Sébastien Gryphe

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Édition de l'Apophthegmatum d'Érasme réalisé par Gryphe en 1541

Sébastien Gryphe, ou Sebastianus Gryphius en latin (1493 à Reutlingen, Allemagne - 1556 à Lyon, France), de son vrai nom Sebastian Greyff, était un imprimeur-libraire français du XVIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1493 et fils de Michel Greyff (ou Gryff, ou Gryffe, ou encore Gryph), imprimeur du Wurtemberg, il apprend de lui le métier d'abord en Allemagne, puis à Venise. C'est autour de 1523 qu'il arrive à Lyon et s'y installe pour le compte d'une compagnie de libraires vénitiens. Il se nomme lui-même Sébastien Gryphius, même si l'habitude s'est prise en France de l'appeler Gryphe. Sa première maison appartient au libraire Aimé de la Porte, rue Ferrandière. Quelque temps après, il achète sa propre maison rue Thomassin, qui communique avec cette première[b 1].

Il épouse vers 1524 Françoise Miraillet, issue du monde des compagnons imprimeurs, mais il a rapidement un enfant illégitime de sa belle-sœur Marion Miraillet. Cette faute l'empêche toute sa vie d'accéder à des charges municipales[b 1].

Gryphe, imprimeur et éditeur[modifier | modifier le code]

Gravure représentant Nicolas Bourbon utilisée par Gryphe en 1536

Au début de sa carrière, Gryphe publie surtout des traités administratifs, juridiques et canoniques en caractères gothiques et en grands formats. Il travaille pour la Grande compagnie des libraires de Lyon, qui l'a peut-être fait venir de Venise[b 1]. Cette compagnie lui a prêté les caractères typographiques nécessaires à son travail et il les utilise jusqu'en 1535[c 1].

En 1528, il semble obtenir son indépendance et évolue, même si la date exacte de son envol est difficile à fixer[c 1]. Il utilise alors les caractères typographiques en italique, et produit de petits formats, prenant en modèle l'éditeur Alde Manuce et il est probable qu'il possède des matrices de fontes de caractères[a 1]. Il se spécialise dans l'édition de classiques latins et grecs, ces derniers toujours en traduction. Il publie également les grands humanistes de son temps, comme Erasme, Guillaume Budé ou Ange Politien. Il montre ainsi son désir de se dissocier de la production de ses anciens employeurs en répondant à la demande d'œuvres humanistes[b 1].

C'est à cette époque qu'il collabore avec Sante Pagnini, « dont il donne notamment en 1530 une version trilingue des Psaumes ». Sous ses conseils, il suit également la production du groupe d'imprimeurs de Bâle et édite plusieurs livres en hébreu[a 2],[b 1].

En 1532, il bénéficie d'une lettre de naturalité le faisant français. Pour l'obtenir, il antidate son arrivée, la faisant survenir seize ou dix-sept ans plus tôt[b 1].

Rabelais, ami, correcteur et auteur de Gryphe.

Sa renommée grandit d'année en année et, en 1536, il s'associe avec l'imprimeur Hugues de la Porte[1], qui lui apporte une aide financière grâce à laquelle il peut agrandir son atelier. Sa marque d'imprimeur arbore le griffon, rappelant son patronyme. À cette époque, son aisance grandit et lui permet à plusieurs reprises de prêter de l'argent à des amis ou aux autorités pour la guerre ou l’Aumône générale. Il possède alors le plus grand atelier de la ville et est réputé pour la qualité et la rigueur de ses impressions. Il s'entoure de correcteurs qui sont également des savants, tels Barthélémy Aneau, François Rabelais ou Étienne Dolet[b 1]. Il mène à bien une véritable collection d'éditions latines dans un format encore plus petit, l'in-seize. Il est en lien avec les publications parisiennes, qu'il reprend parfois[a 2].

La proximité intellectuelle qu'il partage avec Rabelais le pousse à publier tout ce que ce dernier écrit entre 1532 et 1549 autre que de la fiction[b 2]. Il publie des traductions, présentations et commentaires de textes d’Hippocrate, de Claude Galien et du médecin italien de Ferrare, Giovanni Manardo. Dans ses ouvrages d'Hippocrate, Rabelais complète le texte avec des annotations de Antonio Musa Brassavola. L'association avec Rabelais renouvelle largement le catalogue de Gryphe, et lui assure de nombreux succès de librairie[a 2].

Il en est de même pour Dolet jusqu'à leur dispute. Il publie ainsi son célèbre Commentarii linguae latinae[b 2].

Son chef d'œuvre typographique est un Bible latine en in-folio, publiée en 1550[b 2].

Sébastien Gryphe, sexagénaire, meurt le 7 septembre 1556 à Lyon et est inhumé à Saint-Nizier. Au cours de sa carrière, il a publié environ 1375 ouvrages[b 2].

Politique éditoriale de Gryphe[modifier | modifier le code]

Sébastien Gryphe mène une politique éditoriale en fonction autant de ses convictions humanistes que des contraintes financières de ce commerce. Ainsi, après avoir amassé un pécule au service de la Grande compagnie des libraires de Lyon en publiant des ouvrages de droit, il se tourne une fois indépendant vers les ouvrages humanistes, sans négliger toutefois ce premier marché très rémunérateur[c 1].

Ainsi, il reste éditeur d'ouvrages juridiques modernes, dont les auteurs sont vivants ; et ceci malgré le fait que son ancien employeur, La Compagnie des libraires s'en soit fait une spécialité. Mais en fait, ce marché semble avoir été partagé entre les ateliers, car lorsqu'un parti publie un auteur, il le fait systématiquement dans un format, et donc pour un public différent. Lorsque Gryphe publie les ouvrages d'André Alciat, il les fait en in-folio, et la Compagnie des libraire en in-octavo. À l'inverse, lorsque la Compagnie publie le Corpus iuris civilis et canonici, Philippe Decius, Jason de Mayno (en), Barthélémy et Mariano Socini (en), Paul de Castro[2] ou Joannes de Imola (en), ils le font en grand format, et Gryphe en petit. Il n'y a donc pas de guerre commerciale frontale sur ce marché entre les deux grands éditeurs lyonnais[c 2].

Alciat, qui publie à plusieurs endroits au début de sa carrière, finit par faire confiance à Gryphe et lui rester fidèle. Mais si ce choix est dû à la qualité des éditions de Gryphe, il est également dicté par l'importance des foires de Lyon, qui assurent une diffusion très importante à tout ouvrage imprimé dans la cité rhodanienne[3]. À l'inverse, Gryphe est également fidèle à cet auteur, il refuse en effet de publier un ouvrage polémique de Francesco Florido qui s'attaque à Alciat et d'autres amis[c 3],[4].

Gryphe et le milieu humaniste lyonnais[modifier | modifier le code]

Son atelier est un point de rencontres apprécié des humanistes lyonnais et de passage. Nombreux ainsi sont ceux qui célèbrent son hospitalité, sa grande culture et son travail dans des épigrammes. Il s'affirme lui-même, dans des préfaces, être un humaniste soucieux de chercher et éditer des trésors antiques perdus[b 2].

Famille[modifier | modifier le code]

Sébastien Gryphe n'est pas le seul imprimeur de sa fratrie. François s’installe rue des Carmes à Paris en 1532. Jean, dont les liens familiaux avec Sébastien restent à préciser, reste toute sa vie imprimeur à Venise.

Les héritiers de Sébastien Gryphe[modifier | modifier le code]

À la mort de Sébastien Gryphe, en 1556, sa veuve Françoise Miraillet reprend l'affaire tandis que son fils Antoine dirige l'atelier d'imprimerie. Tous deux publient sous la raison « apud haeredes Seb ; Gryphii ». En raison d'un conflit de succession, ils doivent attendre 1561 avec une lettre de légitimation d'Antoine pour purger le statut juridique de l'entreprise[b 2].

Au décès de sa mère en 1565, Antoine publie sous son propre nom. Il reprend des textes édités par son père, notamment les classiques latins et grecs, mais se distingue en faisant paraître, en français, des études d’histoire régionale. Il n'est plus toutefois que libraire, faisant imprimer ses ouvrages dans d'autres ateliers. Son entreprise décline progressivement et est poursuivi pour dette. À son décès, ses propres enfants refusent sa succession[b 2].

Postérité[modifier | modifier le code]

Reconnu par la communauté scientifique comme un grand éditeur de la Renaissance, il a même été désigné comme le « prince des libraires » par Lucien Febvre et Henri-Jean Martin[5].

  • Une rue porte son nom à la Guillotière, dans le septième arrondissement de Lyon.
  • La revue semestrielle de la bibliothèque municipale de Lyon s'appelle Gryphe.
  • La Gryffe est le nom d'une librairie libertaire située au 5 rue Sébastien Gryphe, à Lyon, depuis 1978.
  • Au Brésil, il existe une maison d'édition appelée Sebastião Grifo, fondée en 1999 en l'honneur de l'éditeur lyonnais.
  • La « compagnie des griffarins », société de compagnons d'ouvriers typographes, organisatrice de la première grande grève ouvrière de France, tire son nom de l'imprimeur Gryphe.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Dictionnaire des imprimeurs et libraires lyonnais du XVe siècle », Revue française d'histoire du livre, 118-121, 2003, p. 209-225, (ISSN 0037-9212)
  • Natalie Zemon Davis, « Le monde de l'imprimerie humaniste : Lyon », dans Henri-Jean Martin et Roger Chartier (dir.) Histoire de l'édition française, Tome 1, Le Livre conquérant, du Moyen Âge au milieu du XVIIe siècle, Paris, Promodis, 1983, 629 p. (ISBN 2-903181-06-3)
  • Jeanne-Marie Dureau-Lapeyssonnie, « Recherches sur les grandes compagnies de libraires lyonnais au XVIe siècle », dans Nouvelles études lyonnaises, Genève, Droz, 1969 (Histoire et civilisation du livre, 2), p. 5-64.
  • Guillaume Fau, Sarah Saksik, Marie Smouts, Sylvie Tisserand, « L'imprimerie à Lyon au XVe siècle : un état des lieux », dossier "Lyon et les livres", dirigé par Dominique Varry, Revue française d'histoire du livre, 118-121, 2003, p. 191-207 (ISBN 2-600-00910-8)
  • Raphaële Mouren (dir.), Quid novi ? Sébastien Gryphe, à l'occasion du 450e anniversaire de sa mort, Villeurbanne : Presses de l'Enssib, 2008, 535 p. (ISBN 978-2-910227-68-5). Compte rendu en ligne.
  • Patrice Béghain, Bruno Benoît, Gérard Corneloup et Bruno Thévenon (coord.), Dictionnaire historique de Lyon, Lyon, Stéphane Bachès,‎ 2009, 1054 p. (ISBN 9782915266658, notice BnF no FRBNF42001687)[6]
  • Henri Baudrier, Recherches sur les imprimeurs, libraires, relieurs et fondeurs de lettres de Lyon au XVIe siècle, Paris, F. de Nobele,‎ 1964-1965 (1re éd. 1895-1921), 13 volumes

Sources[modifier | modifier le code]

  • Andrea Alciato et Gianluigi Barni, Le lettere di Andreo Alciato, giureconsulte, Florence, Le Monnier - Università degli studi di Milano,‎ 1953 (notice BnF no FRBNF33955702)

Références[modifier | modifier le code]

Ouvrages utilisés pour étayer l'article.

  • Raphaële Mouren (dir.) et Richard Cooper, « Conclusion », dans Quid novi ? : Sébastien Gryphe, à l'occasion du 450e anniversaire de sa mort, Villeurbanne, Presses de l'Enssib,‎ 2008, 535 p. (ISBN 978-2-910227-68-5, notice BnF no FRBNF41240828)
  1. Mouren et Cooper 2008, p. 442
  2. a, b et c Mouren et Cooper 2008, p. 443
  1. a, b, c, d, e, f et g D.H.L., p. 594
  2. a, b, c, d, e, f et g D.H.L., p. 595
  • Raphaële Mouren (dir.) et Ian Maclean, « Concurrence ou collaboration ? Sébastien Gryphe et ses confrères lyonnais (1528-1556) », dans Quid novi ? : Sébastien Gryphe, à l'occasion du 450e anniversaire de sa mort, Villeurbanne, Presses de l'Enssib,‎ 2008, 535 p. (ISBN 978-2-910227-68-5, notice BnF no FRBNF41240828)

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. Page sur la Base de données de la BNF
  2. Notice de la BNF
  3. Alciato et Barni 1953, p. 111
  4. Alciato et Barni 1953, p. 180
  5. Lucien Febvre et Henri-Jean Martin, L'apparition du livre, Paris, Albin Michel, 1971, p. 291, nouv. éd. 1999 (L'évolution de l'humanité)
  6. Luc Hernandez, « Le « Dictionnaire historique de Lyon » est arrivé », LibéLyon,‎ 12 mai 2009 (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]