Sébastien Gryphe

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Édition de l'Apophthegmatum d'Érasme réalisé par Gryphe en 1541

Sébastien Gryphe, ou Sebastianus Gryphius en latin (vers 1492 à Reutlingen, Allemagne - 1556 à Lyon, France), de son vrai nom Sebastian Greyff, était un imprimeur-libraire français du XVIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Michel Greyff (ou Gryff, ou Gryffe, ou encore Gryph), il apprend de lui le métier d'imprimeur d'abord en Allemagne, puis à Venise. C'est autour de 1520 qu'il arrive à Lyon et s'y installe pour le compte d'une compagnie de libraires vénitiens. Il se nomme lui-même Sébastien Gryphius, même si l'habitude s'est prise en France de l'appeler Gryphe.

Au début de sa carrière, Gryphe publie surtout des traités administratifs et juridiques en caractères gothiques. Il se spécialise quelques années plus tard dans l'édition de classiques latins et grecs, ces derniers toujours en traduction. Il publie également les grands humanistes de son temps, comme Erasme, Guillaume Budé ou Ange Politien. Il suit la production du groupe d'imprimeurs de Bâle et édite plusieurs livres en hébreu[a 1].

Gryphe, imprimeur et éditeur[modifier | modifier le code]

Sa renommée grandit d'année en année et, en 1536, il s'associe avec l'imprimeur Hugues de la Porte, qui lui apporte une aide financière grâce à laquelle il peut s'établir à son propre compte. Il ouvre alors son atelier, et sa marque d'imprimeur arbore le griffon, rappelant son patronyme. C'est à cette période qu'il introduit pour la première fois en France[réf. nécessaire] les caractères italiques, inventés en 1501 à Venise par Alde Manuce, utilisés dans des petits volumes in-octavo. Son utilisation par Gryphe est attestée dès 1528, et il est probable qu'il possède des matrices de fontes de caractères[a 2]. Plus tard, il mène à bien une véritable collection d'éditions latines dans un format encore plus petit, l'in-seize.

Gravure représentant Nicolas Bourbon utilisée par Gryphe en 1536

Gryphe est très reconnu dans les années 1540. On le surnomme même le « prince des libraires lyonnais »[réf. nécessaire]. C'est un promoteur de l'humanisme lyonnais et ses impressions sont très appréciées pour leur netteté, la beauté de leur mise en page et leurs corrections. À cette époque, il est en lien avec les publications parisiennes, qu'il reprend parfois[a 1].

Gryphe et le milieu humaniste lyonnais[modifier | modifier le code]

Son atelier est le point de rencontres le plus apprécié des humanistes. Henri Baudrier, bibliophile et bibliographe du XIXe siècle, parle de "l'Atelier du Griffon" comme étant une « société angélique pour les libres-penseurs ». Grâce aux progrès de l'historiographie, on sait aujourd'hui que les différences ne sont pas si marquées entre catholiques orthodoxes et hétérodoxes. Il n'est donc pas surprenant que Gryphe travaille avec des hommes qui sont où vont être soupçonnés d'hérésie ou d'athéisme, accusation qui conduisit Étienne Dolet au bûcher en 1546.

Il connait, travaille et parfois lie des liens d'amitié avec de grands savants et écrivains de l'époque : André Alciat, Maurice Scève, Barthélémy Aneau, ou encore Étienne Dolet avec qui il se fâche par la suite. Certains d'entre eux travaillent pour lui comme correcteurs. Dès 1532, il travaille avec l'écrivain et médecin François Rabelais, dont il publie des traductions, présentations et commentaires de textes d’Hippocrate, de Claude Galien et du médecin italien de Ferrare, Giovanni Manardo. Dans ses ouvrages d'Hippocrate, Rabelais complète le texte avec des annotations de Antonio Musa Brassavola. L'association avec Rabelais renouvelle largement le catalogue de Gryphe, et lui assure de nombreux succès de librairie[a 1].

Sébastien Gryphe, sexagénaire, meurt en 1556 à Lyon.

Famille[modifier | modifier le code]

Sébastien Gryphe n'est pas le seul imprimeur de sa fratrie. François s’installe rue des Carmes à Paris en 1532. Jean, dont les liens familiaux avec Sébastien restent à préciser, reste toute sa vie imprimeur à Venise.

Les héritiers de Sébastien Gryphe[modifier | modifier le code]

À la mort de Sébastien Gryphe, en 1556, sa veuve Françoise Miraillet hérite de l'affaire tandis que son fils Antoine dirige l'atelier d'imprimerie. Tous deux publient sous la raison « Héritiers de Sébastien Gryphius ». À partir de 1565, Antoine publie sous son propre nom. Il reprend des textes édités par son père, notamment les classiques latins et grecs, mais se distingue en faisant paraître, en français, des études d’histoire régionale.

Postérité[modifier | modifier le code]

  • Une rue porte son nom à la Guillotière, dans le septième arrondissement de Lyon.
  • La revue semestrielle de la bibliothèque municipale de Lyon s'appelle Gryphe.
  • La Gryffe est le nom d'une librairie libertaire située au 5 rue Sébastien Gryphe, à Lyon, depuis 1978.
  • Au Brésil, il existe une maison d'édition appelée Sebastião Grifo, fondée en 1999 en l'honneur de l'éditeur lyonnais.
  • La « compagnie des griffarins », société de compagnons d'ouvriers typographes, organisatrice de la première grande grève ouvrière de France, tire son nom de l'imprimeur Gryphe.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Dictionnaire des imprimeurs et libraires lyonnais du XVe siècle », Revue française d'histoire du livre, 118-121, 2003, p. 209-225, (ISSN 0037-9212)
  • Natalie Zemon Davis, « Le monde de l'imprimerie humaniste : Lyon », dans Henri-Jean Martin et Roger Chartier (dir.) Histoire de l'édition française, Tome 1, Le Livre conquérant, du Moyen Âge au milieu du XVIIe siècle, Paris, Promodis, 1983, 629 p. (ISBN 2-903181-06-3)
  • Jeanne-Marie Dureau-Lapeyssonnie, « Recherches sur les grandes compagnies de libraires lyonnais au XVIe siècle », dans Nouvelles études lyonnaises, Genève, Droz, 1969 (Histoire et civilisation du livre, 2), p. 5-64.
  • Guillaume Fau, Sarah Saksik, Marie Smouts, Sylvie Tisserand, « L'imprimerie à Lyon au XVe siècle : un état des lieux », dossier ""Lyon et les livres"", dirigé par Dominique Varry, Revue française d'histoire du livre, 118-121, 2003, p. 191-207 (ISBN 2-600-00910-8)
  • Raphaële Mouren (dir.), Quid novi ? Sébastien Gryphe, à l'occasion du 450e anniversaire de sa mort, Villeurbanne : Presses de l'Enssib, 2008, 535 p. (ISBN 978-2-910227-68-5). Compte rendu en ligne.

références[modifier | modifier le code]

Ouvrages utilisés pour étayer l'article.

  1. a, b et c Mouren 2008, p. 443
  2. Mouren 2008, p. 442

Autres références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]