et entretiens pour une phénoménologie de la musique, textes réunis par Hadrien France-Lanord et Patrick Lang, préface d’Ida Haendel, Arles, France, Éditions Actes Sud, 2012, 336 p. (ISBN 978-2-330-00007-3)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. http://www.hotnews.ro/stiri-cultura-12202490-sergiu-celibidache-omul-care-credea-muzica-nu-nimic-inteles.htm
  2. http://www.gandul.info/magazin/sergiu-celibidache-100-de-ani-de-la-nasterea-celebrului-dirijor-surpriza-google-9789257
  3. Tombe de Celibidache
  4. Cité par Patrick Lang, 2004, dans la notice de présentation du disque EMI 5 57847 2 consacré au Requiem de Mozart
  5. Cité par Claudio Maria Perselli, traduction Michel Roubinet, 2004, dans la notice de présentation du disque EMI 5 57857 2
  6. Cité par Patrick Lang,2004, dans la présentation du disque EMI 5 57852 2 consacré à la 4e symphonie de Tchaïkovski
  7. Cité par Pascal Collomb, juillet 2007, extrait du film documentaire Le Jardin de Celibidache (1996)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Précédé par Sergiu Celibidache Suivi par
Eugen Jochum
Chef principal, Orchestre symphonique de la Radio de Berlin
1945–1946
Hermann Abendroth
Leo Borchard
Directeur musical, Orchestre philharmonique de Berlin
1945–1952
Wilhelm Furtwängler
?
Chef principal, Orchestre symphonique de la Radio suédoise
1965–1971
Herbert Blomstedt
Hans Müller-Kray (de)
Chef principal, Orchestre symphonique de la Radio de Stuttgart
1971–1977
Neville Marriner
Jean Martinon
Chef principal, Orchestre national de France
1973–1975
Lorin Maazel
Rudolf Kempe
Chef principal, Orchestre philharmonique de Munich
1979–1996
James Levine