Sept Dormants d'Éphèse

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Les Sept Dormants d'Éphèse est un miracle qui semble commun aux chrétiens et aux musulmans ; il met en scène des jeunes gens dormant dans une caverne pendant une très longue durée (309 ans). Une Sourate coranique raconte et décrit leur périple.

La légende[modifier | modifier le code]

L'empereur Dèce ordonnant l'emmurement des Sept Dormants. D'après un manuscrit du XIVe siècle.

Pour les chrétiens[modifier | modifier le code]

Vers l'an 500, Jacques de Saroug, évêque de Batnæ en Syrie, fait l'éloge des Dormants d'Éphèse, dans une des deux cent trente homélies qu'il a composées en syriaque[1]. Le récit est repris en latin par Grégoire de Tours (De gloria martyr., l. I, c. XCV), Paul Diacre (I, c.IV)[2], Nicéphore (Cal. 1. XIV, c. XLV), Syméon Métaphraste (P.G., CXV, 427-448), Jacques de Voragine dans la Légende dorée...

L'histoire se déroule au temps de la persécution de l'empereur Dèce (règne de 249 à 251) contre les chrétiens. Sept officiers du palais, originaires de la ville d'Éphèse, sont ainsi accusés : il s'agit de Maximien, Malchus, Marcien, Denys, Jean, Sérapion et Constantin. Alors que l'empereur est en voyage, ils distribuent leurs biens aux pauvres et se réfugient dans la montagne voisine.
L'empereur, à son retour, fait rechercher les sept chrétiens. Ceux-ci, prenant leur repas du soir, tombent mystérieusement endormis : c'est dans cet état qu'ils sont découverts. Dèce les fait alors emmurer dans leur cachette. Et c'est en 418, qu'un maçon ouvre par hasard la grotte où sont enfermés les Sept Dormants. Ceux-ci se réveillent, inconscients de leur long sommeil. Aussitôt, l'empereur Théodose II accourt, et voit dans le miracle une preuve contre ceux qui nient la résurrection des morts.

Pour les musulmans[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gens de la caverne (islam).

Dans l’islam, le récit de la 18e sourate du Coran La Caverne évoque le récit de Jeunes Dormants, et diffère, sur certains points, de la légende chrétienne. Selon les dires rapportés dans le Coran, leur nombre est discuté et va de trois à sept, auxquels s'ajoute toujours un chien. Le Coran condamne les spéculations à ce sujet. Dans cette version, les Dormants sont restés dans une caverne en compagnie de leur chien, nommé Kitmir, durant 300 ans solaires, ce qui correspond à 309 ans lunaires[3]. Ils décident d'y demeurer car la société oppressive et corrompue, selon la foi pure en un Dieu unique, leur refuse le droit à la libre pensée et à la libre pratique religieuse. Ils ne se doutent pas cependant que le temps qui s'écoule en dehors est si long.

La localisation de la caverne où s'enferment les Dormants n'est pas avérée ; toutefois, on trouve dans certains pays des endroits où sont vénérés les « Sept » saints. Une étude historique serait nécessaire pour remonter à la source des légendes, chaque contrée concurrençant l'autre par ses saints locaux. Les sept saints de Regraga, au Maroc, retiennent particulièrement l'attention. Pour concilier la foi pure en un Dieu unique, l'exigence de pauvreté et la référence à Jésus, les Ébionites constituent une alternative sérieuse à la légende chrétienne, à une époque bouleversée par les schismes.

Célébrations[modifier | modifier le code]

En Allemagne[modifier | modifier le code]

En Allemagne, les Sept Dormants d'Éphèse sont fêtés lors du Siebenschläfertag (de) le 27 juin.

Pèlerinage chrétien[modifier | modifier le code]

Intérieur de la grotte dite des Sept Dormants à Éphèse en Turquie.

En 1878, François-Marie Luzel et Ernest Renan publient tous les deux, dans le même numéro de la revue Mélusine, deux articles décrivant, pour le premier, la chapelle des Sept-Saints[4] dans la commune du Vieux-Marché (Côtes-d'Armor), le second la légende des Sept-Dormants[5].

En 1954, Louis Massignon crée un pèlerinage commun réunissant chrétiens et musulmans. Il se déroule en Bretagne au Vieux-Marché dans les Côtes-d'Armor, qui abrite la Chapelle des Sept-Saints (qui sont précisément les Sept Dormants). L'origine du pardon des Sept Saints remonterait au IIIe siècle. Le culte serait parvenu au Vieux Marché par l'intermédiaire de moines et de missionnaires grecs qui accompagnaient les commerçants d'Orient sur la route de l'étain [6]. Est lié à ce pèlerinage un ancien chant breton, ou gwerz[7], traduit par Geneviève Massignon, dont il reste 18 strophes dans le "Cantique de la procession"[8],[9].

Inspiration[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • Jacques Mercanton, L’Été des Sept Dormants (1980) ;
  • Danilo Kis, La Légende des Dormants (1983) ;
  • Salah Stétié, Le Passage des Dormants (1995) ;
  • Salah Stétié, Rimbaud, Le huitième dormant (1993) ;
  • Andrea Camilleri, Chien de faïence (1996) ;
  • Tawfiq al-Hakim, La Caverne des songes (1950) ;
  • A. Kingsley Porter, The Seven Who Slept  ;
  • Rachid Koraïchi, Les Sept Dormants, Actes Sud (2002) ;
  • Manoël Pénicaud, Dans la peau d’un autre (Presses de la Renaissance, 2007).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Edward Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, Robert Laffont, 1983, vol.1, p.993.
  2. qui localise la caverne en Germanie.
  3. Le Coran, « La Caverne », XVIII, (ar) الكهف.
  4. François-Marie Luzel, "La chapelle des Sept-Saints dans la commune du Vieux-Marché (Côtes-du-Nord)", revue Mélusine, 1878.
  5. Ernest Renan, "La légende des Sept-Dormants", revue Mélusine, 1878.
  6. [1]. Le lieu de pèlerinage, Dolmen et Crypte
  7. [2] Gwerz des Sept-Saints
  8. Sources et détails [3] et [4]
  9. [5] Gérard Prémel

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. Bonnet, Artémis d'Éphèse et la légende des sept dormants, Paris, 1977.
  • F. Jourdan, La tradition des sept dormants, Paris, 1983.
  • David Sidersky, Les origines des légendes musulmanes dans le Coran et dans les vies des prophètes, Geuthner, Paris, 1933.
  • (en) Alexander Kazhdan (dir.), The Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford University Press,‎ 1991, 3 vols. (ISBN 0195046528) vol. 3, 1883, s. v. Seven Sleepers.
  • GG. Prémel, Anniversaires (éditorial) ; 50 e anniversaire du pèlerinage islamo-chrétien des Sept Saints en Vieux -Marché : G. Massignon, Le culte des Sept Saints dormants d’Éphèse (Genèse) ;  ; L. Massignon, Le Coran (Exégèse) ; Les dix-huit versets de la 18 e sourate (Exégèse) D. Laurent, La «Gwerz des Sept Saints dormants » (exégèse / document) ; revue La Bretagne au monde Hopala  ! n°17
  • E. Doubchak, Les Compagnons de la Caverne, traduction et commentaire de la pièce de Tawfîq al Hakîm, "Ahl al Kahf", mémoire de Maîtrise d'Arabe, Lyon, 1984.
  • Geneviève Gobillot, article « Gens de la Caverne » in M. Ali Amir-Moezzi (dir.) Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 362-365.
  • N. AFIF, « Un nouveau témoin de l’Histoire des Sept Dormants d’Ephèse. Le manuscrit Cambridge Syr. Add. 2020. Texte et traduction », dans BABELAO, 1 (2012), p. 25-76.

Liens externes[modifier | modifier le code]