Sens de la vie

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le concept du sens de la vie. Pour les Œuvres, voir Le Sens de la vie (homonymie).
Cette sculpture représente le personnage d'Hamlet qui, contemplant un crâne, s'interroge sur le sens de la vie

L'expression sens de la vie désigne l'interrogation profonde sur l'origine, la nature et la finalité de la vie ou plus généralement de l'existence, en particulier de l'existence humaine. Cette interrogation métaphysique se trouve souvent posée sous la forme d'une série de questions : « Qui sommes-nous ? », « D'où venons-nous ? », « Où allons-nous ? », etc. Au cours de l'Histoire dans les cultures humaines, de nombreux courants intellectuels, philosophiques, artistiques, religieux ou scientifiques se sont emparés de ces questions pour les traiter chacun à leur manière, donnant lieu à autant d'approches voire de réponses différentes et parfois même contradictoires.

Un philosophe, comme Jean Grondin, en parle comme d'une « pensée essentielle », fondant la philosophie, et qu'il résume ainsi : « Que faisons-nous ici, pourquoi et pour qui sommes-nous là, que devons-nous, que pouvons-nous y faire, que nous est-il permis d’espérer ? » [1]. Selon certains philosophes, cette interrogation serait même inhérente à l'être humain. Arthur Schopenhauer déclarait : « Qui ne s’interroge pas est une bête, car le souci constitutif de toute vie humaine est celui de son sens »[2].

Si l'interrogation est ancienne (bien que formulée pour la première fois en ces termes par Friedrich Nietzsche, à la fin du XIXe siècle[3],[4],[Notes 1]), le désir de « donner un sens à sa vie », à défaut de le chercher, en est une déclinaison plus récente[5].

Différentes approches[modifier | modifier le code]

La question du sens de la vie se présente comme de facto polysémique :

Si la religion puis la philosophie se sont inlassablement penchées sur cette même question, les réponses qui lui ont été données sont diverses. Jean-Paul Sartre voit en l'homme une « passion inutile », révélant le « néant » que nous sommes. Il rejoint en cela certaines orientations de la philosophie pour lesquelles les questions métaphysiques sont insolubles voire inutiles[1]. Spinoza, lui, tout en évoquant également son impression que « les occurrences les plus fréquentes de la vie ordinaire sont vaines et futiles »[6], se résout cependant à chercher l'existence d' « un Bien dont la découverte et la possession eussent pour fruit une éternité de joie continue et souveraine ». Entre la certitude du Néant et l'espérance d'un Bien souverain, les thèses les plus variées se sont exprimées.

Sens de la vie en philosophie[modifier | modifier le code]

Qu'il se questionne ou non, l'homme cherche à procréer, travaille à la protection et l'éducation de sa descendance, veut se sentir utile, cherche à repousser la souffrance et la mort, et à accéder à une existence supérieure (sociale ou religieuse). Mais c'est la conscience de sa mortalité qui le pousserait à se questionner, rendrait l'existence « humaine » et, selon Max Frisch, en ferait même « une aventure »[7]. Selon Jean Grondin, la question du sens se posait peu autrefois, car ce sens « allait de soi », il n'y en avait qu'un, et l'homme devait se « conformer » à des rites dans le passage de la vie terrestre vers un au-delà. Quand ce sens a fini par se perdre, en particulier depuis le siècle des Lumières, la question a pris une acuité nouvelle[8].

Ce questionnement a conduit les philosophes à des réflexions divergentes.

La vie n'a pas de sens[modifier | modifier le code]

William Shakespeare fait dire à Macbeth (acte V, scène 5) : « La vie n'est qu'un fantôme errant, un pauvre comédien qui se pavane et s'agite durant son heure sur la scène et qu'ensuite on n'entend plus ; c'est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien… »

Sigmund Freud « Quand on commence à se poser des questions sur le sens de la vie et de la mort, on est malade, car tout ceci n'existe pas de façon objective »[9].

Friedrich Nietzsche, de son côté, bien qu'il ait en quelque sorte inventé l'expression, considère que le « sens de la vie » ne peut être interprété par l'homme qui fait partie de la vie elle-même. Dans le Crépuscule des idoles, il déclare ainsi  : « La valeur de la vie ne saurait être évaluée. Pas par un vivant, car il est partie, et même objet de litige ; pas davantage par un mort, pour une tout autre raison ». Mais il n'exclut pas pour autant la possibilité que l'homme puisse faire quelque chose de sa vie, pour lui donner un sens « Qu’est-ce que le bonheur ? Le sentiment que la force croît, qu’une résistance est surmontée »[10].

La vie a un sens[modifier | modifier le code]

Pour Albert Camus, pour qui le « sens de la vie » est « la plus pressante des questions »[11] : « Le monde est beau, et hors de lui point de salut (...) ce chant d’amour sans espoir qui naît de la contemplation peut aussi figurer la plus efficace des règles d’action  »[12]. Le constat d'une vie sans espérance religieuse n'est pas pour autant dénué de sens ni de joie: « On sent bien qu’il s’agit ici d’entreprendre la géographie d’un certain désert. Mais ce désert singulier n’est sensible qu’à ceux capables d’y vivre sans jamais tromper leur soif. C’est alors, et alors seulement, qu’il se peuple des eaux vives du bonheur »[12]. Camus prétend que des âmes lucides et entraînées peuvent trouver un sens à leurs jours, et jouir dans cette plénitude ; alors, vivre est une force.

Pour Heidegger, comme pour Platon et Socrate, une vie ne vaut la peine d'être vécue que lorsqu'elle est « examinée », qu'elle ne reste pas « vague »[13],[14].

Sens de la vie en religion[modifier | modifier le code]

Si, selon la conviction de nombreuses religions, le corps est le véhicule d'une âme[15], la réponse religieuse est que le sens de la vie réside dans la valeur de nos actes dans l'attente d'une forme de « jugement » divin, pouvant se produire après la mort ou à chaque instant de la vie, et déterminant la qualité de la vie après la mort, de la vie éternelle ou de la prochaine réincarnation.

Le sens de la vie selon le christianisme[modifier | modifier le code]

Selon le point de vue chrétien, l'homme existe pour rencontrer Dieu. Il existe une notion protestante selon laquelle c'est par la grâce, à travers la foi en Dieu, que l'homme est réconcilié avec son créateur (grâce au sacrifice de Jésus-Christ)[16].

Le sens de la vie selon l'islam[modifier | modifier le code]

Dans l'Islam, les activités humaines (al-dunyâ) ne sont « méritoires » qu'en rapport avec la fin de la vie ou la vie future (al-âkhirah)[17],[18].

Le sens de la vie selon le bouddhisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Quatre nobles vérités.

Les quatre nobles vérités indiquent ce qu'il est essentiel de savoir pour un bouddhiste. Elles énoncent le problème de l'existence, son diagnostic et le traitement jugé adéquat :

  1. La vérité de la souffrance : toute vie implique la souffrance, l'insatisfaction ;
  2. la vérité de l'origine de la souffrance : elle repose dans le désir, les attachements ;
  3. la vérité de la cessation de la souffrance : la fin de la souffrance est possible ;
  4. la vérité du chemin : le chemin menant à la fin de la souffrance est la voie médiane, qui suit le noble Chemin octuple.

Le sens de la vie selon l'hindouisme[modifier | modifier le code]

Dans l'hindouisme, Purushartha est la notion qui désigne le « sens de la vie »[19],[20]. Elle se décompose en dharma, artha, kama et moksha.

Le sens de la vie dans le New Age[modifier | modifier le code]

Le New Age et le développement personnel ont, depuis le milieu du XXe siècle, abordé la question du « sens de la vie » d'une façon active en proposant de « donner un sens à sa vie »[21]. Cette orientation correspondrait au constat d'une génération que les philosophes et les religieux ont été incapables de fournir une réponse à la question et que ce vide de sens devrait être rempli par l'effort individuel. Le philosophe Michel Lacroix voit dans le New Age un développement de l'individualisme[22].

Sens de la vie dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Les Monty Python proposent également leur version du sens de la vie dans le film Monty Python : Le Sens de la vie (Monty Python's The Meaning of Life) : ils y comparent l'existence des hommes à celles de poissons dans un aquarium ou un vivier, sans possibilité de recul leur permettant de savoir où ils sont.

Une interrogation similaire existe dans un épisode de La Quatrième dimension : Cinq personnages en quête d'une sortie. L'Ange exterminateur, de Luis Buñuel pose également la question sous forme allégorique.

Le Guide du voyageur galactique de Douglas Adams, illustre l'absurdité de la vie. Afin de résoudre une bonne fois pour toutes le problème du sens de la vie, les habitants de la galaxie demandent à un superordinateur nommé « Deep Thought » (Pensée Profonde, ou Compute-un selon les traductions) de leur donner la réponse à La Grande Question sur la vie, l'univers et le reste. Après une réflexion de sept millions et demi d'années, l'ordinateur indique que la réponse est : « 42 », mais que la question reste à déterminer, ce qui exige un ordinateur bien plus puissant.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alors que Friedrich Nietzsche est généralement perçu comme un philosophe déniant tout sens à l'existence humaine « Le sens de la vie : une question assez récente, mais pleine de saveur » par Jean Grondin
  1. a et b Jean Grondin, Du sens de la vie: essai philosophique, Bellarmin,‎ 2003 (résumé), p. 6
  2. in Le Monde comme volonté et comme représentation, PUF, 2004
  3. Friedrich Nietzsche par Volker Gerhart, Beck, 1992, p. 21
  4. « Expliquer à quelqu'un le sens premier de la vie terrestre, c'est là le premier objectif » Kritische Stüdienausgabe, t. 7 p. 668. Ainsi que dans un texte de jeunesse de 1875 (voir Œuvres posthumes) « Qu'est-ce que la doctrine des particules chez les Grecs peut bien avoir à voir avec le sens de la vie ? »
  5. Donner un sens à sa vie, Jacques Lecomte, Odile Jacob, 2007
  6. Œuvres posthumes, 1677
  7. Journal 1946 - 1949, Gallimard, 1964, p. 303
  8. Jean Grondin, Du sens de la vie: essai philosophique, Bellarmin,‎ 2003 (résumé), p. 24
  9. cité dans L'homme-Dieu ou le sens de la vie, Luc Ferry, Grasset et Faquelle, 1996, p. 12
  10. L’Antéchrist – Nietzsche
  11. Le Mythe de Sisyphe Lire en ligne
  12. a et b Albert Camus, Noces, « le désert »
  13. Michael Gelven, Être et temps de Heidegger: un commentaire littéral, Pierre Mardaga,‎ 1970 (résumé), p. 20
  14. «Une vie à laquelle l'examen fait défaut ne mérite pas qu'on la vive » Apologie de Socrate, Platon
  15. Selon l'expression de Platon Œuvres de Platon, Volume 11
  16. Le verset Éphésiens 2-9 indique: "Cela ne vient pas des œuvres, afin que nul n'en tire orgueil"
  17. Seyyed Hossein Nasr, L'Islam traditionnel face au monde moderne, Penguin,‎ L’Age d’Homme (résumé), p. 92
  18. « Une chose excellent est destinée en cette vie à ceux qui accomplissent les œuvres bonnes, mais la demeure de la vie future est meilleure » (Coran, XVI, 30)
  19. Les Quatre sens de la vie, Alain Daniélou, Éditions du Rocher, 1992
  20. Anthony Parel, Gandhi's philosophy and the quest for harmony, Cambridge University Presse,‎ 2006 (résumé), p. 229
  21. Marie-Jeanne Ferreux, Le New-Age: ritualités et mythologies contemporaines, L’Harmattan,‎ 2000 (résumé), p. 34-36
  22. La Spiritualité totalitaire, Michel Lacroix, Plon 1995

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alfred Adler, Le sens de la vie: étude de psychologie individuelle, Payot, 2002
  • dalaï-lama (Tenzin Gyatso), Le sens de la vie, J'ai Lu, 2008
  • Alain Daniélou, Les Quatre sens de la vie, Éditions du Rocher, 1992
  • (en) Terry Eagleton, The meaning of life, Oxford University Press, 2007
  • Luc Ferry, L'homme-Dieu ou le sens de la vie, Grasset et Faquelle, 1996
  • (en) William Gerber,The Meaning of Life: Insights of the World'd Great Thinkers, Rodopi, 1994
  • Bradley-Trevor Greive, Le sens de la vie, Hors Collections, 2003
  • Jean Grondin, Du sens de la vie: essai philosophique, Bellarmin, 2003
  • Jacques Lecomte,Donner un sens à sa vie, Odile Jacob, 2007
  • Moritz Schlick, Du sens de la vie, traduction Dominique Janicaud
  • Jean Staune, Notre existence a-t-elle un sens ? Une enquête scientifique et philosophique, Presses de la Renaissance, 2007.


Articles connexes[modifier | modifier le code]