Grande distribution en France

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En France, le secteur de la grande distribution est selon la définition de l'Insee « constituée des hypermarchés et des entreprises dites du grand commerce spécialisé »[1]. Les hypermarchés en France sont définis comme les « magasins du commerce de détail non spécialisés qui réalisent plus d'un tiers de leur chiffre d'affaires dans la vente de produits alimentaires, et d'une surface de vente égale ou supérieure à 2 500 m2 »[2].

En 2007, la grande distribution alimentaire employait 636 200 personnes[3]. Il y a en France des opérateurs d'hypermarchés (plus de 2 500 m2) : Auchan, Carrefour, Cora, E. Leclerc et Géant Casino, de supermarchés (Intermarché, Carrefour Market, Super U...) et de hard-discounts.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les grands magasins[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grand Magasin.

La grande distribution contemporaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la grande distribution.

La grande distribution contemporaine apparaît en France dans les années 1950 et 1960. Le premier E.Leclerc est ouvert en 1949, Carrefour en 1954, Auchan et Promodès en 1961 et Intermarché en 1970[4].

Clientèle[modifier | modifier le code]

98 % des Français se rendent en super et hypermarché, plus d'une heure par semaine pour 53 %. Cependant, seuls 30 % apprécient y faire leurs achats. Un client peut abandonner un achat en magasin en raison des prix pratiqués pour la moitié d'entre eux, mais aussi pour un quart d'entre eux en raison de la longueur de la file d'attente en caisse, pour un sur cinq l'indisponibilité d'un produit, celle du personnel ou sa méconnaissance, et pour un sur dix la présentation du magasin, son accès ou sa difficulté à se repérer dans les rayons[5].

L'environnement réglementaire[modifier | modifier le code]

Contrôle et encadrement des prix de vente du commerce de détail[modifier | modifier le code]

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'ordonnance de 1945 fixe une longue liste de produits (huile, carburant, pain, etc.) dont les prix sont administrés : le gouvernement se substitue alors aux commerçants pour la fixation des prix des produits les plus courants. Les manifestations des boulangers dans les années 1970 pour la hausse du prix de la baguette sont des événements aujourd'hui oubliés.

Fin 1978, René Monory, ministre du commerce et de l'industrie sous le Gouvernement Raymond Barre (2) libère les prix de ces biens[6] dans un contexte inflationniste. Le régime d'administration est abandonné mais le ministère des Finances entend conserver un pouvoir de régulation. La libéralisation s'amplifie avec l'ordonnance Balladur du 1er décembre 1986. Les prix de certains secteurs comme ceux de[7] l'eau, du gaz et des livres (loi Lang), restent par contre « encadrés ».

En 1997, la loi Galland retire les marges arrières dans les critères d’interdiction de vente à perte[8]. Elle est aménagée et partiellement remplacée en janvier 2006 par la loi Jacob-Dutreil qui ne fixe plus un seuil maximal mais un seuil plancher des prix. La loi Galland impose aux fournisseurs de publier officiellement un tarif unique pour leurs produits pour tous les distributeurs. Ce tarif moins les différentes remises, ristournes ou autres éléments non conditionnels portés sur la facture de vente peuvent être intégrés dans les prix de vente et constituent la marge avant. La loi considère ce prix comme le seuil de vente à perte. Les autres éléments constitués de budgets reversés par les fournisseurs aux distributeurs généralement en fin d’année pour ses efforts de promotion, mise en valeur ou objectifs d'achat quantitatif atteint par exemple sont considérés comme de la marge arrière et ne peuvent par définition rentrer dans le calcul du prix de vente sous peine de tomber sous le coup de la vente à perte, réprimée en France. Cette loi fixe un prix minimum légal aux articles et conduit à une uniformisation, en France, des prix de vente des biens de grande consommation, ne laissant aux distributeurs que les importations (tarif négocié à l'étranger avec un fournisseur exclusif) et les marques distributeurs pour se différencier par le prix.

Michel-Édouard Leclerc écrira : « La France est le seul pays d'Europe à n'avoir connu que dix ans de liberté des prix depuis la Deuxième Guerre mondiale, entre l'ordonnance Balladur de 1986 et la loi Galland en 1997 »[9].

Afin de réduire les marges des distributeurs et donc les prix de vente — ce qui permet d'accroître le pouvoir d'achat des ménages —, deux lois sont votées en 2008 sous le gouvernement Fillon.

  • Début 2008, la Loi Chatel permet aux distributeurs de transposer la totalité des marges arrières dans les prix de vente mais ne permet toujours pas la négociabilité des tarifs entre distributeurs et fournisseurs.
  • La loi de modernisation de l'économie, inspirée par la commission Attali, discutée en juillet 2008 et votée en août 2008, contient un article qui instaure enfin la négociabilité des tarifs d'achat entre fournisseurs et distributeurs[10].

Limitation de la concurrence par le contrôle des créations de points de vente[modifier | modifier le code]

La concurrence économique dans le secteur de la grande distribution est fortement limitée en France. Les comités départementaux d'urbanisme commercial (CDUC) et la commission nationale d'urbanisme commercial (CNUC) ont été créés en 1969[11],[8]. Ils limitent l’implantation de commerces de plus de 3 000 m2 au moyen d’une procédure d'examen préalable à la délivrance des permis de construire. Puis la loi d'orientation du commerce et de l'artisanat du 27 décembre 1973, dite « loi Royer »[8], renforce ce contrôle et le rend obligatoire pour les surfaces commerciales supérieures à 1 000 m2. Par la suite, la loi du 5 juillet 1996 relative au développement et à la promotion du commerce et de l'artisanat complète, dite « loi Raffarin », renforce la loi Royer en abaissant le seuil de surface au-dessus duquel une autorisation est nécessaire à 300 m2 et en rendant les autorisations plus difficile dans la pratique (changement de composition des commissions, renommée pour l'occasion Commission départementale d'équipement commercial, Commission nationale d'équipement commercial...).

L'analyse des implications économiques de ces lois montre leurs conséquences néfastes sur le pouvoir d'achat[réf. nécessaire] (les barrières à l'entrée réduisent la concurrence et créent des monopoles locaux), et sur l'emploi (moins d'hypermarchés implique moins d'employés)[12]. Les principaux économistes recommandent aux élus politiques un changement de règlementation.

La loi de modernisation de l'économie votée en juillet 2008 doit permettre d’accroître le pouvoir d'achat des ménages en libérant la négociabilité des prix entre fournisseurs et distributeurs[10] ; elle ne renforce la concurrence dans le secteur du commerce de détail qu’en libérant les créations de magasins sous le seuil de 1 000 m2, c’est-à-dire pour les petits supermarchés, seulement dans les petites communes[13].

Les entreprises du secteur[modifier | modifier le code]

Répartition des magasins et des effectifs par format[modifier | modifier le code]

Format Magasins  % Effectifs  %
Hypermarchés 1 526 13,5 % 302 900 55 %
Supermarchés 5 501 49 % 211 300 38 %
Hard-discount 4 223 37,5 % 36 400 7 %
Total 11 250 100 % 550 600 100 %
Source [3]:

Chiffre d'affaires des principales enseignes françaises en Europe (en milliards d'euros)[modifier | modifier le code]

Centre de distribution Les Mousquetaires d'Avermes
Entreprise 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Carrefour 73,1 78 76,8 78,9 81,4 82 87,4 92,2 97,56 96,17 96,74
Auchan 30,8 35,2 37,5 38,5 39,1 40,4 42,1 44,2 48,3 47,9 48,45
E.Leclerc 23,8 25,1 26 27,2 28,4 28,5 29,4 30,3 34,7 34,97 36,16
Intermarché 36,3 37,2 38,4 38,4 38 30,3 31,5 32,7 34,8 34
Casino Guichard Perrachon 19,1 22 22,8 23 23,2 22,8 22,5 25 27,1 26,7
Système U 10,5 11,7 12,7 13,8 14,7 15,1 15,6 16,8 17,5 17,9
Source : « Sources : rapports d'activité, presse, Ubifrance », sur http://www.fcd.asso.fr, Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (consulté le 30 janvier 2009)

Nombre d'hypermarchés par enseigne[modifier | modifier le code]

Enseigne Groupe Magasins  %
E. Leclerc E. Leclerc 447 30,96 %
Carrefour Groupe Carrefour 221 15,30 %
Intermarché Hyper Les Mousquetaires 193 13,37 %
Auchan Auchan 122 8,45 %
Géant Casino Groupe Casino 112 7,76 %
Cora Groupe Louis Delhaize 59 3,95 %
Hyper U Système U 45 3,12 %
Total 1444 100 %
Source : LSA 2007 cité par Distripedie[14]

Nombre de supermarchés par enseigne[modifier | modifier le code]

Enseigne Groupe Magasins  %
Carrefour Carrefour 2900
Intermarché Les Mousquetaires 1454 27, 51
Champion Groupe Carrefour 907 19,66
Super U Système U 519 11,25
Shopi Groupe Carrefour 448 9,71
Simply Market Auchan 372 8,06
Casino Groupe Casino 333 7,22
Franprix Groupe Casino 291 6,31
Écomarché Les Mousquetaires 264 5,72
Match Groupe Louis Delhaize 150 3,25
E. Leclerc E. Leclerc 60 1,30
Total 7513 100
Source : LSA 2007 cité par Distripedie[15]

Nombre de maxi discounteurs par enseigne[modifier | modifier le code]

Enseigne Groupe Magasins  %
Lidl Lidl 1263 32,12
Dia Groupe Dia 920 23,46
Aldi Aldi 688 17,50
Leader Price Groupe Casino 425 10,81
Netto Les Mousquetaires 325 8,27
Le Mutant GROUPE COOP CNP 182 4,63
Norma Norma 117 2,98
Les Halles d'Auchan Auchan 4 0,10
Géant Discount Groupe Casino 2 0,05
Discount Casino Groupe Casino 6 0,15
Total 3932 100
Source : LSA 2007 cité par Distripedie[16]

Les enseignes disparues en France[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Innovation et marchés de la grande distribution, Insee, 2006
  2. Le commerce de détail, Insee, p. 90
  3. a et b « Panorama de branche. Le commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire », Observatoire prospectif du commerce,‎ 2008 (consulté le 31 janvier 2009)
  4. Chessel et Chatriot 2006, p. 74.
  5. « Les Français et les points de vente connectés », Ifop pour Wincor Nixdorf,‎ 12 octobre 2012
  6. Voir la fiche de présentation de Renée Monory au sénat
  7. La liberté des prix, vingt ans après, La Tribune, 01/12/2006
  8. a, b et c Dispositif de régulation des implantations commerciales, site pme.gouv.fr
  9. Béatrice d'Erceville, Juliette Garnier, Michel-Édouard Leclerc, « La TVA sociale reste une bonne idée », La Tribune, 26/06/2007, p. 37
  10. a et b projet de loi de modernisation de l’économie, p. 30
  11. Par la loi n° 69-1263 du 31 décembre 1969, article 17
  12. Philippe Askenazy, Katia Weidenfeld, Les Soldes de la loi Raffarin - Le contrôle du grand commerce alimentaire, ed. Rue d'Ulm, coll. Cepramap, 18/05/2007 (ISBN 2728803846) [lire en ligne]
  13. projet de loi de modernisation de l’économie, p. 35
  14. http://www.distripedie.com/distripedie/spip.php?article85
  15. http://www.distripedie.com/distripedie/spip.php?article162
  16. http://www.distripedie.com/distripedie/spip.php?article149

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Julie Valentin et Estelle Saada, « Grande distribution : le paradoxe de l'effet-prix », Économie rurale, no 245-246,‎ 1998, p. 33-40 (lire en ligne).
  • Jean-Luc Dreyfus, « Grande distribution : vers la communication globale », Communication et langages, no 122,‎ 1999, p. 103-117 (lire en ligne).
  • François D'Hauteville, « La grande distribution alimentaire : la recherche est-elle en phase avec l'histoire ? », Économie rurale, no 255-256,‎ 2000, p. 72-85 (lire en ligne).
  • Jean-Claude Hassan, « La distribution en France : un système en crise », Communication et langages, no 124,‎ 2000, p. 4-18 (lire en ligne).
  • Marie-Elise Dumans et Claire Chambolle, « Internet et la grande distribution alimentaire française », Économie rurale, no 272,‎ 2002, p. 42-56 (lire en ligne).
  • Marie-Emmanuelle Chessel et Alain Chatriot, « L'histoire de la distribution : un chantier inachevé », Histoire, économie et société, no 25,‎ 2006, p. 67-82 (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]