Ousmane Sembène

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Ousmane Sembène

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Ousmane Sembène en 1987.

Naissance 1er janvier 1923
Ziguinchor, Drapeau de la France France (AOF)
Nationalité Drapeau : Sénégal sénégalaise
Décès 9 juin 2007 (à 84 ans)
Yoff, Sénégal Sénégal
Profession Écrivain
Réalisateur
Acteur
Scénariste
Films notables La Noire de...
Ceddo
Camp de Thiaroye

Ousmane Sembène (né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, Sénégal, mort le 9 juin 2007 à Dakar, Sénégal), est un écrivain, réalisateur, acteur et scénariste majeur de l'Afrique contemporaine, connu pour ses partis pris militants sur les questions politiques et sociales.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ousmane Sembène est né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, une ville de la Casamance. Ses parents sont des Lébous ayant quitté la presqu'île du Cap-Vert pour la Casamance. À partir de 7 ans, il fréquente l’école coranique et l’école française, apprenant à la fois le français et l’arabe, alors que sa langue maternelle est le wolof.

En 1942, il est mobilisé par l’armée française et intègre les tirailleurs sénégalais.

En 1946, il embarque clandestinement pour la France et débarque à Marseille, où il vit de différents petits travaux. Il est notamment docker au port de Marseille pendant dix ans. Il adhère à la CGT et au Parti communiste français. Il milite contre la guerre en Indochine et pour l’indépendance de l’Algérie.

En 1956, il publie son premier roman, Le Docker noir qui relate son expérience de docker. Puis en 1957 il publie Ô pays, mon beau peuple. En 1960, il publie un nouveau roman, les Bouts de bois de Dieu qui raconte l’histoire de la grève des cheminots en 1947-1948 du Dakar-Niger, la ligne de chemin de fer qui relie Dakar à Bamako. L’histoire se déroule parallèlement à Dakar, Thiès et Bamako sur fond de colonialisme et de lutte des cheminots pour accéder aux mêmes droits que les cheminots français.

En 1960, l’année de l’indépendance du Soudan français — qui devient le Mali — et du Sénégal, Ousmane Sembène rentre en Afrique. Il voyage à travers différents pays : le Mali, la Guinée, le Congo. Il commence à penser au cinéma, pour donner une autre image de l’Afrique, voulant montrer la réalité à travers les masques, les danses, les représentations.

En 1961, il entre dans une école de cinéma à Moscou. Il réalise dès 1962 son premier court-métrage Borom Saret (le charretier), suivi en 1964 par Niaye.

En 1966 sort son premier long-métrage, qui est aussi le premier long métrage « négro-africain » du continent, intitulé La Noire de… [1](prix Jean-Vigo de la même année). D'emblée, Ousmane Sembène se place sur le terrain de la critique sociale et politique avec l'histoire d’une jeune sénégalaise qui quitte son pays et sa famille pour venir en France travailler chez un couple qui l’humiliera et la traitera en esclave, la poussant jusqu'au suicide.

Considéré comme l'un de ses chefs-d'œuvre et couronné par le Prix de la critique internationale au Festival de Venise, Le Mandat (1968) est une comédie acerbe contre la nouvelle bourgeoisie sénégalaise, apparue avec l'indépendance.

En 1969, il est invité au premier FESPACO (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou) par les fondateurs de ce festival, dont il ne fait pas partie[2] . En revanche, à partir de 1970 il prend un rôle très important dans le festival et participe à son envol. Jusqu'à sa mort il participera au Fespaco, tout en refusant de participer à la compétition, pour laisser émerger d'autres cinéastes[3].

En 1979, son film Ceddo est interdit au Sénégal par le président Léopold Sédar Senghor qui justifie cette censure par une « faute » d'orthographe : le terme ceddo ne s'écrirait (selon lui) qu'avec un seul « d »[4]. Le pouvoir sénégalais ayant en fait à cœur de ne pas froisser les autorités religieuses, notamment musulmanes. Sembène relate la révolte à la fin du XVIIe siècle des Ceddos, vaillants guerriers traditionnels aux convictions animistes qui refusent de se convertir. Il attaque ainsi avec virulence les invasions conjointes du catholicisme et de l'islam en Afrique de l'Ouest, leur rôle dans le délitement des structures sociales traditionnelles avec la complicité de certains membres de l'aristocratie locale.

En 1988, malgré le prix spécial du jury reçu au Festival de Venise, son film, Camp de Thiaroye, ne sort pas en France. Il a acquis ainsi une réputation de film censuré. Ce long-métrage est un hommage aux tirailleurs sénégalais et surtout une dénonciation d'un épisode accablant pour l'armée coloniale française en Afrique, qui se déroula à Thiaroye en 1944. Le film ne sera diffusé en France que vers le milieu des années 1990[5].

Le fils d'Ousmane Sembène et Mbissine Thérèse Diop, lors d'une soirée en hommage au réalisateur (Cinémathèque française, 2008)

En 2000, avec Faat Kiné, il débute un triptyque sur « l’héroïsme au quotidien », dont les deux premiers volets sont consacrés à la condition de la femme africaine (le troisième, La Confrérie des Rats était en préparation). Le second, Moolaadé (2003), aborde de front le thème très sensible de l'excision. Le film relate l’histoire de quatre fillettes qui fuient l’excision et trouvent refuge auprès d’une femme, Collé Ardo (jouée par la Malienne Fatoumata Coulibaly), qui leur offre l’hospitalité (le moolaadé) malgré les pressions du village et de son mari. Sembène a récolté à cette occasion une nouvelle kyrielle de récompenses en 2004 : prix du meilleur film étranger décerné par la critique américaine, prix Un Certain Regard à Cannes, prix spécial du jury au festival international de Marrakech entre autres.

Sembène revendique un cinéma militant et va lui-même de village en village, parcourant l'Afrique, pour montrer ses films et transmettre son message.

Le 9 novembre 2006, quelques mois avant sa mort, il reçoit, à la résidence de l'ambassadeur de France à Dakar, les insignes d'officier dans l'ordre de la Légion d'honneur de la République française[6].

Malade depuis plusieurs mois, il meurt à l'âge de 84 ans à son domicile à Yoff le 9 juin 2007. Il est inhumé au cimetière musulman de Yoff[7].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • 1956 : Le Docker noir, (rééd. Présence africaine), 2000, (ISBN 2-7087-0293-9)
  • 1957 : Ô pays, mon beau peuple
  • 1960 : Les Bouts de bois de Dieu
  • 1962 : Voltaïque
  • 1964 : L'Harmattan
  • 1965 : Le Mandat
  • 1966 : Vehi-Ciosane, ou, Blanche-Genèse ; suivi du Mandat, Présence africaine, réed. 2000, (ISBN 2-7087-0170-3)
  • 1973 : Xala, Présence africaine, rééd. 1995
  • 1981 : Le Dernier de l'Empire
  • 1987 : Niiwam, suivi de Taaw, Présence africaine

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur et scénariste[modifier | modifier le code]

Courts métrages
Longs métrages

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Écrits sur Sembène[modifier | modifier le code]

  • (fr) Bestman Martin T., Sembene Ousmane et l'esthétique du roman negro-africain, Sherbrooke, Éditions Naaan, 1981.
  • (fr) Bonfenda Khonde, Le néo-bourgeois de Dakar, d'après Sembene Ousmane, Université de Montréal, 1991 (M.A.).
  • (fr) Gadjigo Samba, Ousmane Sembène: Une conscience africaine, Paris, Homnisphères (collection Latitudes noires), 2007.
  • (en) Gadjigo Samba, Ousmane Sembène: Dialogues with Critics and Writers, Amherst, University of Massachusetts Press, 1993.
  • (en) Gadjigo Samba et Niang Sada, « Interview with Ousmane Sembene », Research in African Literatures, 26:3 (automne 1995), p. 174-178.
  • (de) Haffner Pierre, « Der Widerstandskämpfer: Sembène Ousmane », Revue pour le cinéma français, n° 27-28, Institut français de Munich, 1989, p. 76-92.
  • (fr) Lanthiez-Schweitzer Marie A., Ousmane Sembène, romancier de l'Afrique émergente, University of British Columbia, 1976 (thèse)
  • (fr) Lelièvre Samuel (dir.), « Cinémas africains, une oasis dans le désert? », CinémAction, n° 106, 2003. (ISBN: 978-2854809800)
  • (en) Murphy David, Imagining Alternatives in Film and Fiction - Sembene, Oxford, Africa World Press Inc., 2001.
  • (fr) Niang Sada, Littérature et cinéma en Afrique francophone : Ousmane Sembène et Assia Djebar, Paris, L’Harmattan, 1996.
  • (en) Pfaff Françoise, The Cinema of Ousmane Sembène, New York, Londres, 1984.
  • (fr) Rufa'i Ahmed, L'image de la femme africaine dans l'œuvre d'Ousmane Sembene, Université de Sherbrooke, 1983 (M.A.).
  • (fr) Serceau Daniel (dir.) « Sembène Ousmane », CinémAction, no 34, 1985.
  • (fr) Vieyra Paulin Soumanou, Ousmane Sembène : cinéaste. Première période 1962-1971, Paris, Présence Africaine, 1972, 244 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Ousmane Sembene - Cinémathèque française » (consulté le 27 mai 2013)
  2. Une erreur très courante chez les journalistes consiste à dire qu'Ousmane Sembène est le fondateur de ce festival.
  3. Sembène et le FESPACO, in Hamidou Ouédraogo, Naissance et évolution du Fespaco de 1969 à 1973, Ouagadougou, 1995, 220p.
  4. « Ceddo - Critique et avis par Les Inrocks » (consulté le 27 mai 2013)
  5. « Camp de Thiaroye », sur Laboratoire LIDIFra Université de Rouen (consulté le 27 mai 2013)
  6. Source :Sembène Ousmane reçoit la Légion d’honneur française, Panapress, 10 novembre 2006 cité par Jeune Afrique
  7. « Ousmane Sembène - LeMonde.fr », sur Le Monde,‎ 1 janvier 1970 (consulté le 27 mai 2013)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

À propos de « Moolaadé » :

À propos de « Xala » :